Portrait d'une femme écrivain dans son bureau, entourée de livres et de papiers, regard déterminé, ambiance studieuse et engagée
Actualités

« Que comptez-vous faire pour le Liban ? » : la tribune qui défie l'Élysée

Une tribune de Carine Marret interpelle Macron sur l'urgence humanitaire au Liban, alors que le pays compte 1 268 morts et un million de déplacés.

As-tu aimé cet article ?

Le 23 avril 2026, une tribune signée Carine Marret paraît dans les pages du Figaro. Elle interpelle directement Emmanuel Macron avec une question simple, presque brutale : « Monsieur le président, que comptez-vous faire pour le Liban ? » Derrière ces mots se cache un cri d'alarme lancé depuis Beyrouth, depuis les camps de déplacés, depuis les hôpitaux du Sud qui ne désemplissent pas. La France, puissance historique au Levant, semble incapable d'endiguer la catastrophe qui frappe un pays où elle a pourtant tant investi. Cette tribune tombe à un moment précis : deux jours après la rencontre entre Macron et le Premier ministre libanais Nawaf Salam, et le jour même où le président français rend hommage à Chypre à deux soldats tués par le Hezbollah. Le décalage entre l'urgence humanitaire et la lenteur diplomatique n'a jamais été aussi flagrant.

Portrait d'une femme écrivain dans son bureau, entourée de livres et de papiers, regard déterminé, ambiance studieuse et engagée
Portrait d'une femme écrivain dans son bureau, entourée de livres et de papiers, regard déterminé, ambiance studieuse et engagée

Les quatre demandes de Carine Marret à l'Élysée

La tribune publiée dans Le Figaro le 23 avril 2026 n'est pas un énième appel d'intellectuels parisiens déconnectés du terrain. Son autrice, Carine Marret, connaît le Liban de l'intérieur. Elle écrit depuis une position singulière : celle d'une voix chrétienne d'Orient qui refuse de voir la France répéter les erreurs du passé. Son texte interpelle le chef de l'État sur quatre points précis : la protection immédiate des minorités, le soutien inconditionnel à l'armée libanaise, l'exigence d'un cessez-le-feu durable, et l'implication directe de Paris dans la reconstruction institutionnelle du pays.

Carine Marret, une plume chrétienne d'Orient qui s'adresse directement à Macron

Écrivain, collaboratrice de L'Orient littéraire, autrice du livre Les chrétiens d'Orient et la France, mille ans d'une passion tourmentée paru en 2025, Carine Marret n'est pas une novice en géopolitique libanaise. Elle incarne une sensibilité particulière : celle des chrétiens du Levant qui ont longtemps vu la France comme une protectrice naturelle, une « mère des armées » capable de peser sur les équilibres régionaux. Mais son ton n'est ni celui de la supplique ni celui de la flatterie. Elle pointe les contradictions françaises, les promesses non tenues, les déclarations qui restent sans suite. Sa légitimité vient de sa double appartenance : française par son parcours, libanaise par son engagement intellectuel. Quand elle parle du Liban, elle parle d'une terre qu'elle connaît, pas d'un dossier diplomatique qu'elle survole.

Protéger les minorités, soutenir l'armée, exiger un cessez-le-feu

Bien que le texte intégral de la tribune ne soit pas accessible dans son intégralité, le contexte permet d'en reconstituer les axes principaux. Carine Marret demande d'abord une protection immédiate des civils et des minorités, alors que les frappes israéliennes touchent des quartiers densément peuplés de Beyrouth et que les chrétiens du Sud sont pris entre deux feux. Elle réclame un soutien massif à l'armée libanaise, seule institution capable de restaurer la souveraineté de l'État. Elle exige que la France pèse de tout son poids diplomatique pour un cessez-le-feu qui ne soit pas une simple trêve technique. Enfin, elle appelle Paris à s'engager dans la reconstruction politique du Liban, au-delà des simples déclarations de principe. Le titre de la tribune est une interpellation directe : « Monsieur le président, que comptez-vous faire ? » Pas de périphrase, pas de détour. La question est posée, et elle attend une réponse.

Avril 2026 : Macron enchaîne les réunions, la tribune attend une réponse

Alors que la tribune de Carine Marret paraît dans les kiosques, Emmanuel Macron enchaîne les rendez-vous diplomatiques. Mais aucun d'eux ne semble répondre directement à l'appel lancé depuis les pages du Figaro. Le décalage entre l'urgence exprimée par l'autrice et l'agenda présidentiel est saisissant.

