Vue aérienne du centre de Nairobi avec les gratte-ciel modernes, le parc Uhuru et les collines verdoyantes au loin, ciel bleu lumineux
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Sommet Africa Forward : Macron verrouille-t-il son héritage africain au Kenya ?

Analyse du sommet Africa Forward au Kenya : Macron tente de verrouiller son héritage africain en tournant la page du Sahel, face à une concurrence féroce de la Chine, de la Russie et de l'Italie.

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Pourquoi Nairobi ? La fin du « pré carré » et le virage vers l'Afrique anglophone

Le choix du Kenya comme hôte du sommet Africa Forward n'a rien d'anodin. Il traduit un réalignement profond de la diplomatie française sur le continent. Pendant des décennies, Paris a concentré ses efforts sur ses anciennes colonies d'Afrique de l'Ouest et centrale, un ensemble souvent désigné sous le terme de « pré carré ». Cette approche a volé en éclats ces dernières années.

Du Tchad au Mali : la débâcle sécuritaire qui a forcé la révision stratégique

La série de coups d'État qui a frappé le Sahel à partir de 2020 a changé la donne. Au Mali, au Burkina Faso, puis au Niger, des juntes militaires ont pris le pouvoir. Leur première décision a souvent été de demander le départ des troupes françaises. L'opération Barkhane, qui mobilisait jusqu'à 5 500 soldats, a dû être démantelée. Les bases de Gao, Tombouctou et Niamey ont été fermées les unes après les autres. En juillet 2025, la France a remis sa dernière base militaire au Sénégal, un pays pourtant considéré comme un allié stable. À la place des soldats français, des mercenaires russes du groupe Africa Corps (ex-Wagner) se sont installés, accompagnés d'une propagande anti-française virulente sur les réseaux sociaux.

Le retrait militaire a été massif. En l'espace de trois ans, Paris a rapatrié plusieurs milliers de soldats et fermé une dizaine de bases. Les terrains d'opération qui permettaient à l'armée française de projeter sa puissance dans le Sahel ont disparu. Cette débâcle sécuritaire a laissé un vide que la Russie a comblé, avec des résultats militaires contestables mais une efficacité certaine en matière de communication politique. Comme le rapporte Reuters, la France a perdu l'accès à des points d'appui stratégiques qui lui permettaient de lutter contre les groupes jihadistes dans le Sahel.

L'angle mort de la Françafrique : pourquoi Macron mise sur Ruto et le Kenya

Face à cet effondrement, Emmanuel Macron a dû trouver un nouveau point d'ancrage. Le Kenya s'est imposé comme un choix logique. Le pays est un hub économique et démocratique de l'Afrique de l'Est. Membre influent du Commonwealth, il parle anglais et n'a jamais été une colonie française. C'est précisément ce qui intéresse Paris : un partenaire sans le passif colonial qui empoisonne les relations avec les pays francophones.

La relation s'est construite progressivement. En octobre 2025, la France et le Kenya ont signé un partenariat de défense qui prévoit le partage de renseignements, la coopération en matière de sécurité maritime et la formation des soldats kényans. C'est sur cette base que le sommet Africa Forward a été bâti. Le Figaro souligne que c'est la première fois qu'un sommet France-Afrique se tient dans un pays non francophone. Ce déplacement géographique est un signal fort : la France ne veut plus être perçue comme une puissance coloniale qui dicte sa loi dans son pré carré. Elle cherche à diversifier ses partenariats et à s'adresser à une Afrique qui change, où l'anglais et le swahili comptent autant que le français.

Ce virage comporte un risque. En tournant le dos au Sahel, la France pourrait donner l'impression d'abandonner les pays francophones qui lui sont restés fidèles, comme le Sénégal ou la Côte d'Ivoire. Mais pour l'Élysée, le calcul est clair : mieux vaut investir dans des relations prometteuses avec des économies dynamiques que de s'acharner à sauver des positions perdues.

Le Kenya, vitrine démocratique et économique pour l'Afrique de l'Est

Le Kenya présente un autre avantage : sa stabilité relative dans une région turbulente. Avec un PIB de plus de 100 milliards de dollars, le pays est la première économie d'Afrique de l'Est. Nairobi abrite le siège du Programme des Nations unies pour l'environnement et celui de l'ONU-Habitat. La ville est également un hub technologique reconnu, surnommé la « Silicon Savannah », où des start-up comme M-Pesa ont révolutionné les paiements mobiles.

