Dans le cadre de la vente par la Turquie de ses bons du Trésor américains, Donald Trump et Recep Tayyip Erdoğan se tenant rapprochés et échangeant un regard, fond flou de végétation verte et drapeau rouge.
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La Turquie vide ses réserves en dollars pour défendre le lira face au choc de la guerre en Iran

Face au choc énergétique de la guerre en Iran, la Turquie a liquidé 89 % de ses bons du Trésor US en mars pour sauver le lira, révélant sa vulnérabilité et une crise mondiale de liquidité en dollars.

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En mars 2026, la Turquie a vendu environ 14 milliards de dollars de bons du Trésor américain. Ce mouvement, qui a réduit ses positions à seulement 1,78 milliard de dollars, visait à fournir des liquidités en dollars à la banque centrale pour défendre sa monnaie, la lira, face à un choc énergétique majeur provoqué par la guerre en Iran.

Dans le cadre de la vente par la Turquie de ses bons du Trésor américains, Donald Trump et Recep Tayyip Erdoğan se tenant rapprochés et échangeant un regard, fond flou de végétation verte et drapeau rouge.
Dans le cadre de la vente par la Turquie de ses bons du Trésor américains, Donald Trump et Recep Tayyip Erdoğan se tenant rapprochés et échangeant un regard, fond flou de végétation verte et drapeau rouge. — (source)

Une chute de 89 % en un mois

Les données du Trésor américain sur les capitaux internationaux (TIC) montrent l'ampleur de la liquidation. Les titres attribués à la Turquie sont passés de 16,9 milliards de dollars en janvier à 15,72 milliards en février, puis à 1,78 milliard en mars. C'est une réduction de 89 % en un mois. Les positions à long terme ont chuté de 11,05 milliard à 839 millions de dollars, et celles à court terme de 4,66 milliard à 945 millions.

La même table TIC a enregistré une vente nette négative de 13,98 milliards de dollars pour la Turquie en mars, signifiant une diminution des positions en bons du Trésor. Ces données ne prouvent pas que la banque centrale turque a été la seule vendeuse, car les titres détenus via des pays tiers peuvent ne pas être attribués au propriétaire final.

Défendre le lira face au choc pétrolier et gazier

La vente coïncide directement avec la défense de la lira. Le 2 mars, après des frappes américaines et israéliennes sur l'Iran, la banque centrale turque a vendu environ 8 milliards de dollars en une seule journée pour freiner la chute de sa monnaie. La lira a atteint un plancher historique de 43,99 pour un dollar avant de reprendre un peu.

Carte politique de la Turquie illustrant les frontières, les principales villes, les pays voisins et les plans d'eau environnants, sous forme de graphique.
Carte politique de la Turquie illustrant les frontières, les principales villes, les pays voisins et les plans d'eau environnants, sous forme de graphique. — (source)

Le choc est avant tout énergétique. La Turquie importe la quasi-totalité de sa consommation d'énergie. Environ 14 % de son gaz naturel provenait d'Iran avant la guerre, des flux qui se sont arrêtés après l'attaque du champ gazier de South Pars. Les prix de l'énergie ont bondi, rendant ces importations beaucoup plus coûteuses. L'inflation a été révisée à la hausse : la banque centrale a relevé sa cible pour 2026 à 24 %, contre 16 % initialement. Les économistes de JPMorgan et Deutsche Bank prévoient désormais une inflation de 30 %.

La hausse des rendements des bons du Trésor américains, alimentée par les craintes d'inflation mondiales, a également pesé. Elle a augmenté les coûts d'emprunt pour la Turquie et rendu sa dette plus risquée pour les investisseurs étrangers.

Une tendance mondiale, pas une décision isolée

La Turquie n'est pas le seul pays à avoir réduit ses avoirs en bons du Trésor en mars. C'est un mouvement plus large des banques centrales étrangères, confrontées au même choc. Le Japon a vendu environ 47 milliards de dollars, ramenant ses avoirs à 1 191 milliard de dollars. La Chine a abaissé les siens à 652,3 milliards, le niveau le plus bas depuis septembre 2008. Les avoirs étrangers totaux ont reculé de 1,5 %.

Graphique à barres empilées intitulé 'Principaux détenteurs étrangers de titres du Trésor américain, 2000-2010', montrant le pourcentage détenu par la Chine, le Japon, le Royaume-Uni et les pays exportateurs de pétrole.
Graphique à barres empilées intitulé 'Principaux détenteurs étrangers de titres du Trésor américain, 2000-2010', montrant le pourcentage détenu par la Chine, le Japon, le Royaume-Uni et les pays exportateurs de pétrole. — FutureofUSChinaTrade.com / CC BY 3.0 / (source)

Selon Frederic Neumann, chef économiste Asie chez HSBC, cette baisse n'est pas surprenante. La volatilité financière depuis le début de la guerre dans le Golfe et la pression sur les taux de change, en Asie en particulier, ont poussé les banques centrales à vendre une partie de leurs actifs en dollars pour financer des interventions de change. Cette analyse place la décision turque dans un contexte de crise globale de liquidité en devises, et non dans une stratégie géopolitique unilatérale.

