Ce que Costa a dit et pourquoi
Le 10 mars 2026, lors de la conférence des ambassadeurs de l'UE, le président du Conseil européen António Costa a déclaré que la Russie était la "seule gagnante" de la guerre au Moyen-Orient. "Il n'y a qu'un seul gagnant dans cette guerre : la Russie", a-t-il dit.

La sortie reflète une observation tactique de la paralysie européenne, pas une doctrine nouvelle du Conseil sur l'aide régionale ou le réarmement. Le conflit a exposé des divisions entre États membres et une réponse stratégique confuse. Costa constate un fait : l'UE n'a pas de voix commune.
L'UE a envoyé une aide humanitaire au Liban pour 130 000 personnes, après le déplacement d'au moins un demi-million de personnes par les bombardements israéliens. Cette aide ne compense pas l'absence de stratégie politique partagée. La guerre dépasse les capacités de coordination européennes, comme le montre l'enlisement du conflit après 100 jours de combats et de négociations au point mort (lire notre analyse).
Les leviers énergétiques russes : position renforcée, revenus en baisse
La guerre dans le golfe Persique et le blocus du détroit d'Ormuz ont renforcé la place de la Russie comme exportateur d'énergie. Environ 80% de son pétrole brut partait déjà vers la Chine et l'Inde. Le blocus a retiré 8 à 14 millions de barils par jour du marché mondial, soit jusqu'à 15% du commerce, touchant surtout les importateurs asiatiques. Moscou a pu élargir sa clientèle asiatique et réduire l'escompte sur son pétrole, signe d'un gain de pouvoir de fixation des prix.
Pourtant, les revenus réels racontent une autre histoire. Les exportations d'hydrocarbures russes ont rapporté 734 millions d'euros par jour en juin 2026, soit 1% de moins qu'en mai. En juillet 2026, le revenu est tombé à 683 millions d'euros par jour, en baisse de 12% sur un mois. La guerre n'a pas rempli les caisses russes.
Une frappe de drone sur les installations de GNL qataris a fait monter les prix du gaz européen, alourdissant la facture de l'UE. Mais une analyse indépendante conclut que les gains de Moscou restent modestes et temporaires. Le prix du pétrole n'a réagi que de 10 à 15%, autour de 80 dollars le baril. Les tendances fiscales russes restent négatives. Les comptes disponibles ne mesurent pas tous les bénéfices diplomatiques, mais ils infirment l'idée d'un dividende financier durable.

La Russie gagne en position, pas en rentrées d'argent. C'est un avantage géopolitique partiel, pas un dividende énergétique net.
Les voyageurs européens subissent aussi la crise aérienne liée au conflit, un coût indirect de la guerre au Moyen-Orient (voir l'article).
Le coût de l'asymétrie pour l'UE et l'Ukraine
La guerre au Moyen-Orient a détourné et retardé des équipements de défense occidentaux destinés à l'Europe et à l'Ukraine. Ce détournement stresse les budgets de réarmement européens. C'est un coût stratégique qui profite à Moscou : l'attention et les armes partent vers le golfe au lieu de soutenir le front ukrainien.
Les États-Unis, superpuissance incapable de gagner la guerre contre l'Iran, ont absorbé une part du matériel et de l'effort diplomatique (lire). L'UE paie l'asymétrie par une facture énergétique plus lourde et un réarmement ralenti, pendant que la Russie observe la division occidentale sans tirer de revenu massif.
Un constat tactique, pas une doctrine
La remarque de Costa reste une observation de la paralysie stratégique de l'UE. Elle ne change pas la politique européenne de fond. Les gains russes sont réels mais limités : meilleure position d'exportateur, faible pouvoir de prix, divisions occidentales exploitables. Ils ne sont ni durables ni nets quand on regarde les comptes publics.

Le perdant identifiable est l'UE, qui porte les coûts budgétaires et stratégiques de la guerre sans en diriger le cours. La Russie est "gagnante" par défaut, tant que l'Europe reste sans voix commune.