Pour la France, ce choix envoie un message aux investisseurs. Le Kenya offre un environnement des affaires plus prévisible que celui du Sahel, où les juntes militaires changent les règles du jeu sans préavis. Les entreprises françaises, notamment dans les secteurs de l'énergie, des infrastructures et du numérique, peuvent y trouver des débouchés à long terme. Le sommet Africa Forward vise à accélérer cette dynamique.

Africa Forward : les promesses concrètes d'un sommet pas comme les autres

Le sommet Africa Forward n'est pas un sommet diplomatique classique. Sa structure, ses thématiques et son public cible ont été pensés pour incarner la « rupture » promise par Macron. Le programme s'étale sur deux jours, avec des formats qui mêlent business, culture et politique.

Un sommet en trois actes : business, jeunesse et géopolitique

La première journée, le 11 mai, est intitulée « Inspire and Connect ». Elle se déroule en grande partie à l'Université de Nairobi. Au programme : un Business Forum avec des sessions de B2B matchmaking, des ateliers sur les industries créatives et le sport, et des rencontres entre entrepreneurs français et kényans. L'objectif affiché est de créer des connexions concrètes entre les écosystèmes économiques des deux pays.

La seconde journée, le 12 mai, est consacrée au dialogue institutionnel. Les chefs d'État et les ministres abordent des sujets plus lourds : le financement du développement, la souveraineté sanitaire, la compétitivité numérique. Les organisateurs attendent plus de 2 000 participants, dont une vingtaine de chefs d'État et 1 500 entrepreneurs. Le sommet se conclut par un concert réunissant « les grands noms de la musique africaine », un geste destiné à capter l'attention de la jeunesse.

L'Agence française de développement (AFD), partenaire de l'événement, insiste sur la dimension « hors les murs » du sommet. Les débats ne se limitent pas aux salles de conférence : ils investissent les espaces publics, les campus et les réseaux sociaux. L'idée est de montrer que la France parle à l'Afrique d'aujourd'hui, celle des start-up, des influenceurs et des artistes, pas seulement celle des chancelleries.

Les annonces qui changent la donne : visas, financements et mobilités étudiantes

Au-delà du spectacle, le sommet doit produire des résultats tangibles. Plusieurs annonces sont attendues. La principale concerne la création d'un nouveau fonds d'investissement destiné aux PME africaines, successeur du programme « Choose Africa » qui avait mobilisé 2,5 milliards d'euros entre 2018 et 2022. Ce nouveau fonds devrait être doté de moyens supplémentaires et cibler en priorité les secteurs de la tech, de l'agro-industrie et des énergies renouvelables.

Côté mobilité, des facilitations de visas pour les talents et les entrepreneurs sont sur la table. Le « passeport mobilité », un dispositif permettant aux jeunes diplômés africains de circuler plus librement entre la France et leur pays d'origine, pourrait être étendu. Des programmes de bourses universitaires supplémentaires sont également en discussion.

Ces annonces s'inscrivent dans une stratégie plus large. Avant de se rendre à Nairobi, Macron a fait escale en Égypte pour inaugurer l'Université Senghor d'Alexandrie, un campus moderne dédié à la francophonie académique. Ce geste montre que la France cherche à maintenir son influence culturelle tout en élargissant son champ d'action à l'Afrique anglophone.

450 jeunes à haut potentiel : la jeunesse au cœur du dispositif

Un chiffre attire l'attention : 450 jeunes porteurs de projets à fort impact sont invités à participer au sommet. Ils viennent de toute l'Afrique et de France, et représentent des secteurs variés : agriculture durable, santé numérique, éducation, énergies renouvelables. Ces jeunes bénéficient de sessions de mentorat, de rencontres avec des investisseurs et d'ateliers de formation.

Le choix de l'Université de Nairobi comme lieu principal n'est pas anodin. Le campus est un symbole de la jeunesse kényane éduquée et connectée. En investissant ce lieu, la France cherche à s'adresser directement à une génération qui ne se reconnaît pas dans les discours paternalistes du passé. Le concert de clôture, avec des artistes africains de renom, vise à créer un moment de communion et à montrer que la France sait aussi célébrer la culture africaine.

