Des agents de santé en tenue de protection transportent un cercueil lors d'une inhumation liée à Ebola dans l'est de la RDC.
Santé

Épidémie d'Ebola en RDC : 65 morts dans l'Ituri, l'Africa CDC en alerte

Nouvelle épidémie d'Ebola en RDC : 65 morts et 246 cas suspects dans l'Ituri. L'Africa CDC en alerte face à une potentielle nouvelle souche virale et un contexte sécuritaire explosif.

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L'Africa CDC a déclaré ce 15 mai 2026 une nouvelle flambée d'Ebola dans la province de l'Ituri, en République démocratique du Congo. Avec 246 cas suspects et 65 décès recensés, dont quatre confirmés en laboratoire, cette épidémie ravive les inquiétudes dans une région déjà marquée par des décennies de conflits et des précédentes crises sanitaires. Les zones de santé de Mongwalu et Rwampara sont les plus touchées, et les autorités sanitaires régionales s'activent pour éviter une propagation plus large. Le site de l'Africa CDC a convoqué une réunion d'urgence régionale associant la RDC, l'Ouganda, le Soudan du Sud et des partenaires mondiaux.

Des agents de santé en tenue de protection transportent un cercueil lors d'une inhumation liée à Ebola dans l'est de la RDC.
Des agents de santé en tenue de protection transportent un cercueil lors d'une inhumation liée à Ebola dans l'est de la RDC. — (source)

Un foyer épidémique dans une région sous tension

La province de l'Ituri n'est pas étrangère aux épidémies d'Ebola. Cette région de l'est de la RDC a été l'épicentre de la dixième épidémie, la plus grave jamais enregistrée dans le pays, qui a tué 2 280 personnes entre août 2018 et juin 2020. Mais cette nouvelle flambée survient dans un contexte sécuritaire particulièrement dégradé.

Les zones touchées : Mongwalu et Rwampara

Les premiers cas ont été détectés dans les zones de santé de Mongwalu et Rwampara. Mongwalu est une localité minière située à environ 70 kilomètres au nord-ouest de Bunia, le chef-lieu de l'Ituri. La région est un carrefour de mouvements de population, attirant des travailleurs venus de toute la province pour l'exploitation artisanale de l'or. Rwampara, quant à elle, est une zone périurbaine aux portes de Bunia, une ville de près d'un million d'habitants.

Des équipes de la Croix-Rouge de la RDC désinfectent une zone lors de l'épidémie d'Ebola.
Des équipes de la Croix-Rouge de la RDC désinfectent une zone lors de l'épidémie d'Ebola. — (source)

La présence de cas suspects dans d'autres zones de santé laisse craindre une dissémination plus large. L'Africa CDC a convoqué une réunion urgente de coordination régionale — disponible sur le portail de l'agence — avec la RDC, l'Ouganda et le Soudan du Sud pour renforcer la surveillance transfrontalière.

Un contexte sécuritaire explosif

L'Ituri est en proie à des violences chroniques depuis plusieurs années. Les affrontements entre groupes armés — notamment la CODECO, le Zaïre, le MAPI et le FRPI — et les conflits intercommunautaires ont fait des milliers de morts et déplacé des centaines de milliers de personnes. En juin 2025, six groupes armés ont signé un protocole de paix à Aru, mais la méfiance persiste et la réinsertion des miliciens reste un défi majeur.

Un agent de santé en tenue de protection ajuste son équipement avant une intervention contre Ebola.
Un agent de santé en tenue de protection ajuste son équipement avant une intervention contre Ebola. — (source)

Cette insécurité complique considérablement le travail des équipes médicales. Les agents de santé doivent souvent négocier leur passage à des barrages tenus par des hommes armés, et certaines zones sont tout simplement inaccessibles. C'est exactement ce qui s'était produit lors de l'épidémie de 2018-2020, où l'insécurité avait été l'un des principaux obstacles à la riposte. L'Organisation mondiale de la santé avait alors déployé des centaines d'experts, mais les attaques contre les centres de traitement — dont une qui avait coûté la vie à un médecin de l'OMS à Butembo — avaient freiné la réponse.

