Le 18 avril 2026, le sergent-chef Florian Montorio a été tué et trois autres militaires français blessés lors d'une embuscade à Al-Ghandouriyé, dans le sud du Liban. Le caporal-chef Anicet Girardin, grièvement touché, est décédé le 22 avril à l'hôpital. Ces deux décès, les premiers pour des soldats français dans la FINUL depuis 2023, ont ravivé la question de la présence militaire française au Liban.

Une mission de déminage transformée en embuscade
Le 18 avril, une patrouille du 17e régiment du génie parachutiste effectuait une mission d'ouverture d'itinéraire vers un poste FINUL isolé par les combats. Vers 11h30, à Al-Ghandouriyé près de Deir Kifa, les soldats ont été pris en embuscade et visés par des tirs à très courte distance. Le sergent-chef Florian Montorio, 40 ans, a été touché mortellement. Trois autres soldats ont été blessés, dont le caporal-chef Anicet Girardin, 31 ans, qui a succombé à ses blessures quatre jours plus tard.
La FINUL a qualifié les assaillants d'« acteurs non étatiques, présumés appartenir au Hezbollah ». Le président Emmanuel Macron a affirmé que « tout laisse à penser que la responsabilité de cette attaque incombe au Hezbollah ». Des sources françaises précisent que les soldats ont identifié les tireurs comme des membres du Hezbollah, mais sans preuve d'une décision du commandement central de l'organisation. Le Hezbollah a nié toute implication, qualifiant les accusations d'« arbitraires ».
Une présence française historique dans un conflit endémique
La France est le troisième contributeur de troupes à la FINUL, avec environ 605 militaires au sein de la mission onusienne et 700 au total dans le cadre de l'opération Daman. Depuis sa création en 1978, la force a perdu plus de 330 casques bleus. Le bilan pour la France est le plus lourd de toutes ses opérations extérieures : plus de 150 militaires tués en 48 ans, dont 38 dans le cadre de la FINUL.
Ce bilan s'explique par la nature même de la mission. La FINUL, dotée d'un mandat élargi en 2006 par la résolution 1701, est chargée de surveiller le cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah et d'aider les forces armées libanaises à s'étendre dans le sud. Elle compte 7 505 casques bleus de 47 pays. La dissolution de la force a été votée par le Conseil de sécurité de l'ONU en août 2025, avec un retrait prévu pour 2027.

Un conflit régional qui a fait plus de 4 300 morts
L'embuscade du 18 avril s'est produite dans un contexte de guerre ouverte. Le conflit a été déclenché le 2 mars 2026 par des tirs de roquettes du Hezbollah sur Israël, en riposte à l'assassinat du guide suprême iranien Ali Khamenei. La riposte israélienne massive, combinant bombardements et invasion terrestre, a causé plus de 4 300 morts au Liban, majoritairement des civils. Un cessez-le-feu permanent a été instauré le 20 juin, suivi d'un accord-cadre le 26 juin prévoyant le désarmement du Hezbollah et le retrait israélien. Mais en août 2026, des frappes israéliennes meurtrières à Nabatiyé et Ansar, qui ont tué 11 Libanais dont trois enfants, fragilisent le processus. Le cessez-le-feu est « régulièrement violé » selon Le Monde.
Un débat politique qui s'ouvre en France
La réaction officielle française a été ferme. Le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a qualifié l'attaque de « crime de guerre » et demandé une réunion du Conseil de sécurité de l'ONU. Le président libanais Joseph Aoun a condamné l'attaque et promis une enquête.
Mais au-delà des condamnations, l'incident ravive un débat sur la pertinence de maintenir des troupes françaises dans une zone de conflit actif. La FINUL doit être dissoute fin 2026, et le retrait programmé pour 2027 pose la question de l'avenir de l'opération Daman. Comme l'analyse une source militaire, « la FINUL est prise en tenaille entre un mandat de stabilisation et la réalité d'un conflit régional qui ne l'est pas ».

Le Liban reste le théâtre le plus meurtrier des opérations extérieures françaises. L'attentat du Drakkar en 1983, qui avait tué 58 parachutistes, reste la journée la plus sanglante de l'histoire militaire française moderne. Quarante-trois ans plus tard, la mort de Florian Montorio et Anicet Girardin rappelle que le prix de la paix, même sous mandat international, peut être très élevé.