Le 14 juin 2026, au salon Eurosatory, le général Olivier Coquet, chef de la section technique de l’armée de Terre (STAT), a annoncé un chantier qui va transformer en profondeur la manière dont la France conduit ses opérations militaires. L’objectif : construire un « kill web », un réseau intelligent de combat capable de connecter en temps réel capteurs, drones, artillerie et unités au sol pour réduire à quelques secondes le temps entre la détection d’une cible et sa neutralisation. Le modèle à suivre est ukrainien. Depuis 2015, Kiev a développé le système Delta, un logiciel de connaissance du champ de bataille devenu l’arme secrète de la résistance face à l’invasion russe. Aujourd’hui, Paris veut s’en inspirer pour moderniser en urgence son propre outil de défense, conscient que la bureaucratie et les cycles d’acquisition de dix ans ne sont plus adaptés à la guerre numérique.

L’annonce choc du général Coquet à Eurosatory
« Just like the Ukrainians are doing, we want to set up a kill web as quickly as possible. In other words, shorten the sensor-to-effector loops so we can fire faster and make decisions faster. » La déclaration du général Coquet, prononcée en anglais face à un parterre d’experts internationaux, a eu l’effet d’un électrochoc. Pour la première fois, un haut gradé français admet publiquement que son armée doit copier les innovations de guerre d’un pays en conflit. Le salon Eurosatory, vitrine mondiale de l’armement terrestre, a servi de cadre à cet aveu d’humilité stratégique.
Le concept de kill web n’est pas né avec cette annonce. Les Américains le théorisent depuis le début des années 2020, notamment via le concept de Joint All-Domain Command and Control (JADC2). Mais la France, jusqu’ici, avançait à son rythme, portée par ses programmes Scorpion et ses véhicules blindés connectés. La guerre en Ukraine a changé la donne. Face à une armée russe qui apprend vite et adapte ses tactiques, le temps n’est plus à la planification longue.
Le camouflet qui accélère la doctrine française
Le système partira du système d’artillerie Atlas de Thales, déjà en service dans l’armée française. Atlas permet de calculer les trajectoires de tir et de coordonner les batteries d’artillerie. Mais dans sa version actuelle, il reste largement manuel. Le kill web doit le transformer en une plateforme capable d’ingérer des données venues de drones, de satellites, de capteurs au sol et de renseignement humain, puis de désigner automatiquement la meilleure arme pour neutraliser la cible.
Le camouflet est double. D’abord, la France admet devoir s’inspirer d’un pays qui se bat pour sa survie. Ensuite, elle reconnaît que son propre système, pourtant performant sur le papier, n’a pas la réactivité nécessaire face à un adversaire qui utilise des drones civils modifiés et des applications de messagerie pour coordonner ses tirs. Le général Coquet l’a dit sans détour : « Nous voulons tirer plus vite et décider plus vite. »
De la boucle OODA au réseau intelligent
Pour comprendre l’ampleur du changement, il faut revenir sur un concept militaire classique : la boucle OODA (Observer, Orienter, Décider, Agir). Développée par le colonel John Boyd dans les années 1960, cette boucle décrit le cycle de décision d’un combattant. Celui qui boucle le plus vite gagne. Le kill web ne fait pas autre chose : il comprime ce cycle au maximum.
Le pipeline est simple sur le papier : un drone repère une cible, l’IA l’identifie en 2,2 secondes, la donnée est transmise directement à une pièce d’artillerie ou à un hélicoptère d’attaque. Dans le système actuel français, cette information doit passer par plusieurs échelons de commandement, être vérifiée, validée, puis transmise. Le processus peut prendre plusieurs minutes, voire des heures. Le kill web ambitionne de le réduire à quelques secondes.
Pourquoi le retard français oblige à copier l’innovation de guerre
Le constat est amer pour l’état-major. La France a des soldats excellents, du matériel de qualité, mais une culture d’acquisition qui n’est plus adaptée. Les programmes d’armement classiques s’étalent sur dix à quinze ans. Pendant ce temps, les Ukrainiens développent des logiciels en quelques semaines, les testent au combat, les améliorent, et les déploient à grande échelle.