Le 21 avril, une promesse discrète à Nawaf Salam

Deux jours avant la publication de la tribune, Macron reçoit le Premier ministre libanais Nawaf Salam à l'Élysée. La rencontre, rapportée par Euronews, aborde des sujets brûlants. Salam reconnaît que le cessez-le-feu est « un soulagement » mais qu'il doit être consolidé. Il admet que le Hezbollah a commis « une erreur » en entraînant le Liban dans une guerre qu'il ne maîtrise pas. Sur la question du monopole des armes, le Premier ministre est lucide : cela « ne se fera pas du jour au lendemain ». Macron, de son côté, promet l'engagement de la France dans la reconstruction des zones bombardées et réaffirme son soutien à l'armée libanaise. Mais ces promesses, bien que concrètes, restent dans le domaine diplomatique. Elles ne répondent pas à l'urgence humanitaire que décrit Carine Marret. La rencontre est un signal, pas une solution. Sur le site Rencontre Macron Salam à Paris : les enjeux pour le Liban, on trouve une analyse détaillée des points d'accord et des zones d'ombre de cette entrevue.

Le 23 avril, à Chypre, le président rend hommage au soldat français tué par le Hezbollah

Le jour même de la publication de la tribune, Emmanuel Macron est à Chypre. Il participe à un sommet informel et prononce une déclaration conjointe avec le président chypriote Nikos Christodoulides. Son discours, retranscrit sur le site de l'ambassade de France à Chypre, commence par un hommage poignant : « Permettez-moi d'abord d'avoir un mot pour le sergent Anicet Girardin qui a succombé, hier, à ses blessures lors d'une attaque contre la FINUL samedi dernier. Une attaque inacceptable, commise selon toute vraisemblance par le Hezbollah, qui a également coûté la vie à l'adjudant Montorio. » Le président français parle de ses soldats, de leur sacrifice, de la nécessité de faire la lumière sur ces attaques. Mais il ne répond pas à la question posée par Carine Marret. La priorité du moment, pour l'Élysée, est la sécurité des troupes françaises engagées au sein de la FINUL, pas l'avenir politique du Liban. Le contraste est frappant : d'un côté, une tribune qui demande des actes concrets pour le peuple libanais ; de l'autre, un président qui rend hommage à ses morts et renforce la posture militaire française.

Un silence présidentiel qui révèle les marges de manœuvre réduites de la France

L'absence de réponse officielle à la tribune de Carine Marret n'est pas un hasard. Elle révèle les marges de manœuvre réduites de la France au Liban. Paris ne peut pas agir seule sans l'Union européenne ou le Conseil de sécurité des Nations unies. La France condamne, appelle au calme, promet de l'aide, mais ne peut ni faire céder Israël, ni désarmer le Hezbollah, ni imposer un cessez-le-feu durable. Le silence de l'Élysée devient en soi un signal politique : la France n'a pas de solution miracle à proposer. Elle accompagne, elle soutient, elle espère, mais elle ne décide pas. Pour les Libanais qui attendent des actes, ce silence est une douche froide.

17 millions d'euros, 100 tonnes de fret : le bilan concret de l'aide française

Au-delà des déclarations diplomatiques, la France a déployé un effort humanitaire significatif. Les chiffres, fournis par le ministère de l'Europe et des Affaires étrangères, donnent une mesure concrète de l'engagement français. Mais posent aussi la question de l'efficacité réelle de cette aide face à l'ampleur de la catastrophe.

Quatre ponts aériens en un semestre : l'effort logistique de l'armée française

Depuis le début de l'année 2026, l'armée française a organisé quatre opérations humanitaires vers le Liban. Le 12 mars, un premier vol cargo décolle de France avec du matériel médical et des fournitures essentielles. Le 23 avril, jour de la publication de la tribune, un deuxième vol suit. Le 4 mai, un troisième. Un quatrième est en cours de préparation. Au total, près de 100 tonnes de fret ont été acheminées. Ces chiffres témoignent d'un engagement logistique réel : l'armée française mobilise ses moyens, ses avions, ses équipes. Mais ils montrent aussi les limites du dispositif. 100 tonnes, c'est une goutte d'eau dans un pays où plus d'un million de personnes ont été déplacées, où les hôpitaux du Sud sont saturés, où les infrastructures d'eau et d'électricité sont détruites. L'effort est louable, mais il ne suffit pas.

