Intervenant au podium devant un mur en boiserie dorée
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Aide à mourir : une tribune dans le JDD dénonce une perte d'humanité après la polémique du cocktail

Une tribune dans le JDD fustige le « cocktail de célébration » d’un ministre après l’adoption de la loi sur l’aide à mourir, dénonçant une perte d’humanité et un passage en force.

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Le 12 juillet 2026, le Journal du Dimanche publie une tribune cinglante signée par une trentaine de personnalités. Leur cible : le « cocktail de célébration » que le ministre des Relations avec le Parlement, Laurent Panifous, comptait organiser le 15 juillet pour fêter l'adoption définitive de la proposition de loi sur l'aide à mourir. Les signataires, parmi lesquels François-Xavier Bellamy, des avocats, des médecins et des professeurs de droit, accusent le gouvernement d'avoir « perdu tout sens de l'humanité, de l'éthique et du sacré ». Cette polémique survient alors que le texte, adopté trois fois par l'Assemblée nationale et trois fois rejeté par le Sénat, s'apprête à franchir une étape décisive. 

Intervenant au podium devant un mur en boiserie dorée
Intervenant au podium devant un mur en boiserie dorée — (source)

« Cocktail de célébration » contre « tout sens de l'humanité » : l'étincelle du 12 juillet 2026

L'image a de quoi choquer. Un ministre organise une réception dans les salons de l'Hôtel de Clermont pour célébrer l'adoption d'un texte sur la mort. L'invitation, envoyée par le Conseil économique, social et environnemental (CESE), mentionnait un « cocktail de célébration » avec prise en charge des frais de transport et d'hébergement pour les membres de la Convention citoyenne sur la fin de vie. La tribune publiée dans le JDD ne mâche pas ses mots : « Telle est la France de 2026. Celle où célébrer la mort devient joyeux. »

Pour les signataires, l'affaire dépasse le simple incident de communication. Ils dénoncent une mécanique politique qui, selon eux, instrumentalise la question de la fin de vie. L'accusation centrale est sans appel : « nul ne devrait se réjouir qu'une courte majorité de parlementaires règle bientôt le scandale de l'accès défaillant aux soins palliatifs — moins d'un Français sur deux qui en aurait besoin, selon la Cour des comptes — par un accès aussi large à l'administration de la mort ».

Laurent Panifous, ministre des Relations avec le Parlement, a tenté d'éteindre l'incendie. Il assure que son intention n'était pas de « fêter la mort » mais d'« échanger » autour d'un cycle de travail de quatre ans. Le CESE a reconnu des « erreurs » dans sa communication, notamment sur l'emploi des mots « célébration » et « cocktail ». L'événement a finalement été reporté « pour lever toute ambiguïté ». Mais le mal est fait. 

Poignée de main entre deux personnalités dans une salle d'assemblée parlementaire
Poignée de main entre deux personnalités dans une salle d'assemblée parlementaire — (source)

François-Xavier Bellamy et les 30 signataires : le casting d'une opposition déterminée

La tribune ne sort pas de nulle part. Ses signataires forment un panel hétéroclite mais lourd de sens. François-Xavier Bellamy, député européen et vice-président des Républicains, en est la figure politique la plus connue. Mais à ses côtés, on trouve des avocats, des médecins hospitaliers, des professeurs de droit et de philosophie. La diversité des profils est frappante : cette opposition ne vient pas seulement des milieux religieux, même si ceux-ci sont actifs. Des voix de la gauche et du monde médical rejoignent la critique.

Plusieurs soignants signataires exercent en soins palliatifs. Leur présence donne un poids particulier à l'argument central : la loi est construite « contre les soignants », selon les mots du Dr Ségolène Perruchio, présidente de la Société française d'accompagnement et de soins palliatifs (SFAP). Pour ces professionnels, « soin et mort provoquée sont incompatibles ». La tribune du JDD cristallise des mois de colère silencieuse.

La défense du ministre : « ni fête ni célébration »

Face à la polémique, Laurent Panifous a tenté de reprendre la main. Dans une déclaration à l'AFP, il explique que la réception visait à « échanger avec les membres de la Convention citoyenne sur le travail accompli ». Il insiste : « Il n'y a ni fête ni célébration de la mort. » Le CESE, de son côté, assume une maladresse de formulation. Les termes « cocktail de célébration » étaient « inappropriés », reconnaît l'institution.

