Drapeaux des pays membres des BRICS alignés sur une table de conférence, salle de réunion diplomatique sobre, lumière naturelle
Monde

BRICS et État palestinien : déclaration commune, divisions internes et enjeux diplomatiques

Les BRICS affirment soutenir un État palestinien avec Jérusalem-Est pour capitale, mais des divisions profondes entre l'Iran, l'Inde et les Émirats fragilisent l'accord, tandis que la conférence de Paris de juin 2026 pourrait rebattre les cartes.

As-tu aimé cet article ?

Les ministres des Affaires étrangères des BRICS, réunis à New Delhi les 14 et 15 mai 2026, ont adopté une déclaration commune affirmant leur soutien à un État de Palestine « indépendant » avec Jérusalem-Est pour capitale, sur la base des frontières de 1967. Cet accord intervient dans un contexte de tensions accrues au Proche-Orient et à quelques semaines d’une conférence internationale sur la solution à deux États organisée par la France à Paris. Mais derrière l’apparente unité du bloc émergent, des divergences profondes subsistent entre ses membres, notamment sur le rôle de l’Iran et la position de l’Inde vis-à-vis d’Israël.

Drapeaux des pays membres des BRICS alignés sur une table de conférence, salle de réunion diplomatique sobre, lumière naturelle
Drapeaux des pays membres des BRICS alignés sur une table de conférence, salle de réunion diplomatique sobre, lumière naturelle

Pourquoi la déclaration des BRICS sur l’État palestinien est-elle sous tension ?

La réunion des chefs de la diplomatie des BRICS s’est tenue dans la capitale indienne alors que la situation au Moyen-Orient ne cesse de se dégrader. Depuis plusieurs mois, les affrontements entre Israël et le Hamas se sont intensifiés, et la bande de Gaza subit une pression militaire croissante. Les frappes israéliennes se sont multipliées, tandis que les colonies en Cisjordanie continuent de s’étendre, rendant la perspective d’un État palestinien viable de plus en plus lointaine.

C’est dans ce climat que les BRICS — Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud, rejoints par l’Éthiopie, l’Égypte, l’Iran, les Émirats arabes unis et l’Indonésie — ont tenté de formuler une position commune. La déclaration finale, intitulée « Chair’s Statement and Outcome Document », a été rendue publique le 15 mai. Elle réaffirme « le droit du peuple palestinien à l’autodétermination, y compris le droit à son propre État de Palestine indépendant », et décrit la bande de Gaza comme « une partie inséparable du territoire palestinien occupé ».

Cette prise de position n’est pas anodine. Elle intervient alors que la France, qui a reconnu l’État de Palestine en septembre 2025, s’apprête à accueillir une conférence internationale sur la solution à deux États le 12 juin 2026 à Paris. Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a annoncé cet événement le 30 avril, précisant qu’il était organisé par la coalition « It’s Time », qui regroupe 80 organisations œuvrant pour la paix israélo-palestinienne.

L’absence de communiqué conjoint : un signe de fractures

Si la déclaration des BRICS a été largement saluée, elle n’a pas pris la forme d’un communiqué conjoint. En lieu et place, l’Inde, qui préside le groupe cette année, a publié un « Chair’s Statement ». Cette nuance diplomatique est lourde de sens. Elle signifie que tous les membres n’étaient pas d’accord sur le texte final. Les sources officielles indiquent que des « divergences de vues » ont émergé, notamment sur la situation au Moyen-Orient et le conflit impliquant l’Iran.

Le document lui-même reconnaît ces désaccords : « Le président a noté les divergences de vues entre certains membres concernant la situation dans la région de l’Asie occidentale/Moyen-Orient. » En clair, les BRICS n’ont pas réussi à parler d’une seule voix, et le compromis obtenu est fragile.

Quelles sont les positions divergentes au sein des BRICS sur la Palestine ?

Le bloc des BRICS, qui s’est considérablement élargi ces dernières années, rassemble des pays aux intérêts géopolitiques parfois contradictoires. Sur le dossier palestinien, ces contradictions sont particulièrement visibles.