De Ouagadougou à Nairobi : les dix ans d'une « rupture » inachevée

Pour comprendre l'enjeu du sommet de Nairobi, il faut revenir en arrière. En novembre 2017, à Ouagadougou, Emmanuel Macron prononce un discours fondateur. Il y déclare la fin de la « Françafrique », promet une relation horizontale avec l'Afrique, et s'adresse directement à la jeunesse. Dix ans plus tard, le bilan de cette promesse est contrasté.

2017-2021 : les promesses de Ouagadougou et l'échec de Montpellier

Le discours de Ouagadougou était une rupture rhétorique. Macron y affirmait que la France n'avait plus de « pré carré » en Afrique et qu'elle devait apprendre à écouter. Il promettait la restitution des biens culturels spoliés pendant la colonisation, une refonte de la coopération militaire, et un dialogue renouvelé avec les sociétés civiles. Comme l'analysait François Gaulme dans une étude de l'IFRI en 2019, cette vision était ambitieuse mais se heurtait à la réalité des intérêts français.

Quatre ans plus tard, en 2021, le sommet de Montpellier devait incarner cette nouvelle approche. Rebaptisé « Sommet Afrique-France », il se voulait plus horizontal, plus ouvert. Mais il s'est tenu sans les chefs d'État africains, un camouflet diplomatique qui a révélé les tensions persistantes. Les dirigeants africains, vexés par le format choisi, avaient préféré envoyer des représentants de la société civile. Ce sommet, censé marquer une rupture, a surtout montré que la France n'arrivait plus à réunir ses partenaires traditionnels.

Ce que les critiques de la Françafrique retiennent des promesses de 2017

Le bilan des promesses de Ouagadougou est mitigé. La restitution des biens culturels a bien commencé : une loi a été votée en 2020, et 26 œuvres ont été rendues au Bénin en 2021. Mais le processus est jugé trop lent par les musées africains, et de nombreuses pièces majeures restent à Paris. La réforme du franc CFA, devenue l'ECO, n'a pas changé la structure du système monétaire : les pays africains n'ont toujours pas la main sur leur politique monétaire.

Sur le plan militaire, la France a maintenu ses bases jusqu'en 2025, malgré les promesses de désengagement. Des critiques, comme celles exprimées sur le site Afrique-en-Lutte, dénoncent une « réforme dans le carcan néolibéral » qui ne change rien au fond des relations de pouvoir. Le comité Mbembé, mis en place par Macron pour préparer le sommet de Montpellier, avait pourtant appelé à une « nouvelle charte politique » entre la France et l'Afrique. Cette charte n'a jamais vu le jour.

Le dilemme de l'héritage : entre nécessité de rupture et maintien des intérêts

La diplomatie macronienne est prise dans une contradiction permanente. D'un côté, elle doit rompre avec les méthodes de ses prédécesseurs pour séduire une jeunesse africaine de plus en plus critique. De l'autre, elle ne peut pas sacrifier les intérêts économiques et stratégiques de la France : accès aux matières premières, contrats pour les entreprises françaises, influence à l'ONU. Le sommet de Nairobi est le symptôme de cette tension. Il veut incarner le renouveau, mais il est aussi le produit des contraintes géopolitiques qui pèsent sur Paris.

Cette tension se manifeste dans les choix concrets du sommet. La France mise sur l'entrepreneuriat et le numérique, des secteurs où elle peut encore rivaliser avec la Chine et les États-Unis. Mais elle évite soigneusement les sujets qui fâchent, comme la réforme du système monétaire ou la remise en cause des contrats miniers. Le sommet de Nairobi est donc à la fois une tentative de renouveau et une opération de préservation des intérêts français.

Jeunes Kényans, jeunes Français : le sommet leur parle-t-il vraiment ?

La crédibilité du sommet Africa Forward repose sur sa capacité à parler à la génération Z. Celle des 16-25 ans, aussi bien en Afrique qu'en France, qui ne connaît pas la Françafrique mais qui est exposée à des influences multiples : chinoise, russe, américaine. Le sommet a-t-il les moyens de capter cette génération connectée ?

Des concerts aux start-up : les leviers de la génération Z africaine

Les organisateurs ont misé sur des leviers culturels et économiques pour attirer les jeunes. La première journée du sommet est largement dédiée à la jeunesse : 450 jeunes à haut potentiel sont invités, des sessions de B2B sont organisées sur le campus de l'Université de Nairobi, et le concert de clôture doit réunir des stars de la musique africaine. Le sport est également mis à contribution, avec la présence d'athlètes de haut niveau.