Mais la défense du ministre n'a pas convaincu les opposants. Pour eux, cette maladresse révèle une vérité plus profonde : le gouvernement traite la question de la mort comme un dossier technique parmi d'autres. Le report de l'événement n'y change rien. La tribune a déjà atteint son objectif : placer le débat sur le terrain de l'éthique, loin des considérations de calendrier parlementaire.

Trois votes à l'Assemblée, trois refus du Sénat : le feuilleton politique d'une loi fracturée

Pour comprendre l'ampleur de la polémique, il faut remonter le fil législatif. La proposition de loi sur l'aide à mourir n'est pas le fruit d'une décision soudaine. Elle s'inscrit dans un processus de près de quatre ans, marqué par des rebondissements politiques et des fractures profondes entre les deux chambres du Parlement. 

Couverture de la proposition de loi sur l'aide à mourir, Assemblée nationale, 27 mai 2025.
Couverture de la proposition de loi sur l'aide à mourir, Assemblée nationale, 27 mai 2025. — (source)

L'Assemblée nationale a adopté le texte à trois reprises : en mai 2025 (305 voix pour, 199 contre), en février 2026 (299 pour, 226 contre), puis le 30 juin 2026 (295 pour, 232 contre). À chaque fois, la majorité s'est rétrécie, signe d'une coalition fragile. Le Sénat, dominé par la droite, a rejeté le texte trois fois. La commission mixte paritaire, censée trouver un compromis, a échoué le 2 juin 2026.

Résultat : le gouvernement a activé l'article 45 de la Constitution, qui permet à l'Assemblée nationale d'avoir le dernier mot. Le vote décisif est prévu le 15 juillet 2026 à 17 heures. C'est ce calendrier serré que dénoncent les opposants, y compris dans la tribune du JDD.

Du CCNE au Palais-Bourbon : quatre ans de débats sous perfusion politique

Le chemin vers ce vote a été long et sinueux. Tout commence en septembre 2022, avec l'avis 139 du Comité consultatif national d'éthique (CCNE), qui ouvre la voie à une évolution législative. Suit la Convention citoyenne sur la fin de vie, réunissant 184 citoyens tirés au sort. Après 27 jours de délibération, 75,6 % d'entre eux se prononcent en faveur de la légalisation de l'aide active à mourir.

En avril 2024, le gouvernement présente un texte unique mêlant soins palliatifs et aide à mourir. Mais la dissolution de juin 2024 suspend tout. Il faut attendre janvier 2025 pour que le Premier ministre décide de dédoubler le texte : une proposition de loi sur les soins palliatifs portée par Michèle Vidal, une autre sur l'aide à mourir portée par Olivier Falorni. Cette séparation, voulue pour apaiser les débats, n'a fait que les polariser davantage.

L'article 45 et la menace Larcher : le Conseil constitutionnel en dernière ligne

Le recours à l'article 45 de la Constitution n'est pas anodin. Cette procédure, qui donne le dernier mot à l'Assemblée nationale après un désaccord persistant avec le Sénat, est perçue par l'opposition comme un passage en force. Gérard Larcher, président (LR) du Sénat, a déjà annoncé qu'il saisirait le Conseil constitutionnel si le texte était adopté dans ces conditions.

Les enjeux de cette saisine sont considérables. Les sénateurs estiment que le texte pourrait violer plusieurs principes fondamentaux : la dignité de la personne humaine, le droit à la vie, et la protection des personnes vulnérables. Le Conseil constitutionnel devra trancher une question inédite en droit français : un droit à mourir est-il compatible avec la Constitution de la Ve République ? La décision, attendue dans les semaines suivant le vote, pourrait rebattre les cartes. Pour en savoir plus sur cette procédure et ses implications, notre article Gérard Larcher saisit le Conseil constitutionnel sur l'aide à mourir : les dessous d'une décision choc détaille les arguments juridiques en présence.

Suicide assisté, euthanasie, pronostic vital : que contient vraiment le droit à l'aide à mourir ?

Au-delà des polémiques politiques, le texte soumis au vote le 15 juillet a un contenu précis. Il crée un « droit à l'aide à mourir » qui recouvre deux pratiques distinctes : le suicide assisté et l'euthanasie. Cette double porte est une singularité juridique, peu de pays ayant choisi de réunir les deux dans un même cadre légal. 

