Philippe Pascal, chanteur du groupe Marc Seberg, photographié en noir et blanc : cheveux bruns bouclés, débardeur blanc, microphone tenu près du visage et regard grave tourné vers le bas
Musique

"Le Chant des terres" de Marc Seberg : le deuxième album, paru en 1985, et l'ombre de Marquis de Sade

Le disque de 1985 ne s'intitule pas "Marc Seberg" : "Le Chant des terres" est le deuxième album du groupe Marc Seberg, paru le 18 mars 1985 chez Virgin. Ses huit titres, dont "L'Éclaircie" et une mise en musique de "Recueillement" de Baudelaire, marquent un virage vers une new wave plus accessible. Faute de données de ventes ou de classement, l'idée qu'il soit resté dans l'ombre de Marquis de Sade relève en grande partie d'un récit mémoriel.

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Le disque de 1985 ne s'appelle pas "Marc Seberg". Le groupe Marc Seberg, lui, existe bien : quatre albums studio entre 1983 et 1990, dont un premier opus sobrement titré Marc Seberg 83. Le deuxième, celui qui nous intéresse, s'appelle Le Chant des terres, paru le 18 mars 1985 chez Virgin. Huit titres, environ trente-cinq minutes, un single en février, un autre en octobre. C'est ce disque-là qui contient la bascule la plus intéressante de la carrière de Philippe Pascal - et c'est aussi celui qui permet de comprendre, sans mythologie, pourquoi le nom de Marquis de Sade circule encore plus vite que le sien.

Pochette de l'album « Le Chant des terres » de Marc Seberg paru en 1985, montrant les membres du groupe réunis sur une plage rocheuse sous un ciel nuageux
Pochette de l'album « Le Chant des terres » de Marc Seberg paru en 1985, montrant les membres du groupe réunis sur une plage rocheuse sous un ciel nuageux - (source)

Un deuxième album et un producteur de repli

Le contexte de fabrication éclaire le contenu. Le premier album avait été produit par Steve Hillage, guitariste de Gong passé par Simple Minds, et le groupe cherchait à changer d'interlocuteur. Les musiciens pensent d'abord à Peter Walsh, qui sortait de New Gold Dream des Simple Minds ; celui-ci explique être débordé et leur demande de patienter deux ans. Le repli se fait sur Nick Patrick, qui signe la production du Chant des terres. Rien de honteux là-dedans, mais rien de glamour non plus : un groupe de new wave française chez une major, qui signe un contrat de cinq albums en avril 1982 et doit tenir le rythme des sorties.

Entre-temps, le quatuor est devenu quintette. Le 27 avril 1983, Marc Seberg donne son premier concert parisien au Bataclan avec Pascale Le Berre aux claviers ; la musicienne de Complot Bronswick est invitée à rejoindre la formation après le spectacle et devient officiellement le cinquième membre en septembre 1983. Ce détail de chronologie compte plus qu'il n'y paraît : entre Marc Seberg 83, disque de guitares acérées hérité de la cold wave et de Joy Division, et Le Chant des terres, il y a deux ans d'écart et une claviériste de plus. Le son s'ouvre, s'éclaircit, se rapproche d'une new wave plus accessible. Les bases de données de disques classent d'ailleurs le vinyle de 1985 en "pop rock, synth-pop", là où le premier relevait franchement du post-punk.

Huit titres, deux langues, Baudelaire en face B

La face A aligne L'Éclaircie, Le Chant des terres, Don't Fail Me et Si j'avais su te dire ; la face B, Aurore, Recueillement, E. Rope et Les Ailes de verre. L'Éclaircie avait été jouée pour la première fois le 26 mai 1984 dans Les Enfants du rock sur Antenne 2, avant même la sortie du disque : le titre servait de carte de visite. Il devient logiquement le premier 45 tours en février 1985 ; le second, en octobre, associe la chanson-titre à Recueillement.

Car l'un des titres du disque est un poème. Recueillement, mis en musique, est un texte des Fleurs du mal que Pascal avait découvert dans l'édition illustrée possédée par sa mère, elle-même institutrice. Le geste n'est pas anodin dans le rock français de 1985 : passer de l'anglais à Baudelaire, c'est déplacer le groupe du terrain de la scène vers celui de la littérature. Le virage linguistique est réel - l'album est majoritairement chanté en français, à l'inverse d'un Marc Seberg 83 presque entièrement anglophone -, mais il n'est pas total : Don't Fail Me et E. Rope gardent leurs titres anglais. Il faut se méfier des récits de conversion nette : le groupe ne renie pas sa langue de départ, il la met en concurrence.