Mais cette stratégie de soft power a ses limites. Dans les pays sahéliens, la propagande anti-française est massive sur TikTok et Telegram. Les influenceurs russes et chinois y diffusent un discours qui présente la France comme une puissance néocoloniale. Face à cela, un concert ou un forum d'affaires peut sembler dérisoire. Comme le note l'analyste Beverly Ochieng, du cabinet Control Risks, cité par Daily Sabah, le sommet ressemble à « un rebranding » de la position française sur le continent. La question est de savoir si ce rebranding suffira à convaincre une jeunesse qui consomme de l'information en temps réel et qui a vu les troupes françaises quitter le Sahel sous la pression des juntes.

Ce qui intéresse vraiment un jeune Français : études, visas, influence culturelle

Du côté français, l'enjeu est différent. Pour un étudiant ou un jeune actif, le sommet Africa Forward peut ouvrir des portes concrètes. Les accords de coopération universitaire conclus entre la France et le Kenya prévoient des doubles diplômes, des classes préparatoires aux grandes écoles et des échanges dans les écoles d'ingénieurs. L'AFD propose des stages via son réseau, et le dispositif des Volontaires internationaux en entreprise (V.I.E.) permet aux jeunes diplômés français de travailler au Kenya dans des conditions avantageuses.

Si le sommet débouche sur un assouplissement des visas pour les talents, les opportunités se multiplient. Le marché est-africain est dynamique, et Nairobi est un hub régional pour les start-up tech. Pour un jeune Français qui cherche à se lancer à l'international, l'Afrique de l'Est offre des débouchés que l'Europe saturée ne propose plus.

Mais là encore, le sommet doit faire face à un défi de communication. Beaucoup de jeunes Français ne savent pas que leur président organise un sommet au Kenya. L'information circule peu dans les médias grand public, et les réseaux sociaux français sont davantage focalisés sur les débats nationaux. Pour que le sommet ait un impact, il faudra que les annonces concrètes soient relayées efficacement auprès des publics concernés.

La fracture numérique entre promesses et réalité

Un autre obstacle se dessine : la fracture numérique. Si le sommet mise sur les start-up et les technologies, une grande partie de la jeunesse africaine n'a pas accès à Internet ou vit dans des zones rurales où les infrastructures numériques sont inexistantes. Les 450 jeunes invités représentent une élite, pas la majorité silencieuse des jeunes Africains qui cherchent un emploi stable et des perspectives d'avenir.

Pour que le sommet ne soit pas perçu comme un événement réservé à une minorité connectée, la France devra montrer que ses programmes de coopération bénéficient aussi aux jeunes des zones rurales et défavorisées. Les annonces sur les bourses universitaires et les visas pour les talents sont un premier pas, mais elles ne suffiront pas à combler le fossé entre les promesses et la réalité du terrain.

La concurrence fait rage : Meloni, la Chine et les autres dans l'ombre du sommet

Le sommet de Nairobi ne se déroule pas dans un vide géopolitique. La France n'est plus seule à courtiser l'Afrique. Elle doit faire face à une concurrence féroce, y compris de la part de ses alliés européens.

Le Plan Mattei de Giorgia Meloni : l'Italie, ce nouvel allié qui marche sur les plates-bandes de la France

L'Italie de Giorgia Meloni a lancé en juin 2025 son « Plan Mattei », un programme d'investissement de 5,5 milliards d'euros destiné à quatorze pays africains, dont le Kenya et l'Éthiopie. Soutenu par l'Union européenne, ce plan se présente comme une alternative au modèle français. Meloni promet des relations « dénuées de paternalisme », une attaque à peine voilée contre la diplomatie française. Comme le rapporte Le Monde, le plan italien vise à « supprimer les causes » de l'immigration clandestine en soutenant les économies africaines. Mais il s'agit aussi d'étendre l'influence de l'Italie sur un continent où la France était jusqu'ici l'interlocuteur privilégié de l'UE.

L'Italie peut se prévaloir d'un avantage : elle n'a pas le passif colonial de la France. Dans des pays comme le Kenya, où la mémoire de la colonisation britannique est encore vive, mais où la colonisation française est absente, Rome peut se positionner comme un partenaire plus neutre. Le Plan Mattei cible les mêmes secteurs que les initiatives françaises : énergie, éducation, santé. La concurrence est directe.