Ce qui différencie cette épidémie des précédentes

Cette nouvelle flambée présente plusieurs caractéristiques qui la distinguent des épidémies précédentes en RDC.

Une souche virale potentiellement différente

Les premiers résultats de laboratoire suggèrent la présence d'une souche non-Zaïre du virus Ebola. Le séquençage génétique est en cours pour déterminer précisément de quelle souche il s'agit. C'est une information cruciale, car les vaccins et traitements disponibles ont été développés principalement contre la souche Zaïre, la plus courante et la plus mortelle.

Un échantillon sanguin pour le test des anticorps du virus Ebola en laboratoire.
Un échantillon sanguin pour le test des anticorps du virus Ebola en laboratoire. — (source)

Si la souche identifiée s'avère être une autre variante (comme celle du Soudan ou de Taï Forest), l'efficacité du vaccin Ervebo, développé par Merck, pourrait être compromise. Cela changerait radicalement la stratégie de riposte et nécessiterait le déploiement d'autres contre-mesures. Les chercheurs de l'Institut national de recherche biomédicale de Kinshasa travaillent d'ores et déjà à l'identification précise de la souche.

Un bilan encore précaire

Avec 65 décès pour 246 cas suspects, le taux de létalité apparent est élevé, mais il faut interpréter ces chiffres avec prudence. Seuls quatre décès ont été confirmés en laboratoire pour l'instant. Les autres cas suspects n'ont pas encore fait l'objet de tests de confirmation, et certains pourraient être liés à d'autres maladies (paludisme, fièvre typhoïde, etc.).

Des fossoyeurs et des agents de santé préparent l'inhumation d'une victime d'Ebola dans l'est de la RDC.
Des fossoyeurs et des agents de santé préparent l'inhumation d'une victime d'Ebola dans l'est de la RDC. — (source)

Le nombre réel de personnes infectées pourrait être plus élevé que les chiffres officiels, car la surveillance épidémiologique est limitée dans les zones reculées et les populations déplacées. Les équipes de Médecins Sans Frontières présentes sur le terrain signalent des difficultés d'accès à certaines localités, ce qui retarde les prélèvements et les diagnostics.

Les défis de la riposte sanitaire

Face à cette nouvelle épidémie, les autorités congolaises et les organisations internationales doivent relever plusieurs défis majeurs.

La vaccination : un outil sous tension

Le vaccin Ervebo a prouvé son efficacité lors des épidémies précédentes en RDC. Plus de 300 000 personnes avaient été vaccinées lors de l'épidémie de 2018-2020, principalement selon une stratégie de « vaccination en anneau » autour des cas confirmés. Cette approche consiste à vacciner les contacts des malades et les contacts de ces contacts pour créer une barrière immunitaire.

Un agent de santé vaccine un homme contre Ebola lors d'une campagne de vaccination en RDC.
Un agent de santé vaccine un homme contre Ebola lors d'une campagne de vaccination en RDC. — (source)

Mais l'efficacité de cette stratégie repose sur une identification rapide des cas et une capacité à atteindre les populations cibles. Dans l'Ituri, où les déplacements sont fréquents et où certaines communautés restent méfiantes envers les équipes médicales, la vaccination en anneau pourrait s'avérer difficile à mettre en œuvre. L'OMS recommande également le déploiement de stocks d'urgence de vaccins — une opération logistique complexe dans une région où les routes sont souvent impraticables.

La défiance des communautés

Lors de l'épidémie de 2018-2020, la défiance des populations locales avait été un obstacle majeur. Des rumeurs sur les vaccins, des accusations contre les équipes médicales et des attaques contre les centres de traitement avaient émaillé la riposte. Un médecin de l'OMS avait même été tué dans une attaque à Butembo.

