Depuis le 28 février 2026 et le déclenchement de la guerre américano-israélienne contre l'Iran, Gaza semble avoir disparu des radars. Fermeture des points de passage, évacuations médicales suspendues, attention médiatique captée par Téhéran : sur le terrain, l'urgence humanitaire s'efface dans le chaos régional. Concrètement, que signifie « oublier Gaza » pour les Gazaouis qui y vivent encore ?

L'urgence humanitaire étouffée par la guerre en Iran
Fermeture des points de passage
Le 28 février 2026, jour du déclenchement de la guerre en Iran, Israël ferme le point de passage de Rafah — l'unique frontière de Gaza vers l'extérieur — ainsi que les autres points d'entrée du territoire. Cette fermeture n'est pas un détail logistique : elle coupe l'enclave du monde entier.
Le point de passage de Kerem Shalom rouvre bien le 3 mars « pour permettre l'entrée progressive de l'aide », mais cette réouverture partielle ne compense pas la perte de Rafah. Pour comprendre l'ampleur du retour en arrière, il faut rappeler que Rafah avait été rouvert le 2 février 2026, après 21 mois de verrouillage total. Entre cette réouverture et le 28 février, 1 075 personnes (patients et accompagnants) avaient pu être évacuées, et 859 Gazaouis bloqués en Égypte étaient enfin rentrés chez eux. Un mouvement à peine amorcé, brutalement stoppé.
Évacuations médicales en suspens
La conséquence la plus dramatique de cette fermeture concerne les malades et les blessés. Environ 20 000 personnes à Gaza sont actuellement sur liste d'attente pour des évacuations médicales à l'étranger. Depuis le 28 février, ces évacuations sont interrompues. Le Cogat, l'organisme militaire israélien qui gère les points de passage, invoque « la menace de missiles iraniens » pour justifier la fermeture de Rafah.
Le 6 avril, l'OMS suspend à son tour les évacuations sanitaires de Gaza vers l'Égypte, faute de sécurité, après la mort d'un de ses personnels. Un coup dur supplémentaire pour un système de santé déjà exsangue.
Les témoignages recueillis par Le Monde donnent un visage à ces chiffres. Mohammed Tafesh, lui, attend toujours une évacuation pour son épouse Rana, dont l'état nécessite des soins urgents à l'étranger. Chaque jour qui passe sans évacuation aggrave leur sort.
Le basculement médiatique et diplomatique
Comment expliquer ce basculement ? D'abord, la guerre en Iran monopolise l'attention médiatique et diplomatique internationale. Depuis le 28 février, « la guerre au Moyen-Orient occupe une part majeure du temps d'antenne des chaînes d'information en continu et des unes des sites et journaux nationaux », constate Le Monde. Le rédacteur en chef central de l'AFP, Mehdi Lebouachera, confie n'avoir « pas souvenir d'un conflit aussi complexe à couvrir ».
Ce n'est pas qu'une question de couverture médiatique. L'aide et les négociations de cessez-le-feu pour Gaza sont également détournées. Des ONG, des journalistes et des acteurs humanitaires alertent sur un risque de dépriorisation de Gaza au profit de la guerre en Iran.
Le contexte politique n'arrange rien. Le cessez-le-feu israélo-Hamas signé le 10 octobre 2025 sous l'égide de Trump, entériné par la résolution 2803 du Conseil de sécurité de l'ONU, était déjà fragile. La phase 2 du plan Trump en 20 points, proclamée le 14 janvier 2026, est au point mort. Avec le nouveau conflit, les négociations sont reléguées au second plan.
Pour comprendre les dynamiques plus larges de ce conflit régional, notre analyse des conséquences de la guerre entre les États-Unis, Israël et l'Iran et les réactions mondiales aux frappes apportent un éclairage complémentaire.
La peur d'être oubliés
Sur le terrain, l'urgence est là. L'OMS a suspendu les évacuations sanitaires, les points de passage sont fermés, et des milliers de malades attendent. « Territoire où l'urgence humanitaire s'efface dans le chaos régional », résume La Croix. Amir Saleh, 42 ans, père de trois enfants, amputé de la jambe gauche, résume la peur qui ronge les Gazaouis : « On a peur d'être oubliés. » Une crainte que la guerre en Iran, en captant toute l'attention internationale, rend chaque jour plus concrète.