L’Iran : un opposant à la solution à deux États

Parmi les membres les plus critiques envers Israël, l’Iran se distingue par son rejet pur et simple de la solution à deux États. Dès juillet 2025, lors du sommet des BRICS à Rio de Janeiro, le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, avait qualifié cette approche d’« irréaliste ». Il avait proposé à la place un État unique pour les musulmans, les chrétiens et les juifs, organisé par référendum, en s’inspirant de la transition sud-africaine post-apartheid.

Pour Téhéran, reconnaître un État palestinien aux côtés d’Israël reviendrait à légitimer « l’occupation sioniste ». Cette position radicale a compliqué les négociations à New Delhi. Selon des sources diplomatiques, l’Iran aurait proposé un texte alternatif appelant à un seul État, ce qui a été rejeté par les autres membres.

L’Inde : un équilibriste entre Israël et la Palestine

L’Inde occupe une position particulièrement délicate. Historiquement proche de la cause palestinienne, New Delhi a considérablement renforcé ses relations avec Israël depuis 2017. Le Premier ministre Narendra Modi a été l’un des premiers dirigeants à se rendre en Israël, et les deux pays collaborent étroitement dans les domaines de la défense, de la technologie et de l’agriculture.

Poignée de main entre un diplomate indien et un diplomate israélien, costume-cravate, fond neutre d'un bureau gouvernemental, éclairage tamisé
Poignée de main entre un diplomate indien et un diplomate israélien, costume-cravate, fond neutre d'un bureau gouvernemental, éclairage tamisé

Cette évolution se reflète dans le langage diplomatique indien. Selon des informations révélées par The Wire, lors de la réunion préparatoire des 23 et 24 avril 2026, l’Inde aurait proposé de supprimer la mention de « Jérusalem-Est » comme capitale de la Palestine et d’atténuer les critiques contre Israël. Cette proposition a été rejetée par presque tous les autres membres des BRICS.

Depuis 2017, l’Inde n’utilise plus l’expression « Jérusalem-Est » dans ses déclarations bilatérales. Le ministère indien des Affaires étrangères a démenti tout changement de position, affirmant que l’absence de consensus était due à des « différences marquées entre les positions des membres parties au conflit ». Mais le geste diplomatique est clair : l’Inde cherche à ménager Israël sans pour autant abandonner totalement la cause palestinienne.

Les Émirats arabes unis : une normalisation qui complique le consensus

Les Émirats arabes unis, qui ont normalisé leurs relations avec Israël en 2020 dans le cadre des accords d’Abraham, se trouvent dans une position inconfortable. Membre des BRICS depuis l’élargissement de 2024, Abou Dhabi doit concilier son partenariat stratégique avec Israël et son appartenance à un bloc qui critique régulièrement l’État hébreu.

Les Émirats n’ont pas bloqué la déclaration finale, mais leur présence a contribué à la complexité des négociations. Leur position, plus modérée que celle de l’Iran mais moins critique qu’auparavant, illustre les tensions internes au groupe.

Quels moyens d’action concrets pour les BRICS face à Israël ?

La question centrale est celle de l’efficacité réelle de cette déclaration. Les BRICS ont-ils les moyens de faire pression sur Israël et les États-Unis, ou s’agit-il d’un simple effet d’annonce ?

Le poids économique et diplomatique du bloc

Les BRICS représentent aujourd’hui environ 40 % de la population mondiale et près de 35 % du PIB mondial en parité de pouvoir d’achat. Ce poids économique leur confère une influence certaine sur la scène internationale. Plusieurs membres du groupe sont de grands partenaires commerciaux d’Israël.

La Chine est le premier partenaire commercial d’Israël en Asie, avec des échanges bilatéraux dépassant les 15 milliards de dollars. L’Inde importe massivement des technologies de défense israéliennes. Le Brésil et la Russie entretiennent également des relations économiques significatives avec Tel-Aviv.

Théoriquement, les BRICS pourraient utiliser ce levier économique pour faire pression sur Israël. En pratique, rien n’indique qu’une telle stratégie soit à l’ordre du jour. La déclaration de New Delhi ne mentionne aucune sanction ni mesure coercitive. Elle se contente d’appeler la communauté internationale à soutenir les réformes au sein de l’Autorité palestinienne et à œuvrer pour une solution négociée.