Le kill web est une rupture culturelle autant que technique. Il oblige l’armée française à adopter une logique de développement agile, à accepter l’imperfection temporaire, à faire confiance à des algorithmes. C’est un changement de paradigme qui ne se fera pas sans résistances. Mais la guerre en Ukraine a montré que le temps n’attend pas. Comme le résume un officier supérieur cité par Defense News : « Nous devons apprendre à courir avant de savoir marcher. »
Delta, le « Panoptès » ukrainien aux 250 000 utilisateurs
Pour comprendre ce que la France veut construire, il faut plonger dans l’histoire de Delta, le système ukrainien qui a changé le cours de la guerre. Développé depuis 2015 par une poignée de codeurs, Delta est aujourd’hui utilisé par 250 000 soldats, officiers et agents du renseignement. Il couvre 1 000 kilomètres de front actif et 4 000 kilomètres de périmètre de sécurité militaire. Ses performances sont vertigineuses : 70 % de précision de détection sur les équipements, un temps d’identification de 2,2 secondes, et 130 000 cibles neutralisées en deux mois après son déploiement généralisé en août 2025.
Iaroslav Hontchar, l’ex-banquier qui a codé l’arme absolue
L’histoire de Delta commence en 2015, après l’annexion de la Crimée et le début de la guerre du Donbass. Son fondateur, Iaroslav Hontchar, n’est pas un militaire de carrière. C’est un ancien banquier et développeur de logiciels de casino, passionné par les données et les systèmes d’information. Face à l’agression russe, il décide de mettre ses compétences au service de son pays.
Avec une équipe initiale d’une poignée de codeurs, il développe un logiciel capable d’agréger sur une carte interactive les données provenant de drones, d’unités au sol, de capteurs et de renseignement militaire. Le Monde le surnomme « l’Argos aux mille yeux », en référence au géant aux cent yeux de la mythologie grecque. Le parallèle est frappant : comme Argos, Delta voit tout, entend tout, et ne laisse rien passer.
Les chiffres qui ont convaincu Paris
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En août 2025, le commandement ukrainien ordonne le déploiement généralisé de Delta à tous les niveaux de l’armée. En deux mois, le système revendique 130 000 cibles neutralisées. La détection des équipements atteint 70 % de précision, un taux exceptionnel pour un système de guerre électronique.

Un opérateur ukrainien surnommé « Tok » confie au Monde : « Delta nous permet de vérifier en temps réel si la cible est détruite, et rend compte de tout ce qui se passe sur le champ de bataille. Nous voyons tout dans notre secteur, jusqu’à 30 kilomètres de profondeur. » Cette capacité de visualisation en temps réel change tout : elle permet d’éviter les tirs fratricides, de prioriser les cibles, et de réagir instantanément aux mouvements ennemis.
Open source, décentralisé, agile : les leçons d’un logiciel né dans un garage
Delta fonctionne sur une architecture maillée, ou « mesh ». Contrairement aux systèmes centralisés classiques, chaque nœud du réseau peut communiquer directement avec les autres, sans passer par un serveur central. Si un nœud est détruit, le réseau continue de fonctionner. Cette redondance est assurée par Starlink, le réseau de satellites de SpaceX, qui fournit une connectivité haut débit même dans les zones les plus reculées.
Le logiciel intègre des flux hétérogènes : images satellites, vidéos de drones civils modifiés, messages Telegram, données de renseignement. Cette capacité d’agrégation, couplée à des algorithmes d’IA entraînés sur des mois de données de combat, permet d’identifier des cibles que l’œil humain ne verrait pas. C’est ce côté « bricolé efficace » qui fascine Paris. Mais le modèle de développement de Delta n’est pas transposable 1:1 dans le système français. La culture du cahier des charges de la DGA n’est pas compatible avec l’agilité d’une start-up de guerre.