Le contrat Vinci perdu : quand Pékin profite du divorce entre Paris et Nairobi

L'exemple le plus parlant des difficultés françaises au Kenya concerne un contrat d'autoroute. En 2025, le gouvernement kényan a résilié un accord de 1,5 milliard de dollars avec le consortium français Vinci, qui devait construire une liaison routière majeure. Le contrat a été attribué à des firmes chinoises, qui ont proposé des conditions plus avantageuses et des délais plus courts.

Cet épisode illustre la réalité du terrain. La France peut organiser des sommets, signer des accords de défense et promettre des financements, mais face au pragmatisme chinois, ses entreprises peinent à décrocher les grands contrats. La Chine est devenue le premier partenaire commercial de l'Afrique, et ses investissements dans les infrastructures sont massifs. Le sommet de Nairobi n'est pas un sommet de la réconciliation, mais le théâtre d'une reconquête commerciale difficile.

La Russie et les mercenaires d'Africa Corps : l'ombre portée sur le Sahel

La concurrence ne vient pas seulement de Pékin ou de Rome. La Russie, via le groupe Africa Corps (ex-Wagner), a profondément déstabilisé la position française au Sahel. En offrant des services de sécurité aux juntes militaires, Moscou a gagné une influence considérable dans des pays comme le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Les mercenaires russes sont accompagnés d'une propagande massive sur les réseaux sociaux, qui présente la France comme une puissance coloniale en déclin.

Pour contrer cette influence, la France mise sur le soft power et les partenariats économiques. Mais dans les pays où la Russie est déjà implantée, les discours français peinent à trouver un écho. Le sommet de Nairobi est donc aussi une tentative de reconquête d'un terrain perdu, en s'appuyant sur des pays qui résistent encore à l'influence russe.

Héritage ou écran de fumée ? Le vrai bilan du sommet Africa Forward

Au-delà des discours et des annonces, quelle est la substance réelle du sommet Africa Forward ? Permet-il de verrouiller l'héritage africain de Macron, ou n'est-il qu'une opération de communication ?

Un sommet en trompe-l'œil ? Ce que les annonces officielles ne disent pas

L'analyste Beverly Ochieng parle de « rebranding ». Ce terme est juste : le sommet change l'image de la France en Afrique, mais change-t-il vraiment sa politique ? Les intérêts économiques français restent les mêmes. TotalEnergies, Orano (ex-Areva) et les grandes entreprises agro-industrielles continuent d'opérer sur le continent dans des conditions qui ne sont pas toujours exemplaires. Le sentiment anti-français persiste dans les universités africaines, où le souvenir des interventions militaires françaises et du maintien du franc CFA reste vif.

Le format du sommet, avec ses concerts et ses forums de start-up, peut donner l'impression d'une relation plus légère, plus moderne. Mais pour les critiques, il masque une continuité : la France cherche toujours à préserver son influence et ses intérêts, simplement avec des méthodes différentes.

Le test du G7 d'Évian : acheter la paix africaine avant le grand rendez-vous mondial

Le sommet de Nairobi a aussi un agenda caché. En juin 2026, la France accueille le G7 à Évian. Macron a besoin de soutiens africains pour peser sur les dossiers climatiques, la taxation des géants du numérique et la réforme du Conseil de sécurité de l'ONU. Le sommet Africa Forward sert donc à préparer le terrain, à s'assurer que les voix africaines seront favorables à la France lors des grandes négociations internationales.

Ce lien avec le G7 n'est pas anodin. Il montre que le sommet de Nairobi s'inscrit dans une stratégie plus large, qui dépasse la simple relation bilatérale avec le Kenya. Macron veut faire de l'Afrique un allié dans les instances mondiales, et pour cela, il doit montrer qu'il prend le continent au sérieux. L'initiative One Health, co-présidée par Macron et annoncée lors du Sommet One Health Lyon 2026, s'inscrit dans cette même logique : faire de la France un partenaire clé sur les enjeux de santé mondiale, en s'appuyant sur des relais africains.

La question des idées : quel modèle de développement la France propose-t-elle vraiment ?

