Jibril Rajoub, président de la Fédération palestinienne de football, n'a pas obtenu de visa pour entrer aux États-Unis et assister à la Coupe du monde de la FIFA 2026. Bloqué à Mexico depuis le match d'ouverture, il dénonce une décision politique qui prive le football palestinien de sa voix dans le plus grand tournoi jamais organisé. Ce refus s'inscrit dans un durcissement migratoire américain qui touche plusieurs fédérations, tandis que le Canada avait déjà exclu trois cadres palestiniens du Congrès FIFA d'avril dernier.

Jibril Rajoub coincé à Mexico : la Coupe du monde 2026 commence sans son président palestinien
Le 11 juin 2026, le stade Azteca de Mexico vibrait pour le match d'ouverture entre le Mexique et l'Afrique du Sud. Dans les travées, un invité de marque assistait à la rencontre : Jibril Rajoub, président de la Fédération palestinienne de football. Il avait fait le déplacement depuis Ramallah, traversé l'Atlantique, posé ses valises dans la capitale mexicaine. Mais il ne pouvait pas aller plus loin.
Les États-Unis lui ont refusé le visa d'entrée sur leur territoire. Or la Palestine doit disputer ses matchs de phase de groupes aux États-Unis, et Rajoub espérait accompagner son équipe. Il est désormais coincé dans un hôtel mexicain, accrédité par la FIFA mais interdit de territoire américain. Une situation absurde pour un tournoi que Gianni Infantino présente comme « le plus inclusif de l'histoire ».
Le calendrier de la Coupe du monde 2026 se resserre, Rajoub reste bloqué à l'hôtel mexicain
Rajoub a vu le Mexique battre l'Afrique du Sud 2-0 depuis les gradins du stade Azteca. Il fait partie de ces personnes officiellement accréditées par la FIFA mais que les autorités américaines ont jugées indésirables. Le décalage est saisissant : le Mondial le plus ouvert de l'histoire, avec 48 équipes et trois pays hôtes, commence, et son dirigeant ne peut pas y assister.
La Palestine doit affronter ses adversaires dans des stades américains. Rajoub voulait être présent pour soutenir les joueurs, rencontrer les dirigeants des autres fédérations, défendre les intérêts du football palestinien. À la place, il attend. Le temps passe. Les matchs s'enchaînent. Lui reste à Mexico, incapable de franchir la frontière nord.

« Abuser du droit de tous les footballeurs » : la colère d'un dirigeant mis au ban
Dans une déclaration à l'Associated Press, Rajoub a exprimé sa colère. « Je ne crois pas qu'il soit juste d'utiliser, d'abuser et de nier le droit de tous les footballeurs du monde entier d'y assister », a-t-il lancé. La phrase est soigneusement choisie : il ne parle pas seulement de son cas personnel, mais d'un droit collectif.
Sa stratégie de communication est claire. En transformant un refus individuel en cause universelle, Rajoub espère mobiliser l'opinion sportive internationale. Il rappelle que la Coupe du monde appartient à toutes les fédérations membres de la FIFA, pas seulement à celles que Washington accepte. L'impact de cette déclaration dépasse le cercle diplomatique : elle pose la question de l'indépendance du sport face aux politiques migratoires des États hôtes.
Un silence officiel de Washington qui pèse lourd
Les autorités américaines n'ont commenté aucun cas individuel. Pas un mot sur Rajoub, pas une explication sur les critères qui ont motivé le refus. Ce silence est en soi une décision politique.
Depuis début 2025, Washington a renforcé les restrictions visant les détenteurs de passeports palestiniens, en particulier ceux ayant travaillé pour l'Autorité palestinienne. Rajoub, ancien chef des services de sécurité palestiniens et dirigeant du Fatah, coche toutes les cases. Mais en refusant de s'expliquer, les États-Unis évitent le débat public. Ils laissent planer le doute, et avec lui, la suspicion que le sport n'est qu'un prétexte.

Coupe du monde Canada 2026 : le précédent d'avril qui annonçait la fracture
Le refus américain n'est pas un incident isolé. Il s'inscrit dans un schéma qui s'est dessiné plusieurs semaines plus tôt, côté canadien. En avril 2026, trois responsables de la Fédération palestinienne de football se sont vu refuser l'entrée au Canada pour assister au Congrès annuel de la FIFA à Vancouver.
Cette réunion est considérée comme le coup d'envoi officieux du Mondial. Les 211 fédérations membres s'y retrouvent pour élire les instances, voter les réformes, échanger. La Palestine espérait y porter ses dossiers. Elle en a été empêchée.
Trois cadres palestiniens exclus du Congrès FIFA de Vancouver
Le 30 avril 2026, Vancouver devait accueillir le Congrès FIFA. Jibril Rajoub, le secrétaire général de la PFA et le responsable des affaires juridiques avaient fait leurs valises. Leurs demandes de visa ont été rejetées par Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC).
L'agence canadienne refuse de commenter les cas individuels, mais confirme que les décisions sont prises au cas par cas. Aucune explication officielle n'a été fournie aux intéressés. Les trois cadres palestiniens sont restés chez eux, tandis que leurs homologues des autres fédérations débattaient à Vancouver des grandes orientations du football mondial.

