Le 9 avril 2026, les partenaires sociaux ont acté l'impossibilité de parvenir à un accord sur les contrats courts, après cinq séances de négociation. Selon plusieurs représentants syndicaux cités par bfmtv.com, les positions syndicales et patronales étaient trop éloignées.

L'impasse laisse en place un système connu : une flexibilité maximale à l'embauche pour les entreprises, et une précarité concentrée sur les mêmes salariés, en premier lieu les jeunes.
L'embauche se fait en CDD, l'emploi reste en CDI
Les contrats courts pèsent peu dans le stock d'emploi mais écrasent les flux d'embauche. Leur part s'établit à 9,4 % de l'emploi total en 2025, selon l'Insee, en baisse depuis 2023.
À l'entrée, c'est l'inverse : 85,3 % des embauches sont en CDD au premier trimestre 2026, selon la Dares. Et ces contrats se sont raccourcis. D'après les chiffres présentés par l'Unédic aux partenaires sociaux, la moitié des CDD dure seulement quatre jours.
Autrement dit, beaucoup de salariés enchaînent les missions de quelques jours sans basculer vers un poste stable. Les entreprises gardent la main sur les plannings et les effectifs, les salariés absorbent les coupures, les démarches répétées et les mois incomplets.
Les jeunes en première ligne
Les jeunes restent beaucoup plus concernés que les autres. Seuls 39,8 % des 15-24 ans en emploi sont en CDI, contre 76,2 % des 25 ans ou plus.
C'est là que le coût de la flexibilité se voit le plus concrètement : difficulté à obtenir un logement, à rassurer un bailleur, à lisser un budget quand les contrats durent quelques jours. Quand l'accès au CDI recule pour une génération, c'est l'installation dans la vie adulte qui se complique.
Ce qui a fait capoter l'accord du 9 avril
La négociation a buté sur deux points très concrets.
D'un côté, le Medef, la CPME et l'U2P voulaient permettre d'enchaîner plus de deux CDD sans délai de carence et faciliter le recours aux heures complémentaires pour les salariés à temps partiel, selon bfmtv.com. Pour le patronat, il s'agit de répondre aux à-coups d'activité sans multiplier les contraintes.
De l'autre, la prime de précarité a cristallisé le désaccord. Elle n'est versée qu'à l'issue d'un contrat à durée déterminée classique si le salarié n'enchaîne pas directement sur un autre contrat dans la même entreprise, ou à la fin d'une mission d'intérim. À l'inverse, un salarié en CDD d'usage ou un saisonnier, comme un moniteur de ski ou un serveur saisonnier, n'y a pas droit à l'issue de son contrat, toujours selon bfmtv.com.
C'est tout l'angle mort du système actuel : les contrats les plus courts et les plus répétés ne sont pas toujours ceux qui ouvrent une compensation.
Pour comprendre l'écart entre les statuts, lire CDI ou intérim : quel contrat paie vraiment plus ? pour comparer ce que chaque contrat apporte vraiment une fois la mission terminée.
En attendant, le statu quo profite aux mêmes
Faute d'accord, rien ne change pour l'instant. Les entreprises conservent la possibilité de recourir massivement aux CDD très courts pour ajuster leurs effectifs. Les salariés en contrats hachés continuent de payer la flexibilité par de l'instabilité : revenus en dents de scie, droits sociaux plus difficiles à construire, projections limitées.
On ne sait pas quelle décision prendra le gouvernement après cet échec, ni avec quel calendrier. À surveiller : un éventuel encadrement de l'enchaînement des CDD, une évolution des règles du délai de carence, et surtout tout changement sur la prime de précarité pour les CDD d'usage et les saisonniers.