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Un avocat du Hamas faussement inscrit comme membre par Scotland Yard

Fahad Ansari, avocat britannique du Hamas, a été faussement inscrit comme membre par Scotland Yard. Cinq rapporteurs de l'ONU dénoncent un harcèlement d'État sans précédent.

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Un avocat du Hamas faussement inscrit comme « membre » par Scotland Yard : l'ONU dénonce un harcèlement d'État

En août 2025, un simple retour de vacances en famille s'est transformé en cauchemar juridique pour Fahad Ansari, avocat britannique ayant représenté le Hamas dans une procédure de déproscription. Arrêté au port de Holyhead sous le régime antiterroriste Schedule 7, il découvre que la police l'a officiellement inscrit comme « membre du Hamas » sur un formulaire d'évaluation des risques. Cette inscription, qu'il conteste comme fausse et diffamatoire, soulève des questions sur l'indépendance de la profession juridique et l'usage des pouvoirs antiterroristes. Cinq rapporteurs spéciaux de l'ONU ont saisi le gouvernement britannique en février 2026, dénonçant un « harcèlement » sans précédent.

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Holyhead, 6 août 2025 : le voyage en famille qui tourne au contrôle antiterroriste

Le 6 août 2025, Fahad Ansari rentre de vacances en Irlande avec sa famille. À bord du ferry arrivant au port de Holyhead, au Pays de Galles, il est interpellé par des agents de la police britannique en vertu de l'article 7 du Terrorism Act 2000. Ce n'est pas un contrôle aléatoire comme il en existe des milliers chaque année dans les ports et aéroports britanniques. Ansari est détenu, son téléphone professionnel est saisi, copié et examiné sur une période de quatre jours, du 8 au 12 août.

L'élément le plus troublant émerge lorsque l'avocat prend connaissance du formulaire d'évaluation des risques rempli par un inspecteur-détective. Dans la case « appartenance à un groupe connu », figure le mot « Hamas ». Hugh Southey KC, qui représente Ansari, est catégorique : « Le demandeur n'est pas membre du Hamas. Sa seule association avec l'organisation est sa mission d'avocat dans la procédure de déproscription déposée en avril 2025. » L'inspecteur-détective lui-même a reconnu dans une déposition que le contenu du formulaire n'était « pas exact ».

La case « Hamas » cochée sans la moindre preuve

Le formulaire d'évaluation des risques est un document interne utilisé par la police britannique pour évaluer le danger potentiel d'une personne. C'est un outil administratif, mais ses conséquences peuvent être dévastatrices. Une inscription comme « membre du Hamas » peut entraîner un fichage durable, une surveillance accrue, et compromettre la carrière professionnelle de la personne concernée.

Hugh Southey KC insiste sur l'absence totale de fondement. Il n'existe aucune preuve, aucun indice, aucune information suggérant que M. Ansari adhère aux objectifs du Hamas, participe à ses activités ou entretienne des liens organisationnels avec le groupe. L'avocat précise que son client est un solicitor irlandais spécialisé dans les affaires de sécurité nationale, un domaine où la neutralité professionnelle est une obligation déontologique.

L'affaire prend une dimension supplémentaire lorsque l'on apprend que les policiers ont tenté d'accéder au téléphone de la fille de 14 ans d'Ansari via une application de contrôle parental liée au téléphone saisi. Ce détail, rapporté par Middle East Eye et confirmé par les rapporteurs spéciaux de l'ONU, illustre l'escalade dans l'intrusion et le caractère disproportionné de l'opération.

Un précédent de contrôle ciblé après la demande de déproscription

La chronologie des événements est particulièrement révélatrice. En juin 2024, Ansari avait déjà été soumis à un contrôle sous Schedule 7 au même port de Holyhead. Ce contrôle était routinier : aucune question sur la Palestine, le Hamas ou ses activités professionnelles. Rien d'anormal.