Où va l'argent ? Les canaux ONU, CICR et ONG sous surveillance

L'engagement financier de la France s'élève à 17 millions d'euros. Cette somme est versée via des canaux multiples : l'ONU, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), des ONG libanaises et françaises. Le choix de ces partenaires n'est pas anodin. Il vise à garantir une certaine transparence dans l'utilisation des fonds, dans un pays où la corruption est endémique. Le Sénat français a-t-il prévu des garde-fous ? La question est légitime. Les précédents historiques montrent que l'aide internationale au Liban a parfois été détournée par des réseaux clientélistes. En comparaison avec d'autres crises, comme celle en Ukraine, les mécanismes de contrôle français semblent solides. Mais sur le terrain, la réalité est plus complexe. Les ONG locales, souvent les plus efficaces, manquent de moyens pour absorber des fonds massifs. La bureaucratie onusienne, elle, ralentit les décaissements. L'argent arrive, mais pas toujours là où il est le plus nécessaire. Sur le site Liban : report des élections 2026, prorogation de mandat et guerre, on mesure l'ampleur de la déliquescence institutionnelle qui complique l'acheminement de l'aide.

17 millions face à un océan de besoins : la question budgétaire

Mettre en perspective les 17 millions d'euros face aux besoins colossaux du Liban est un exercice brutal. Le pays compte 5,8 millions d'habitants. Plus d'un million sont déplacés. L'économie s'est effondrée. La livre libanaise a perdu plus de 95 % de sa valeur depuis 2019. Dans ce contexte, 17 millions d'euros, c'est l'équivalent du budget d'une petite ville française. Le ratio coût-efficacité de l'aide française est difficile à évaluer. D'autres donateurs, comme les États-Unis ou les pays du Golfe, injectent des sommes bien plus importantes. Mais la France joue un rôle spécifique : celui d'un acteur historique qui connaît le terrain, ses acteurs, ses subtilités. Son aide, bien que modeste en volume, a une valeur politique et symbolique. Elle montre que Paris n'abandonne pas le Liban, même si ses moyens sont limités par les contraintes budgétaires nationales.

1 268 morts, un million de déplacés : le Liban exsangue que la France regarde

Vue aérienne d'un quartier résidentiel libanais en ruines, immeubles effondrés, débris et poussière, atmosphère de désolation et d'urgence humanitaire
Vue aérienne d'un quartier résidentiel libanais en ruines, immeubles effondrés, débris et poussière, atmosphère de désolation et d'urgence humanitaire

Pour comprendre l'urgence de la tribune de Carine Marret, il faut plonger dans les chiffres glaçants du conflit. Le rapport du Sénat français, publié au printemps 2026, dresse un tableau apocalyptique. Mais au-delà des statistiques, ce sont des vies humaines qui sont brisées.

Le « mercredi noir » du 8 avril : 300 morts en un jour

Le 8 avril 2026 restera dans les mémoires comme l'un des jours les plus sanglants depuis la guerre civile libanaise. Ce jour-là, plus de 150 frappes israéliennes s'abattent sur différentes zones du pays. Le bilan est terrible : plus de 300 morts en une seule journée. Mediapart décrit cette journée comme un « mercredi noir » qui a plongé le Liban dans la stupeur. Les frappes touchent des quartiers résidentiels, des marchés, des écoles. Les secouristes du Croissant-Rouge libanais, débordés, décrivent une scène de massacre. Cet événement marque un tournant dans la guerre. Il justifie l'urgence de la tribune de Carine Marret : face à une telle escalade, les déclarations diplomatiques ne suffisent plus. Il faut des actes.

Un Libanais sur cinq a fui son foyer : les chiffres glaçants du Sénat

Les données du Sénat français, arrêtées au 31 mars 2026, donnent une mesure précise de la catastrophe. 1 268 morts, 3 750 blessés, plus d'un million de déplacés. Pour donner une échelle concrète : c'est comme si toute la population de la région parisienne était contrainte de quitter son domicile. 669 abris accueillent 136 201 personnes réparties dans 35 419 familles. Les hôpitaux du Sud sont saturés. Les infrastructures d'eau et d'électricité sont détruites dans de nombreuses localités. Un Libanais sur cinq a fui son foyer. Ces chiffres ne sont pas des abstractions. Ce sont des familles entassées dans des écoles, des enfants qui dorment sur des matelas à même le sol, des vieillards qui n'ont pas accès à leurs médicaments.