Au-delà des accords et des financements, la France a-t-elle un récit neuf pour l'Afrique ? Les concepts de « souveraineté partagée » et d'« innovation » sont-ils suffisants pour concurrencer le pragmatisme chinois et le discours anti-impérialiste russe ? La question est ouverte. Le sommet Africa Forward propose une vision libérale du développement, centrée sur l'entrepreneuriat et le numérique. C'est une vision qui séduit une partie des élites africaines, mais qui laisse de côté les questions de justice sociale, d'inégalités et de souveraineté économique.

Pour les jeunes Africains qui manifestent contre la vie chère, le chômage et les inégalités, les promesses de start-up et de B2B peuvent sembler lointaines. La France devra montrer que son modèle de développement profite au plus grand nombre, pas seulement à une minorité d'entrepreneurs connectés.

Conclusion

Le sommet Africa Forward dresse un constat lucide : la France n'est plus un partenaire par défaut en Afrique. La concurrence de l'Italie, de la Chine et de la Russie, couplée à la perte d'influence au Sahel, a contraint Paris à repenser sa stratégie. Pour les 16-25 ans, ce recentrage vers l'Afrique de l'Est ouvre des fenêtres de tir : mobilité étudiante, économie créative, emplois dans les secteurs porteurs. Mais la méfiance des opinions africaines reste un obstacle que des concerts et des promesses ne suffiront pas à lever. L'héritage africain de Macron se jouera dans les années qui viennent, dans la capacité de la France à transformer ses discours en actes concrets, durables et sincères.

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Questions fréquentes

Pourquoi le sommet Africa Forward se tient-il au Kenya ?

Le sommet se tient à Nairobi car la France cherche à tourner la page de son "pré carré" francophone après la perte d'influence au Sahel. Le Kenya est un hub économique et démocratique anglophone, sans le passif colonial français, ce qui permet à Paris de diversifier ses partenariats en Afrique.

Quelles annonces concrètes attendues au sommet Africa Forward ?

Plusieurs annonces sont attendues : un nouveau fonds d'investissement pour les PME africaines, successeur de "Choose Africa", des facilitations de visas pour les talents et entrepreneurs, et l'extension de programmes de bourses universitaires. Le sommet vise aussi à créer des connexions entre entrepreneurs français et kényans via un Business Forum.

Comment la France a-t-elle perdu son influence au Sahel ?

La France a perdu son influence au Sahel suite à une série de coups d'État militaires à partir de 2020 au Mali, Burkina Faso et Niger. Les juntes ont demandé le départ des troupes françaises, l'opération Barkhane a été démantelée, et des mercenaires russes du groupe Africa Corps ont pris leur place, accompagnés d'une propagande anti-française virulente.

Qui sont les concurrents de la France en Afrique lors de ce sommet ?

La France fait face à une concurrence féroce : l'Italie de Meloni avec son Plan Mattei de 5,5 milliards d'euros, la Chine qui a ravi un contrat d'autoroute de 1,5 milliard de dollars au consortium français Vinci, et la Russie via le groupe Africa Corps qui a déstabilisé la position française au Sahel.

Le sommet Africa Forward est-il une rupture avec la Françafrique ?

Le sommet tente d'incarner une rupture en misant sur l'entrepreneuriat, la jeunesse et les partenariats avec des pays non francophones comme le Kenya. Cependant, des critiques y voient un "rebranding" qui masque la continuité des intérêts économiques français, sans remettre en cause les contrats miniers ou le système monétaire.

Sources

  1. Soutenue par l’UE, Giorgia Meloni investit en Afrique pour limiter l’émigration · lemonde.fr
  2. afd.fr · afd.fr
  3. MACRON, MBEMBE : RÉFORMER LA FRANÇAFRIQUE DANS LE CARCAN NEOLIBERAL · afriquesenlutte.org
  4. dailysabah.com · dailysabah.com
  5. diplomatie.gouv.fr · diplomatie.gouv.fr
world-watcher
Sarah Lebot @world-watcher

Journaliste en herbe, je synthétise l'actu mondiale pour ceux qui n'ont pas le temps de tout suivre. Étudiante en journalisme à Sciences Po Lille, je contextualise les événements sans prendre parti. Mon objectif : rendre l'info accessible et compréhensible, surtout pour ma génération. Pas de jargon, pas de sensationnalisme – juste les faits et leur contexte. Parce que comprendre le monde, c'est le premier pas pour le changer.

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