Zaoutar El-Charkiyé, 21 juillet 2026 : le jour où l’armée libanaise a repris pied dans le sud
Mardi 21 juillet 2026, les premières unités de l’armée libanaise ont franchi la lisière de ce qui fut longtemps la « zone de sécurité » israélienne dans le sud du pays. Le communiqué officiel est tombé en début de matinée : les soldats ont commencé à se déployer à Zaoutar El-Charkiyé, une localité de la région de Nabatiyé située aux abords des positions tenues par Tsahal. Les images diffusées par les médias libanais montrent des véhicules militaires arborant fièrement le drapeau national pénétrant dans le village, sous les regards mêlés de méfiance et d'espoir des habitants.

Ce déploiement intervient le jour même où le président libanais Joseph Aoun rencontre Donald Trump à la Maison-Blanche. La coïncidence est lourde de sens : Washington est le parrain de l'accord-cadre signé fin juin entre le Liban et Israël, un texte qui prévoit le retrait progressif des forces israéliennes du sud du Liban et le désarmement du Hezbollah. Les « zones pilotes » en sont la première concrétisation sur le terrain.
Les soldats entrent dans une localité sous contrôle israélien
Zaoutar El-Charkiyé n'est pas un village comme les autres. Perché sur les hauteurs de Nabatiyé, il se trouve à la frontière invisible de l'ancienne zone occupée par Israël depuis des décennies. Pour l'armée libanaise, y pénétrer officiellement dans le cadre d'un accord bilatéral est une première depuis des années. Les véhicules militaires, dont l'un porte le drapeau libanais hissé à l'avant, avancent lentement sur une route défoncée par les bombardements de 2024 et 2026. Des soldats casqués, fusil en bandoulière, mettent pied à terre et inspectent les bâtiments abandonnés.

Le symbole est puissant. Pendant des années, cette zone échappait totalement au contrôle de Beyrouth. Le Hezbollah y régnait en maître, et l'armée israélienne y menait des incursions régulières. Aujourd'hui, l'État libanais tente de reprendre la main, même si la marge de manœuvre reste étroite. Comme le rappelle un haut responsable américain cité par Le Monde, « c'est l'occasion pour l'État libanais de commencer à réaffirmer son contrôle de zones historiquement dominées par le Hezbollah ».
De l'accord-cadre de Washington à l'application sur le terrain
Pour comprendre ce qui se joue à Zaoutar El-Charkiyé, il faut remonter le fil des négociations. L'accord-cadre signé fin juin 2026 à Washington sous l'égide des États-Unis est le fruit de mois de tractations secrètes entre Beyrouth et Tel-Aviv. Le texte prévoit un retrait israélien progressif et surtout le désarmement du Hezbollah, condition sine qua non posée par Israël et Washington.

Le 15 juillet, le sixième cycle de pourparlers directs à Rome valide le principe des « zones pilotes ». L'idée est simple : tester sur un périmètre restreint la capacité de l'armée libanaise à prendre le relais de Tsahal et à empêcher le retour des combattants du Hezbollah. Si le test fonctionne, le dispositif pourra être étendu à l'ensemble du sud du pays, conformément à la résolution 1701 de l'ONU, adoptée en 2006 mais jamais pleinement appliquée.
Le timing est serré. La rencontre Aoun-Trump à la Maison-Blanche, le jour même du déploiement, n'est pas un hasard : elle doit sceller politiquement l'accord et garantir les financements américains nécessaires à l'armée libanaise. Sans l'argent de Washington, pas de déploiement possible.
Zones pilotes : le découpage des cinq villages qui inquiète Tel-Aviv et le Hezbollah
Le concept de « zones pilotes » est au cœur de l'accord, mais il reste flou dans son application concrète. Officiellement, la première zone comprend cinq localités situées de part et d'autre du fleuve Litani. Le choix de ces villages n'est pas anodin : il s'agit de tester à la fois le retrait israélien et la capacité de l'armée libanaise à empêcher le retour de la milice chiite.

Les deux parties ont des interprétations divergentes de ce que signifie réellement ce déploiement. Pour Israël, il s'agit d'une première étape vers un désarmement total du Hezbollah. Pour Beyrouth, c'est une occasion de restaurer sa souveraineté, mais sans nécessairement entrer en confrontation directe avec la milice.
