Ville côtière israélienne avec cargos ancrés au large, vue aérienne.
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Céréales volées : trente navires russes en Israël, l'enquête qui accuse

L'enquête choc du Haaretz révèle qu'au moins trente navires russes ont transporté du grain ukrainien volé vers Israël depuis 2022, exposant un système de pillage agroalimentaire rodé, des transferts en mer Noire aux faux certificats d'origine…

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L'affaire a explosé sur les réseaux sociaux avant de devenir une crise diplomatique majeure entre Kiev et Tel-Aviv. Depuis plusieurs semaines, l'Ukraine accuse Israël d'importer massivement du grain volé dans ses territoires occupés par la Russie. Loin d'être un incident isolé, une enquête du quotidien israélien Haaretz révèle qu'au moins trente navires auraient accosté dans les ports israéliens avec des céréales provenant de l'est de l'Ukraine depuis le début de l'invasion en 2022. Le scandale met en lumière un système de pillage agro-alimentaire parfaitement rodé, qui défie les sanctions internationales et interroge le rôle des alliés de l'Occident. 

Ville côtière israélienne avec cargos ancrés au large, vue aérienne.
Ville côtière israélienne avec cargos ancrés au large, vue aérienne. — (source)

« Twitter Diplomatie » : l'échange qui a mis le feu aux poudres entre Kiev et Tel-Aviv

Tout commence fin avril 2026. Volodymyr Zelenskyy, en déplacement au sommet européen de Chypre, publie sur X un message qui va déclencher une tempête diplomatique. Le président ukrainien affirme qu'un navire transportant du grain volé par la Russie se trouve à quai dans le port israélien de Haïfa et s'apprête à décharger sa cargaison. « Dans tout pays normal, acheter des biens volés est un acte qui entraîne une responsabilité légale », écrit-il, promettant des sanctions contre les entreprises et les individus impliqués. 

Deux individus en tenue de camouflage dans un champ de céréales sous un ciel menaçant.
Deux individus en tenue de camouflage dans un champ de céréales sous un ciel menaçant. — (source)

La réponse israélienne ne se fait pas attendre. Le ministre des Affaires étrangères Gideon Saar dénonce une « diplomatie Twitter » et rétorque que les allégations ne sont pas des preuves. Pourtant, les données de MarineTraffic montrent que le navire est bien immobilisé à Haïfa depuis plusieurs jours. La machine médiatique est lancée, et avec elle, une crise qui révèle des pratiques bien plus étendues que ce que l'on imaginait.

Zelenskyy hausse le ton : « Acheter des biens volés, c'est illégal »

Le président ukrainien ne mâche pas ses mots. Sur X, il précise que les services de renseignement ukrainiens préparent des sanctions ciblant les entreprises et les individus qui profitent de ces expéditions. « Nous allons aussi nous coordonner avec nos partenaires européens pour garantir que les personnes concernées soient incluses dans les régimes de sanctions européens », ajoute-t-il. Le ton est grave, la menace crédible.

Derrière cette sortie médiatique, une demande formelle a déjà été adressée à Israël par le Procureur général ukrainien, Ruslan Kravchenko. Dans un courrier officiel, il exige la saisie du navire Panormitis, l'inspection de sa cargaison, le prélèvement d'échantillons de grain et l'audition de l'équipage. Selon le Guardian, cette requête s'appuie sur des preuves de tracking satellite et des analyses de transferts de navire à navire en mer Noire. Kiev est catégorique : le blé à bord provient des territoires occupés de l'est de l'Ukraine.

Gideon Saar et la réponse israélienne : « des allégations ne sont pas des preuves »

Gideon Saar contre-attaque avec une virulence rare dans les relations diplomatiques entre deux pays alliés de l'Occident. Lors d'une conférence de presse à Jérusalem, il qualifie la méthode ukrainienne de « Twitter diplomacy », un terme destiné à décrédibiliser l'approche de Kiev. « Les allégations ne sont pas des preuves », répète-t-il, ajoutant que l'Ukraine n'a pas suivi les canaux officiels de l'entraide judiciaire avant de médiatiser l'affaire.