Tout change après le 9 avril 2025, date à laquelle Ansari dépose une demande de déproscription du Hamas auprès du Home Office. Cette procédure, prévue par la loi britannique, permet de contester la classification d'une organisation comme terroriste. C'est un acte juridique parfaitement légitime, exercé par des avocats spécialisés.

Dans les semaines qui suivent le dépôt, Ansari et son cabinet sont « publiquement vilipendés par des personnalités politiques et dans les médias », selon la lettre des rapporteurs spéciaux de l'ONU. Des plaintes sont déposées auprès du régulateur de la profession. Des lettres de haine et des menaces de mort arrivent au cabinet. Et en août, ce contrôle ciblé au port de Holyhead, avec une inscription frauduleuse comme membre du Hamas.

L'enchaînement suggère une représaille directe pour l'acte professionnel. Comme le résume Ansari lui-même : « Dans la décennie où j'ai travaillé sur des affaires de sécurité nationale, je n'ai jamais entendu parler d'avocats en Angleterre ciblés à ce point à cause de leurs clients. »

Le téléphone professionnel saisi pendant quatre jours

Entre le 8 et le 12 août 2025, le téléphone professionnel d'Ansari reste entre les mains de la police. Hugh Southey KC affirme qu'il s'agissait d'un « contrôle dirigé et ciblé contre un solicitor exerçant pour des personnes d'intérêt pour les forces de l'ordre et les services de renseignement ». Ansari soupçonne que l'officier responsable de l'évaluation des risques a agi sur la base d'informations fournies par les services de renseignement.

Le téléphone contenait des communications avec des clients, des notes de travail, des projets de documents juridiques. Tout cela est protégé par le secret professionnel de l'avocat, un principe fondamental de l'état de droit. Pourtant, la police a eu accès à l'intégralité des données stockées pendant quatre jours.

Schedule 7 : un pouvoir de contrôle sans soupçon validé par la Haute Cour

Le Schedule 7 du Terrorism Act 2000 est l'un des outils les plus controversés de la législation antiterroriste britannique. Il permet à la police d'arrêter, fouiller et saisir les biens de tout passager dans un port ou un aéroport, sans aucun soupçon que la personne soit impliquée dans une activité terroriste. Aucune raison, aucun motif, aucune justification préalable n'est requis.

Ce vide juridique a été au cœur de l'affaire Ansari. Le 4 mars 2026, la Haute Cour de Londres a rendu un jugement qui aggrave encore la situation. Les juges ont refusé d'obliger la police à divulguer les motifs de la saisie du téléphone d'Ansari, estimant que la norme de divulgation AF (No. 3) — qui garantit à toute personne le droit de connaître les accusations portées contre elle — ne s'applique pas aux examens sous Schedule 7.

Un jugement qui enterre le droit à l'information

La décision de la Haute Cour crée un précédent dangereux. En pratique, les policiers peuvent désormais saisir et explorer le contenu d'un téléphone sans jamais avoir à justifier leurs soupçons. Le citoyen n'a aucun recours pour contester la légalité de l'examen, puisqu'il ne peut pas connaître les raisons qui ont motivé la saisie.

Les avocats d'Ansari dénoncent un « trou noir juridique ». Hugh Southey KC explique que la norme AF (No. 3) a été établie précisément pour garantir l'équité des procédures dans les affaires de sécurité nationale. L'exclure des contrôles sous Schedule 7 revient à créer une zone de non-droit où l'administration peut agir sans contrôle.

Le jugement a des conséquences pratiques immédiates. Ansari ne peut pas savoir si la police a consulté ses échanges avec ses clients, y compris ceux concernant la procédure de déproscription du Hamas. Il ne peut pas vérifier si des informations couvertes par le secret professionnel ont été transmises aux services de renseignement.

Saisie du téléphone : une violation de la confidentialité avocat-client ?

Le téléphone professionnel d'Ansari contenait des communications avec ses clients, des notes de travail, des projets de documents juridiques. Tout cela est protégé par le secret professionnel de l'avocat, un principe fondamental de l'état de droit.

