Entrée de la ferme de viande cultivée RespectFarms aux Pays-Bas, accueillant les premiers visiteurs publics lors de son ouverture officielle.
Sciences

Première ferme de viande cultivée au monde aux Pays-Bas

RespectFarms a inauguré la première ferme de viande cultivée au monde à Schipluiden, aux Pays-Bas, intégrée à une exploitation laitière existante avec production en bioréacteur.

As-tu aimé cet article ?

Début juin 2026, dans la petite ville de Schipluiden, aux Pays-Bas, quelque chose d'inédit a eu lieu. Ce n'est pas une usine high-tech blanche comme on l'imagine souvent, mais une véritable ferme laitière, avec ses vaches, ses champs, et des bioréacteurs dans un bâtiment adjacent. RespectFarms a officiellement inauguré ce qu'elle présente comme la première ferme de viande cultivée au monde, directement intégrée à une exploitation agricole existante. Son exploitant, le laitier Corné van Leeuwen, est devenu le premier fermier à produire de la viande cultivée en complément de son lait.

Entrée de la ferme de viande cultivée RespectFarms aux Pays-Bas, accueillant les premiers visiteurs publics lors de son ouverture officielle.
Entrée de la ferme de viande cultivée RespectFarms aux Pays-Bas, accueillant les premiers visiteurs publics lors de son ouverture officielle. - (source)

La viande cultivée, expliquée simplement

Imaginez un bioréacteur comme une grande cuve de fermentation. Sauf qu'au lieu de levures pour faire du pain ou de la bière, on y place des cellules animales. Des cellules prélevées chez un animal - sans le tuer - sont mises en culture dans un environnement contrôlé, nourries avec des nutriments, de l'oxygène et des facteurs de croissance. Les cellules se multiplient, se différencient, et forment progressivement un tissu comestible. C'est de la viande, mais cultivée dans une cuve plutôt que produite dans un champ.

Ce procédé supprime la phase d'élevage et d'abattage. Il reste toutefois deux obstacles majeurs : le coût du milieu de culture et la capacité de production à grande échelle.

RespectFarms : la viande cultivée à la ferme, pas dans l'usine

L'idée de RespectFarms est originale. Là où la plupart des projets de viande cultivée visent des unités de production industrielles, celui-ci s'implante au coeur d'une ferme laitière fonctionnelle. Le bâtiment accueillant les bioréacteurs jouxte les étables, et le projet vise un modèle où le fermier produit lui-même la viande cultivée en complément de son activité agricole existante.

Le dispositif a d'abord été installé en 2025 ; l'inauguration du 5 juin 2026 marque le passage à une phase de démonstration à plus large échelle. L'objectif annoncé : prouver en 18 mois que la production de viande cultivée est techniquement et économiquement réalisable dans ce contexte agricole.

Vue de l'installation de production de viande cultivée de RespectFarms, la première ferme de ce type au monde, aux Pays-Bas.
Vue de l'installation de production de viande cultivée de RespectFarms, la première ferme de ce type au monde, aux Pays-Bas. - (source)

Le programme de recherche porte sur trois axes :

  • La sélection de cellules animales adaptées à une utilisation respectueuse de l'animal.
  • L'alimentation circulaire des cellules, c'est-à-dire des milieux de culture à base de sous-produits agricoles locaux plutôt que de composés coûteux importés.
  • Le développement de bioréacteurs conçus pour fonctionner à la ferme, plus petits et moins complexes que ceux des laboratoires pharmaceutiques.

Un modèle économique encore à prouver

Le point sensible de toute viande cultivée, c'est le coût. Produire des cellules en bioréacteur reste cher. Mais les prix baissent. Selon des données récentes, le poulet cultivé coûte aujourd'hui autour de 11 £ le kilogramme - environ 13 €/kg - ce qui le rapproche du seuil de parité avec le poulet bio haut de gamme. Le milieu de culture, longtemps le poste de dépense principal, a vu ses coûts chuter à environ 0,50 £ le litre, grâce au développement de milieux sans composant d'origine animale.

Ces chiffres sont encourageants, mais ils ne couvrent pas l'ensemble des coûts de production - énergie, maintenance des bioréacteurs, personnel qualifié, conformité réglementaire. Le modèle de RespectFarms ajoute une variable supplémentaire : l'intégration dans une ferme existante suppose des investissements d'adaptation et une double activité qui complique la comptabilité.