L'argument juridique d'Israël est simple : aucune demande formelle d'assistance juridique n'a été soumise avant que Zelenskyy ne monte au créneau sur les réseaux sociaux. Pourtant, le porte-parole du ministère ukrainien des Affaires étrangères, Heorhii Tykhyi, affirme que Kiev a informé les autorités israéliennes bien en amont. « Plus de deux navires sont arrivés en Israël transportant des produits agricoles que l'Ukraine considère comme illégalement pris par la Russie », déclare-t-il, dénonçant un problème systémique plutôt qu'isolé.

Le ministère ukrainien a convoqué l'ambassadeur israélien Michael Brodsky pour lui remettre une note de protestation. Kiev décrit la situation comme systémique et exhorte Israël à cesser ces importations, avertissant que cela risque de saper les relations bilatérales.

Enquête sur la cargaison du Panormitis : 6 200 tonnes de blé et 19 000 tonnes d'orge

Le Panormitis, un vraquier battant pavillon panaméen, est au cœur de la tempête. Selon les données d'Euronews, sa cargaison se compose de 6 200 tonnes de blé et de 19 000 tonnes d'orge, une marchandise estimée à plusieurs millions d'euros. Le gestionnaire grec du navire, Royal Maritime Inc, affirme que tout est en règle. « Tous les documents légaux, y compris le certificat d'origine, montrent que la cargaison est russe », déclare un responsable à Reuters. 

Le cargo 'USKO MFU', immatriculé à Kribi, naviguant en mer.
Le cargo 'USKO MFU', immatriculé à Kribi, naviguant en mer. — (source)

Sauf que la journaliste d'investigation ukrainienne Kateryna Yaresko, du projet SeaKrime, prouve le contraire. Grâce aux données de tracking satellite et aux images AIS, elle démontre que le Panormitis a été chargé via des transferts de navire à navire au large des côtes de Crimée, une méthode classique de blanchiment maritime. Le navire a ensuite fait escale au port russe de Kavkaz, sur le détroit de Kertch, avant de mettre le cap sur Haïfa. Les preuves sont accablantes, et le navire reste immobilisé à quai sous la pression médiatique.

Le ministre ukrainien des Affaires étrangères Andrii Sybiha a salué la décision de l'importateur israélien Zenziper d'interrompre le déchargement, déclarant : « N'achetez pas de grain ukrainien volé. Ne participez pas à ce crime. » Le Panormitis a finalement quitté Haïfa à environ 9 nœuds, destination inconnue, mais l'Ukraine a promis de continuer à le suivre.

De l'Abinsk au Panormitis : comment une trentaine de navires a forcé le blocus israélien

Le Panormitis n'est que la partie émergée de l'iceberg. Une enquête choc du quotidien israélien Haaretz, reprise par L'Express, révèle que le phénomène est massif et ancien. Selon les investigations du journal, « au moins une trentaine de navires auraient accosté en Israël avec des céréales provenant de l'est de l'Ukraine depuis le début de l'invasion russe à grande échelle du pays ». Quatre de ces cargaisons auraient été débarquées sur la seule année 2026.

Ce n'est donc pas une affaire isolée, mais un système bien rodé qui transforme une anecdote diplomatique en scandale structurel. Les autorités israéliennes ont laissé passer ces cargaisons pendant des années, sans que cela ne suscite de réaction publique. Jusqu'à ce que la pression ukrainienne et les révélations de la presse ne forcent une réaction.