Les rapporteurs spéciaux de l'ONU ont exprimé de « sérieuses inquiétudes quant à l'exercice indépendant de la profession juridique et la confidentialité des communications avocat-client » dans leur lettre du 4 février 2026 adressée au gouvernement britannique. Ils soulignent que la saisie et l'examen du téléphone professionnel d'un avocat sans garanties adéquates compromettent la relation de confiance entre l'avocat et son client.

La question est d'autant plus préoccupante que le téléphone a été examiné pendant quatre jours, du 8 au 12 août 2025. Pendant cette période, la police a eu accès à l'intégralité des données stockées : messages, appels, emails, documents. Rien n'indique que des filtres aient été mis en place pour protéger les communications couvertes par le secret professionnel.

L'ONU saisie : cinq experts dénoncent un « harcèlement » sans précédent

Le 4 février 2026, cinq rapporteurs spéciaux des Nations unies ont adressé une lettre au gouvernement britannique. Les experts — spécialistes de l'indépendance des juges et des avocats, de la liberté d'expression, de la lutte contre le terrorisme, des droits de l'homme et de la protection des défenseurs des droits — y dénoncent « le harcèlement, l'intimidation et l'usage abusif des pouvoirs antiterroristes » contre Fahad Ansari.

La lettre est cinglante. Les rapporteurs affirment que ces actes ont été commis « en apparente représailles pour l'exercice de ses fonctions professionnelles légitimes d'avocat ». Ils citent explicitement l'intrusion dans le téléphone de la mineure, les plaintes au régulateur orchestrées et la couverture médiatique hostile. C'est une condamnation rare et grave au niveau international.

Le téléphone de la fille d'Ansari : l'État britannique franchit une ligne rouge

Le détail le plus choquant de l'affaire concerne la tentative des policiers d'accéder au téléphone de la fille de 14 ans d'Ansari. Selon les informations révélées par Middle East Eye et confirmées par l'ONU, les agents ont utilisé une application de contrôle parental liée au téléphone saisi pour tenter de pénétrer dans l'appareil de l'adolescente.

Cette intrusion dans la vie privée d'une mineure, sans mandat ni soupçon, illustre le caractère disproportionné de l'opération. Les rapporteurs spéciaux soulignent que cet acte « constitue une violation grave des droits de l'enfant et du droit à la vie privée ». Ils rappellent que les enfants bénéficient d'une protection particulière en droit international et que leur vulnérabilité doit être prise en compte dans toute procédure.

Pour Ansari, cet épisode est particulièrement douloureux. « Ma fille de 14 ans a été terrorisée par cette expérience », confie-t-il. « Elle ne comprend pas pourquoi des policiers ont tenté d'accéder à ses messages privés. Elle n'a rien à voir avec mon travail. »

Une mise en garde contre l'intimidation des avocats

Au-delà du cas individuel, les rapporteurs spéciaux soulignent que cette affaire menace l'indépendance de la profession juridique dans son ensemble. Si un avocat peut être fiché comme « membre » d'une organisation terroriste simplement pour avoir accepté de la représenter, quel avocat osera encore défendre des causes impopulaires ?

La lettre de l'ONU rappelle que « l'indépendance de la profession juridique est un pilier de l'état de droit et une condition essentielle pour garantir l'accès à la justice ». Les experts appellent le gouvernement britannique à enquêter sur ces allégations et à prendre des mesures pour protéger les avocats contre l'intimidation.

« Belfast dans les années 1980 » : l'histoire se répète pour les avocats de causes impopulaires

Fahad Ansari est irlandais. Il connaît l'histoire des lois antiterroristes britanniques et leur impact sur la profession juridique. Lorsqu'il découvre le formulaire d'évaluation des risques avec la mention « Hamas », une comparaison s'impose immédiatement à lui.