L'exode silencieux des jeunes Libanais : une génération sacrifiée ?

Au-delà des chiffres immédiats, se pose la question de l'avenir du Liban. Les jeunes, les forces vives du pays, fuient en masse. La diaspora libanaise, déjà l'une des plus importantes au monde, s'agrandit chaque jour. En France, on estime à 250 000 le nombre de Libanais ou d'origine libanaise. Ce sont des médecins, des ingénieurs, des entrepreneurs qui quittent un pays en ruine pour recommencer ailleurs. Cette hémorragie démographique est peut-être la menace la plus grave pour l'avenir du Liban. Sans ses jeunes, sans ses talents, le pays ne pourra pas se reconstruire. La France, en accueillant cette diaspora, joue un rôle ambigu : elle offre un refuge, mais elle participe aussi à l'appauvrissement du Liban. La question posée par Carine Marret prend ici tout son sens : que compte faire la France pour que ces jeunes aient un avenir dans leur pays ?

Le casse-tête du monopole des armes : Hezbollah, armée libanaise et FINUL

Si la France semble impuissante, c'est aussi parce que le problème libanais est d'une complexité redoutable. Au cœur de l'impasse se trouve la question du monopole des armes. Qui détient la force légitime au Liban ? L'armée nationale, la FINUL, le Hezbollah ? Tant que cette question ne sera pas tranchée, aucune paix durable ne sera possible.

Nawaf Salam face à l'héritage du Hezbollah

Lors de sa rencontre avec Macron le 21 avril, le Premier ministre Nawaf Salam a été d'une franchise rare. Il a reconnu que le Hezbollah avait commis « une erreur » en entraînant le Liban dans une guerre qu'il ne maîtrise pas. Mais il a aussi admis que le monopole des armes « ne se fera pas du jour au lendemain ». Cette déclaration résume tout le dilemme libanais. Le Hezbollah, bien qu'affaibli (il aurait perdu environ 70 % de ses capacités depuis 2024 selon l'IRIS), reste une force militaire organisée. Le désarmer par la force serait impossible sans une guerre civile. Le désarmer par la négociation prendra des années. La France soutient l'approche de Salam : une stratégie politique progressive, qui passe par le renforcement de l'armée libanaise et l'extension de l'autorité de l'État. Mais cette stratégie est risquée. Elle repose sur la bonne volonté de toutes les parties, ce qui est loin d'être acquis. Sur le site Cessez-le-feu au Liban : analyse d'une trêve fragile entre Israël et Beyrouth, on trouve une analyse détaillée des fragilités de cet équilibre.

Les zones pilotes du Sud-Liban : un test grandeur nature pour le désarmement

Le 21 juillet 2026, un test concret de l'accord-cadre a lieu dans le Sud-Liban. L'armée libanaise commence son déploiement dans la localité de Zaoutar El-Gharbiyé, l'une des premières « zones pilotes » où l'armée israélienne doit se retirer pour permettre aux Forces armées libanaises (FAL) d'amorcer le désarmement du Hezbollah. Le témoignage d'Ali Atwi, un employé d'Électricité du Liban âgé de 61 ans, est déchirant : « On demande à l'armée la permission d'aller voir nos maisons une heure puis de revenir. » Plus de 70 % des maisons du village sont détruites. Les habitants, déplacés depuis le début de la guerre en mars, veulent seulement « humer le parfum de leur terre ». Ce test grandeur nature montre à quel point le processus est fragile. L'armée libanaise, bien que soutenue par la France et les États-Unis, manque de moyens et de légitimité dans certaines zones. Le Hezbollah, lui, reste influent. Les zones pilotes sont un espoir, mais aussi un risque d'échec retentissant.