Souveraineté numérique : pourquoi la France refuse Palantir Maven
Le choix de la France n’est pas seulement technique. Il est profondément politique. Face à la tentation d’adopter le système américain Palantir Maven, déjà utilisé par plusieurs alliés de l’OTAN, Paris a décidé de construire sa propre solution : Arcadia. Le général Patrick Justel, chef adjoint de l’état-major de l’armée de Terre, l’a annoncé sans ambages : « The question arises whether should we adopt Maven blindly, or should we look for other solutions. Arcadia is our response to Maven. »
« Arcadia est notre réponse à Maven »
Le système Maven, développé par la société américaine Palantir, est la plateforme de ciblage dominante au sein de l’OTAN. Il a été utilisé pour cibler 13 000 cibles depuis le début du conflit américano-iranien. Plusieurs pays européens, dont les Pays-Bas et l’Allemagne, s’interrogent sur leur dépendance à ce système. La France, elle, a choisi de ne pas franchir le pas.
Arcadia a été testé en juin 2026 lors de l’exercice CWIX de l’OTAN en Pologne. Le système s’appuie sur un consortium d’entreprises françaises : Mistral AI pour les grands modèles de langage, Safran.AI (ex-Preligens) pour l’analyse d’images, Thales pour l’intégration système, et Airbus pour les communications spatiales. L’idée est de créer un écosystème souverain, capable de fonctionner sans dépendre d’une entreprise américaine.
Mistral AI, Thales, Safran.AI, Airbus : le consortium souverain
Chaque acteur apporte sa pierre. Safran.AI, rachetée 220 millions d’euros en 2024, est spécialisée dans l’analyse automatisée d’images satellites et aériennes. La DGA lui a passé un contrat de 240 millions d’euros pour l’IA de défense. Mistral AI, le champion français des LLM, a développé le modèle « Berthier » pour les officiers d’état-major, capable de synthétiser des rapports de renseignement en quelques secondes.
Thales, avec son système Atlas, fournit l’architecture logicielle qui permettra de connecter les capteurs aux effecteurs. Airbus apporte son expertise en communications spatiales et en systèmes de drones. Ce consortium est un signal fort : la France veut garder la main sur la « cervelle » de son armée. Comme le résume un responsable cité par Euronews : « We don't want to enter into the logic where we give a manufacturer the system integrator role for 20 or 30 years. »
Architecture maillée contre centralisation
Le choix technique d’Arcadia est radical. Là où Maven repose sur une architecture centralisée, avec un serveur unique qui traite toutes les données, Arcadia opte pour un réseau hautement décentralisé, en mesh. Chaque nœud du réseau est autonome et peut prendre des décisions localement. Si un nœud est détruit, le réseau continue de fonctionner.
Ce choix n’est pas seulement technique. Il est politique. Une architecture centralisée crée une dépendance vis-à-vis de l’intégrateur. Une architecture maillée permet de changer de fournisseur, d’intégrer de nouveaux capteurs, de faire évoluer le système sans tout casser. C’est un pari sur l’agilité plutôt que sur la puissance brute. La France mise sur la résilience plutôt que sur la centralisation.
Du blindé Scorpion au hackathon de la DGA
La France n’est pas partie de zéro. Depuis 2014, le programme Scorpion a jeté les bases d’un réseau de combat au sol. Les véhicules blindés Griffon, Jaguar et Serval partagent en temps réel les données de combat, de la position ennemie aux tirs amis. C’est un réseau local qui doit maintenant être branché au réseau global pour devenir un véritable kill web.
Parallèlement, la DGA innove dans ses méthodes. En 2025, elle organise un hackathon dont l’objectif est « d’optimiser la chaîne de commandement et de ciblage » en mode start-up. C’est inédit pour une administration souvent perçue comme lourde et bureaucratique. Le message est clair : la culture d’itération rapide, directement inspirée de ce que fait Delta en Ukraine, doit infuser l’ensemble de l’écosystème de défense.
Comment Scorpion a connecté l’armée de Terre
Le programme Scorpion, lancé en 2014, a connecté les blindés de l’armée française. Chaque véhicule est équipé d’un système d’information qui partage en temps réel sa position, son état, et les données de ses capteurs. Un Griffon peut ainsi signaler la présence d’un ennemi à un Jaguar situé à plusieurs kilomètres, qui peut alors ajuster son tir.