Une influence limitée face au veto américain

Le principal obstacle à une avancée concrète reste le rôle des États-Unis au Conseil de sécurité de l’ONU. Washington dispose d’un droit de veto et l’a utilisé à plusieurs reprises pour bloquer des résolutions condamnant Israël. Sans un changement de position américain, les chances de voir une résolution contraignante adoptée sont quasi nulles.

La France, de son côté, a reconnu l’État de Palestine en septembre 2025 — une « décision capitale » selon le Quai d’Orsay — et organise la conférence de juin 2026. Mais Paris reste alignée sur les positions européennes, qui privilégient une solution négociée sans imposer de sanctions.

Les BRICS, eux, n’ont pas de siège permanent au Conseil de sécurité. Seuls la Russie et la Chine y siègent, et leurs positions sont souvent en décalage avec celles des autres membres. La Russie, engluée dans la guerre en Ukraine, a perdu une partie de son influence diplomatique. La Chine, de son côté, privilégie une approche prudente, évitant de s’aliéner Israël tout en affirmant son soutien à la Palestine.

Comment la France et l’Europe se positionnent-elles face aux BRICS ?

La déclaration des BRICS intervient dans un contexte où la France et l’Union européenne tentent de redéfinir leur rôle au Proche-Orient. La reconnaissance de l’État de Palestine par Paris en septembre 2025 a marqué un tournant, mais elle n’a pas été suivie d’effets concrets.

La conférence de Paris : une initiative concurrente ?

La conférence internationale du 12 juin 2026, organisée à Paris, vise à relancer le processus de paix. Elle réunira des représentants de nombreux pays, dont probablement plusieurs membres des BRICS. Mais l’initiative française risque d’être perçue comme une concurrence directe aux efforts du bloc émergent.

Pour les jeunes Français, qui suivent de près les questions de justice internationale, cette double dynamique peut sembler contradictoire. D’un côté, la France affirme son soutien à la Palestine. De l’autre, elle continue de commercer avec Israël et n’a pas imposé de sanctions. La déclaration des BRICS, bien que non contraignante, a le mérite d’être claire et collective.

Une Union européenne divisée

L’Union européenne, elle, reste profondément divisée sur le dossier israélo-palestinien. Certains États membres, comme l’Irlande et l’Espagne, ont reconnu l’État de Palestine. D’autres, comme l’Allemagne et la République tchèque, sont fermement alignés sur Israël. Cette absence de position commune affaiblit considérablement l’influence européenne.

Les BRICS, malgré leurs divisions internes, parviennent au moins à s’accorder sur un objectif : un État palestinien indépendant. C’est plus que ce que l’Union européenne a réussi à faire jusqu’à présent.

Quel impact concret pour les Palestiniens ?

Sur le terrain, la déclaration des BRICS n’a pas d’effet immédiat. Les colonies continuent de s’étendre, les checkpoints restent en place, et la bande de Gaza reste sous blocus. Mais le symbole est important.

Pour l’Autorité palestinienne, obtenir le soutien des BRICS est une victoire diplomatique. Cela lui permet de contrebalancer l’influence américaine et de maintenir la question palestinienne à l’agenda international. Le fait que la déclaration mentionne explicitement Jérusalem-Est comme capitale est particulièrement significatif, car cette formulation est de moins en moins utilisée dans les instances internationales.

Reste que les déclarations ne suffisent pas. Les Palestiniens attendent des actes concrets : pression sur Israël pour qu’il cesse la colonisation, aide économique, reconnaissance diplomatique par davantage de pays. Sur ce plan, les BRICS n’ont pas fourni de garanties.

L’Inde, qui préside le groupe, a clairement montré qu’elle n’était pas prête à sacrifier ses relations avec Israël. La Chine, de son côté, continue d’équilibrer ses positions. L’Iran, bien que radical, n’a pas les moyens d’imposer sa vision.

Conclusion : une déclaration importante mais insuffisante

L’accord des BRICS sur un État palestinien indépendant avec Jérusalem-Est pour capitale est une avancée diplomatique notable. Il montre que les grandes puissances émergentes sont prêtes à prendre position sur un dossier que l’Occident peine à traiter. Pour les jeunes Français engagés sur les questions de justice internationale, ce signal peut sembler porteur d’espoir.