L'Abinsk, le « cheval de Troie » du blé ukrainien : 43 700 tonnes débarquées sans encombre

Le 12 avril 2026, le navire russe Abinsk, battant pavillon russe, accoste au port de Haïfa après avoir attendu trois semaines au large des côtes israéliennes. À son bord : 43 700 tonnes de blé, une cargaison estimée à 8,5 millions d'euros par Le Monde. Le navire a chargé au port de Kavkaz, sur le détroit de Kertch, un point de passage stratégique pour les exportations russes. 

Le cargo 'LAKE SAINT' quittant les eaux israéliennes, escorté par un remorqueur.
Le cargo 'LAKE SAINT' quittant les eaux israéliennes, escorté par un remorqueur. — (source)

Contrairement au Panormitis, l'Abinsk décharge sans encombre. Pendant plusieurs jours, le grain est transféré dans les silos israéliens, sans que les douanes ne soulèvent la moindre objection. Pourtant, la journaliste Kateryna Yaresko avait déjà alerté sur la provenance suspecte de cette cargaison. Mais à l'époque, personne n'écoute. L'Abinsk devient le précédent dangereux : il prouve que le système israélien est poreux, et que les cargaisons russes peuvent passer sans entrave.

Haaretz vs. le gouvernement israélien : enquête sur un « pillage organisé »

L'enquête de Haaretz révèle l'ampleur réelle du phénomène. Le journal israélien a retracé le parcours d'au moins trente navires ayant transporté du grain ukrainien volé vers Israël depuis 2022. Quatre d'entre eux ont été déchargés en 2026, dont l'Abinsk. Ces chiffres contredisent frontalement la thèse du gouvernement israélien, qui présentait l'affaire comme un incident isolé.

Les journalistes de Haaretz ont croisé les données de tracking maritime, les déclarations douanières et les témoignages d'experts pour établir la cartographie de ce trafic. Leurs conclusions sont accablantes : le grain ukrainien volé est importé en Israël via des sociétés-écrans, des certificats d'origine falsifiés et des transferts de navire à navire en mer Noire. Un système de « pillage organisé » qui implique des acteurs privés et publics des deux côtés de la chaîne.

Pourquoi Israël a-t-il laissé faire ? Les failles du contrôle portuaire

Plusieurs facteurs expliquent cette tolérance israélienne. D'abord, la coordination sécuritaire avec la Russie en Syrie. Israël mène régulièrement des frappes contre des positions iraniennes en Syrie, et Moscou tolère ces opérations dans le cadre d'un accord tacite. Ouvrir un front diplomatique sur le grain volé risquerait de compromettre cet équilibre fragile.

Ensuite, Israël dépend fortement des importations agricoles pour nourrir sa population. Avec une agriculture locale limitée, le pays importe massivement du blé et des céréales. Les prix attractifs du grain russe, même volé, représentent une tentation pour les importateurs israéliens. Enfin, l'absence de législation spécifique pour bloquer des cargaisons suspectes complique la tâche des douanes. Sans preuve formelle de l'origine ukrainienne du grain, les autorités n'ont aucun motif légal pour retenir les navires.

Signe d'un changement de ton sous pression, l'association des importateurs israéliens a finalement demandé au fournisseur russe du Panormitis de trouver une autre destination pour sa cargaison. Mais ce revirement tardif ne masque pas l'ampleur du laisser-faire.

Au cœur du pillage : transferts en mer Noire, faux certificats et sociétés-écrans

Pour comprendre comment un crime aussi massif peut rester invisible aux yeux du commerce international, il faut plonger dans les rouages du système. Le vol de céréales ukrainiennes repose sur une mécanique bien huilée, qui combine logistique maritime frauduleuse, falsification documentaire et opacité juridique. Chaque maillon de la chaîne est conçu pour brouiller les pistes.

Les experts juridiques d'EJIL Talk ont analysé en détail ce modus operandi. Le grain ukrainien est d'abord chargé dans les ports occupés de Marioupol, Berdiansk ou Sébastopol. Il est ensuite transféré discrètement en mer vers d'autres navires, avant d'être officiellement enregistré au port russe de Kavkaz. Ce « blanchiment maritime » rend la traçabilité quasi impossible.