Pourquoi ces localités ? La carte sensible du sud du Liban
La première zone pilote regroupe cinq villages : Zawtar el-Gharbiyé, Zawtar el-Charkiyé, Froun, Srifa et une cinquième localité dont le nom n'a pas été officiellement confirmé. Ces villages sont situés dans une zone stratégique, à cheval sur la ligne de front qui sépare les positions israéliennes des bastions du Hezbollah.
Zawtar el-Gharbiyé et Zawtar el-Charkiyé sont des localités jumelles, l'une à l'ouest, l'autre à l'est, qui contrôlent les accès à la plaine de Nabatiyé. Froun, plus au sud, est un point d'ancrage historique du Hezbollah. Leur sélection montre que l'accord vise à tester la capacité de l'armée libanaise à opérer dans des zones où la milice est solidement implantée.

Selon les informations rapportées par Ici Beyrouth, des officiers américains du CENTCOM superviseraient directement les opérations. Le commandement du secteur Sud-Litani de l'armée libanaise n'aurait pas encore reçu les « modalités pratiques » de sa mission, ce qui alimente les inquiétudes sur le terrain.
Le « trompe-l'œil » du retrait israélien selon Beyrouth
Le 18 juillet, Israël annonce le retrait de deux localités : Zaoutar al-Charkiyé et Zaoutar al-Gharbiyé. Problème : cette dernière n'était pas occupée par l'armée israélienne. L'armée libanaise s'y était déjà déployée le 17 juillet, ainsi que dans cinq autres villages. Une source officielle libanaise, citée par RFI, qualifie l'annonce israélienne de « trompe-l'œil » de communication.
Ce détail n'est pas anodin. Il révèle que les deux parties n'ont pas la même lecture de l'accord. Pour Israël, chaque retrait doit être médiatisé comme une concession. Pour Beyrouth, il s'agit d'éviter que le Hezbollah ne puisse présenter le déploiement de l'armée comme une capitulation face à Tel-Aviv. Les détails opérationnels restent flous, et la méfiance est de mise des deux côtés.

L'armée israélienne a déclaré qu'elle allait « adapter son dispositif dans l'une des zones pilotes afin de permettre aux Forces armées libanaises de remplir leur mission, tout en garantissant la sécurité des soldats de Tsahal et en préservant son droit à l'autodéfense ». Une formulation qui laisse entendre qu'Israël conserve la possibilité d'intervenir à tout moment.
Aucun rôle pour la FINUL, une première dans l'histoire du Sud-Liban
Un point majeur de l'accord est passé relativement inaperçu : la FINUL (Force intérimaire des Nations unies au Liban) et l'ONUST (Organisme des Nations unies chargé de la surveillance de la trêve) sont explicitement écartées du dispositif des zones pilotes. C'est une première dans l'histoire du sud du Liban.
Cette décision est lourde de conséquences. La FINUL, déployée depuis 1978, était jusqu'ici le principal acteur international sur le terrain. Son absence signifie que le dispositif de sécurité repose entièrement sur l'armée libanaise, supervisée par des officiers américains du CENTCOM. Pour les États-Unis, il s'agit de contourner un acteur jugé inefficace, voire trop proche du Hezbollah. Pour Israël, c'est la garantie que la force onusienne, régulièrement accusée de fermer les yeux sur les activités de la milice, ne viendra pas entraver les opérations.
Pour la France, principal contributeur européen à la FINUL, c'est un camouflet diplomatique. Les soldats français déployés au Liban se retrouvent dans une position délicate, comme nous le verrons plus loin.
L'armée libanaise, instrument fragile d'une souveraineté sous perfusion américaine
Le déploiement des zones pilotes repose sur un acteur central : l'armée libanaise. Mais cette institution, pilier de l'État, est-elle vraiment en mesure d'assumer la mission qui lui est confiée ? La question est cruciale, car l'échec du dispositif pourrait précipiter une nouvelle guerre civile ou un retour en force du Hezbollah.
L'armée libanaise est une institution fragile, sous-équipée, divisée sur le plan confessionnel et totalement dépendante des financements étrangers. Sans l'argent américain, elle ne tiendrait pas un mois. Ce déploiement est donc un test grandeur nature pour sa crédibilité, mais aussi pour sa capacité à résister aux pressions politiques.