Proposition d'amendements de France Assos Santé pour le droit à l'aide à mourir, février 2026
Proposition d'amendements de France Assos Santé pour le droit à l'aide à mourir, février 2026 — (source)

Les conditions d'accès sont cumulatives. Le patient doit être de nationalité française ou résider de manière stable sur le territoire. Il doit souffrir d'une affection grave et incurable engageant le pronostic vital à court ou moyen terme — formulation qui renvoie à un stade avancé ou terminal. Ses souffrances, physiques ou psychiques, doivent être réfractaires aux traitements ou insupportables. Enfin, il doit être capable d'exprimer une volonté libre et éclairée.

La procédure prévoit un délai d'instruction de 15 jours, avec une évaluation collégiale impliquant plusieurs médecins. Les directives anticipées du patient doivent être prises en compte, mais leur caractère contraignant reste un sujet de débat.

Euthanasie, suicide assisté : une double porte qui divise jusqu'aux partisans

La différence entre les deux pratiques est fondamentale. Dans le suicide assisté, le médecin prescrit une substance létale que le patient s'administre lui-même. Dans l'euthanasie, c'est le soignant qui réalise l'acte, sur demande explicite du patient. Le texte français autorise les deux, laissant au patient le choix de la méthode.

Cette double option est une source de division. Ses partisans y voient une souplesse nécessaire pour s'adapter à des situations médicales très diverses. Ses détracteurs, y compris au sein du monde médical, estiment que l'euthanasie place les soignants dans une position intenable : celle de donner la mort. La SFAP rappelle que « soin et mort provoquée sont incompatibles » et que la loi a été « bâtie contre les soignants et contre leur expertise ».

Le débat sur le « pronostic vital à court ou moyen terme » : un critère excluant pour les maladies lentes ?

La condition de « pronostic vital engagé à court ou moyen terme » est l'un des points les plus contestés du texte. L'Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité (ADMD), qui compte 84 000 membres et soutient la loi, exprime des réserves majeures. Pour elle, ce critère exclut de fait les personnes atteintes de maladies évolutives lentes, comme certaines formes de sclérose en plaques ou de maladies neurodégénératives.

« Un diagnostic de pronostic vital à court ou moyen terme est impossible à poser pour de nombreuses pathologies », explique l'ADMD sur son site. L'association regrette que le Parlement n'ait pas retenu la notion de « maladie grave et incurable » sans condition de délai. Les opposants au texte jugent au contraire que ce critère est déjà trop flou et qu'il ouvre la porte à des dérives. Le débat sur cette question est loin d'être clos.

« Moins d'un Français sur deux » : le scandale des soins palliatifs au cœur de l'accusation de la tribune

Le chiffre revient comme un leitmotiv dans la tribune du JDD : « moins d'un Français sur deux qui en aurait besoin » a accès à des soins palliatifs, selon la Cour des comptes. C'est le cœur de l'argumentaire des opposants. Pour eux, la loi sur l'aide à mourir n'est pas une réponse à une demande sociétale, mais une manière d'éviter d'investir massivement dans l'accompagnement de la fin de vie. 

Mains d'une personne âgée tenues par des mains plus jeunes, symbole de soin et de soutien.
Mains d'une personne âgée tenues par des mains plus jeunes, symbole de soin et de soutien. — (source)

La SFAP, première organisation française de soins palliatifs, est catégorique. Sa présidente, le Dr Ségolène Perruchio, déclare que la loi est « inenvisageable » et qu'elle a été « bâtie contre les soignants ». L'organisation rappelle que les soins palliatifs ne sont pas seulement une question de moyens financiers, mais aussi de formation des soignants et d'organisation territoriale. Dans de nombreux départements, l'accès à une unité de soins palliatifs relève du parcours du combattant.

« Un coup de force démocratique » ? Le calendrier serré qui exaspère l'opposition médicale

Les opposants dénoncent un « calendrier serré » imposé par le gouvernement pour éviter un véritable débat de fond sur les soins palliatifs. La SFAP a publié un communiqué cinglant : « Sur un sujet aussi profondément anthropologique, qui touche au rapport de toute une société à la mort, à la vulnérabilité et au soin, on ne saurait imposer ce que le débat n'a pas permis de construire. »

L'accusation de « coup de force démocratique » est reprise par plusieurs signataires de la tribune. Ils rappellent que le texte a été adopté par une majorité de plus en plus étroite à l'Assemblée nationale, et rejeté trois fois par le Sénat. Pour eux, forcer le passage par l'article 45 de la Constitution, c'est passer outre la volonté d'une partie significative des élus et des citoyens.