Le port de Kavkaz et les transferts de navire à navire : l'usine à faux de la mer Noire

Le port de Kavkaz, situé sur le détroit de Kertch, est le pivot de ce système. C'est là que les cargaisons ukrainiennes volées sont officiellement enregistrées comme russes. Les transferts de navire à navire (ship-to-ship transfers) se déroulent au large des côtes de Crimée, hors de vue des autorités internationales. Une fois le grain transféré, le nouveau navire met le cap sur Kavkaz, où il reçoit des certificats d'origine russes. 

Cargo se profilant à l'horizon sous un ciel sombre, avec des reflets solaires sur l'eau.
Cargo se profilant à l'horizon sous un ciel sombre, avec des reflets solaires sur l'eau. — (source)

Cette méthode a été identifiée par l'enquêtrice Kateryna Yaresko pour le compte du projet SeaKrime. Elle a retracé le parcours du Panormitis et de l'Abinsk en utilisant les données AIS (Automatic Identification System) et les images satellite. Les transferts de navire à navire sont parfaitement documentés, mais ils restent légaux tant que les documents d'origine sont en règle. Le système repose sur une faille juridique : personne ne vérifie la véracité des certificats d'origine.

« Ce blé est russe » : comment de faux certificats d'origine blanchissent le butin

La clé du système, c'est le certificat d'origine. Royal Maritime Inc, le gestionnaire grec du Panormitis, le répète à qui veut l'entendre : « Tous les documents légaux, y compris le certificat d'origine, montrent que la cargaison est russe. » Ce certificat, délivré par les autorités russes, est le sésame qui permet au grain de circuler librement sur les marchés internationaux.

Le problème juridique est simple : tant que la cargaison est déclarée russe, les douanes israéliennes n'ont aucun motif légal pour la retenir. Pour la bloquer, il faudrait une preuve formelle de son origine ukrainienne, une preuve que seul l'État ukrainien peut fournir. Mais la procédure d'entraide judiciaire est lente, complexe, et les autorités russes ne coopèrent évidemment pas. Résultat : le grain volé circule librement, protégé par un simple bout de papier.

Kateryna Yaresko, la journaliste qui traque les céréales volées à la trace

Kateryna Yaresko est devenue la figure clé de cette affaire. Journaliste d'investigation ukrainienne, elle travaille pour le projet SeaKrime, une initiative open-source qui traque les navires transportant du grain volé. Son travail s'apparente à celui des enquêteurs de Bellingcat : elle utilise des données publiques (AIS, images satellite, déclarations douanières) pour reconstituer les itinéraires des cargaisons suspectes.

C'est elle qui a suivi le Panormitis et l'Abinsk depuis les ports occupés jusqu'à Haïfa. Ses analyses, publiées sur les réseaux sociaux et reprises par la presse internationale, ont forcé les autorités israéliennes à réagir. Sans son travail, l'affaire serait probablement restée dans l'ombre. Yaresko incarne le rôle crucial de la société civile et du journalisme open-source dans le dévoilement de ce scandale d'État.

De Haïfa au portefeuille du consommateur : quel impact sur le prix des pâtes et du pain en France ?

Le grain volé n'est pas un concept abstrait. Il a des conséquences concrètes sur les marchés mondiaux, et donc sur le portefeuille des consommateurs français. Loin des considérations géopolitiques, cette affaire interroge le fonctionnement du commerce international des céréales et ses effets sur l'inflation alimentaire.

Kiev estime à 15 millions de tonnes le volume de grain volé par la Russie depuis 2022, dont plus de 2 millions de tonnes sur la seule année 2025. Ce grain ne supporte aucun coût de production légal ni taxe d'exportation ukrainienne. Résultat : il peut être vendu moins cher sur les marchés internationaux, ce qui fausse la concurrence et écrase les prix pour les agriculteurs légitimes.

