Des puces américaines ont été retrouvées dans le missile russe Izdeliye-30 utilisé contre un immeuble résidentiel de Kharkiv. La frappe du 7 mars 2026 a tué au moins 10 personnes, dont deux enfants, et en a blessé 16, selon les autorités ukrainiennes et l'Associated Press.

Le bureau du procureur régional de Kharkiv a identifié l'arme comme le nouveau missile de croisière russe Izdeliye-30. Les débris analysés par les autorités ukrainiennes contenaient des composants de ST Microelectronics, u-blox, Analog Devices et Texas Instruments.
La frappe et l'identification du missile
L'attaque a détruit une entrée entière de l'immeuble, du premier au cinquième étage. Le président Zelensky a indiqué que la Russie avait frappé l'Ukraine cette nuit-là avec 29 missiles et 480 drones, visant des installations énergétiques à Kiev et dans d'autres régions. Dans la région de Kiev, des dégâts causés par des débris ont été signalés dans trois districts, selon l'Associated Press. Ces frappes prolongent la campagne racontée dans nos articles Kiev sous 68 missiles : la nuit où 24 civils ont perdu la vie et Attaque russe sur Kiev le 2 juin 2026 : immeubles en feu, 3 morts et 29 blessés.

Le ministère russe de la Défense a déclaré que la frappe nocturne visait des usines militaires ukrainiennes, des installations énergétiques et des bases aériennes. Il n'a pas reconnu la frappe de l'immeuble résidentiel de Kharkiv ni l'usage du missile Izdeliye-30. Cette déclaration décrit les cibles revendiquées par Moscou ; elle ne prouve pas que l'immeuble n'a pas été touché.
Le bureau du procureur régional de Kharkiv a ouvert une enquête pour crime de guerre ayant causé la mort de civils. Les procureurs ukrainiens attribuent l'impact à l'Izdeliye-30, un missile que le renseignement militaire ukrainien (HUR/DIU) a documenté.
Ce que le renseignement ukrainien dit de l'Izdeliye-30
Le renseignement de défense ukrainien (DIU) a publié un modèle 3D et une fiche technique de l'Izdeliye-30 sur sa plateforme War & Sanctions. Selon cette source, le missile a une envergure d'environ 3 mètres, une ogive de 800 kg et une portée d'au moins 1 500 km. Le DIU l'identifie comme un développement du bureau d'études Zvezda, partie de la Corporation des armes tactiques. Les premiers usages contre l'Ukraine remontent à la fin de 2025.
Ces caractéristiques et la liste des composants proviennent entièrement du renseignement ukrainien. Aucune vérification indépendante par un gouvernement occidental ou un expert neutre n'a été trouvée dans les sources disponibles. Le terme « Izdeliye » (produit ou article en russe) est un préfixe générique. La désignation Izdeliye-30 peut être un code attribué par l'Ukraine et ne doit pas être tenue pour un nom officiel russe confirmé.
Les composants occidentaux dans les débris
Vladyslav Vlasiuk, commissaire présidentiel ukrainien pour la politique de sanctions, a déclaré que les débris de l'Izdeliye-30 utilisé à Kharkiv contenaient des éléments électroniques étrangers. Parmi eux : des puces de ST Microelectronics, u-blox, Analog Devices et Texas Instruments (États-Unis), ainsi que des pièces du Biélorusse Integral, de Taïwan et d'Allemagne. Certains composants dataient de 2023.

Le système de navigation Kometa comprend 12 patchs d'antenne et utilise des microprocesseurs fabriqués aux États-Unis ou éventuellement en Chine, selon Vlasiuk. L'unité de contrôle embarquée Baget intègre des modules mémoire taïwanais, un connecteur de commutation allemand et d'autres microprocesseurs américains. Le DIU précise que le système de navigation du missile inclut des composants de fabricants des États-Unis, de Suisse, de Chine et des Pays-Bas.
Un contournement des sanctions déjà documenté
La présence de puces américaines dans un missile russe n'est pas un cas isolé. En septembre 2025, le même responsable ukrainien a recensé 35 pièces fabriquées par des entreprises américaines dans un missile Iskander 9M727 qui a frappé un bâtiment gouvernemental à Kiev, selon CNN. Infineon Technologies, entreprise allemande propriétaire de Cypress Semiconductor, a déclaré à CNN que ses outils de conformité ne couvrent pas l'ensemble de la durée de vie d'un produit, car elle fabrique environ 30 milliards de puces par an.
Les entreprises américaines concernées nient toute fourniture directe à la Russie. Texas Instruments a déclaré avoir cessé ses ventes vers la Russie et la Biélorussie en février 2022 et que tout envoi de ses puces vers la Russie est illicite et non autorisé. Les composants parviennent à l'industrie de défense russe via des pays tiers, selon le renseignement ukrainien et les enquêtes de presse.
Ces pièces sont des éléments civils à double usage : conçues pour des appareils grand public, elles peuvent équiper des systèmes militaires. Un sous-comité du Sénat américain a conclu que des composants américains « continuent de guider et de propulser les armes russes qui tuent des Ukrainiens chaque jour ». Cette conclusion qualifie l'idée d'une fourniture directe de la part des fabricants, mais elle confirme que les contrôles à l'export n'empêchent pas les pièces d'atteindre le champ de bataille.
Les fabricants répondent que les expéditions vers la Russie sont illicites et hors de leur chaîne autorisée. La difficulté tient à la nature des composants : un élément conçu pour un téléphone ou un appareil domestique peut être détourné des années après sa vente initiale. La question de l'efficacité des contrôles à l'export reste ouverte.