Homme politique africain en costume-cravate s'adressant à une foule de journalistes, micros tendus, bâtiment moderne du Parlement en arrière-plan, lumière naturelle du jour
Monde

Timi Frank dénonce les « accords dangereux » entre la France et l'Afrique

Timi Frank met en garde les dirigeants africains contre les accords « anti-peuple » avec la France, qu'il juge « exploitatifs ». Décryptage du sommet de Nairobi, des enjeux miniers et du paradoxe entre 78 % d'image positive et 92 % d'exigences de transparence.

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L'alerte de Timi Frank : pourquoi ce « nouveau joug » menace l'Afrique

Le 10 mai 2026, à quelques heures du sommet Afrique-France de Nairobi, une voix s'est élevée pour tirer la sonnette d'alarme. Timi Frank, ancien responsable du parti au pouvoir au Nigeria, a exhorté les dirigeants africains à rejeter ce qu'il appelle des « accords anti-peuple » avec Paris. Son message est sans équivoque : ces partenariats, présentés comme une rupture avec la Françafrique, ne feraient que remplacer une dépendance par une autre. Frank appelle à « miser sur les États-Unis » plutôt que de signer des traités qu'il juge « exploitatifs » et susceptibles de créer un « nouveau joug » sur le continent africain. Cette mise en garde intervient dans un climat de tensions croissantes entre la France et plusieurs nations africaines, entre nationalisations, fermetures de bases militaires et défiance généralisée.

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L'alerte de Timi Frank : ce « nouveau joug » qui menace l'Afrique

Le moment choisi par Timi Frank n'a rien d'un hasard. Son avertissement, relayé le 12 mai puis à nouveau le 15 mai 2026 par la presse nigériane et panafricaine, coïncide avec le tout premier sommet Afrique-France organisé dans un pays non francophone : le Kenya. Pour Frank, ce choix géographique n'est qu'un écran de fumée. Derrière la vitrine d'un « nouveau départ », il voit se profiler des accords qui « ne profiteront pas aux citoyens ordinaires » mais renforceront le contrôle économique français via des deals opaques sur les mines et la sécurité.

« Ces accords sont exploitatifs », a-t-il déclaré au Daily Post Nigeria. « Les dirigeants africains doivent comprendre qu'en signant ces documents, ils préparent un nouveau joug pour leurs peuples. » Le ton est martial, le vocabulaire choisi pour marquer les esprits. Frank ne se contente pas de critiquer : il propose une alternative claire, un recentrage stratégique vers Washington.

De l'APC au GFCA : qui est vraiment Timi Frank ?

Pour comprendre la portée de son message, il faut d'abord connaître l'homme qui le porte. Timi Frank est un politicien nigérian aguerri, originaire de l'État de Bayelsa. Il a été Deputy National Publicity Secretary du All Progressives Congress (APC), le parti qui a gouverné le Nigeria sous Muhammadu Buhari. Mais son parcours est marqué par une rupture : suspendu de l'APC en 2016, il a rejoint les rangs de l'opposition, devenant un proche allié d'Atiku Abubakar, figure de proue du Parti Démocratique Populaire (PDP).

Aujourd'hui, Frank porte une casquette supplémentaire : Senior Advisor au Global Forum for City Advancement (GFCA), une organisation qui promeut les partenariats entre villes africaines et américaines. Ce rôle est essentiel pour comprendre son positionnement. Le GFCA, dont la mission est de renforcer les liens économiques et diplomatiques entre l'Afrique et les États-Unis, offre à Frank une tribune et une légitimité institutionnelle pour promouvoir une vision pro-américaine des relations internationales.

Son profil est donc celui d'un opposant politique devenu activiste transnational, crédible dans sa critique du pouvoir nigérian comme dans sa dénonciation des accords internationaux. Mais cette crédibilité a un prix : son biais pro-USA est assumé, presque revendiqué. Il ne s'en cache pas, et c'est peut-être ce qui rend son discours à la fois puissant et contestable.

Pourquoi le sommet de Nairobi est-il dans son viseur ?

Le sommet Africa Forward Summit, qui s'est tenu les 11 et 12 mai 2026 à Nairobi, était présenté par Emmanuel Macron comme une rupture historique. Pour la première fois, la France choisissait un pays anglophone et non francophone pour accueillir ce rendez-vous diplomatique. Le message était clair : fini le « pré carré », place à un partenariat élargi, décomplexé, tourné vers la jeunesse et le secteur privé.