Inégalités sociales et territoriales : le cancer ne frappe pas tout le monde de la même façon

Une étude de la DREES, publiée le 4 juin 2026, ajoute une dimension sociale au débat. Elle montre que les Français les plus pauvres ont un risque bien plus élevé de développer des « cancers de mauvais pronostic ». Autrement dit, les inégalités sociales face à la maladie sont déjà massives. Les opposants à la loi craignent que l'aide à mourir ne devienne une « médecine à deux vitesses », où les plus vulnérables se verraient proposer la mort faute d'accès à des soins palliatifs de qualité. 

Affiche de la Conférence des évêques de France contre l'euthanasie et le suicide assisté
Affiche de la Conférence des évêques de France contre l'euthanasie et le suicide assisté — (source)

Cette inquiétude rejoint celle exprimée par plusieurs députés de gauche, qui ont dénoncé une « rupture d'égalité » dans le débat parlementaire. Notre article Aide à mourir : Belluco, Potier, Peu dénoncent une « rupture d'égalité » revient en détail sur ces arguments. La tribune du JDD s'inscrit dans cette même logique : elle relie directement l'accès insuffisant aux soins palliatifs et le risque de voir l'aide à mourir devenir une solution de facilité pour les plus démunis.

La Sicile, les congrégations catholiques : une mobilisation sociétale qui dépasse les clivages politiques

L'opposition à la loi dépasse largement le cadre politique traditionnel. Les milieux catholiques sont très actifs, avec des congrégations religieuses qui menacent de quitter la France si le texte est adopté. Mais la critique vient aussi de figures de la gauche citoyenne et de soignants non croyants.

Cette diversité des opposants rend le débat particulièrement complexe. Il ne s'agit pas simplement d'un clivage droite-gauche ou laïcs-religieux. La question de la fin de vie touche à des valeurs fondamentales qui traversent toute la société. La tribune du JDD en est une illustration : elle réunit des personnes qui ne sont pas d'accord sur grand-chose par ailleurs, mais qui partagent une même inquiétude face à ce qu'elles perçoivent comme une dérive.

Clémence Pasquier et le droit de choisir : la quête d'autonomie des patients en bout de course

Donner la parole aux opposants ne suffit pas. Pour comprendre la complexité du débat, il faut aussi écouter ceux qui attendent cette loi depuis des années. Clémence Pasquier est l'un de ces visages. Jeune femme d'une trentaine d'années, elle est en soins palliatifs et membre de l'association « Les Éligibles et leurs Aidants ». Dans un entretien publié après le vote du 30 juin, elle confie sa « déception » face à des débats qu'elle juge « expéditifs ».

« J'ai cette impression que de toutes les façons, aucun argument ne peut être recevable maintenant que la machine est enclenchée », explique-t-elle. Sa position est nuancée : elle est favorable à la loi, mais elle insiste sur la nécessité de maintenir un accompagnement humain et médical de qualité. Pour elle, le droit à l'aide à mourir ne doit pas se substituer aux soins palliatifs, mais les compléter.

L'ADMD, qui soutient la loi, partage cette vision. L'association a publié une série de points de vigilance sur son site officiel, consultable à l'adresse loifindevie.admd.org. Elle demande notamment que les directives anticipées deviennent impératives et non simplement consultatives, et que la collégialité médicale ne devienne pas un moyen de bloquer la volonté du patient.

« Personne ne devrait avoir à se battre pour mourir dignement »

Pour les partisans de la loi, l'enjeu est celui de l'autonomie individuelle. Ils comparent cette avancée à la dépénalisation de l'IVG ou à la loi sur le mariage pour tous. Le droit de mourir dans la dignité serait le dernier bastion des libertés individuelles, celui qui permet à chacun de décider de sa propre fin. 

Le Sénat en séance, hémicycle orné de statues et boiseries
Le Sénat en séance, hémicycle orné de statues et boiseries — (source)

Cet argument résonne particulièrement chez les jeunes générations. Une enquête récente montre que les 18-30 ans sont majoritairement favorables à l'aide à mourir, mais avec des réserves fortes sur les conditions d'accès. Pour eux, la question n'est pas seulement médicale : elle engage leur rapport à la souffrance, à l'autonomie et à la solidarité.