Des soldats sans directives claires face à un Hezbollah armé
Selon les informations rapportées par Ici Beyrouth, les officiers de l'armée libanaise n'ont pas reçu les « modalités pratiques » de leur mission. Le commandement du secteur Sud-Litani ignore encore comment il doit procéder face à une éventuelle confrontation avec le Hezbollah. Les soldats sont sous-équipés, mal payés, et leur loyauté est divisée entre les différentes communautés religieuses du pays.
L'accord-cadre exige des perquisitions et le démantèlement des infrastructures du Hezbollah dans les zones pilotes. Mais l'armée peut-elle vraiment le faire sans provoquer une guerre civile ? La milice chiite est militairement plus puissante que l'armée régulière, et elle dispose d'un ancrage social profond dans le sud du pays. Les soldats libanais, souvent issus des mêmes villages que les combattants du Hezbollah, se retrouveraient dans une situation intenable.
Une source militaire citée par RFI confie que l'armée ne partage pas l'enthousiasme du président Aoun et du Premier ministre Nawaf Salam. Les officiers craignent que ce déploiement ne les mette en confrontation directe avec le Hezbollah, sans que l'État ne leur fournisse les moyens de se protéger.
CENTCOM et les dollars américains : les vrais maîtres d'œuvre du déploiement
Le déploiement des zones pilotes est entièrement supervisé par des officiers américains du CENTCOM, le commandement militaire américain pour le Moyen-Orient. Ce sont eux qui coordonnent les mouvements de troupes, qui valident les zones de déploiement et qui assurent la liaison avec l'armée israélienne. L'armée libanaise, en réalité, n'est qu'un exécutant.
Cette dépendance est le résultat d'une situation économique désastreuse. Le Liban est exsangue après des années de crise financière, d'effondrement de la monnaie et de guerres à répétition. Son armée ne tient que grâce aux financements américains, qui représentent plusieurs centaines de millions de dollars par an. La rencontre Aoun-Trump, le 21 juillet, est le symbole de cette dépendance : le président libanais vient négocier les conditions du soutien américain.
Qui paie ? Washington. Quel est le coût politique pour Beyrouth ? Accepter de servir de relais à la stratégie américaine de containment de l'Iran et d'Israël. Le risque est de voir l'armée libanaise perçue comme une force d'occupation aux ordres des États-Unis par une partie de la population, notamment dans les zones chiites où le Hezbollah est influent.
Hezbollah et Israël : le vrai test des zones pilotes n'a pas encore commencé
Le déploiement des zones pilotes est un test, mais le véritable enjeu se situe ailleurs. Il ne s'agit pas seulement de savoir si l'armée libanaise peut prendre le contrôle de quelques villages. Il s'agit de savoir si elle peut empêcher le Hezbollah de continuer à opérer dans le sud, et si Israël acceptera de retirer ses troupes sans conditions.
Les deux parties, Hezbollah et Israël, observent le déploiement avec une attention extrême. Chacun y voit une opportunité ou une menace. Le moindre incident peut faire exploser le cessez-le-feu et replonger la région dans la guerre.
2 000 combattants au sud du Litani : la menace chiffrée brandie par Israël
L'ambassadeur d'Israël à Washington, Yechiel Leiter, a évalué à plus de 2 000 le nombre de combattants du Hezbollah arrivés récemment dans le sud du Liban. Selon lui, ces hommes doivent « retourner vers le nord » avec un « passage sûr » garanti par l'armée libanaise. Le test des zones pilotes est précisément de les repousser vers le nord du Litani, conformément à la résolution 1701.

Mais l'armée libanaise a-t-elle la capacité d'identifier ces combattants et de les faire déguerpir ? Les hommes du Hezbollah ne portent pas d'uniforme. Ils se fondent dans la population civile, vivent dans les mêmes villages que les habitants. Les perquisitions nécessiteraient des effectifs et un renseignement que l'armée libanaise ne possède pas.
Le moindre accrochage entre soldats libanais et combattants du Hezbollah peut faire exploser le cessez-le-feu. Israël a déjà prévenu qu'il conserverait son « droit à l'autodéfense » et qu'il interviendrait si des tirs étaient dirigés vers son territoire. Les zones pilotes sont donc un champ de mines, au sens propre comme au figuré.