Mais pour Timi Frank, cette rupture n'est que de façade. Il dénonce des « accords anti-peuple » qui, selon lui, ne feront que perpétuer les mécanismes d'exploitation économique hérités de la colonisation. Il pointe du doigt les contrats miniers et les accords de sécurité, deux domaines où l'opacité reste la règle. « Les dirigeants africains doivent arrêter de signer des accords qui ne sont pas transparents », a-t-il insisté, appelant à une révision complète des textes en discussion.

Son alerte intervient dans un contexte où la défiance envers la France atteint des sommets, notamment dans les pays du Sahel. Les putschs militaires au Mali, au Burkina Faso et au Niger ont été accompagnés d'une rhétorique violemment anti-française, exploitée par la Russie via le groupe Wagner (aujourd'hui Africa Corps). Dans ce climat, les propos de Frank trouvent un écho particulier, même s'ils servent aussi les intérêts géopolitiques américains.

Sommet de Nairobi : la doctrine Macron à l'épreuve du terrain kényan

Le sommet de Nairobi a été un exercice d'équilibriste pour Emmanuel Macron. D'un côté, il devait incarner la rupture avec les pratiques de la Françafrique. De l'autre, il devait obtenir des résultats concrets, des signatures de contrats, des annonces de financements. Le bilan est impressionnant sur le papier : 11 accords bilatéraux signés entre la France et le Kenya, représentant plus de 1,7 milliard d'euros d'engagements. Au total, plus de 100 accords ont été conclus avec divers partenaires africains, couvrant des domaines aussi variés que les infrastructures, l'énergie, la santé et le numérique.

Mais au-delà des chiffres, c'est le discours qui a retenu l'attention. Macron a répété à plusieurs reprises que « le pré carré de la France en Afrique, c'est terminé ». Une formule choc, destinée à rassurer les opinions africaines sur la sincérité de la nouvelle approche française.

« Le pré carré, c'est terminé » : une promesse à l'épreuve du Kenya

Le choix du Kenya comme pays hôte est en lui-même une déclaration politique. En s'éloignant de la zone francophone traditionnelle, la France cherche à briser l'image d'une puissance néocoloniale cantonnée à ses anciennes colonies. Nairobi, hub économique et diplomatique de l'Afrique de l'Est, offre une vitrine moderne, dynamique, loin des clichés de la Françafrique.

Le sommet a mis l'accent sur le secteur privé et la jeunesse, avec des panels consacrés aux start-ups, à l'innovation technologique et à l'entrepreneuriat féminin. L'objectif affiché était de passer d'une relation État-État, souvent perçue comme opaque et paternaliste, à un partenariat multi-acteurs, plus transparent et plus équitable.

Mais cette communication soignée se heurte à un contexte géopolitique difficile. Au Sahel, la France a dû retirer ses troupes du Mali, du Burkina Faso et du Niger, sous la pression de juntes militaires qui ont immédiatement cherché des alliances avec la Russie. La fermeture des bases militaires françaises au Tchad, au Sénégal et au Gabon s'inscrit dans cette même logique de repli stratégique. Pour beaucoup d'observateurs, la « rupture » dont parle Macron est moins un choix qu'une nécessité imposée par l'impopularité croissante de la présence française.

« Restore order » : le geste de Macron qui a ravivé la controverse

Un incident a particulièrement marqué le sommet de Nairobi et a offert une caisse de résonance parfaite au discours de Timi Frank. Alors qu'il participait à un débat avec des jeunes Africains, Emmanuel Macron a interrompu la discussion en demandant de « restore order » pour faire taire le bruit dans la salle. Le geste, filmé et diffusé sur les réseaux sociaux, a immédiatement suscité une vague d'indignation.

Beaucoup y ont vu un signe de mépris, une attitude paternaliste rappelant les pires moments de la diplomatie française en Afrique. En 2017 déjà, à Ouagadougou, Macron avait provoqué une polémique en déclarant que les « défis du continent africain sont civilisationnels ». Le parallèle était facile à faire, et les internautes ne s'en sont pas privés.