Des agents de santé en tenue de protection se déplacent sur un site d'intervention contre Ebola en RDC.
Des agents de santé en tenue de protection se déplacent sur un site d'intervention contre Ebola en RDC. — (source)

Cette méfiance trouve ses racines dans un contexte plus large : les décennies de conflits, l'exploitation des ressources naturelles et le sentiment d'abandon par l'État. Pour y répondre, les organisations humanitaires misent sur l'engagement communautaire, en impliquant les chefs traditionnels, les religieux et les leaders locaux dans la sensibilisation. L'UNICEF a développé des programmes spécifiques de communication de proximité, adaptés aux langues locales et aux croyances des populations.

L'accès humanitaire

L'Ituri reste une zone dangereuse pour les humanitaires. Les routes sont souvent impraticables, et les groupes armés contrôlent une partie du territoire. L'UNICEF, qui avait déployé plus de 650 personnes lors de l'épidémie de 2018-2020, doit à nouveau mobiliser des équipes sur le terrain.

Préparation de matériel de protection individuelle dans un centre de traitement Ebola en RDC.
Préparation de matériel de protection individuelle dans un centre de traitement Ebola en RDC. — (source)

Les besoins sont immenses : fournir de l'eau potable et des kits d'hygiène, installer des centres de traitement, former les agents de santé locaux, et assurer un soutien psychosocial aux familles touchées. L'organisation rappelle que les enfants représentent une part importante des victimes — 30 % des cas lors de la précédente épidémie. Le ministère de la Santé de RDC coordonne la réponse avec l'appui de ses partenaires internationaux.

Leçons du passé et perspectives

La RDC a affronté onze épidémies d'Ebola depuis la découverte du virus en 1976. Chaque fois, le pays et ses partenaires ont tiré des enseignements pour améliorer la riposte.

L'expérience de 2018-2020

L'épidémie de 2018-2020 au Kivu et en Ituri a été la plus meurtrière jamais enregistrée en RDC. Elle a duré près de deux ans et a nécessité une mobilisation internationale sans précédent. L'OMS l'avait déclarée « urgence de santé publique de portée internationale » en juillet 2019.

Cette expérience a permis de développer des protocoles de réponse plus efficaces, notamment en matière de surveillance épidémiologique, de vaccination et de prise en charge des malades. Mais elle a aussi montré les limites des interventions dans un contexte de conflit armé. Les équipes de Médecins Sans Frontières, qui ont soigné des centaines de patients à Butembo et Beni, insistent sur la nécessité d'adapter les protocoles aux réalités locales.

Les défis persistants

Malgré les progrès, plusieurs défis persistent. Le premier est celui de la préparation : les systèmes de santé locaux restent fragiles, et les épidémies surviennent souvent dans des zones où l'accès aux soins de base est déjà limité. Le deuxième est celui de la coordination entre les acteurs : gouvernement, OMS, UNICEF, Médecins Sans Frontières et autres ONG doivent travailler ensemble pour éviter les doublons et maximiser l'impact des interventions.

Le troisième défi est celui de la durabilité : comment renforcer les systèmes de santé pour qu'ils puissent non seulement répondre aux épidémies, mais aussi assurer les soins de routine (vaccination infantile, suivi des femmes enceintes, etc.) ? La France, via France Diplomatie, recommande à ses ressortissants de suivre strictement les consignes de prévention : se laver les mains fréquemment, éviter les contacts avec les malades, et ne pas consommer de viande de brousse.

L'importance de la surveillance transfrontalière

L'Ituri partage des frontières poreuses avec l'Ouganda et le Soudan du Sud. Les mouvements de population sont constants, que ce soit pour le commerce, les déplacements familiaux ou la fuite des violences. Cette mobilité augmente le risque de propagation du virus au-delà des frontières congolaises.

La réunion d'urgence régionale

L'Africa CDC a convoqué une réunion urgente avec les ministres de la Santé de la RDC, de l'Ouganda et du Soudan du Sud, ainsi qu'avec des partenaires mondiaux. L'objectif est de coordonner la surveillance aux points de passage frontaliers, de partager les données épidémiologiques et de préparer les pays voisins à une éventuelle importation de cas.