« En tant que solicitor irlandais, voir cela en noir et blanc était glaçant », confie-t-il au Guardian. « Cela fait écho à une période sombre où l'État britannique ciblait les avocats pour avoir représenté des membres d'un autre groupe proscrit [l'IRA]. Ce n'est pas Belfast dans les années 1980 où ces messages étaient écrits à la main, mais l'effet est le même. »

L'IRA, le Hamas et la même méthode : discréditer l'avocat pour affaiblir la défense

Dans les années 1970 et 1980, les avocats républicains irlandais étaient régulièrement harcelés par les autorités britanniques. Certains étaient arrêtés, leurs cabinets perquisitionnés, leurs dossiers saisis. La méthode était simple : en accusant l'avocat d'être lui-même membre ou sympathisant de l'IRA, on cherchait à dissuader ses confrères de prendre ce type de dossiers et à délégitimer l'action judiciaire.

Aujourd'hui, le mécanisme est identique. L'IRA a été remplacée par le Hamas dans le discours officiel, mais la technique reste la même. En inscrivant Ansari comme « membre du Hamas », la police britannique envoie un message clair à tous les avocats : si vous représentez des groupes proscrits, vous serez traités comme des terroristes.

Cette stratégie d'intimidation a un effet dissuasif bien réel. Comme le souligne Ansari : « Ce qui sape vraiment l'intégrité de la profession, c'est quand des clients impopulaires ne peuvent pas obtenir de représentation juridique par peur de l'opprobre public et de l'intimidation étatique. »

Pourquoi l'État britannique craint-il autant la représentation juridique de ses ennemis désignés ?

Le recours en déproscription du Hamas est une procédure judiciaire parfaitement légitime. La loi britannique prévoit explicitement la possibilité de contester la classification d'une organisation comme terroriste. En traitant l'avocat comme un ennemi, l'État cherche à entraver l'accès à la justice et à bloquer les contestations judiciaires des décisions de proscription.

Cette instrumentalisation de la peur affaiblit l'état de droit. Si les avocats ne peuvent plus défendre librement leurs clients, le système judiciaire perd sa crédibilité. Les décisions de proscription deviennent alors incontestables, ce qui crée un précédent dangereux pour toutes les libertés publiques.

Et la France dans tout ça ? La loi antiterroriste française peut-elle produire les mêmes abus ?

L'affaire Ansari n'est pas seulement britannique. Elle interroge directement les démocraties européennes, et notamment la France, sur l'usage de leurs propres lois antiterroristes. Depuis les attaques de 2015, le droit français s'est considérablement durci, avec des dispositifs qui présentent des similitudes troublantes avec le Schedule 7 britannique.

La loi « séparatisme » de 2021 a renforcé les pouvoirs de fichage des Renseignements généraux. Les poursuites pour « apologie du terrorisme » se sont multipliées sur les réseaux sociaux. Et la frontière entre solidarité politique et infraction pénale devient de plus en plus floue.

Les avocats de djihadistes déjà dans le collimateur de l'État

En France, des avocats spécialisés dans la défense de personnes mises en cause dans des affaires de terrorisme islamiste ont déjà été fichés ou poursuivis pour « apologie du terrorisme ». Certains ont vu leurs cabinets perquisitionnés, leurs téléphones saisis, leurs comptes bancaires gelés.

Le cas d'Ansari montre que le risque ne se limite pas aux avocats de djihadistes. Défendre une organisation politique proscrite expose désormais à des représailles étatiques. En France, la loi du 24 août 2021 renforçant le respect des principes de la République permet déjà de poursuivre des associations pour leurs liens présumés avec des groupes terroristes. Plusieurs associations pro-palestiniennes ont été accusées de financer le Hamas, comme nous l'expliquions dans notre article sur les associations françaises accusées de financer le terrorisme.

Fichage et contrôle au faciès politique : quand les RG s'invitent dans les cabinets

Les pratiques du renseignement intérieur français (fiches S, notes blanches) permettent déjà de surveiller des avocats sans contrôle judiciaire préalable. Les préfets peuvent interdire des conférences ou des rassemblements sur la base de notes des Renseignements généraux, sans que les motifs soient communiqués.