Pour Timi Frank, cet incident est une preuve supplémentaire que la France n'a pas changé. « Regardez comment ils nous traitent, a-t-il commenté. Un président qui interrompt un débat pour faire taire des Africains, c'est tout ce qu'il faut savoir sur le prétendu nouveau partenariat. » Le geste viral a donné une visibilité mondiale à la critique de Frank, transformant un incident diplomatique mineur en symbole d'un malaise plus profond.

Uranium, bases militaires, CFA : décryptage des accords « dangereux » du sommet

Si Timi Frank dénonce des « accords dangereux » sans toujours les nommer précisément, les dossiers chauds de l'actualité franco-africaine donnent un contenu concret à ses accusations. Trois sujets cristallisent les tensions : l'uranium nigérien, les bases militaires et la réforme du franc CFA. Chacun illustre à sa manière la persistance des mécanismes de contrôle économique et politique que Frank dénonce.

Niger : la nationalisation d'Orano et le choc des souverainetés

L'événement le plus marquant de ces derniers mois est sans conteste la nationalisation de Somaïr, la filiale locale d'Orano (ex-Areva), par le Niger en juin 2025. Cette décision du régime militaire nigérien a mis fin au monopole français sur l'exploitation de l'uranium, une ressource stratégique pour la France, dont le parc nucléaire en dépend en partie.

Mine à ciel ouvert au Niger, camions jaunes transportant du minerai d'uranium, poussière ocre, ciel bleu aride, lignes électriques à perte de vue
Mine à ciel ouvert au Niger, camions jaunes transportant du minerai d'uranium, poussière ocre, ciel bleu aride, lignes électriques à perte de vue

Les chiffres donnent la mesure de l'enjeu : avant la nationalisation, le Niger fournissait environ 5 % de l'uranium utilisé par les centrales françaises, mais ce pourcentage était bien plus élevé si l'on considère l'uranium transformé en France. Surtout, les conditions d'exploitation étaient jugées inéquitables par les autorités nigériennes, qui estimaient que le pays ne tirait pas un bénéfice suffisant de ses ressources.

Pour Timi Frank, cette nationalisation est l'exemple parfait des « partenariats miniers inéquitables » qu'il dénonce. « Pendant des décennies, la France a extrait l'uranium du Niger sans que le peuple nigérien n'en voie la couleur, explique-t-il. Aujourd'hui, on nous parle de nouveaux accords, mais ce sont les mêmes mécanismes qui se cachent derrière les belles paroles. »

La question de l'uranium illustre aussi la difficulté pour la France de se réinventer. Alors que le Niger s'est tourné vers d'autres partenaires, notamment la Chine et la Russie, Paris doit trouver de nouvelles sources d'approvisionnement, sans pour autant donner l'impression de chercher à contourner la souveraineté des États africains.

Bases militaires : une fermeture stratégique ou un recul forcé ?

Le dispositif militaire français en Afrique est en pleine restructuration. Les bases historiques du Tchad, du Sénégal et du Gabon ont fermé ou sont en cours de fermeture, tandis que la France maintient une capacité de projection et de coopération, notamment via des forces spéciales et des missions de formation.

Pour le gouvernement français, il s'agit d'une adaptation nécessaire à un contexte où la présence massive de troupes étrangères est devenue politiquement intenable. Les opérations au Sahel, si elles ont permis de neutraliser des groupes terroristes, ont aussi suscité un rejet croissant des populations locales, instrumentalisé par les putschistes et leurs alliés russes.

Mais pour Timi Frank et ses soutiens, cette restructuration n'est qu'une manœuvre tactique. « La France ne quitte pas l'Afrique, elle change simplement de méthode, affirme-t-il. Les accords de sécurité signés à Nairobi sont la preuve que Paris veut maintenir son influence par d'autres moyens. » Une analyse que partagent de nombreux experts, pour qui la fermeture des bases est moins une décision souveraine de Paris qu'un recul forcé face à l'impopularité de ses troupes.

Réforme du CFA : « Ce n'est qu'un changement de nom »

La réforme du franc CFA, annoncée en 2019 et entrée en vigueur en 2020, devait marquer la fin d'un système monétaire hérité de la colonisation. Le changement de nom (l'ECO pour la zone ouest-africaine), la fin du compte d'opérations et la représentation des pays africains dans les instances de décision étaient présentés comme des avancées majeures.