L'Europe menace de sanctions : l'UE prête à « cibler les individus et entités de pays tiers »

La réaction de l'Union européenne ne s'est pas fait attendre. Anouar El Anouni, porte-parole de l'UE, a déclaré : « Nous condamnons toute action qui finance l'effort de guerre illégal de la Russie et contourne les sanctions européennes. Nous restons prêts à cibler de telles actions en inscrivant des individus et des entités de pays tiers sur nos listes de sanctions. »

Les ambassadeurs européens en Israël ont officiellement protesté auprès du ministère israélien des Affaires étrangères. Bruxelles envisage désormais des sanctions contre les importateurs israéliens impliqués dans ce trafic, un geste lourd de conséquences pour un allié traditionnel de l'Europe. Mais ces sanctions nécessitent l'unanimité des 27 États membres, ce qui est difficile à obtenir pour Israël, pays avec lequel plusieurs capitales européennes entretiennent des relations privilégiées.

Marché mondial : un volume volé équivalent à une récolte française qui fausse les prix

Les chiffres donnent le vertige. 15 millions de tonnes de grain volé depuis 2022, c'est l'équivalent de la production annuelle de blé de la France, l'un des plus grands producteurs européens. Ce volume massif, injecté sur les marchés internationaux sans aucun coût de production légitime, crée une distorsion majeure. 

Un marin ukrainien brandissant le drapeau national sur un navire dans un port, sous un ciel couvert.
Un marin ukrainien brandissant le drapeau national sur un navire dans un port, sous un ciel couvert. — (source)

Le grain ukrainien volé est vendu moins cher que le grain produit légalement, car il n'a supporté ni les coûts de semences, d'engrais, de main-d'œuvre, ni les taxes d'exportation ukrainiennes. Cette concurrence déloyale écrase les prix pour les agriculteurs légitimes, en Ukraine comme ailleurs. En parallèle, l'argent du trafic finance directement l'effort de guerre russe, permettant à Moscou de poursuivre son agression.

Céréales volées et inflation : le consommateur français victime cachée du trafic ?

La question que tout le monde se pose : est-ce que ce trafic fait baisser le prix du pain et des pâtes en France, ou au contraire l'augmente ? La réponse est nuancée. Entre 2022 et 2023, l'afflux de grain volé sur les marchés a effectivement contribué à faire baisser le cours du blé tendre, ce qui a pu se traduire par des prix légèrement plus bas pour certains produits.

Mais cet effet a été de courte durée. La destruction des capacités logistiques ukrainiennes par les bombardements russes a réduit l'offre mondiale de grain, créant une pression inflationniste. Surtout, l'argent du trafic ne profite pas au consommateur, mais aux intermédiaires et à l'agresseur. En finançant la guerre, ce système entretient l'instabilité qui fait grimper les prix des matières premières. Le consommateur français, en tant que contribuable qui finance l'effort de guerre ukrainien via l'aide européenne, est doublement perdant.

Pétitions, traqueurs de navires et boycott : la riposte citoyenne face au pillage russe

Face à l'inaction des autorités, la société civile s'est organisée. Des pétitions en ligne aux outils de tracking maritime, les citoyens disposent aujourd'hui de moyens concrets pour s'informer et agir. La pression médiatique et citoyenne a déjà montré son efficacité : c'est elle qui a forcé l'importateur israélien Zenziper à interrompre le déchargement du Panormitis.

Les outils de transparence comme MarineTraffic, les enquêtes open-source de SeaKrime et les analyses de Bellingcat ont transformé le grand public en vigie du commerce international. Chacun peut désormais suivre en temps réel les mouvements des navires suspects et alerter les autorités. Une révolution silencieuse qui change la donne.