Philippe Pascal, chanteur du groupe Marc Seberg, photographié en noir et blanc : cheveux bruns bouclés, débardeur blanc, microphone tenu près du visage et regard grave tourné vers le bas
Philippe Pascal, chanteur du groupe Marc Seberg, photographié en noir et blanc : cheveux bruns bouclés, débardeur blanc, microphone tenu près du visage et regard grave tourné vers le bas - (source)

Reste Les Ailes de verre, l'un des titres les plus cités de l'album, et celui que Philippe Pascal lui-même mettait souvent en avant. C'est là que le disque est le plus convaincant : une mélodie large, un chant qui ne cherche plus la rupture mais l'ampleur.

Le nom était une blague

Pour saisir la place de Marc Seberg dans la mémoire du rock rennais, il faut remonter à mars 1981. Dans un article du magazine Best consacré à la scène de Rennes, Philippe Pascal et Anzia annoncent la création d'un groupe nommé Marc Seberg. Le groupe n'existe pas : Pascal racontera plus tard que tout cela était une invention d'un soir, une plaisanterie entre deux amis qui sentaient Marquis de Sade moribond. Le nom est lui-même un montage : "Marc", ami d'enfance du chanteur en Algérie et sorte de double déjà présent dans les paroles de Rue de Siam ; "Seberg" pour Jean Seberg, l'égérie de la Nouvelle Vague dont une photo était punaisée sur sa porte ; et, en arrière-plan, Berg et Schönberg, la Seconde école de Vienne, avec l'idée d'un personnage fictif qui aurait pu en être issu.

La première mouture réelle voit le jour en avril 1981, deux mois avant la séparation de Marquis de Sade. Le recrutement est chaotique : une maquette de quatre titres en septembre 1981 avec des membres de Frakture, puis le retour du batteur Pierre Thomas et l'arrivée de Pierre Corneau, guitariste prié de devenir bassiste et qui apprend l'instrument en quelques jours sur une basse empruntée. Voilà une formation qui se construit par décrets et bricolages - à l'exact opposé de Marquis de Sade, groupe emblématique d'une scène identifiable, avec ses saxophonistes fétiches, ses Trans Musicales à partir de 1979, et une couverture d'Actuel en février 1980 ("Les jeunes gens modernes aiment leurs mamans").

Cette différence d'origine pèse lourd dans la postérité. Marquis de Sade appartient à un lieu et à un moment : la scène rennaise des débuts, dont les Trans Musicales sont l'héritière directe. Marc Seberg appartient à une idée littéraire et à un contrat chez Virgin.

L'ombre : ce qui est documenté, ce qui est raconté

Peut-on dire que Marc Seberg est "resté dans l'ombre" de Marquis de Sade ? Aucune donnée de ventes ni de classement disponible ne permet de trancher, et les deux groupes n'ont de toute façon pas connu le succès commercial : Marquis de Sade, deux albums en quatre ans, n'a connu qu'un "succès public limité" selon les notices encyclopédiques ; Marc Seberg a reçu un bon accueil critique avec des ventes limitées, sur quatre albums en dix ans. Comparer les deux sur ce terrain revient à départager deux carrières à ventes limitées - ce qui n'est pas un classement, c'est un récit.

Ce qui est documenté, en revanche, c'est la vitalité de la légende Marquis de Sade : la réformation de 2017, à l'initiative du plasticien Patrice Poch pour les quarante ans du groupe, un concert complet au Liberté à Rennes le 16 septembre 2017 avec Étienne Daho, Dominique A et Pascal Obispo dans la salle ; une tournée de sept dates en 2018 passant par Art Rock, la Villette et les Vieilles Charrues ; la mort de Philippe Pascal le 12 septembre 2019, avant l'achèvement d'un troisième album ; la continuation du groupe sous le nom Marquis, avec Aurora en 2021 et Konstanz en 2023 ; la mort de Frank Darcel en mars 2024. Ajoutez les hommages, l'album hommage réalisé par Pascale Le Berre autour de la mémoire de Pascal, les reprises signées Dominique A, Daho ou Alan Stivell : le matériau commémoratif est abondant.

Trois explications se tiennent, à titre d'hypothèses.

La première est la brièveté. Deux albums, quatre ans, une séparation, un mythe : la brièveté est la matière première des groupes cultes. Marc Seberg a duré dix ans et sorti quatre disques, plus le mini-album hybride Au clair de la nuit / Live in Rennes, et un dernier album que le groupe a sabordé avant même sa parution. Dix ans, c'est trop long pour une légende et trop court pour une institution.