Pourtant, les critiques n'ont pas tardé. De nombreuses ONG, dont la CCFD-Terre Solidaire, ont jugé la réforme « cosmétique », estimant que les mécanismes de contrôle français restaient largement inchangés. Le maintien de la parité fixe avec l'euro et l'obligation de déposer 50 % des réserves de change auprès du Trésor français sont notamment pointés du doigt.

Timi Frank instrumentalise ce sentiment de réforme inaboutie pour affirmer que la France ne lâche jamais vraiment prise sur les leviers économiques de ses anciennes colonies. « Ils changent le nom de la monnaie, mais les règles restent les mêmes, dénonce-t-il. C'est un tour de passe-passe. » Un argument qui trouve un écho certain dans les opinions africaines, où la question monétaire reste un symbole fort de la dépendance post-coloniale.

Timi Frank et le pari américain : un jeu d'influence bien rodé

La proposition alternative de Timi Frank est claire : « miser sur les États-Unis ». Derrière cette formule, c'est tout un positionnement géopolitique qui se dessine. Frank ne se contente pas de critiquer la France, il promeut activement un recentrage des alliances africaines vers Washington. Une position qui soulève des questions sur son indépendance et sur les intérêts qu'il sert réellement.

Un relais de l'influence américaine en Afrique ?

Le rôle de Timi Frank au sein du GFCA (Global Forum for City Advancement) est central pour comprendre son discours. En tant que Senior Advisor, il est chargé de promouvoir les partenariats entre les villes africaines et américaines, un mandat qui l'amène naturellement à valoriser le modèle américain et à critiquer les alternatives.

Son activisme ne se limite pas à la question franco-africaine. Frank a également été un critique virulent du gouvernement nigérian, allant jusqu'à adresser des pétitions aux autorités américaines pour dénoncer des violations des droits de l'homme. Cette propension à utiliser les canaux américains pour régler des différends internes au Nigeria renforce l'image d'un homme politique qui a fait le pari de l'influence états-unienne.

La question de son indépendance est donc légitime. Est-il un lanceur d'alerte sincère, préoccupé par le bien-être des peuples africains ? Ou bien un agent d'influence, dont le discours sert mécaniquement les intérêts américains dans la compétition qui oppose Washington à Paris sur le continent ? La vérité se situe probablement entre les deux, mais il est essentiel de garder à l'esprit ce biais pro-USA lorsqu'on analyse ses déclarations.

Le poker à trois : France, États-Unis, Russie

La critique de Timi Frank s'inscrit dans un jeu géopolitique bien plus large, où trois puissances se disputent l'influence en Afrique. La France, historiquement dominante, recule militairement au Sahel mais conserve des réseaux économiques et culturels solides, notamment dans les pays francophones. Les États-Unis investissent massivement via des agences de développement comme l'USAID, tout en renforçant leur présence militaire, notamment dans la Corne de l'Afrique. La Russie, enfin, capitalise sur le sentiment anti-français, proposant des partenariats sécuritaires sans conditions politiques, via le groupe Wagner/Africa Corps.

Dans ce contexte, le discours de Frank sert objectivement le camp américain. En appelant les dirigeants africains à se tourner vers Washington, il affaiblit la position française et renforce celle des États-Unis. Cela ne signifie pas que ses critiques de la France sont infondées, mais il est important de les replacer dans ce cadre concurrentiel.

Les jeunes Africains, qui constituent la majorité de la population du continent, naviguent entre ces offres concurrentes. Ils sont à la fois critiques envers le paternalisme français, méfiants envers l'impérialisme américain et séduits par le discours anti-occidental de la Russie. Leur choix, dans les années à venir, déterminera en grande partie l'équilibre des forces sur le continent.

Sondage Ipsos : 78 % de bonne image, 92 % d'exigences, le paradoxe africain

Un sondage réalisé par Ipsos et BVA entre le 9 et le 21 avril 2026 apporte un éclairage nuancé sur les relations entre la France et l'Afrique. Mené auprès de 9 466 personnes dans neuf pays africains (Afrique du Sud, Angola, Côte d'Ivoire, Kenya, Madagascar, Maroc, Nigeria, République Démocratique du Congo, Sénégal), il révèle un paradoxe fascinant.

