Le 24 avril 2026, l'Office japonais des brevets (JPO) a rejeté la demande de brevet divisionnaire de Nintendo (n° 2026-019762). Cette tentative, taillée sur mesure pour bloquer la version mobile de Palworld, visait à verrouiller juridiquement la mécanique de capture de créatures sur écran tactile. L'examinateur a qualifié cette mécanique de « simple ensemble de règles générales » dénué d'innovation technologique. Sans cette décision, Krafton et PUBG Studios auraient dû revoir en profondeur l'interface de Palworld Mobile, voire renoncer à son lancement. Voici pourquoi ce rebondissement change radicalement la donne.

24 avril 2026 : le jour où Palworld Mobile a échappé au piège de Nintendo
Tout s'est joué dans les bureaux de l'Office japonais des brevets, loin des projecteurs du Tokyo Game Show. Nintendo avait déposé ce brevet divisionnaire en février 2026, visiblement dans l'urgence, pour verrouiller juridiquement la mécanique de capture de créatures via un écran tactile. La cible était claire : Palworld Mobile, dont l'alpha test fermé venait de se terminer au Japon et en Corée du Sud.
L'examinateur du JPO étrille le brevet 2026-019762 : « rien d'innovant »
La décision du JPO est cinglante. Dans son rapport, l'examinateur écrit noir sur blanc : « The above is simply a general monster-catching rule set. There is nothing technologically innovative about it. » Traduction : attraper un monstre en glissant son doigt sur un écran, ce n'est pas une invention, c'est juste une mécanique de jeu vidéo banale adaptée au tactile. Cette information provient directement du rapport du JPO relayé par Eurogamer.

Ce qui rend cette décision particulièrement savoureuse, c'est que Nintendo avait déjà essuyé un revers similaire aux États-Unis avec l'USPTO. Mais au Japon, le coup est plus rude encore. Le JPO a non seulement rejeté la demande, mais il a listé les œuvres antérieures qui rendaient cette prétendue « invention » évidente : ARK: Survival Evolved, Monster Hunter 4, Kantai Collection, Pokémon GO, et même Craftopia, le propre jeu de Pocketpair. L'ironie est totale : Nintendo a tenté de breveter une mécanique que ses propres licences et celles de ses concurrents utilisaient depuis des années.
Sur les forums Reddit, les réactions ont été immédiates. Un fil sur le subreddit r/Games relayait la nouvelle avec une citation du rapport du JPO, générant des centaines de commentaires moqueurs envers Nintendo. Les mèmes comparant l'examinateur du JPO à un héros ayant sauvé Palworld Mobile ont fleuri. Mais au-delà de l'ambiance festive, les implications sont concrètes.
G-STAR 2025, Krafton et PUBG Studios : le projet mobile déjà bien avancé
Pendant que Nintendo bataillait devant les offices de brevets, le développement de Palworld Mobile suivait son cours. Annoncé officiellement au G-STAR 2025 à Busan en novembre 2025, le projet est confié à PUBG Studios, le sous-éditeur de Krafton qui a déjà fait ses preuves avec PUBG Mobile. Le choix n'est pas anodin : Krafton sait comment adapter un jeu PC exigeant au format mobile sans en trahir l'essence. IGN France a détaillé l'annonce et les premières informations sur le projet.
Un alpha test fermé a eu lieu en décembre 2025 au Japon et en Corée du Sud. Les retours des testeurs, publiés sur le site officiel palworldm.com, étaient encourageants : le gameplay de capture et de construction tenait la route sur smartphone, avec des commandes tactiles bien pensées. Mais l'ombre du brevet divisionnaire planait. Si Nintendo avait obtenu gain de cause, Pocketpair et Krafton auraient dû modifier l'interface de capture, voire supprimer la mécanique de lancer de Pal Sphere, ce qui aurait vidé le jeu de son identité.
Le timing est frappant : l'alpha test s'est achevé fin décembre 2025, et le rejet du brevet est tombé en avril 2026. Entre les deux, Pocketpair a retenu son souffle. Aujourd'hui, le chemin est libre pour une sortie prévue en 2026, sans avoir à rogner sur les fonctionnalités qui ont fait le succès du jeu original.
L'épée de Damoclès des brevets « monster catch » au-dessus de Palworld
Pour mesurer l'ampleur de la délivrance qu'a représentée le rejet du brevet divisionnaire, il faut revenir en arrière. Entre 2024 et début 2026, Nintendo avait déployé un arsenal juridique impressionnant pour étouffer Pocketpair. La menace était réelle, et elle pesait lourd sur l'avenir de Palworld, en particulier sur sa version mobile.
JP7505852, JP7545191 et le brevet d'invocation : l'arsenal juridique Nintendo
Nintendo n'a pas lésiné sur les moyens. La firme de Kyoto a mobilisé plusieurs brevets japonais, notamment le JP7505852 et le JP7545191, qui couvrent des mécaniques de capture et d'invocation de créatures. À ces brevets japonais s'ajoutait le brevet américain sur l'invocation, obtenu en septembre 2025 puis révoqué par l'USPTO en mars 2026. Comme le détaille notre analyse de la révocation du brevet d'invocation, le directeur de l'USPTO John A. Squires a personnellement ordonné une réévaluation, un événement exceptionnel qui n'était pas arrivé depuis 2012.