Les démarches officielles de la PFA auprès de la FIFA restées lettres mortes
La PFA a immédiatement saisi la FIFA. Elle a demandé à Gianni Infantino d'intercéder auprès des autorités canadiennes pour obtenir un assouplissement. La réponse a été le silence.
La FIFA n'a publié aucun communiqué, n'a exprimé aucune inquiétude publique. L'instance suprême du football mondial, celle qui vend les droits télévisés pour 13 milliards de dollars, celle qui dicte les règles du jeu, s'est trouvée impuissante face à la souveraineté d'un État hôte. Le message est clair : la FIFA vend des droits, mais ne garantit pas l'accès.
La question des colonies israéliennes : le contentieux que la Palestine voulait porter à la tribune
Pourquoi la Palestine tenait-elle tant à être présente à Vancouver ? Au-delà des formalités protocolaires, les responsables palestiniens voulaient relancer un dossier brûlant : celui des clubs israéliens jouant dans les colonies de Cisjordanie.
Depuis des années, la Palestine dénonce la présence de clubs israéliens sur des territoires qu'elle considère comme occupés. Elle demande à la FIFA d'interdire ces matchs. En mars 2026, l'instance a clos le sujet en invoquant le statut légal non résolu du territoire. Les Palestiniens comptaient sur le Congrès de Vancouver pour rouvrir le débat. Le refus de visa les en a privés.

Coupe du monde de football 2026 : quand la machine Trump dicte la liste des invités
Le cas Rajoub ne relève pas d'une décision arbitraire isolée. Il s'inscrit dans un système migratoire soigneusement verrouillé par l'administration Trump. Depuis son retour à la Maison Blanche en janvier 2025, le président américain a multiplié les restrictions d'entrée sur le territoire.
Les proclamations présidentielles de 2025 ont ciblé des dizaines de pays, avec un durcissement particulier contre les détenteurs de passeports palestiniens. Le résultat est sans appel : plusieurs fédérations qualifiées pour le Mondial se retrouvent privées de leurs dirigeants, et des supporters entiers ne pourront pas franchir la frontière.
La liste noire de la Maison Blanche : passeports palestiniens et ressortissants de 39 pays ciblés
L'administration Trump a émis deux proclamations restreignant l'entrée des ressortissants de 39 pays. Les personnes venant de ces nations ne peuvent pas obtenir de visa pour les États-Unis, sauf exceptions très limitées.
Parmi les 48 équipes qualifiées pour la Coupe du monde, quatre sont directement frappées par cette interdiction : la Côte d'Ivoire, Haïti, l'Iran et le Sénégal. Les supporters de ces pays ne pourront pas voir leurs équipes jouer sur le sol américain. Quant aux détenteurs de passeports palestiniens, ils sont soumis à des restrictions encore plus sévères, en particulier ceux ayant occupé des fonctions au sein de l'Autorité palestinienne.

Caution à 15 000 dollars : le visa bond program qui piège les supporters
Depuis le 2 avril 2026, le département d'État américain a élargi son « Visa Bond Program ». Ce programme impose aux citoyens de 50 pays de verser une caution pouvant atteindre 15 000 dollars avant de pouvoir voyager temporairement aux États-Unis pour affaires ou tourisme.
Cinq nations qualifiées pour le Mondial sont concernées : l'Algérie, le Cap-Vert, la Côte d'Ivoire, le Sénégal et la Tunisie. Pour un supporter algérien ou tunisien, assister à un match de son équipe aux États-Unis suppose de débourser 15 000 dollars en garantie, une somme inaccessible pour la grande majorité des familles. La FIFA aurait demandé des exemptions pour les joueurs et le staff, mais le sort des supporters reste incertain.
Notre article sur la caution visa États-Unis à 15 000 dollars pour 12 nouveaux pays détaille les conditions de ce programme et ses conséquences pour les voyageurs.
Iran et Ghana : les autres fédérations prises dans le même filet migratoire