L'échelle reste modeste. Les réserves turques en bons du Trésor avaient atteint 80 milliards de dollars il y a dix ans. Aujourd'hui, la Turquie reste un détenteur relativement petit comparé à l'Arabie saoudite, qui détient environ 150 milliards de dollars, ou aux Émirats arabes unis, avec 114 milliards. L'impact de marché de ses ventes est donc limité, mais la signification du signal est plus forte.

Un acte de survie, pas de dédollarisation

Aucune déclaration officielle de la banque centrale turque ou du gouvernement n'a été retrouvée pour confirmer et expliquer cette stratégie. L'interprétation repose sur les données TIC et les analyses de Bloomberg, Reuters et du Financial Times. La Turquie n'a pas revendiqué publiquement une stratégie de « dédollarisation » liée à la guerre.

L'acte est avant tout un arbitrage économique douloureux. Vendre des actifs sûrs et porteurs de rendement en dollars pour soutenir une monnaie fragile est une mesure coûteuse et non durable. Elle appauvrit les réserves de change et réduit la marge de manœuvre face aux prochains chocs. La banque centrale a également commencé à vendre et à échanger des réserves d'or.

La question qui reste ouverte est celle de la durabilité. Cette vente massive est-elle une mesure d'urgence isolée, ou le début d'un retrait plus profond des économies émergentes face au dollar ? La réponse dépendra de l'évolution du conflit iranien et de la capacité de la Turquie à stabiliser ses finances extérieures sans épuiser ses réserves. Pour l'instant, l'opération révèle la vulnérabilité des pays fortement dépendants des importations d'énergie aux chocs géopolitiques.

Pour les jeunes Européens, cet épisode illustre concrètement comment un choc géopolitique lointain peut se répercuter sur leurs économies. La hausse des rendements des bons du Trésor américain, alimentée par les craintes d'inflation suite au choc énergétique, tend à renchérir le coût du crédit à l'échelle mondiale, y compris en Europe. La fragilité des pays importateurs d'énergie souligne aussi l'attention portée au rôle de l'euro comme monnaie de réserve stable, analysé dans le rapport de la BCE de juin 2026. La résilience des économies ouvertes face à de tels chocs reste une question centrale pour les générations à venir.

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Questions fréquentes

Combien la Turquie a-t-elle vendu de bons du Trésor ?

En mars 2026, la Turquie a vendu environ 14 milliards de dollars de bons du Trésor américain. Ses positions sont tombées à 1,78 milliard de dollars, soit une baisse de 89 % en un mois.

Pourquoi la Turquie vend-elle ses réserves en dollars ?

La vente visait à fournir des liquidités en dollars à la banque centrale pour défendre le lira. Le choc énergétique provoqué par la guerre en Iran a fait bondir les prix de l'énergie et affaibli la monnaie.

Quel plancher le lira a-t-il atteint face au dollar ?

Le 2 mars, après des frappes sur l'Iran, le lira a atteint un plancher historique de 43,99 pour un dollar. La banque centrale avait vendu environ 8 milliards de dollars ce jour-là pour freiner la chute.

Quels pays ont vendu des bons du Trésor en mars ?

Outre la Turquie, le Japon a vendu environ 47 milliards de dollars et la Chine a abaissé ses avoirs à 652,3 milliards. C'est une tendance mondiale des banques centrales face au choc de liquidité.

Quelle inflation la Turquie prévoit-elle en 2026 ?

La banque centrale a relevé sa cible d'inflation à 24 % pour 2026, contre 16 % initialement. JPMorgan et Deutsche Bank prévoient une inflation de 30 %.

Sources

  1. Avant d'accéder à Google · bloomberg.com
  2. Japan, China lead foreign government retreat from U.S. Treasurys as Iran war fallout stokes currency fears · cnbc.com
  3. ecb.europa.eu · ecb.europa.eu
  4. Treasury International Capital Data for March · home.treasury.gov
  5. Turkey liquidates nearly all US Treasuries as Iran war bites economy: Report · middleeasteye.net
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Mélissa Turbot @society-lens

Je m'intéresse à ceux dont personne ne parle. Étudiante en journalisme à Lille, je décrypte la société française avec un regard de terrain : précarité étudiante, déserts médicaux, inégalités territoriales, luttes sociales invisibles. Mon ton est engagé mais toujours factuel – j'ai des chiffres, des sources, et des témoignages. Je crois que le journalisme sert à rendre visible ce qu'on préfère ignorer. Mes articles ne sont pas confortables, mais ils sont honnêtes.

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