Le risque pour les avocats qui s'affichent publiquement sur la cause palestinienne est réel. Comme au Royaume-Uni, la simple acceptation d'un dossier peut suffire à déclencher un fichage. Et comme le montre l'affaire Ansari, ce fichage peut se transformer en inscription officielle comme « membre » d'une organisation terroriste.

Loi Yadan et apologie du terrorisme : la liberté d'expression en danger

La loi française permet de poursuivre de simples posts pro-palestiniens sur les réseaux sociaux pour « apologie du terrorisme ». La frontière entre solidarité politique et infraction pénale est devenue floue, comme l'illustre l'affaire de l'eurodéputée Rima Hassan, qui a été placée en garde à vue pour un tweet citant un ancien terroriste des années 1970. Nous avons détaillé cette affaire dans notre article sur Rima Hassan et le tweet sur Kozo Okamoto.

La loi Yadan permet également de poursuivre des avocats pour leurs déclarations publiques. Si un avocat français défendait la cause palestinienne avec trop d'enthousiasme, il pourrait être poursuivi pour « apologie du terrorisme » et voir sa carrière compromise.

Comment se protéger face aux abus ? Conseils pour les jeunes militants et curieux

L'affaire Ansari est un avertissement pour tous ceux qui s'intéressent aux causes politiques sensibles, et notamment à la cause palestinienne. Les lois antiterroristes, conçues pour protéger la sécurité nationale, peuvent être détournées pour punir l'exercice légitime de la liberté d'expression et de la défense juridique.

Que faire si vous êtes arrêté sous un régime antiterroriste ?

Si vous êtes arrêté sous un régime antiterroriste, vos droits sont limités mais pas inexistants. Vous avez le droit de demander un avocat, le droit au silence, et le droit de connaître les motifs de votre arrestation. Mais dans le cadre du Schedule 7 britannique, la police n'a pas besoin de soupçon pour vous contrôler, et vous n'avez pas le droit de connaître les raisons de la saisie de vos biens.

En France, les contrôles sous le régime de l'état d'urgence ou de la loi « séparatisme » présentent des similitudes. La police peut vous fouiller, saisir votre téléphone, et examiner son contenu sans mandat préalable dans certaines circonstances.

Notre conseil : refusez tout accès à votre téléphone sans avocat. Ne communiquez aucun mot de passe. Contactez immédiatement une association de défense des droits comme la Cimade, le Gisti ou la Ligue des droits de l'homme. Et surtout, ne cédez pas à la panique.

Pourquoi la cause palestinienne devient-elle un champ de mines juridique ?

Depuis les attaques du 7 octobre 2023, la répression des soutiens à la Palestine s'est nettement durcie en Europe. Au Royaume-Uni, l'affaire Ansari illustre cette tendance. En France, les poursuites pour « apologie du terrorisme » se multiplient, et les associations pro-palestiniennes sont régulièrement accusées de financer le Hamas.

Cette évolution est préoccupante pour la liberté d'expression et le droit de manifester pacifiquement. Comme le montre l'affaire Ansari, les lois antiterroristes peuvent être utilisées pour punir des actes parfaitement légitimes, comme la représentation juridique d'un groupe proscrit.

La vigilance collective est essentielle pour que ces lois ne deviennent pas des outils de censure. Soutenir les organisations de défense des libertés, s'informer sur ses droits, et ne pas céder à la peur sont les meilleures armes contre l'intimidation étatique.

L'affaire Ansari, un avertissement pour l'état de droit dans les démocraties

L'affaire Fahad Ansari n'est pas un cas isolé. Elle révèle une tendance profonde dans les démocraties occidentales : l'utilisation des lois antiterroristes pour punir l'exercice légitime du métier d'avocat. Si les avocats sont intimidés, c'est tout le système judiciaire qui est affaibli.

