Par Hugo, vérificateur de faits
L'épidémie d'Ebola identifiée en mai 2026 en République démocratique du Congo (RDC), liée à la souche rare Bundibugyo, est la troisième plus grande épidémie d'Ebola jamais enregistrée. Elle pose un défi particulier : aucun vaccin ni traitement approuvé n'existe pour cette souche. Dans ce contexte, les récentes coupes du financement américain de la santé mondiale et de l'aide humanitaire ont-elles eu un impact sur la réponse internationale ?

Une fermeture de programmes à grande échelle
Selon des données du Département d'État américain, l'aide humanitaire américaine à la RDC est passée de 881 millions de dollars à 115 millions de dollars entre 2024 et 2025. The Guardian cite des chiffres encore plus marquants : l'aide totale américaine à la RDC est passée de 1,4 milliard de dollars en 2024 à seulement 21 millions de dollars en 2026. Pour l'Ouganda, l'aide est passée de 674 millions de dollars à 377 millions de dollars, puis à un montant négatif de 1,2 million de dollars en 2026.
Ces réductions s'inscrivent dans un contexte plus large de démantèlement des mécanismes américains de sécurité sanitaire mondiale. Le gel initial de l'aide étrangère américaine, déclenché par un ordre exécutif du 20 janvier 2025, a profondément affecté l'écosystème de la réponse sanitaire internationale.
Des capacités opérationnelles compromises

La division de recherche clinique du NIAID/NIH, qui avait piloté, lors de l'épidémie de 2014-2015, les essais cliniques du vaccin Ebola approuvé en 2019, a été supprimée. Elizabeth Higgs, ancienne directrice adjointe, a quitté le NIH en février 2026. Selon elle, "si cette épidémie avait eu lieu deux ans plus tôt, nous aurions déjà lancé une réponse de recherche d'urgence".
Un laboratoire Ebola de classe mondiale géré par le NIH à Frederick, dans le Maryland, conçu spécifiquement pour ce type de scénario, a été fermé en 2025 et son personnel a été licencié. Bien qu'il n'ait pas été rouvert officiellement pendant l'épidémie actuelle, son absence a limité la capacité de tester rapidement des traitements et vaccins prometteurs contre la souche Bundibugyo.
Des retards dans la détection et la réponse
Le démantèlement d'USAID et le gel de 83 % de ses programmes à l'étranger ont affaibli la surveillance épidémiologique en RDC. La souche d'Ebola aurait circulé plusieurs semaines avant d'être détectée. Oxfam en RDC a perdu 13 millions de dollars en 2025 et a réduit ses équipes de réponse d'urgence de 76 à 15 membres, retardant d'une semaine l'intervention après l'identification de l'épidémie, le 15 mai 2026.
Un témoignage préoccupant date de février 2025 : le médecin urgentiste Craig Spencer, survivant d'Ebola, a signalé que les États-Unis n'avaient pas envoyé d'experts pour aider l'Ouganda après une épidémie déclarée le 29 janvier 2025, car l'administration ne leur avait pas permis de partir.
Le coût de la reconstruction en marche
Face à l'absence de réponse américaine, des organismes privés et internationaux ont tenté de combler ce manque. CEPI a annoncé un investissement de 62 millions de dollars pour accélérer le développement de trois vaccins candidats contre la souche Bundibugyo, complété par une contribution de 40 millions de dollars de Gavi. Toutefois, les essais cliniques prendront plusieurs mois, et la production de doses du vaccin candidat le plus avancé (IAVI) pourrait nécessiter sept à neuf mois.
Selon des estimations, le coût des seuls vaccins nécessaires à cette reconstruction est déjà évalué à plus de 100 millions de dollars. L'Africa CDC a demandé environ 600 millions de dollars pour renforcer ses systèmes de surveillance et de réponse.
Un paradoxe documenté
Alors que des observateurs notent que les États-Unis ont réagi relativement vite lors de cette épidémie - avec 13 millions de dollars débloqués au départ et une coordination en 48 heures - d'autres soulignent que les capacités américaines de réponse internationale ont été compromises par les réductions budgétaires, les licenciements et la fermeture d'USAID.
Huit anciens directeurs du CDC ont averti que la restructuration de la relation CDC-PEPFAR risquait de démanteler l'infrastructure américaine de sécurité sanitaire mondiale - laboratoires, réseaux de surveillance et travailleurs formés - construite grâce à des décennies d'investissements dans le VIH/PEPFAR.
Ce coût, qui ne couvre que les vaccins, dépasse largement les économies budgétaires réalisées par les coupes de financement. Ce paradoxe illustre les limites d'une approche budgétaire à court terme face aux menaces sanitaires mondiales.