Le silence stratégique du Hezbollah : acceptation tactique ou piège tendu à l'armée
Le Hezbollah n'a pas officiellement réagi au déploiement des zones pilotes. Aucune déclaration de Hassan Nasrallah, aucun communiqué de la milice. Ce silence est assourdissant, et il est stratégique.
L'accord-cadre a été rejeté par Nabih Berri, allié du Hezbollah et président du Parlement libanais. La milice elle-même l'a condamné. Mais elle ne peut pas s'opposer ouvertement à l'armée nationale sans perdre sa légitimité patriotique. Le Hezbollah se présente comme le défenseur du Liban contre Israël. S'opposer à l'armée libanaise, c'est se mettre en contradiction avec ce discours.
Michael Young, analyste au Carnegie Middle East Center cité par Ici Beyrouth, estime que c'est « le premier plan à aborder sérieusement le désarmement du Hezbollah », mais qu'il est « semé d'embûches ». Le Hezbollah joue la montre. Il attend de voir si l'armée échoue sur le terrain à garantir la sécurité, ce qui lui permettrait de justifier son maintien en armes. Si l'armée réussit, la milice perdra son prétexte pour continuer à exister militairement.
Habitants des zones pilotes : l'espoir fragile d'une vie normale entre armée et milices
Derrière les considérations géopolitiques et les négociations diplomatiques, il y a des hommes, des femmes, des enfants. Les habitants des zones pilotes vivent depuis des années dans l'insécurité, entre les bombardements israéliens et la présence du Hezbollah. Le déploiement de l'armée est pour eux une lueur d'espoir, mais aussi une source d'inquiétude.
Le succès des zones pilotes ne dépendra pas seulement de la capacité de l'armée à désarmer le Hezbollah. Il dépendra aussi de sa capacité à regagner la confiance des habitants, à leur offrir des services que la milice ne fournit pas, et à les protéger des représailles.
Les jeunes de Nabatiyé et Bint Jbeil : lassés de la guerre, méfiants envers l'État
Dans les villages du sud, la jeunesse est partagée. D'un côté, la fidélité au Hezbollah reste forte. La milice a assuré pendant des décennies la protection sociale, l'éducation, la santé, dans des zones que l'État libanais avait abandonnées. De l'autre côté, la lassitude des guerres à répétition est immense. Les jeunes de Nabatiyé, de Bint Jbeil, de Marjayoun ont connu les bombardements de 2006, de 2024, de 2026. Ils en ont assez.
La présence de l'armée est vue par certains comme une chance de stabilité. Un retour à une vie normale, avec des écoles qui fonctionnent, des routes praticables, des commerces qui rouvrent. Mais d'autres y voient une intrusion, une trahison de la résistance contre Israël. Le Hezbollah a construit son discours sur la défense du territoire. Accepter l'armée, c'est accepter que la milice perde son rôle.
Le succès des zones pilotes passera par la capacité de l'État à regagner la confiance des habitants. Cela signifie offrir des services publics de qualité, créer des emplois, reconstruire les infrastructures détruites. Sans cela, le Hezbollah conservera son emprise sur la population.
Reconstruire sans garantie : le quotidien précaire des villages de la frontière
La situation humanitaire dans les zones pilotes est catastrophique. Les villages ont été détruits par les frappes israéliennes de 2024 et 2026. Les habitants veulent rentrer, mais les zones sont potentiellement minées ou toujours sous la menace israélienne. Le déploiement de l'armée est une promesse de sécurité, mais elle reste fragile.
Israël maintient un « périmètre de sécurité » de 10 kilomètres à l'intérieur du Liban. Cela signifie que les villages situés dans cette zone restent à portée de tir de l'artillerie israélienne. Si le Hezbollah continue d'opérer dans le sud, les habitants seront les premières victimes des représailles.
Le dilemme est cruel. Reconstruire sa maison, c'est prendre le risque de devoir fuir à nouveau. Rester dans un camp de déplacés, c'est accepter de vivre dans la précarité. Les habitants des zones pilotes sont pris en étau entre l'armée israélienne, le Hezbollah et un État libanais qui n'a pas les moyens de les protéger.