Directives anticipées et collégialité : ce que la loi n'a pas réglé

Même les soutiens de la loi reconnaissent que le texte comporte des zones d'ombre. L'ADMD pointe plusieurs points non résolus. Les directives anticipées, qui permettent à une personne d'exprimer ses volontés pour le cas où elle ne serait plus en état de le faire, restent consultatives dans le texte actuel. L'association demande qu'elles deviennent impératives.

Autre point sensible : la collégialité médicale. Le texte prévoit que la décision finale soit prise par le médecin après avis d'une équipe pluridisciplinaire. L'ADMD craint que cette procédure ne devienne un moyen de bloquer la volonté du patient, en particulier dans les établissements où les soignants sont réticents à appliquer la loi. Ces questions seront au cœur des débats sur l'application future du texte.

Autonomie, vulnérabilité et inégalités : ce que le débat sur l'aide à mourir dit aux 16-25 ans

Le débat sur l'aide à mourir dépasse la seule question de la fin de vie. Pour les jeunes générations, il engage leur rapport à la souffrance, à l'autonomie et à la solidarité. Trois angles concrets méritent d'être explorés : la charge invisible des jeunes aidants, la peur de la dérive eugéniste, et la question du modèle de société.

Ces questions ne sont pas théoriques. Un jeune sur dix est aujourd'hui aidant d'un proche malade ou âgé. La perspective d'un « droit à mourir » soulage-t-elle leur fardeau ou le déplace-t-elle ? La réponse n'est pas simple. D'un côté, la loi pourrait éviter des mois de souffrance à un parent. De l'autre, elle pourrait créer une pression morale inconsciente sur le malade pour « ne pas être un poids ».

Jeunes aidants : la fin de vie et le fardeau invisible des moins de 25 ans

Les jeunes aidants sont les grands oubliés du débat. Pourtant, ils sont des centaines de milliers en France. Leur quotidien est rythmé par les soins, les rendez-vous médicaux et l'épuisement psychologique. Pour certains, l'aide à mourir représente une issue pour un proche qui souffre. Pour d'autres, c'est une angoisse supplémentaire : et si leur parent choisissait la mort parce qu'il se sent un fardeau ?

Cette question est au cœur des préoccupations des associations de jeunes aidants. Elles demandent que la loi prévoie un accompagnement psychologique spécifique pour les proches, avant et après la procédure. Le texte actuel reste flou sur ce point. C'est l'une des critiques que même les partisans de la loi adressent au gouvernement.

Le spectre de la dérive eugéniste : une peur qui traverse toute la société

L'argument le plus sensible des opposants est celui de la dérive eugéniste. Une fois le droit posé, ne risque-t-on pas de glisser vers une incitation à mourir pour les personnes handicapées, âgées ou en situation de précarité ? Les études sur les inégalités face au cancer, notamment celle de la DREES, étayent cette crainte.

Les opposants ne disent pas que la loi est eugéniste dans son intention. Ils disent qu'elle pourrait le devenir dans ses effets, si elle n'est pas accompagnée d'un investissement massif dans les soins palliatifs et l'accompagnement social. La tribune du JDD formule cette crainte avec une brutalité assumée : « une courte majorité de parlementaires règle bientôt le scandale de l'accès défaillant aux soins palliatifs par un accès aussi large à l'administration de la mort ».

Quel modèle de société ? Les leçons de Jersey pour les générations futures

Pour éclairer le débat, un regard vers l'étranger peut être utile. L'île de Jersey a légalisé l'aide à mourir avec un cadre très strict. La loi y est appliquée depuis plusieurs années, et les retours sont contrastés. Certains y voient un modèle de régulation efficace, d'autres pointent des dérives dans l'application. Le cas jerseyais est suivi de près par les législateurs français, comme le montre notre article Jersey légalise l'aide à mourir : un modèle pour la France ?.

Pour les jeunes générations, le choix est clair. Veulent-elles une société qui investit massivement dans les soins palliatifs pour accompagner jusqu'au bout — le modèle dit du « care » ? Ou une société qui offre une porte de sortie légale et digne — le modèle libéral ? La réponse n'est pas donnée, mais le cadre du choix est posé. Les 16-25 ans d'aujourd'hui seront ceux qui devront trancher, quelle que soit l'issue du vote du 15 juillet.