MarineTraffic, OSINT et SeaKrime : les nouvelles armes de la transparence citoyenne

Les données AIS (Automatic Identification System) sont devenues l'arme ultime des enquêteurs citoyens. MarineTraffic, une plateforme publique, permet de suivre en temps réel la position, la route et l'historique de n'importe quel navire équipé d'un transpondeur. C'est grâce à ces données que Kateryna Yaresko a pu reconstituer le parcours du Panormitis et prouver les transferts de navire à navire.

La pression médiatique de Zelenskyy sur X a fonctionné précisément parce que les preuves visuelles (le navire à quai, les données de tracking) étaient publiques et vérifiables par tous. Le travail de SeaKrime et de Bellingcat sert désormais de modèle pour le journalisme participatif et la vérification open-source. Ces outils permettent à chacun de devenir un enquêteur en puissance, à condition de savoir croiser les sources.

Des appels au boycott aux pétitions en ligne : la société civile israélienne et internationale s'organise

Le moment clé de l'affaire reste l'intervention de l'importateur israélien Zenziper. Sous la pression médiatique et diplomatique, l'entreprise a interrompu le déchargement du Panormitis et demandé au fournisseur russe de trouver une autre destination. Ce revirement est le fruit d'une pression à plusieurs niveaux : la menace de sanctions européennes, la peur d'un boycott citoyen, et la crainte de voir sa réputation commerciale détruite.

La société civile israélienne s'est mobilisée via des pétitions en ligne et des appels au boycott des entreprises impliquées. À l'international, des associations de défense des droits humains et des ONG agricoles ont relayé l'information, amplifiant la pression sur les autorités israéliennes. Le pouvoir de nuisance des citoyens sur les réputations commerciales est bien réel, et les entreprises le savent.

Déjouer la désinformation : comment vérifier soi-même l'origine des céréales ?

Dans un contexte où la propagande russe agite le spectre de la « pénurie alimentaire mondiale » pour justifier ces exportations, il est crucial de savoir vérifier l'information par soi-même. Voici quelques clés pour ne pas se faire piéger.

D'abord, croiser les sources. Les déclarations des armateurs et des gestionnaires de navires doivent être confrontées aux données de tracking maritime (MarineTraffic, VesselFinder) et aux enquêtes des journalistes indépendants (SeaKrime, Bellingcat). Ensuite, consulter les données douanières, quand elles sont disponibles, pour vérifier les certificats d'origine. Enfin, suivre les enquêtes des institutions internationales (UE, ONU) et des ONG spécialisées.

La transparence est l'arme la plus efficace contre la désinformation. En apprenant à utiliser ces outils, chaque citoyen peut contribuer à démasquer les trafics et à défendre l'État de droit.

Pillage de blé ou test diplomatique : ce que le scandale israélien révèle sur les limites des sanctions

Le Panormitis a été refoulé. L'Abinsk a déchargé. Le système est donc vulnérable à la pression, mais pas encore brisé. Cette affaire dépasse le simple récit d'un scandale : elle pose une question structurelle sur l'efficacité des sanctions internationales contre la Russie. Ont-elles des dents, ou ne sont-elles qu'un filet à mailles trop larges ?

D'un côté, la transparence a gagné. La pression médiatique, les enquêtes open-source et la mobilisation citoyenne ont forcé Israël à faire marche arrière sur le Panormitis. C'est une victoire diplomatique et citoyenne indéniable. Mais l'enquête de Haaretz montre que des trentaines d'autres cargaisons sont passées sans encombre. Le système de pillage agro-alimentaire russe reste intact.

Le scandale israélien est un test grandeur nature pour le régime des sanctions européennes. Il révèle que sans volonté politique ferme et sans outils de traçabilité performants (comme la blockchain agricole ou un registre des navires suspects), le pillage des ressources ukrainiennes continuera. Le consommateur français et européen, en tant que contribuable finançant l'effort de guerre ukrainien, est directement concerné par la fermeture de cette vanne financière pour Moscou. Car chaque tonne de grain volé qui arrive sur le marché est une tonne d'argent qui finance les bombes russes.