Ce réseau local fonctionne déjà. Mais il reste limité aux opérations au sol. Pour devenir un kill web, il doit être connecté aux drones aériens, aux satellites, aux systèmes navals. C’est l’objet du programme Arcadia : faire communiquer ces mondes qui, aujourd’hui, peinent à échanger des données en temps réel. La France a d’ailleurs commandé deux avions Saab GlobalEye, livrables entre 2029 et 2032, qui devront être intégrés dans ce kill web multi-capteurs.
Le hackathon « Kill Web » de la DGA
En 2025, la DGA organise un hackathon sur le thème du kill web. L’objectif : rassembler développeurs, data scientists et officiers pour concevoir en 48 heures des solutions d’optimisation de la chaîne de commandement. Le ministère des Armées publie sur son site un appel à participation, promettant de tester les meilleures idées sur des simulateurs de combat.
Ce format est inédit. La DGA, traditionnellement associée à des appels d’offres longs et complexes, se met à l’heure des start-up. Le message est clair : la guerre numérique ne se gagne pas avec des cahiers des charges de 500 pages, mais avec du code, des tests et des itérations rapides.
La French Tech de la défense monte en puissance
L’écosystème français de la défense technologique a connu une croissance spectaculaire ces dernières années. Preligens, fondée en 2016 par des anciens de l’École polytechnique, est devenue Safran.AI après son rachat pour 220 millions d’euros. La pépite française de l’IA de défense emploie aujourd’hui plusieurs centaines de personnes et travaille sur l’analyse automatisée d’images pour le compte de la DGA.
Mistral AI, valorisée plusieurs milliards d’euros, développe des modèles de langage pour l’armée française. Son modèle Berthier, nommé en hommage au maréchal d’Empire, permet aux officiers d’état-major de synthétiser des rapports de renseignement en quelques secondes. D’autres start-up, moins connues, travaillent sur la cybersécurité, le traitement du signal, la guerre électronique. La French Tech de la défense est devenue un secteur porteur, avec des débouchés concrets pour les jeunes talents.
La ligne rouge du kill web : l’automatisation des frappes
Le kill web pose une question fondamentale : jusqu’où peut-on automatiser la décision de tuer ? La France a choisi de tracer une ligne rouge claire. Un conseiller juridique de l’état-major des armées (EMA) le résume dans une intervention à l’IHEDN : « Un système totalement autonome n’est pas possible. Ce serait illégal et nous mettrait en conflit avec nos obligations conventionnelles. La notion de contrôle humain approprié est centrale pour la France. »
La mise en garde contre la « paresse intellectuelle »
Le même conseiller met en garde : « Everything that accelerates decision-making must not translate into intellectual laziness and a lowering of the critical level of legality analysis. » La tentation est grande, sous la pression du combat, de faire confiance à l’algorithme sans vérifier ses conclusions. La France refuse cette dérive.
Le cadre juridique est celui des Conventions de Genève. La France considère qu’elles sont suffisantes pour réguler l’usage de l’IA dans les conflits armés. Pas besoin de nouveau traité, estime Paris. Mais il faut des garde-fous : un humain doit toujours valider une frappe, l’IA ne peut pas décider seule, et la responsabilité reste celle du commandement.
L’erreur algorithmique qui hante l’ère du ciblage automatique
Le drame de Shajareh, rapporté par Les Echos, sert d’avertissement. En 2025, le système Maven de Palantir, utilisé par les forces américaines dans le conflit iranien, a identifié une école comme cible militaire en raison d’une erreur dans sa base de données. Le bombardement a tué 170 civils, dont des enfants.
Cette tragédie pose la question fondamentale : que se passe-t-il quand le kill web se trompe ? Qui est responsable : l’opérateur qui a validé la frappe, le concepteur de l’IA qui a entraîné le modèle, le général qui a défini la doctrine ? Les avocats spécialisés en droit de la guerre planchent sur ces questions. La France, avec son exigence de contrôle humain, espère éviter ce type de catastrophe.
Droit de la guerre versus vitesse d’exécution
Le dilemme est réel. L’armée veut tirer plus vite, mais le droit international humanitaire impose proportionnalité et distinction. Chaque frappe doit être proportionnée à l’objectif militaire et doit distinguer combattants et civils. Plus la boucle est rapide, plus le risque d’erreur est grand.
