La société ukrainienne Fire Point développe le système antimissile Freyja pour contrer les missiles balistiques et drones russes à un coût bien inférieur au Patriot américain. Le projet réunit l'Ukraine et neuf gouvernements européens, plus de treize entreprises de défense, dont des groupes français. Comme relaté dans notre article Guerre en Ukraine : neuf pays européens lancent un bouclier antimissiles, la coalition a été officiellement lancée à Paris en juillet 2026 pour construire le système en environ un an.

Un intercepteur à 700 000 dollars contre 3,8 millions pour le Patriot
Fire Point fournit le missile FP-7.X, version rapide du missile balistique FP7, comme intercepteur du projet Freyja. Selon le cofondateur Denys Shtilerman, cité par NV.ua et le Financial Times, ce missile coûte environ 700 000 dollars, contre 3,8 millions pour un intercepteur Patriot PAC-3. La directrice générale Iryna Terekh affirme viser un coût inférieur à 1 million d'euro par missile, soit un quart à un sixième du prix du Patriot.
Le FP-7.X atteint 25 km d'altitude et utilise un guidage radar puis un chercheur infrarouge en phase terminale. Shtilerman indique qu'à partir d'août 2026, Fire Point pourrait produire environ trois missiles par jour, en stockant les corps en attendant les têtes infrarouges allemandes de Diehl Defence. La production de masse du corps du missile est donc possible avant la preuve d'interception.
La pénurie d'intercepteurs Patriot, aggravée par la guerre en Iran et le détournement de stocks vers ce front (voir Ukraine : pourquoi le Pentagone détourne ses armes vers l'Iran), laisse l'Ukraine exposée. Terekh rappelle que la production annuelle du Patriot est d'environ 650 missiles, quantité consommée en deux semaines au Moyen-Orient.
Une coalition européenne avec la France au premier rang
La France fait partie des membres fondateurs de la coalition Freyja, avec le Danemark, l'Allemagne, l'Italie, les Pays-Bas, la Norvège, l'Espagne, la Suède et le Royaume-Uni. Les entreprises françaises Thales, Safran, MBDA et Eurosam participent au projet. Kongsberg (Norvège) travaille au centre de commandement, Diehl Defence (Allemagne) aux chercheurs infrarouges, Leonardo (Italie) aux radars de poursuite.

Volodymyr Zelensky, lors d'un entretien à BFMTV le 13 juillet 2026, a rappelé à Emmanuel Macron que l'Ukraine attend une nouvelle batterie antimissile SAMP/T NG et souhaite des licences de production pour le SAMP/T et les missiles sol-air. Il a évoqué une coproduction franco-ukrainienne. Cette demande illustre l'objectif d'autonomie stratégique européenne face à la dépendance aux systèmes américains.
Un système encore à prouver face à l'urgence
Freyja n'a pas encore réalisé d'interception réussie de missile balistique. Terekh, le 4 août 2026, visait une première interception vers mi-2027. Elle décrit la phase actuelle comme la plus intense et la plus compliquée : l'intégration des radars de surveillance, des radars de poursuite et des chercheurs.

Tom Karako, expert en défense antimissile au CSIS, estime que Freyja est plus susceptible de compléter que de remplacer le Patriot. Il note que le guidage infrarouge terminal peut être moins efficace que le radar face aux leurres. De son côté, Davyd Aloian, secrétaire adjoint du Conseil de sécurité ukrainien, supervise le projet et le présente comme le futur remplaçant du Patriot, mais les délais et les tests placent pour l'instant le système en position de complément.
Fire Point tente de condenser un programme de 20 à 30 ans en quelques années. Le nombre de partenaires industriels pourrait atteindre 20, augmentant la capacité de production. Mais l'urgence sur le terrain reste couverte par les importations de Patriot et de SAMP/T, tant que Freyja ne démontre pas sa capacité réelle.