Rajoub n'est pas le seul dirigeant bloqué. Le président de la Fédération iranienne, Mehdi Taj, ancien commandant des gardiens de la révolution, n'a pas non plus obtenu de visa américain. L'Iran a dû déplacer son camp de base de Tucson, en Arizona, à Tijuana, au Mexique. Les joueurs et l'encadrement nécessaire ont obtenu leurs autorisations, mais les hauts responsables sont persona non grata.
Comme nous l'expliquions dans notre article sur l'Iran préparant son Mondial depuis la Turquie, la situation iranienne illustre les tensions géopolitiques qui entourent ce Mondial. L'équipe iranienne a finalement atterri au Mexique, comme le relate notre article sur l'atterrissage de l'avion iranien au Mexique.
Côté ghanéen, Thomas Partey a été interdit d'entrée au Canada. Le milieu de terrain, accusé de viols au Royaume-Uni, s'est vu refuser son visa canadien. La FIFA a confirmé qu'il ne pourrait pas se rendre à Toronto pour affronter le Panama. Dans son communiqué, l'instance a précisé : « Comme lors des précédents événements de la FIFA, c'est au gouvernement hôte qu'il revient en dernier ressort de décider qui obtient un visa. »
Infantino et l'édredon diplomatique : « C'est au gouvernement hôte de décider »
Le 11 juin 2026, Gianni Infantino a tenu sa grande conférence de presse d'avant-tournoi au stade Azteca. Le président de la FIFA a jonglé entre les langues, rendu hommage à un journaliste emprisonné en Algérie, et surtout vendu son Mondial. Les retombées financières attendues pour le cycle 2023-2026 dépassent les 13 milliards de dollars.
Mais sur les visas refusés, Infantino a esquivé. Pas une phrase sur Rajoub, pas un mot sur les supporters exclus. À la place, une formule qui résume toute la contradiction du football moderne : « C'est au gouvernement hôte en dernier ressort de décider qui obtient un visa. »

Le discours « inclusif » de Mexico fracassé par la réalité des visas
Infantino a présenté cette Coupe du monde comme « la plus inclusive, accueillante et fédératrice à ce jour ». 48 équipes, trois pays, 104 matchs : les chiffres donnent le vertige. Mais le contraste est violent entre ce discours marketing et la réalité des dirigeants bloqués aux frontières.
Le président de la FIFA parle de « plus grand événement que l'humanité ait jamais connu ». Pendant ce temps, Rajoub attend dans un hôtel mexicain, Mehdi Taj ne peut pas mettre un pied aux États-Unis, et les supporters iraniens, ivoiriens ou haïtiens ne verront pas leurs équipes. L'inclusivité a des limites, et ces limites sont fixées par Washington et Ottawa.
Le précédent de la règle FIFA : un abandon de souveraineté sportive ?
La phrase « c'est au gouvernement hôte en dernier ressort de décider qui obtient un visa » est devenue le bouclier juridique de la FIFA. Elle permet à l'instance de se dédouaner de toute responsabilité. Mais cette clause est-elle une simple protection légale ou un abandon délibéré des valeurs du sport ?
Le football se veut universel. La FIFA réunit 211 fédérations, quel que soit le régime politique de leur pays. Mais quand vient le moment d'accueillir ces fédérations chez les pays hôtes, l'universalisme s'arrête là où commence la souveraineté nationale. Infantino a choisi de ne pas défendre ses membres. Il a préféré préserver les relations avec les États-Unis et le Canada, qui génèrent des recettes considérables.
La Coupe du monde la plus controversée de l'histoire ?
La BBC a listé les angles polémiques de ce Mondial : coût exorbitant pour les supporters, tensions géopolitiques, conditions climatiques extrêmes, sécurité, pollution. Mais la question des visas devient le marqueur principal d'un tournoi où l'accès au stade est dicté par le passeport.
Jamais une Coupe du monde n'avait vu autant de dirigeants exclus de la compétition. Jamais les supporters n'avaient été confrontés à un tel mur migratoire. La promesse d'un football ouvert à tous se heurte à la réalité d'un monde fracturé, où le sport n'échappe pas aux lignes de fracture géopolitiques.
Jibril Rajoub, un chef de la résistance au ballon rond
Pour comprendre pourquoi Rajoub est une cible prioritaire, il faut plonger dans son parcours. Il n'est pas seulement un dirigeant sportif. C'est un homme politique de premier plan, un ancien chef des services de sécurité palestiniens, un cadre historique du Fatah.
Son profil dérange Washington. Il incarne une Autorité palestinienne que l'administration Trump a marginalisée. Et il porte un dossier que la FIFA a préféré enterrer : celui des clubs israéliens jouant dans les colonies de Cisjordanie.
De la sécurité palestinienne à la tête du football : le profil politique qui dérange Washington
Jibril Rajoub est né en 1953 à Hébron. Il a passé 17 ans dans les prisons israéliennes avant de devenir l'un des principaux responsables de la sécurité intérieure palestinienne sous Yasser Arafat. Il a dirigé le service de prévention et de sécurité nationale, avant de se tourner vers le sport.
Président du Comité olympique palestinien et secrétaire général du comité central du Fatah, Rajoub est un poids lourd politique. Il entretient des relations complexes avec Israël, tantôt adversaire, tantôt interlocuteur. Mais pour l'administration Trump, il reste un dirigeant de l'Autorité palestinienne, une entité que Washington a marginalisée depuis 2025.

