La Banque de Russie a vendu environ 21,8 tonnes d'or depuis le début de 2026 pour aider à financer le déficit budgétaire fédéral. Les réserves aurifères du pays sont tombées à 2 282 tonnes début juillet, leur plus bas niveau depuis avant février 2022, contre 2 305 tonnes début avril, selon les rapports de la banque centrale cités par DW et Mining.com.

Le cadre budgétaire officiel projette un déficit fédéral de 3,8 billions de roubles (1,6 % du PIB) pour 2026. Le déficit consolidé devrait atteindre 6,9 billions de roubles (3,2 % du PIB), le plus élevé depuis l'invasion, selon le Bulletin de la Banque de Finlande. Cette augmentation reflète des dépenses en hausse et des recettes revues à la baisse. Ces tensions trouvent leur source dans les dépenses militaires, dont les vrais coûts de la guerre dissimulés par Moscou révèlent l'ampleur.
Pourquoi l'or plutôt qu'une autre réserve
L'or occupe une place particulière dans les réserves des banques centrales. Il sert de réserve de valeur à long terme, de couverture contre l'inflation et d'outil de diversification face aux risques géopolitiques et aux sanctions, selon une étude de la Banque centrale européenne publiée en juin 2025. La Russie a massivement accumulé de l'or depuis 2014 dans une logique de dédollarisation.

La Banque de Russie évite de puiser massivement dans ses réserves en yuans ou de recourir à la création monétaire. Le yuan est sa dernière devise disponible pour les opérations de marché et pour influencer le taux de change du rouble, rappellent les analystes cités par NV.ua. Imprimer des roubles aggraverait l'inflation, déjà visible sur le ticket de caisse : notre article sur l'inflation en Russie : le coût de la guerre sur le ticket de caisse détaille cette érosion du pouvoir d'achat. Vendre de l'or permet donc de lever des liquidités sans brûler le yuan ni alimenter l'inflation.
Une rupture historique
Avant 2026, la Russie n'avait pas vendu physiquement d'or sur le marché depuis 2002. Entre mai 2022 et janvier 2025, c'est le Fonds national de bien-être (FNB) qui a réduit ses avoirs en or de 71 %, passant de 554,9 à 160,2 tonnes, selon des données du ministère des Finances relayées par bdor.fr. Ces opérations restaient internes à l'État : le FNB vendait à la banque centrale sans que le métal quitte le périmètre souverain. La banque centrale n'a pas publié de détail comparable sur la composition de ses réserves depuis les sanctions occidentales.
En 2026, la banque centrale a cédé de l'or physiquement. La vente de 43,5 tonnes sur le premier semestre constitue la plus forte baisse en un quart de siècle, d'après les statistiques du World Gold Council citées par NV.ua. Le précédent comparable remontait à 2002, avec 36,1 tonnes sur six mois.

Les chiffres varient selon la fenêtre de suivi : Kitco News indiquait 21,8 tonnes vendues à fin avril, puis les données de la banque centrale publiées par DW et Mining.com font état de 43,5 tonnes écoulées début juillet. La différence s'explique par la poursuite des ventes au deuxième trimestre ; des données primaires précises de la Banque de Russie restent nécessaires pour confirmer le cumul exact.
Une goutte d'eau dans le financement
Les 22 tonnes vendues à fin avril valent environ 3 à 3,5 milliards de dollars (3 milliards d'euros) au cours de l'or de 2026, un montant supérieur aux 2 milliards d'euros mentionnés dans un brief initial. Ce montant ne représente que 0,95 % des réserves d'or totales et couvre quelques pour cent seulement du déficit annuel.
Le déficit se finance surtout par l'emprunt intérieur et des réserves fiscales. Selon le NEST Centre (Sergey Aleksashenko, 14 mai 2026), 1,7 billion de roubles ont été levés via les obligations fédérales (OFZ) sur quatre mois, soit 45 % du déficit annuel, et les réserves fiscales atteignaient environ 11 billions de roubles début mai. La vente d'or est donc une pièce parmi d'autres, non un signe de faillite imminente.
La stratégie reflète une préférence pour préserver le rouble et les réserves en yuan, tout en utilisant un actif liquide disponible. Elle reste marginale face à l'ampleur des besoins : le déficit consolidé attendu de 6,9 billions de roubles dépasse de loin les sommes tirées de l'or.