La province de l'Ituri, épicentre de l'épidémie d'Ebola, dans l'est de la RDC, frontalière de l'Ouganda et du Soudan du Sud

L'Ouganda a déjà une expérience dans ce domaine : lors de l'épidémie de 2018-2020, le pays avait réussi à contenir plusieurs cas importés grâce à une surveillance renforcée aux postes-frontières et à une vaccination rapide des contacts. Les autorités ougandaises ont déjà activé leurs cellules de crise dans les districts frontaliers de l'Ituri.

Les leçons du passé

La précédente épidémie d'Ebola en RDC, déclarée dans la province du Kasaï en septembre 2025, s'est officiellement terminée le 1er décembre 2025. Cette flambée avait été rapidement maîtrisée grâce à une réponse précoce et à une bonne coordination. Mais elle rappelle que le virus n'a pas disparu et que des résurgences sont toujours possibles.

Les experts de l'OMS insistent sur l'importance d'une vigilance continue, même après la fin officielle d'une épidémie. Le virus peut survivre chez certains survivants et se transmettre à nouveau, comme cela s'est produit à plusieurs reprises en Afrique de l'Ouest après l'épidémie de 2014-2016.

Conclusion : une riposte sous tension

La nouvelle épidémie d'Ebola dans l'est de la RDC est un signal d'alarme. Avec 65 morts et 246 cas suspects, elle montre que le virus reste une menace récurrente dans une région fragile. Les défis sont immenses : insécurité, défiance des communautés, accès humanitaire limité, et potentielle nouvelle souche virale. Mais la RDC et ses partenaires ont accumulé une expérience précieuse au fil des épidémies. La clé de la réussite résidera dans une réponse rapide, coordonnée et adaptée au contexte local, en impliquant les communautés et en renforçant la surveillance transfrontalière. L'Ebola n'est pas une fatalité, mais chaque nouvelle flambée rappelle l'urgence de renforcer les systèmes de santé et de préparation aux épidémies. Comme l'a montré la fin de l'épidémie de mpox en RDC, la mobilisation et la coordination peuvent faire la différence.

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Questions fréquentes

Combien de morts dans l'épidémie d'Ebola en Ituri ?

L'épidémie d'Ebola dans la province de l'Ituri, en RDC, a causé 65 décès sur 246 cas suspects, dont quatre confirmés en laboratoire au 15 mai 2026.

Quelles zones sont touchées par Ebola en RDC ?

Les zones de santé les plus touchées sont Mongwalu, une localité minière, et Rwampara, une zone périurbaine près de Bunia. Des cas suspects dans d'autres zones laissent craindre une dissémination plus large.

La souche d'Ebola en Ituri est-elle nouvelle ?

Les premiers résultats suggèrent une souche non-Zaïre du virus, mais le séquençage génétique est en cours. Si elle s'avère être une autre variante, l'efficacité du vaccin Ervebo pourrait être compromise.

Pourquoi la riposte à Ebola est-elle difficile en Ituri ?

L'insécurité chronique due aux groupes armés complique l'accès humanitaire et oblige les équipes médicales à négocier leur passage à des barrages. La défiance des communautés envers les équipes médicales aggrave la situation.

Quels pays participent à la réunion d'urgence Ebola ?

L'Africa CDC a convoqué une réunion urgente avec la RDC, l'Ouganda, le Soudan du Sud et des partenaires mondiaux pour renforcer la surveillance transfrontalière face à l'épidémie.

Sources

  1. [PDF] République démocratique du Congo - France Diplomatie · diplomatie.gouv.fr
  2. allafrica.com · allafrica.com
  3. dhnet.be · dhnet.be
  4. fr.wikipedia.org · fr.wikipedia.org
  5. rfi.fr · rfi.fr
world-watcher
Sarah Lebot @world-watcher

Journaliste en herbe, je synthétise l'actu mondiale pour ceux qui n'ont pas le temps de tout suivre. Étudiante en journalisme à Sciences Po Lille, je contextualise les événements sans prendre parti. Mon objectif : rendre l'info accessible et compréhensible, surtout pour ma génération. Pas de jargon, pas de sensationnalisme – juste les faits et leur contexte. Parce que comprendre le monde, c'est le premier pas pour le changer.

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