Les défis qui freinent la montée en cadence

Plusieurs obstacles persistent :

  • La production reste à l'échelle pilote. Passer de quelques litres de bioréacteur à des milliers de litres sans perdre en qualité ni en contrôle microbiologique est un défi d'ingénierie considérable.
  • Le cadre réglementaire varie fortement selon les pays. L'Union européenne, les États-Unis et Singapour n'ont pas les mêmes procédures d'autorisation, ce qui rend la commercialisation à l'export complexe.
  • L'acceptation par les consommateurs reste incertaine. La viande cultivée ne correspond à aucune catégorie alimentaire existante, et le terme lui-même peut susciter la méfiance.

Illustration ou photo représentant les défis technologiques et économiques pour réduire le coût de production de la viande cultivée en laboratoire.
Illustration ou photo représentant les défis technologiques et économiques pour réduire le coût de production de la viande cultivée en laboratoire. - (source)

RespectFarms a le mérite de poser la question autrement : au lieu de créer une industrie parallèle à l'agriculture traditionnelle, peut-on faire de la viande cultivée un outil supplémentaire au service des fermes existantes ? C'est une piste de réponse au déclin de l'agriculture familiale en Europe, mais qui n'en est qu'au stade de concept.

Un démonstrateur prometteur, mais pas une solution clé en main

La ferme de Schipluiden est un démonstrateur utile. Elle montre que la viande cultivée peut s'envisager en dehors des grands laboratoires, et que les fermiers pourraient en tirer un revenu complémentaire. Mais le modèle n'a pas encore fait la preuve de sa rentabilité sans soutien public, et l'écart avec un produit commercialisable reste considérable. Entre la cellule en bioréacteur et l'emballage sur l'étagère du supermarché, il y a encore plusieurs années de développement, d'investissement et de preuves à fournir.

As-tu aimé cet article ?

Questions fréquentes

Où se trouve la première ferme de viande cultivée au monde ?

À Schipluiden, aux Pays-Bas. Elle a été inaugurée début juin 2026 par RespectFarms, au sein d'une exploitation laitière existante exploitée par Corné van Leeuwen.

Comment fonctionne la production de viande cultivée ?

Des cellules animales prélevées sans tuer l'animal sont placées dans un bioréacteur, une cuve où elles sont nourries en nutriments, oxygène et facteurs de croissance. Elles se multiplient et forment un tissu comestible, contournant ainsi l'élevage et l'abattage.

Quel est le coût actuel du poulet cultivé ?

Le poulet cultivé coûte environ 13 € le kilogramme, ce qui le rapproche du prix du poulet bio haut de gamme. Le milieu de culture est passé à environ 0,50 £ le litre grâce à des milieux sans composant d'origine animale.

Quels sont les principaux obstacles à la viande cultivée ?

Les principaux obstacles sont le coût de production (énergie, maintenance, personnel qualifié, conformité réglementaire), le passage à une production à grande échelle sans perte de qualité, la variété des cadres réglementaires selon les pays et l'acceptation incertaine par les consommateurs.

En quoi le modèle de RespectFarms est-il différent des autres projets ?

Contrairement aux projets industriels classiques, RespectFarms intègre les bioréacteurs de production directement dans une ferme laitière existante, permettant au fermier lui-même de produire de la viande cultivée en complément de son activité agricole.

Sources

  1. World’s 1st cultured meat farm to open in western Netherlands · aa.com.tr
  2. Cultivated meat: A sustainable & profitable protein revolution? | Arthur D. Little · adlittle.com
  3. Technological Advances and the Challenges for Large-Scale ... · annualreviews.org
  4. Respectfarms - Whiteford Research Biobase · biobase.whitefordresearch.com
  5. Code of practice introduced for holding cultivated meat tastings · biotalk.twobirds.com
labo-geek
Paul Ribot @labo-geek

Doctorant en physique des particules à Saclay, je passe mes journées à chercher des trucs qu'on ne peut même pas voir. Mais ma vraie passion, c'est d'expliquer la science à ceux qui pensent ne pas pouvoir la comprendre. L'univers est dingue, et je trouve ça injuste que seuls les chercheurs en profitent. Alors je vulgarise, avec des analogies du quotidien et zéro jargon. La science, c'est pour tout le monde.

123 articles 0 abonnés

Commentaires (4)

Connexion pour laisser un commentaire.

Chargement des commentaires...