La défense des causes impopulaires est un pilier de l'état de droit. Sans elle, les droits de l'homme ne sont qu'une fiction juridique. L'affaire Ansari montre que les lois antiterroristes, conçues pour protéger la sécurité nationale, peuvent être détournées pour punir l'exercice légitime du métier d'avocat.

Une réforme de ces lois est urgente. Des garde-fous doivent être mis en place : obligation de motiver tout contrôle, respect de la confidentialité avocat-client, droit à l'information pour les personnes contrôlées. Sans ces garanties, les démocraties risquent de reproduire les erreurs du passé, en traitant les avocats comme des ennemis simplement parce qu'ils défendent des clients impopulaires.

Comme le rappelle Ansari : « Ce qui sape vraiment l'intégrité de la profession, c'est quand des clients impopulaires ne peuvent pas obtenir de représentation juridique par peur de l'opprobre public et de l'intimidation étatique. » Ce constat vaut pour le Royaume-Uni, pour la France, et pour toutes les démocraties qui prétendent défendre l'état de droit.

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Questions fréquentes

Pourquoi Scotland Yard a-t-il inscrit un avocat comme membre du Hamas ?

Scotland Yard a inscrit Fahad Ansari, un avocat britannique, comme « membre du Hamas » sur un formulaire d'évaluation des risques après l'avoir arrêté au port de Holyhead en août 2025. L'avocat conteste cette inscription comme fausse et diffamatoire, affirmant que sa seule association avec le Hamas était sa mission d'avocat dans une procédure de déproscription. L'inspecteur-détective a reconnu que le contenu du formulaire n'était « pas exact ».

Qu'est-ce que le Schedule 7 du Terrorism Act 2000 ?

Le Schedule 7 est un pouvoir antiterroriste britannique qui permet à la police d'arrêter, fouiller et saisir les biens de tout passager dans un port ou un aéroport, sans aucun soupçon préalable d'activité terroriste. Aucune raison ni justification n'est requise pour exercer ce contrôle. En mars 2026, la Haute Cour de Londres a refusé d'obliger la police à divulguer les motifs de la saisie du téléphone d'Ansari sous ce régime.

Que reproche l'ONU au Royaume-Uni dans l'affaire Ansari ?

Cinq rapporteurs spéciaux de l'ONU ont saisi le gouvernement britannique en février 2026, dénonçant « le harcèlement, l'intimidation et l'usage abusif des pouvoirs antiterroristes » contre Fahad Ansari. Ils affirment que ces actes ont été commis en apparente représailles pour l'exercice légitime de ses fonctions professionnelles d'avocat. Les experts ont également exprimé de sérieuses inquiétudes concernant l'indépendance de la profession juridique et la confidentialité des communications avocat-client.

La police a-t-elle tenté d'accéder au téléphone de la fille de l'avocat ?

Oui, les policiers ont tenté d'accéder au téléphone de la fille de 14 ans de Fahad Ansari via une application de contrôle parental liée au téléphone professionnel saisi. Cet acte, confirmé par les rapporteurs spéciaux de l'ONU, a été dénoncé comme une violation grave des droits de l'enfant et du droit à la vie privée. L'adolescente a été « terrorisée par cette expérience », selon son père.

Sources

  1. [PDF] Agir contre le racisme, l'antisémitisme et les discriminations liées à l ... · eduscol.education.gouv.fr
  2. 3rblaw.com · 3rblaw.com
  3. ohchr.org · ohchr.org
  4. theguardian.com · theguardian.com
  5. theguardian.com · theguardian.com
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Sarah Lebot @world-watcher

Journaliste en herbe, je synthétise l'actu mondiale pour ceux qui n'ont pas le temps de tout suivre. Étudiante en journalisme à Sciences Po Lille, je contextualise les événements sans prendre parti. Mon objectif : rendre l'info accessible et compréhensible, surtout pour ma génération. Pas de jargon, pas de sensationnalisme – juste les faits et leur contexte. Parce que comprendre le monde, c'est le premier pas pour le changer.

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