L'EMOT du CHU de Nantes accompagne les personnes souffrant de troubles psychiatriques ou addictologiques à leur sortie de prison depuis octobre 2024. Cette équipe mobile transitionnelle, créée par le SMPR, est l'une des premières unités de ce type en France.

Caroline de Charette, psychiatre en milieu carcéral depuis 17 ans, est à l'origine de cette équipe. L'EMOT réunit psychiatre, infirmiers, assistants sociaux, éducateur spécialisé, secrétaire et chargé de mission. Ils suivent des patients à risque élevé de rechute après la libération.
Le suivi se fait chaque semaine, même jour, même heure, même lieu, à Nantes et dans ses environs. Dans un article de 20 Minutes publié le 17 juin 2026, un ancien détenu suivi a déclaré "J'avais tout à y gagner".
Le soin avant la sécurité
Caroline de Charette précise que l'objectif de l'EMOT est de prendre soin de personnes vulnérables, non de prévenir la récidive. Elle évoque le "choc post-carcéral". Sur environ 40 patients suivis en un an, 4 ont été réincarcérés pour des faits moins graves.
Ce positionnement tranche avec le débat public sur les libérations. À Nantes, la remise en liberté de récidivistes alimente des craintes de sécurité, comme le rappelle la hausse des home-jackings liée à la remise en liberté de récidivistes. L'EMOT ne traite pas cet angle, mais elle touche la même population de sortants.
Une continuité des soins menacée à la libération
Les besoins de santé en prison sont très élevés. La Cour des comptes relève que 38 % des détenus présentent des addictions, et la prévalence des troubles psychiatriques et des infections (VIH, hépatite C à 6 fois la population générale) dépasse largement la moyenne. Au 1er janvier 2026, la France compte 86 229 détenus pour 63 613 places, et les troubles psychiatriques en prison sont 4 à 10 fois plus fréquents que dans la population générale.
À la libération, un tiers des hommes détenus et près de six femmes sur dix sont considérés comme "modérément à gravement malades" psychiquement, avec un risque suicidaire important. La rupture de soins post-libération multiplie par 15 le risque d'overdose ou de suicide dans les deux semaines suivant la sortie. Les détenus présentent 3 à 10 fois plus de troubles psychiatriques et plus de 40 % de troubles addictifs comorbides que la population générale.
Depuis 1994, la prise en charge sanitaire des détenus relève du ministère de la Santé. Le ministère de la Justice finance la part "complémentaire" et une cotisation ACOSS. En détention, les soins sont financés par l'assurance maladie via les missions d'intérêt général et la tarification. À la sortie, le suivi relève du droit commun, ce qui crée un risque de rupture de droits et de prise en charge.
À Nantes, la surpopulation (1007 détenus pour 508 places au 1er janvier 2026) et le turn-over réduisent la préparation des sorties, aboutissant à des "sorties sans aucune solution" selon une psychologue du SMPR.
Une recherche sociologique (HCSP, adsp 2018) nuance ce tableau : la rupture de prise en charge reste "une exception" pour nombre de sortants, la sortie s'inscrivant dans la continuité des situations sociales antérieures. Le récit de rupture systématique doit être tempéré.
Le financement public de l'EMOT et ses limites
L'EMOT avance les frais des soins pour les anciens détenus suivis, couvrant des coûts non immédiatement pris en charge par l'assurance maladie, selon 20 Minutes. Ce montage permet de ne pas laisser le patient sans couverture à la bascule vers le droit commun.
Les données budgétaires précises (budget annuel, effectifs, coût par patient) et les indicateurs de résultat de l'EMOT ne sont pas disponibles dans les sources publiques. On ne peut donc pas trancher l'efficience du modèle face à d'autres maillons. La feuille de route santé des personnes placées sous main de justice 2024-2028 vise la continuité des traitements, et un groupe de travail interministériel est prévu au second semestre 2026.
EMOT et UHSI : deux maillons à comparer
L'EMOT intervient après la libération, alors que les unités hospitalières sécurisées en prison (UHSI) sont destinées aux détenus malades en milieu carcéral. La Cour des comptes note que les UHSI souffrent d'un faible taux d'occupation (67 % en 2012), freiné par le manque d'escortes et les modalités d'extraction comme le menottage. L'offre de soins en santé mentale en prison est la plus en retard.

L'EMOT suit environ 40 patients en un an, avec peu de réincarcérations graves. Mais sans données de coût par patient, comparer l'efficacité économique des deux dispositifs reste impossible. Le besoin de financement stable est réel pour éviter les ruptures, comme le souligne la hausse des home-jackings liée à la remise en liberté de récidivistes qui rappelle que la sortie de prison est aussi un enjeu de société.