78 % d'image positive : le capital sympathie intact de la France

Contrairement à ce que laissent penser les discours comme celui de Timi Frank, l'image de la France reste très positive sur le continent. 74 % des personnes interrogées ont une opinion favorable de la France, et ce chiffre monte à 78 % chez les jeunes de moins de 35 ans. Les résultats détaillés sont tout aussi encourageants pour Paris : 62 % associent la France au développement économique, 67 % à l'emploi et à la formation, 64 % aux nouvelles technologies. 75 % estiment que les entreprises françaises créent des emplois en Afrique.

Ces chiffres contredisent l'idée d'un rejet viscéral de la France, notamment chez les jeunes. La génération Z africaine, souvent présentée comme radicalement anti-française, semble en réalité entretenir un rapport plus complexe avec l'ancienne puissance coloniale. Le capital sympathie de la France n'est pas épuisé, loin de là.

92 % demandent des actes : l'exigence de transparence d'une génération

Mais le même sondage révèle un second chiffre, tout aussi important : 92 % des personnes interrogées demandent plus de transparence sur les actions de la France en Afrique. 87 % veulent voir les investissements français augmenter et être plus visibles. En d'autres termes, les Africains aiment la France, mais ils en attendent beaucoup plus.

C'est dans cet écart entre l'image positive et l'exigence de résultats que se niche la défiance que Timi Frank exploite et amplifie. Les Africains ne rejettent pas la France, mais ils veulent une relation plus équitable, plus transparente, plus respectueuse de leur souveraineté. Le discours de Frank trouve un écho précisément parce qu'il met des mots sur cette frustration.

Ce paradoxe est la clé pour comprendre l'avenir des relations franco-africaines. La France dispose d'un capital sympathie considérable, mais celui-ci n'est pas inépuisable. Si les promesses de « nouveau départ » ne se traduisent pas par des actes concrets, la défiance pourrait rapidement l'emporter sur la sympathie.

Le procès des ONG : quand la France est accusée de freiner les réformes depuis 10 ans

Timi Frank n'est pas une voix isolée. Son diagnostic d'un blocage français, d'une incapacité à transformer les discours en actes, est partagé par des acteurs de la société civile française elle-même. La CCFD-Terre Solidaire, organisation de solidarité internationale, a publié un rapport cinglant intitulé « Sommet Afrique-France 2026 : en 10 ans, la France a freiné les réformes économiques attendues par les pays africains ».

10 ans de réformes économiques bloquées : l'acte d'accusation de la CCFD

Le rapport de la CCFD-Terre Solidaire dresse un constat accablant. Selon l'ONG, la France a systématiquement freiné les réformes économiques que les pays africains appelaient de leurs vœux, notamment en matière de fiscalité, de transparence des contrats miniers et de souveraineté financière.

Les données chiffrées sont éloquentes. Les flux financiers illicites, qui privent les pays africains de milliards de dollars de recettes fiscales chaque année, sont en partie facilités par des mécanismes juridiques et financiers dans lesquels la France joue un rôle central. Les paradis fiscaux, les montages complexes, les contrats opaques : autant de pratiques que Paris dénonce officiellement mais qu'elle peine à réformer concrètement.

« La France parle de partenariat, mais elle continue de protéger les intérêts de ses entreprises au détriment des populations africaines », résume le rapport. Un constat qui rejoint point par point les accusations de Timi Frank, mais qui émane cette fois d'une organisation française, ce qui lui confère une crédibilité particulière.

Françafrique 2.0 : un nouveau pacte ou le retour des vieilles recettes ?

La convergence entre les critiques de l'activiste nigérian, les attentes de la rue africaine révélées par le sondage Ipsos et l'analyse de la société civile européenne dessine un tableau cohérent. Tous convergent vers un même constat : la France parle de rupture mais peine à changer ses pratiques.

Le concept de « Françafrique 2.0 » est souvent utilisé pour décrire cette situation. Il ne s'agit plus des réseaux occultes et des valises de billets de l'époque Foccart, mais d'un système plus sophistiqué, où le contrôle économique et politique s'exerce par des mécanismes financiers et juridiques, tout en maintenant un discours de partenariat et de respect de la souveraineté.

Pour les ONG, le sommet de Nairobi est un test. Les accords qui y ont été signés seront-ils suivis d'effets ? Les mécanismes de transparence promis seront-ils mis en place ? Les partenariats miniers seront-ils réellement équitables ? Les réponses à ces questions détermineront si la France est capable de sortir véritablement de la Françafrique, ou si elle se contente d'en moderniser les apparences.