Conclusion : entre soins palliatifs et liberté de choix, quelle humanité pour demain ?

Le vote du 15 juillet n'est pas une fin en soi. Il sera très probablement suivi d'un recours au Conseil constitutionnel, comme l'a annoncé Gérard Larcher. La tribune du JDD, au-delà de son ton polémique, a posé une question centrale : une société se définit-elle par la façon dont elle protège ses membres les plus vulnérables jusqu'au bout, ou par la liberté qu'elle leur donne de choisir leur propre fin ?

Cette tension entre idéal d'accompagnement et droit à l'autodétermination est au cœur du débat. Les opposants à la loi, qu'ils soient soignants, élus ou citoyens, mettent en garde contre le risque d'une société qui choisit la mort faute de moyens pour accompagner. Les partisans, eux, voient dans ce texte une avancée majeure pour les libertés individuelles, au même titre que les grandes lois sociétales des dernières décennies.

L'incertitude juridique qui plane sur le texte ajoute à la complexité de la situation. Le Conseil constitutionnel devra trancher des questions inédites : un droit à mourir est-il compatible avec les principes de dignité et de protection de la vie inscrits dans la Constitution ? La réponse pourrait rebattre les cartes et obliger le législateur à revoir sa copie.

Quoi qu'il arrive, les prochains chantiers sont immenses. Le plan décennal des soins palliatifs, promis par le gouvernement, devra être mis en œuvre rapidement pour répondre à la critique centrale de la tribune : l'accès insuffisant aux soins palliatifs. Sans cet investissement, le débat sur l'aide à mourir restera marqué par une suspicion légitime : celle d'une société qui préfère offrir la mort plutôt que d'assurer à tous une fin de vie digne et accompagnée.

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Questions fréquentes

Pourquoi le cocktail sur l'aide à mourir fait-il polémique ?

Le ministre Laurent Panifous prévoyait un « cocktail de célébration » le 15 juillet 2026 pour fêter l'adoption de la loi sur l'aide à mourir. Une tribune dans le JDD, signée par trente personnalités, a dénoncé une « perte d'humanité » et l'idée de célébrer la mort. L'événement a finalement été reporté.

Quel est le contenu de la loi sur l'aide à mourir ?

Le texte crée un droit à l'aide à mourir incluant suicide assisté et euthanasie. Les conditions d'accès sont : maladie grave et incurable engageant le pronostic vital à court ou moyen terme, souffrances réfractaires, et capacité à exprimer une volonté libre et éclairée. Un délai d'instruction de 15 jours avec évaluation collégiale est prévu.

Pourquoi les soins palliatifs sont-ils au cœur du débat ?

La tribune du JDD rappelle que moins d'un Français sur deux a accès aux soins palliatifs, selon la Cour des comptes. Les opposants accusent le gouvernement de régler ce scandale par un accès large à la mort plutôt que par un investissement massif. La SFAP juge la loi « bâtie contre les soignants ».

Que conteste le Sénat sur la loi d'aide à mourir ?

Le Sénat, dominé par la droite, a rejeté le texte trois fois. Gérard Larcher a annoncé saisir le Conseil constitutionnel, estimant que la loi pourrait violer la dignité humaine, le droit à la vie et la protection des personnes vulnérables. Le gouvernement a activé l'article 45 pour que l'Assemblée ait le dernier mot.

Qui a signé la tribune contre le cocktail sur la mort ?

La tribune du JDD a été signée par une trentaine de personnalités, dont François-Xavier Bellamy, des avocats, des médecins hospitaliers et des professeurs de droit. Plusieurs soignants en soins palliatifs ont participé, donnant du poids à l'argument que la loi est construite contre les soignants.

Sources

  1. bfmtv.com · bfmtv.com
  2. fr.aleteia.org · fr.aleteia.org
  3. franceinfo.fr · franceinfo.fr
  4. genethique.org · genethique.org
  5. Aide à mourir : dans le JDD, une tribune dénonce la perte de «tout sens de l'humanité» · lefigaro.fr
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Sarah Imbot @street-voice

Originaire de Saint-Denis, je raconte la société française telle que je la vis : les quartiers, les galères du quotidien, mais aussi les solidarités qu'on ne montre jamais à la télé. Bénévole dans une asso d'aide aux devoirs, je crois au pouvoir des histoires de terrain.

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