Le combat contre les clubs israéliens en Cisjordanie : le contentieux historique
Depuis des années, Rajoub porte un dossier épineux devant la FIFA. Il dénonce la présence de clubs israéliens jouant dans les colonies de Cisjordanie, territoires considérés comme occupés par le droit international. Pour lui, ces matchs violent les statuts de la FIFA, qui interdit à ses membres d'organiser des compétitions sur le territoire d'un autre membre sans son accord.
La FIFA a examiné ce dossier en mars 2026. Sa conclusion : aucune action, en raison du statut légal non résolu du territoire. Une décision qui a frustré les Palestiniens. Le refus de visa peut être lu comme une sanction pour cette obstination. En empêchant Rajoub de plaider sa cause, Washington et Ottawa coupent court au débat.
Le sport palestinien comme champ de bataille diplomatique
La Palestine est membre de la FIFA depuis 1998 et du Comité international olympique depuis 1995. Chaque compétition internationale est pour elle un enjeu de reconnaissance. Le simple fait d'être présent, de porter le maillot, de hisser le drapeau, est un acte politique.
Le visa devient une arme pour limiter cette reconnaissance. En empêchant les dirigeants palestiniens de voyager, les États hôtes réduisent leur capacité à nouer des alliances, à porter leurs dossiers, à exister sur la scène sportive internationale. C'est un précédent dangereux : si le sport devient un outil de pression diplomatique, c'est toute la neutralité des compétitions internationales qui vacille.
Jouer la Coupe du monde 2026 sans son président : le pari palestinien
Sur le terrain, l'équipe de Palestine doit composer sans son président. Les joueurs sont aux États-Unis, concentrés sur leur préparation. Rajoub est à Mexico. La distance physique est de quelques centaines de kilomètres. La distance politique est immense.
Mais l'absence de leur président n'empêche pas les joueurs de jouer. Ils ont un match à gagner, un pays à représenter, un drapeau à défendre. Le football palestinien a l'habitude des obstacles. Ce n'est pas un visa refusé qui les arrêtera.
Sur le terrain, l'équipe de Palestine à l'épreuve d'un boycott symbolique
Les matchs de la Palestine dans le tournoi se déroulent sans leur président dans les tribunes. Les joueurs sont encadrés par leur staff technique, soutenus par les supporters présents dans les stades. Mais l'absence de Rajoub est un vide symbolique.
Elle prive l'équipe d'une voix politique dans les coulisses du tournoi. Elle réduit la couverture médiatique du football palestinien. Et elle envoie un message aux joueurs : leur pays n'est pas le bienvenu. Pourtant, sur le terrain, ils jouent. Ils portent le maillot. Ils existent.
En dehors, la diaspora se mobilise pour transformer le refus en tribune
La diaspora palestinienne aux États-Unis et au Canada s'est mobilisée. Des associations organisent des rassemblements devant les stades, des campagnes sur les réseaux sociaux, des pétitions. Le refus de visa devient un outil de communication.
« Ils ne veulent pas nous voir, donc nous parlons plus fort », résume un militant. Le silence imposé par Washington est retourné en tribune. Chaque match de la Palestine est désormais un acte de résistance. Chaque but, une réponse au visa refusé.
Conclusion : Quand le visa devient la règle du jeu du football mondial
La Coupe du monde 2026 devait être la plus inclusive de l'histoire. Elle devient, par la force des choses, la plus fracturée. Le cas Rajoub n'est pas une anomalie administrative. C'est un symptôme de la confrontation entre l'universalisme sportif et les souverainetés nationales.
Les États-Unis et le Canada ont imposé leurs règles migratoires. La FIFA a choisi de ne pas intervenir. Le résultat est un Mondial à plusieurs vitesses, où l'accès au stade dépend du passeport que l'on possède, pas du talent que l'on a.
Les futurs Mondiaux s'annoncent encore plus complexes. En 2030, le tournoi se jouera au Maroc, en Espagne et au Portugal. En 2034, il aura lieu en Arabie saoudite. Chacun de ces pays a ses propres politiques migratoires, ses propres tensions géopolitiques, ses propres listes noires. Le football joue son unité sur ce terrain miné.
En attendant, Jibril Rajoub attend à Mexico. Il regarde les matchs à la télévision, dans sa chambre d'hôtel. Il espère que la FIFA finira par intervenir. Mais le temps passe, et le silence de Washington reste total. La Coupe du monde continue sans lui.