Jeunes Africains et France : un amour contrarié mais pas impossible

L'avertissement de Timi Frank est un signal d'alarme que la diplomatie française aurait tort d'ignorer. Non pas parce que ses accusations sont toujours justes — son biais pro-américain est évident et sa vision du monde parfois simplificatrice — mais parce qu'il met le doigt sur un paradoxe central des relations franco-africaines.

D'un côté, le capital sympathie de la France reste élevé, surtout chez les jeunes. 78 % d'image positive, c'est un atout considérable dans un monde où les opinions publiques sont de plus en plus volatiles. De l'autre, les exigences de transparence et d'actions concrètes sont massives : 92 % des Africains veulent voir des actes, pas seulement des discours.

C'est dans cet écart que se niche la défiance. Timi Frank l'exploite, mais il ne l'a pas créée. La responsabilité de cette situation incombe à la France elle-même, qui a trop souvent promis des réformes sans les mettre en œuvre, annoncé des ruptures sans changer ses pratiques.

Le vrai danger pour la France n'est donc pas le discours de Frank en lui-même, mais l'écart entre ses promesses de « nouveau départ » et la réalité des accords miniers et monétaires perçus comme opaques. Si Paris veut réellement en finir avec la Françafrique, elle doit répondre aux 92 % qui exigent de la transparence. Elle doit transformer les mots en actes, les intentions en décisions tangibles.

L'avenir de la relation entre la France et l'Afrique se joue sur cette capacité à passer du discours à la pratique. Les jeunes Africains, qui constituent l'écrasante majorité de la population du continent, sont prêts à donner une chance à la France. Mais leur patience a des limites. L'avertissement de Timi Frank, aussi biaisé soit-il, est un rappel que le temps des belles paroles est révolu. Place aux actes.

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Questions fréquentes

Qui est Timi Frank ?

Timi Frank est un politicien nigérian, ancien responsable du parti au pouvoir APC et proche allié d'Atiku Abubakar. Il est aujourd'hui Senior Advisor au Global Forum for City Advancement (GFCA), une organisation promouvant les partenariats entre villes africaines et américaines.

Pourquoi Timi Frank critique-t-il les accords France-Afrique ?

Il estime que les accords signés lors du sommet de Nairobi en mai 2026 sont « anti-peuple » et « exploitatifs », remplaçant une dépendance par une autre. Il dénonce des deals opaques sur les mines et la sécurité, et appelle les dirigeants africains à se tourner vers les États-Unis.

Que s'est-il passé au sommet Afrique-France de Nairobi ?

Le sommet Africa Forward Summit des 11-12 mai 2026, présenté par Macron comme une rupture avec la Françafrique, a abouti à plus de 100 accords dont 11 bilatéraux avec le Kenya (1,7 milliard d'euros). Un incident a marqué les esprits : Macron a interrompu un débat en demandant de « restore order », ravivant les critiques.

Quels sont les accords dangereux dénoncés par Timi Frank ?

Frank pointe trois dossiers : la nationalisation de l'uranium nigérien par Orano, la fermeture des bases militaires françaises (Tchad, Sénégal, Gabon), et la réforme du franc CFA jugée cosmétique. Il estime que ces mécanismes perpétuent le contrôle économique français malgré les discours de rupture.

Quelle est l'image de la France en Afrique selon le sondage ?

Un sondage Ipsos de 2026 montre que 78 % des jeunes Africains ont une image positive de la France, mais 92 % exigent plus de transparence sur ses actions. Ce paradoxe entre sympathie et exigence de résultats explique la défiance que Timi Frank exploite.

Sources

  1. agenceecofin.com · agenceecofin.com
  2. barchart.com · barchart.com
  3. ccfd-terresolidaire.org · ccfd-terresolidaire.org
  4. 'They're exploitative' - Timi Frank urges African leaders to reject France · dailypost.ng
  5. dailypost.ng · dailypost.ng
world-watcher
Sarah Lebot @world-watcher

Journaliste en herbe, je synthétise l'actu mondiale pour ceux qui n'ont pas le temps de tout suivre. Étudiante en journalisme à Sciences Po Lille, je contextualise les événements sans prendre parti. Mon objectif : rendre l'info accessible et compréhensible, surtout pour ma génération. Pas de jargon, pas de sensationnalisme – juste les faits et leur contexte. Parce que comprendre le monde, c'est le premier pas pour le changer.

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