Conclusion : un scandale qui révèle les angles morts du commerce international

L'affaire des céréales volées en Israël n'est pas un simple incident diplomatique entre deux alliés de l'Occident. Elle révèle les failles structurelles d'un système commercial international qui repose sur la confiance dans les documents, sans mécanisme de vérification efficace. Pendant quatre ans, au moins trente navires ont transporté du grain ukrainien volé vers Israël, sans que personne ne réagisse.

Le refoulement du Panormitis sous la pression citoyenne et médiatique montre que la transparence et la mobilisation peuvent faire bouger les lignes. Mais l'Abinsk a déchargé ses 43 700 tonnes sans encombre, et d'autres cargaisons continueront probablement à circuler. Le système de pillage agro-alimentaire russe est un défi pour l'ordre international, un test pour l'efficacité des sanctions, et une question ouverte sur la capacité des démocraties à protéger leurs valeurs dans le commerce mondial.

Pour le consommateur français, cette affaire a un goût amer. Elle rappelle que la guerre en Ukraine a des conséquences bien au-delà du champ de bataille, jusque dans les silos à grains et les rayons des supermarchés. Et que chaque achat, chaque importation, peut être un acte politique, même sans le savoir.

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Questions fréquentes

Israël importe-t-il du blé ukrainien volé ?

Oui, selon une enquête du quotidien israélien Haaretz, au moins trente navires ont accosté en Israël avec des céréales provenant de l'est de l'Ukraine depuis 2022. Le système repose sur des certificats d'origine falsifiés et des transferts de navire à navire en mer Noire.

Comment le grain ukrainien volé arrive-t-il en Israël ?

Le grain est d'abord chargé dans les ports ukrainiens occupés, puis transféré en mer vers d'autres navires. Il est ensuite officiellement enregistré au port russe de Kavkaz avec de faux certificats d'origine, ce qui le fait passer pour russe.

Quel navire est au cœur du scandale des céréales ?

Le vraquier Panormitis, battant pavillon panaméen, transportait 6 200 tonnes de blé et 19 000 tonnes d'orge. Il a été immobilisé à Haïfa sous pression médiatique, puis a quitté le port après que l'importateur israélien a interrompu le déchargement.

Pourquoi Israël a-t-il laissé passer ces cargaisons ?

Israël dépend des importations agricoles et bénéficie de prix attractifs. Surtout, un accord tacite avec la Russie pour les frappes en Syrie et l'absence de législation spécifique pour bloquer les cargaisons suspectes expliquent ce laisser-faire.

Quel impact a le blé volé sur les prix en France ?

L'afflux de 15 millions de tonnes de grain volé depuis 2022 fausse la concurrence en écrasant les prix des agriculteurs légitimes. L'argent du trafic finance la guerre russe, ce qui entretient l'instabilité et fait grimper les prix des matières premières.

Sources

  1. Ukraine accuses Israel of importing grain 'stolen' by Russia · npr.org
  2. aljazeera.com · aljazeera.com
  3. bbc.com · bbc.com
  4. Guerre Russie - Ukraine : l'Afrique deviendra-t-elle l'alliée de Kiev au détriment de Moscou ? - BBC News Afrique · bbc.com
  5. Russia, Israel, and the Trade in Stolen Ukrainian Grain: A Legal Analysis · ejiltalk.org
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Chloé Jabot @buzz-tracker

Je vis sur TikTok comme d'autres vivent sur Terre. À 22 ans, j'ai déjà prédit trois tendances virales avant qu'elles n'explosent – dont un challenge dance que j'ai vu naître dans un live à 3h du matin. Étudiante en communication digitale à Paris, je stage dans une agence qui surveille les réseaux sociaux pour des grandes marques. Mon feed For You est tellement bien calibré que mes amis m'envoient des screenshots pour savoir si c'est « encore tendance » ou « déjà cringe ».

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