La deuxième est esthétique, mais en sens inverse de ce qu'on attendrait. Les notices encyclopédiques elles-mêmes le signalent : à l'écoute des albums d'Octobre (le groupe de Frank Darcel) et de Marc Seberg, on reste "perplexe" sur les différends artistiques affichés entre les deux leaders, tant le style de Marquis de Sade s'y retrouve presque à l'identique. La rupture de 1981 relève donc moins d'une bifurcation musicale que de problèmes de communication et d'un désaccord sur la direction - Pascal voulait garder la rugosité du premier album, les autres une évolution plus funk. Autrement dit : ce n'est pas la qualité qui a créé l'ombre, c'est la chronologie et le récit.

La troisième tient au positionnement. Marquis de Sade portait une identité de scène, un label d'origine (Pathé-Marconi/EMI), un magazine branché, des textes durs sur l'Europe, les drogues et les camps de travail. Marc Seberg a choisi l'accessibilité, les claviers, le français, Baudelaire - et une étiquette "pop rock, synth-pop" qui ne nourrit pas les mêmes nostalgies. En 1985, ce pari sur le marché francophone était défendable ; il a offert au groupe son disque le plus abouti, mais il l'a éloigné du filtre par lequel le rock français se raconte aujourd'hui lui-même, celui des pionniers post-punk.

Il y a pourtant une contrepartie à cette thèse de la relégation : Le Chant des terres a été remasterisé en 2017, la même année que la réformation de Marquis de Sade. Les deux catalogues circulent, mais pas dans les mêmes cérémonies. L'un a droit aux Vieilles Charrues et aux reprises sur scène ; l'autre à des rééditions discrètes et à une poignée d'aficionados qui savent que L'Éclaircie est l'un des grands singles français de 1985. Il n'y a pas là de quoi parler de malédiction. Juste d'un déséquilibre entre la mémoire d'une scène et la mémoire d'un disque.

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Questions fréquentes

Quel est le titre du disque de Marc Seberg paru en 1985 ?

Il s'agit de "Le Chant des terres", deuxième album du groupe Marc Seberg, paru le 18 mars 1985 chez Virgin. Le premier album, sorti en 1983, s'intitule "Marc Seberg 83".

Quelles chansons figurent sur "Le Chant des terres" ?

La face A réunit "L'Éclaircie", "Le Chant des terres", "Don't Fail Me" et "Si j'avais su te dire" ; la face B, "Aurore", "Recueillement", "E. Rope" et "Les Ailes de verre".

Pourquoi Marc Seberg est-il associé à Marquis de Sade ?

Marc Seberg a été fondé en 1981 par Philippe Pascal et Anzia, deux anciens de Marquis de Sade, avant la séparation officielle de Marquis de Sade. Ce dernier, actif de 1977 à 1981, n'a laissé que deux albums, mais sa mémoire commémorative est plus abondante : réformation en 2017, tournée en 2018, hommages après la mort de Philippe Pascal en 2019.

Que contient "Recueillement" sur l'album ?

C'est une mise en musique du poème de Baudelaire tiré des "Fleurs du mal". Philippe Pascal l'avait découvert dans l'édition illustrée possédée par sa mère, institutrice.

"Le Chant des terres" a-t-il été réédité ?

Oui, l'album a été remasterisé en 2017, la même année que la réformation de Marquis de Sade. Cette réédition a circulé plus discrètement que les concerts et hommages consacrés à Marquis de Sade.

Sources

  1. Marc Seberg - Le chant des terres (1985) - Break Musical · break-musical.fr
  2. Focus : Dominique A - liste de lecture de Grand Forum BESANCON · forum-besancon.fr
  3. Marquis de Sade (groupe) — Wikipédia · fr.wikipedia.org
  4. Marc Seberg — Wikipédia · fr.wikipedia.org
  5. Philippe Pascal — Wikipédia · fr.wikipedia.org
stage-life
Romain Daubot @stage-life

Les concerts, c'est ma drogue. Festivalier compulsif, j'ai vu plus de 200 groupes en live ces cinq dernières années. Chargé de communication pour une salle de concerts à Bordeaux, je vis la musique sur scène. Les setlists, l'énergie de la foule, les surprises des rappels – c'est ça qui me fait vibrer. Mon écriture essaie de transmettre cette émotion, de te donner l'impression d'y être. Spoiler : rien ne vaut le vrai.

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