Mais il ne faut pas s’y tromper : cet accord est fragile, conditionnel, et dépourvu de mécanismes contraignants. Les divisions internes au sein des BRICS — entre l’Iran et l’Inde, entre les Émirats et la Chine — limitent considérablement sa portée. Sans une pression économique ou diplomatique réelle, il restera un simple texte.

La conférence de Paris en juin 2026 sera un test. Si la France parvient à fédérer autour d’une feuille de route concrète, elle pourrait donner un nouvel élan à la solution à deux États. Sinon, la déclaration des BRICS restera ce qu’elle est : un symbole, certes important, mais insuffisant pour changer le cours de l’histoire.

Pour en savoir plus sur les tensions diplomatiques autour des BRICS, vous pouvez lire notre article sur Macron et les BRICS : théorie du complot ou diplomatie ?. Par ailleurs, l’affaire récente de l’avocat du Hamas faussement inscrit comme membre par Scotland Yard illustre les complexités juridiques entourant le conflit israélo-palestinien.

As-tu aimé cet article ?

Questions fréquentes

Quelle déclaration des BRICS sur la Palestine ?

Les ministres des Affaires étrangères des BRICS, réunis à New Delhi en mai 2026, ont adopté une déclaration commune soutenant un État de Palestine indépendant avec Jérusalem-Est pour capitale, sur la base des frontières de 1967. Toutefois, le texte a pris la forme d'un « Chair's Statement » et non d'un communiqué conjoint, signe de désaccords internes.

Pourquoi l'Iran rejette-t-il la solution à deux États ?

L'Iran considère la solution à deux États comme « irréaliste » et propose à la place un État unique pour les musulmans, les chrétiens et les juifs, organisé par référendum. Téhéran estime que reconnaître un État palestinien aux côtés d'Israël reviendrait à légitimer « l'occupation sioniste », ce qui a compliqué les négociations au sein des BRICS.

Quelle est la position de l'Inde sur Israël et la Palestine ?

L'Inde cherche un équilibre entre son soutien historique à la Palestine et ses relations renforcées avec Israël depuis 2017 dans les domaines de la défense, de la technologie et de l'agriculture. Lors des préparatifs de la déclaration, New Delhi a proposé de supprimer la mention de « Jérusalem-Est » comme capitale palestinienne, proposition rejetée par les autres membres des BRICS.

Quel impact a la conférence de Paris sur la Palestine ?

La France organise une conférence internationale sur la solution à deux États le 12 juin 2026 à Paris, après avoir reconnu l'État de Palestine en septembre 2025. Cette initiative pourrait concurrencer les efforts des BRICS, mais Paris reste alignée sur les positions européennes privilégiant une solution négociée sans sanctions contre Israël.

Les BRICS ont-ils les moyens de faire pression sur Israël ?

Les BRICS représentent environ 40 % de la population mondiale et 35 % du PIB mondial, et plusieurs membres sont de grands partenaires commerciaux d'Israël. Cependant, la déclaration de New Delhi ne mentionne aucune sanction ni mesure coercitive, et les divisions internes, notamment entre l'Iran et l'Inde, limitent la portée de leur influence diplomatique.

Sources

  1. en.tempo.co · en.tempo.co
  2. internal ·
  3. en.mercopress.com · en.mercopress.com
  4. english.gujaratsamachar.com · english.gujaratsamachar.com
  5. indiatoday.in · indiatoday.in
world-watcher
Sarah Lebot @world-watcher

Journaliste en herbe, je synthétise l'actu mondiale pour ceux qui n'ont pas le temps de tout suivre. Étudiante en journalisme à Sciences Po Lille, je contextualise les événements sans prendre parti. Mon objectif : rendre l'info accessible et compréhensible, surtout pour ma génération. Pas de jargon, pas de sensationnalisme – juste les faits et leur contexte. Parce que comprendre le monde, c'est le premier pas pour le changer.

1025 articles 0 abonnés

Commentaires (8)

Connexion pour laisser un commentaire.

Chargement des commentaires...