La stratégie de Nintendo était claire : submerger Pocketpair sous une avalanche de procédures, dans différents pays, pour épuiser ses ressources financières et juridiques. Chaque brevet était une épée de Damoclès supplémentaire. Le brevet divisionnaire de 2026, spécifiquement axé sur les écrans tactiles, était la pièce maîtresse du dispositif anti-mobile. Gamekult a suivi cette affaire de près, détaillant les allers-retours juridiques entre les deux parties.
Le spectre d'une interdiction de capture qui planait sur Pocketpair
Si Nintendo avait gagné sur l'un de ces fronts, les conséquences pour Pocketpair auraient été catastrophiques. Le studio aurait dû modifier ou retirer les mécaniques de capture et d'invocation de ses Pals. Or, ces mécaniques sont le cœur du jeu : sans elles, Palworld n'est plus qu'un survival craft générique. Une refonte de cette ampleur aurait nécessité des mois de travail, des ressources énormes, et aurait probablement signé l'arrêt de mort de la version mobile avant même son lancement.
Sur les forums français, la spéculation allait bon train. Des joueurs craignaient un « game over » pour Pocketpair, comparant la situation à celle de petits studios écrasés par des géants. D'autres, plus optimistes, rappelaient que Nintendo n'avait jamais attaqué les mods Pokémon ou les jeux amateurs. Mais cette fois, c'était différent : Palworld était un succès commercial colossal, avec 32 millions de joueurs en un an. Nintendo ne pouvait pas laisser passer ça.
ARK, Craftopia, Monster Hunter, Pokémon GO : les vieux jeux qui ont fait tomber Nintendo
Le cœur de l'argumentation juridique qui a sauvé Palworld Mobile repose sur un concept simple : l'antériorité technique. Pour qu'un brevet soit valide, l'invention qu'il décrit doit être nouvelle et non évidente pour un expert du domaine. Or, les examinateurs du JPO et de l'USPTO ont conclu que les mécaniques de capture et d'invocation de créatures étaient déjà largement documentées dans l'industrie du jeu vidéo.
ARK, Monster Hunter 4, Kantai Collection, Craftopia : la liste qui tue
Le JPO a cité plusieurs jeux comme preuves d'antériorité. ARK: Survival Evolved arrive en tête : dans ce jeu, on peut capturer des dinosaures avec des tranquillisants et les utiliser ensuite pour combattre ou se déplacer. Monster Hunter 4 permet de monter et contrôler des monstres. Kantai Collection, un jeu de collection de navires, utilise aussi des mécaniques de capture et d'invocation. Mais le plus ironique, c'est la présence de Craftopia, le propre jeu de Pocketpair sorti en 2021, et de Pokémon GO, la licence phare de Nintendo.