Soldats français et casques bleus sous les bombes : la mission de paix en péril

La France compte environ 700 soldats engagés au sein de la FINUL, dans le cadre de l'opération Daman. Ces casques bleus sont censés assurer la paix entre le Liban et Israël. Mais la réalité du terrain est bien différente. Le 28 mars 2026, trois casques bleus indonésiens sont tués dans des attaques. Le même jour, des soldats israéliens agressent le contingent français à Naqoura, s'en prenant au chef d'état-major de la Force. La France, par la voix de son représentant permanent à l'ONU Jérôme Bonnafont, condamne fermement ces actes et exige des garanties. Mais ces incidents montrent que la FINUL n'est plus respectée. Elle est prise entre deux feux : les frappes israéliennes d'un côté, les attaques du Hezbollah de l'autre. La mission de paix est en péril. La France doit-elle maintenir ses troupes dans des conditions aussi dangereuses ? La question est posée, et la réponse n'est pas évidente. Sur le site Soldats français tués au Liban : FINUL, Hezbollah et analyse des risques, on mesure les enjeux de cette présence militaire française.

Trump, Aoun et l'accord-cadre : la France reléguée au second plan ?

Alors que la France peine à peser sur le dossier libanais, les États-Unis de Donald Trump prennent une place croissante. La visite du président libanais Joseph Aoun à Washington en juillet 2026 marque un tournant dans les équilibres régionaux.

Vols directs Washington-Beyrouth : le geste spectaculaire de Trump en juillet 2026

Le 21 juillet 2026, Donald Trump reçoit Joseph Aoun dans le bureau Ovale de la Maison Blanche. C'est la première visite d'un président libanais à Washington depuis 2009. Trump annonce une mesure spectaculaire : la reprise des vols commerciaux directs entre les États-Unis et le Liban, pour la première fois depuis 1985. « Je donne instruction à mon administration d'autoriser toutes les compagnies aériennes américaines à assurer des vols directs vers le Liban, afin que les Américains puissent facilement visiter ce magnifique pays », déclare-t-il sur Truth Social. Le Premier ministre Nawaf Salam qualifie cette décision d'« occasion majeure pour renforcer les voyages et les relations entre le Liban et les États-Unis ». Ce geste, bien que symbolique, a un impact immédiat : il redonne une visibilité aux États-Unis au Liban, au moment où la France semble en retrait.

Dans les coulisses de l'accord-cadre tripartite, la diplomatie française en retrait

L'accord-cadre signé le 26 juin 2026 entre le Liban et Israël est parrainé par les États-Unis. La France, pourtant alliée historique du Liban, semble absente des négociations principales. Où est Paris dans ce dispositif ? La rencontre entre Macron et Salam, qui semblait prometteuse en avril, apparaît six mois plus tard comme un moment déjà dépassé. Les États-Unis, avec leur puissance militaire et diplomatique, ont pris la main. La France, elle, se contente de soutenir le processus sans en être l'acteur principal. Ce retrait relatif n'est pas nécessairement un échec. Il reflète une réalité géopolitique : dans la région, les États-Unis pèsent plus lourd que la France. Mais pour les Libanais, qui ont longtemps vu Paris comme un protecteur, ce changement est brutal.

Joseph Aoun entre deux chaises : Paris ou Washington ?

Le président libanais Joseph Aoun doit naviguer entre deux alliés. D'un côté, la France, partenaire historique avec lequel il partage une langue, une culture, des liens profonds. De l'autre, les États-Unis, nouvelle puissance protectrice qui promet une aide massive et une normalisation avec Israël. La visite à Washington et la signature de l'accord-cadre montrent que Aoun a choisi de miser sur l'option américaine. Mais ce choix n'est pas sans risque. Trump est imprévisible. Son soutien peut disparaître du jour au lendemain. La France, elle, reste un partenaire stable, même si ses moyens sont limités. Aoun doit jongler entre ces deux pôles, sans se couper ni de l'un ni de l'autre. Un exercice d'équilibriste dans un pays où l'équilibre est une denrée rare. Sur le site Prise de la forteresse de Beaufort au Liban : enjeux et conséquences, on mesure le rapport de force symbolique et militaire qui s'exerce sur le terrain.

Conclusion : la France entre héritage et realpolitik

La tribune de Carine Marret reste sans réponse officielle. Mais elle a posé une question qui ne cessera de hanter la diplomatie française tant que le Liban saignera. Peut-être est-ce là, finalement, l'essentiel : avoir rappelé que derrière les chiffres, les accords et les déclarations, il y a un peuple qui attend, qui souffre, et qui demande à la France de ne pas l'oublier.

Les 17 millions d'euros et les 100 tonnes de fret sont des gestes concrets, mais ils ne remplacent pas une stratégie politique cohérente. La présence de 700 soldats français au sein de la FINUL est un engagement fort, mais il expose ces hommes à des dangers croissants. Le soutien à l'armée libanaise est indispensable, mais il ne résout pas la question du Hezbollah. La France fait ce qu'elle peut, avec les moyens qui sont les siens, dans un contexte où les États-Unis ont pris la main et où Israël impose sa logique militaire.