France et FINUL : l'impasse stratégique d'une force de paix mise sur la touche
La France est historiquement l'un des principaux acteurs au Liban. Elle est le contributeur européen le plus important à la FINUL, et elle entretient des relations étroites avec Beyrouth. Mais l'accord des zones pilotes la marginalise complètement. La FINUL est écartée, et les soldats français se retrouvent dans une position intenable.
Pourquoi la France est-elle mise sur la touche ? Parce que les États-Unis ont décidé de prendre les rênes du processus, et qu'Israël considère la FINUL comme inefficace. La France, qui avait pourtant joué un rôle clé dans les négociations de 2006, se retrouve spectatrice d'un jeu qu'elle ne maîtrise plus.
Le camouflet de l'accord : pourquoi la FINUL est écartée des zones pilotes
L'absence de la FINUL dans les zones pilotes est un camouflet pour la diplomatie française. La force onusienne, créée en 1978 et renforcée après la guerre de 2006, était jusqu'ici le principal garant de la stabilité dans le sud du Liban. Ses soldats patrouillaient le long de la Ligne bleue, surveillaient les mouvements du Hezbollah et servaient d'intermédiaires entre les parties.
Mais Israël a toujours considéré la FINUL comme trop complaisante envers le Hezbollah. Les rapports de l'ONU ont régulièrement documenté les violations de la résolution 1701 par la milice chiite, mais sans jamais prendre de sanctions. Pour Tel-Aviv, la FINUL est un acteur inutile, voire contre-productif.
Les États-Unis partagent cette analyse. En écartant la FINUL, Washington envoie un message clair : c'est Washington, et non l'ONU, qui pilote le processus de paix au Liban. La France, membre permanent du Conseil de sécurité et contributeur majeur à la FINUL, se retrouve marginalisée.
Shama, 8 avril : le souvenir des soldats français pris pour cible
Le 8 avril 2026, un convoi italien de la FINUL a été visé par des tirs de sommation israéliens près du village de Shama, dans le sud du Liban. Cet incident, relaté dans notre analyse du convoi italien visé au Liban, illustre la dangerosité croissante de la mission pour les soldats de la FINUL.
Les soldats français déployés au Liban sont régulièrement pris pour cible, comme nous l'avons expliqué dans notre article sur les soldats français pris dans l'étau de la FINUL. Ils se retrouvent coincés entre une armée israélienne qui leur tire dessus et un Hezbollah qui ne les reconnaît pas comme protecteurs. Avec le déploiement des zones pilotes, le risque est décuplé.
Les soldats français ne sont pas intégrés au dispositif des zones pilotes. Ils continuent de patrouiller dans les zones où la FINUL est encore présente, mais leur mission devient de plus en plus dangereuse. Si les tensions entre Israël et le Hezbollah devaient dégénérer, ils seraient en première ligne.
Conclusion : Les « zones pilotes » peuvent-elles vraiment pacifier le sud du Liban ?
Le déploiement des zones pilotes est une victoire diplomatique notable pour l'État libanais. Pour la première fois depuis des années, l'armée reprend pied dans des zones où elle était absente, et elle le fait dans le cadre d'un accord international. C'est un pas vers la restauration de la souveraineté libanaise.
Mais les fragilités sont immenses. Sans solution politique au statut du Hezbollah, sans financement massif et durable de l'armée, et sans un signal clair d'Israël pour arrêter les violations, ces zones pilotes risquent de rester des enclaves fragiles. Le véritable test sera la capacité de l'armée à maintenir l'ordre sans déclencher de guerre civile, et surtout, à protéger les civils.
L'analyse du cessez-le-feu au Liban que nous avons publiée récemment montrait déjà les limites de ce type d'accords. Les trêves au Liban sont souvent fragiles, et celle-ci ne fait pas exception. Si l'accord devait échouer, le sud du Liban pourrait devenir plus instable qu'avant.
La paix au Liban ne se décrète pas. Elle se construit pierre par pierre, avec des moyens, du temps, et une volonté politique que les acteurs régionaux et internationaux n'ont pas toujours montrée par le passé. Les zones pilotes sont un test. Leur succès ou leur échec déterminera l'avenir du Liban pour les années à venir.