L'examinateur a estimé que la combinaison de ces antériorités rendait la demande de brevet évidente pour « manque d'étape inventive ». En clair : n'importe quel développeur de jeux vidéo, en regardant ARK et Pokémon GO, aurait eu l'idée d'adapter la capture de monstres aux écrans tactiles. Ce n'est pas une invention, c'est une évolution logique. GamesFray a été le premier à révéler cette liste de jeux cités par le JPO, un travail d'investigation salué par la communauté.
Cette liste est aussi une victoire symbolique pour la communauté des joueurs. Beaucoup dénonçaient depuis des années les dérives des brevets logiciels dans le jeu vidéo, qui permettent à des géants comme Nintendo de verrouiller des mécaniques de gameplay génériques. Le JPO a donné raison à cette critique.
Brevet Yabe (Konami, 2002) : la preuve qu'invoquer un monstre n'est pas nouveau
Aux États-Unis, l'USPTO a suivi une logique similaire. L'examinateur Squires a rejeté les 26 revendications du brevet d'invocation en s'appuyant sur quatre brevets antérieurs. Le plus ancien est le brevet Yabe, déposé par Konami en 2002, qui décrit déjà un personnage secondaire combattant aux côtés du joueur, automatiquement ou sous contrôle manuel.
Viennent ensuite le brevet Taura (Nintendo, 2020), le brevet Motokura (Nintendo, 2022) et le brevet Shimomoto (Bandai Namco, 2020). Nintendo s'est donc tiré une balle dans le pied : ses propres brevets antérieurs, combinés à ceux de ses concurrents, suffisent à invalider le brevet qu'il tentait d'utiliser contre Palworld. La boucle est bouclée. Generation NT a résumé cette situation paradoxale : Nintendo, en voulant protéger ses mécaniques, a involontairement fourni les preuves de leur banalité.
Comme le rappelle notre analyse de la matrice du plagiat gaming, les mécaniques de jeu vidéo sont rarement totalement originales. Elles s'inspirent, se combinent, évoluent. Breveter une idée aussi large que « lancer une sphère pour capturer un monstre » revient à breveter le principe même du jeu de collection, ce que les offices de brevets ont refusé.
Palworld Mobile par PUBG Studios : un projet sauvé in extremis par la justice japonaise
Le lien entre les décisions des offices de brevets et l'avenir de Palworld Mobile est direct. Sans le rejet du brevet divisionnaire, le projet de Krafton aurait été gravement compromis. Aujourd'hui, les développeurs de PUBG Studios peuvent travailler sereinement.
Alpha tests au Japon et en Corée : comment Palworld Mobile a avancé discrètement
L'alpha test fermé de décembre 2025 a permis de valider plusieurs aspects techniques : la fluidité du gameplay sur smartphone, l'adaptation des commandes tactiles pour la capture et la construction, et la stabilité des serveurs. Les testeurs ont salué la qualité de l'adaptation, reconnaissant le travail de PUBG Studios qui a su transposer l'expérience PC sans la dénaturer.

Le site officiel palworldm.com est en ligne depuis l'annonce au G-STAR 2025. On y trouve des captures d'écran et une FAQ. La page précise que le jeu sera free-to-play, avec des achats intégrés cosmétiques, un modèle économique qui a fait ses preuves sur mobile. Krafton connaît la musique : PUBG Mobile a généré des milliards de dollars avec ce système.
Pourquoi le brevet divisionnaire visait spécifiquement les écrans tactiles
Le brevet divisionnaire n° 2026-019762 était une tentative de Nintendo de verrouiller le marché mobile. En déposant ce brevet après les autres, Nintendo espérait couvrir spécifiquement l'adaptation tactile de la mécanique de capture. Si le brevet avait été accepté, toute version mobile de Palworld aurait dû modifier son interface pour ne pas enfreindre la loi.
Le JPO a estimé que l'ajout du support tactile ne rendait pas la mécanique de capture brevetable. L'examinateur a considéré que l'adaptation d'une mécanique existante à un nouveau support (l'écran tactile) ne constitue pas une innovation suffisante pour justifier un brevet. Cette décision libère Pocketpair et Krafton de la peur de devoir modifier l'interface mobile, et leur permet de lancer le jeu tel qu'il a été conçu.
Nintendo va-t-il abandonner ou contre-attaquer sur le marché mobile ?
Malgré ces revers, il serait imprudent de déclarer la guerre juridique terminée. Nintendo dispose encore de recours, et le procès principal au Japon se poursuit. Pocketpair n'est pas encore sorti d'affaire, mais l'équilibre des forces a changé.
USPTO rejette les 26 revendications : Nintendo pris à son propre piège
La décision de l'USPTO est un camouflet pour Nintendo. L'examinateur Squires a invalidé l'intégralité des 26 revendications du brevet d'invocation, en s'appuyant sur les brevets antérieurs de Konami, Bandai Namco et Nintendo lui-même. C'est une arme en moins dans l'arsenal de Nintendo, et pas des moindres.