L'héritage de la « mère des armées » pèse lourd, mais les dures lois de la géopolitique du XXIe siècle laissent peu de place au discours moral. La France ne peut pas imposer la paix. Elle peut seulement l'accompagner, la soutenir, l'espérer. Si Macron répondait aujourd'hui à la tribune, il dirait probablement ceci : la France continuera son aide humanitaire, soutiendra l'armée libanaise, condamnera les exactions, mais ne peut ni faire céder Israël, ni désarmer le Hezbollah, ni reconstruire le pays seule. Le message implicite est clair : le Liban doit d'abord s'aider lui-même. Ses institutions doivent se renforcer. Ses dirigeants doivent s'entendre.

La question de Carine Marret reste ouverte. Elle continuera de résonner tant que le Liban ne trouvera pas la paix. Et elle rappelle, à chaque mot, que la France a une responsabilité historique qu'elle ne peut pas abdiquer, même si ses marges de manœuvre sont réduites. Le silence de l'Élysée n'est pas une fin. C'est un aveu d'impuissance, mais aussi un appel à faire mieux.

As-tu aimé cet article ?

Questions fréquentes

Que demande Carine Marret à Macron pour le Liban ?

Dans une tribune du Figaro le 23 avril 2026, Carine Marret interpelle Emmanuel Macron sur quatre points : la protection immédiate des minorités, le soutien inconditionnel à l'armée libanaise, l'exigence d'un cessez-le-feu durable, et l'implication directe de Paris dans la reconstruction institutionnelle du pays.

Combien d'aide la France a-t-elle envoyée au Liban ?

La France a acheminé près de 100 tonnes de fret via quatre ponts aériens et versé 17 millions d'euros par des canaux comme l'ONU, le CICR et des ONG. Cette aide, bien que concrète, reste modeste face aux besoins d'un pays comptant plus d'un million de déplacés et une économie effondrée.

Quel est le bilan humain de la guerre au Liban en 2026 ?

Selon un rapport du Sénat français arrêté au 31 mars 2026, le conflit a fait 1 268 morts, 3 750 blessés et plus d'un million de déplacés, soit un Libanais sur cinq. Le 8 avril, une journée qualifiée de « mercredi noir » a vu plus de 300 morts en une seule journée.

Pourquoi la France semble-t-elle impuissante au Liban ?

La France ne peut agir seule sans l'UE ou l'ONU, et ne peut ni faire céder Israël, ni désarmer le Hezbollah, ni imposer un cessez-le-feu durable. Ses marges de manœuvre sont réduites, et les États-Unis de Donald Trump ont pris la main dans les négociations, comme avec l'accord-cadre tripartite de juin 2026.

Quel rôle jouent les soldats français de la FINUL au Liban ?

Environ 700 soldats français sont engagés dans la FINUL (opération Daman) pour assurer la paix entre le Liban et Israël. Mais ils sont pris entre les frappes israéliennes et les attaques du Hezbollah, et ont subi des agressions, ce qui met en péril la mission de paix.

Sources

  1. Donald Trump annonce la reprise des vols directs vers le Liban après sa rencontre avec le président Joseph Aoun · lemonde.fr
  2. Visite à Chypre du Président de la République française Emmanuel Macron, 23 -24 avril 2026 · cy.ambafrance.org
  3. [PDF] MINISTÈRE DES ARMÉES · defense.gouv.fr
  4. Liban - Élection d’un président · diplomatie.gouv.fr
  5. diplomatie.gouv.fr · diplomatie.gouv.fr
world-watcher
Sarah Lebot @world-watcher

Journaliste en herbe, je synthétise l'actu mondiale pour ceux qui n'ont pas le temps de tout suivre. Étudiante en journalisme à Sciences Po Lille, je contextualise les événements sans prendre parti. Mon objectif : rendre l'info accessible et compréhensible, surtout pour ma génération. Pas de jargon, pas de sensationnalisme – juste les faits et leur contexte. Parce que comprendre le monde, c'est le premier pas pour le changer.

1523 articles 1 abonnés

Commentaires (2)

Connexion pour laisser un commentaire.

Chargement des commentaires...

Articles similaires