La France cherche une voie moyenne. Arcadia intègre des garde-fous : l’IA propose, l’humain dispose. Mais la pression tactique pourrait fragiliser ces principes. Si l’ennemi utilise des systèmes automatisés qui frappent en une seconde, la tentation sera forte de laisser l’IA décider seule. Des associations comme la Ligue des droits de l’homme ou la CNIL suivent le dossier de près. Le débat est loin d’être clos.
3 300 postes chez Thales : la défense recrute des développeurs
Le kill web n’est pas une lubie de généraux. C’est un immense besoin de compétences. Thales a annoncé 9 000 recrutements mondiaux en 2026, dont 3 300 en France. Environ 40 % des postes sont dans l’ingénierie : software, systèmes, cybersécurité, IA, data. Le message est clair : la défense française recrute des développeurs, des data scientists, des spécialistes en cybersécurité.
Data scientist, ingénieur IA, développeur cyber
Les profils recherchés sont précis. Thales cherche des data scientists capables d’entraîner des modèles de détection de cibles, des ingénieurs IA spécialisés en computer vision, des développeurs Python et PyTorch pour les algorithmes de traitement d’images. Le modèle Berthier, développé avec Mistral AI, nécessite des spécialistes en traitement du langage naturel.
Le métier de la défense n’est plus seulement le treillis et le fusil. C’est aussi du code, des algorithmes, des réseaux. Un développeur Python peut travailler sur les systèmes de ciblage sans jamais mettre les pieds sur un terrain d’opération. La défense est devenue un secteur technologique comme un autre, avec des projets passionnants et un sens de la mission.
Les formations qui mènent au kill web
Les formations qui mènent à ces métiers sont variées. Les écoles d’ingénieur généralistes comme Centrale, les Mines ou l’ESTP forment des profils capables de comprendre à la fois le code et les enjeux opérationnels. Les spécialisations en cybersécurité, comme celles proposées par l’EPITA ou l’ENS Paris-Saclay, sont très recherchées.
Les masters en data science, comme ceux de la Sorbonne Center for AI ou de l’Institut Polytechnique de Paris, forment les data scientists dont la défense a besoin. Le Service National Universel (SNU) et les réserves cyber offrent des passerelles concrètes vers ces métiers. Pour un jeune passionné de tech, la défense est devenue un débouché crédible, avec des salaires compétitifs et des projets d’envergure.
Conclusion : le kill web, test de souveraineté technologique
La France a le talent. Mistral AI, Thales, Safran.AI, Airbus forment un écosystème technologique de niveau mondial. Elle a l’ambition, avec Arcadia et le programme Scorpion. Et elle a une inspiration solide, avec le système ukrainien Delta qui a prouvé son efficacité au combat. Mais elle bute sur trois obstacles.
Le premier est la bureaucratie. La DGA a fait des progrès avec ses hackathons, mais la culture du cahier des charges reste dominante. Pour rivaliser avec l’agilité ukrainienne, il faudra accepter de lancer des versions imparfaites, de tester au combat, d’itérer vite. C’est un changement culturel qui prendra du temps.
Le deuxième obstacle est l’éthique. La France a choisi la voie du contrôle humain, mais la pression tactique pourrait fragiliser ce principe. Le drame de Shajareh rappelle que l’erreur algorithmique peut tuer des centaines de civils. La France devra inventer des garde-fous techniques et juridiques solides.
Le troisième obstacle est le vivier de talents. Thales recrute 3 300 personnes en France, mais la concurrence avec les géants de la tech américains est féroce. Pour attirer les meilleurs, la défense française devra offrir des salaires compétitifs, des projets passionnants et une vraie flexibilité.
Le « kill web » est plus qu’un programme militaire. C’est un test de souveraineté technologique européenne. La réussite dépendra de la capacité à innover aussi vite qu’une start-up ukrainienne tout en respectant les valeurs démocratiques. Le débat citoyen sur la place de l’IA dans la guerre ne fait que commencer.