Nintendo dispose de deux mois pour répondre à cette décision. La firme peut demander un délai supplémentaire, tenter de faire valider une revendication plus étroite, ou faire appel devant la Cour d'appel fédérale américaine. Mais le précédent est mauvais : l'USPTO a clairement indiqué que le brevet était trop large et que les mécaniques décrites n'étaient pas nouvelles. Gamekult précise que même si une seule revendication était validée, Nintendo pourrait engager des poursuites supplémentaires, mais la marge de manœuvre se réduit.
Procès principal au Japon : Pocketpair n'est pas encore sorti d'affaire
Le procès au Japon se poursuit devant le Tribunal de district de Tokyo. Il porte sur d'autres brevets de capture, notamment les JP7505852 et JP7545191. Cependant, le fait que les brevets les plus larges (notamment le viseur mobile et le brevet d'invocation) soient invalidés affaiblit considérablement la position de Nintendo dans les négociations.
Pour la communauté française qui suit ce drama, Pocketpair a pris un avantage décisif. Les décisions du JPO et de l'USPTO créent une jurisprudence qui pourrait influencer les juges japonais. Nintendo, qui espérait étouffer Pocketpair sous une avalanche de procédures, se retrouve désormais en position de faiblesse. La firme de Kyoto pourrait chercher un accord à l'amiable, plutôt que de risquer de nouveaux revers.
32 millions de joueurs et un PEGI 12 : pourquoi Palworld Mobile a tout pour cartonner
Au-delà des aspects juridiques, le potentiel commercial de Palworld Mobile est immense. Le jeu original a déjà séduit 32 millions de joueurs, et la version mobile pourrait toucher un public encore plus large.
32 millions de joueurs sur PC et console : un public captif pour le mobile
Selon IGN France, Palworld a dépassé les 32 millions de joueurs toutes plateformes confondues depuis son lancement en early access en janvier 2024. Le jeu est disponible sur Steam (29,99 €), Xbox One, Xbox Series (Game Pass) et PlayStation 5. Cette base de joueurs est un réservoir énorme pour la version mobile.

L'audience de Palworld est fidèle et engagée. Le jeu a généré des centaines de milliers de vidéos sur YouTube et Twitch, et sa communauté est active sur Reddit et Discord. Beaucoup de ces joueurs n'ont pas de PC ou de console puissante, et attendent avec impatience une version mobile. Krafton le sait : le succès de PUBG Mobile, qui a largement dépassé celui de la version PC, montre que le mobile peut décupler l'audience d'un jeu.
PEGI 12 et Game Pass : les ingrédients d'un carton sur mobile selon la commu
Palworld est classé PEGI 12 pour violence modérée et langage grossier léger. Cette classification le place dans une case convoitée : plus adulte que Pokémon (PEGI 3 ou 7), mais accessible aux adolescents. C'est exactement le public qui a fait le succès de jeux comme Fortnite ou Genshin Impact.
La communauté gaming française, notamment les viewers de streameurs comme Kameto ou les membres de l'association Solary, apprécie le côté « survival/craft » brut de Palworld. Contrairement à Pokémon, qui reste un jeu pour enfants, Palworld assume une violence cartoon et des thèmes plus adultes. Cette identité forte pourrait séduire sur mobile, où les jeux de collection de créatures manquent cruellement d'options pour un public plus âgé.
Conclusion : le paradoxe d'un échec qui ouvre un boulevard
Le paradoxe est savoureux. Nintendo, en voulant bloquer la concurrence par des brevets trop larges et agressifs, a involontairement créé une jurisprudence qui libère Palworld Mobile. Le rejet des brevets par le JPO et l'USPTO n'est pas la fin de la guerre juridique, mais il lève définitivement l'épée de Damoclès qui pesait sur la version mobile de Krafton.
Nintendo, en tentant de breveter une mécanique jugée générique par les examinateurs, a involontairement validé l'antériorité technique de Palworld. Le jeu mobile de Krafton peut désormais capitaliser sur 32 millions de joueurs sans craindre une interdiction de capture, marquant un tournant décisif pour l'avenir de la franchise sur smartphone.
Palworld Mobile peut désormais arriver sereinement sur le marché, fort d'une actualité judiciaire favorable et d'une communauté impatiente. Si Krafton parvient à livrer une expérience de qualité, comparable à ce que PUBG Studios a fait pour PUBG Mobile, on tient sans doute l'un des plus gros lancements mobiles de 2026. Et tout ça, grâce à un examinateur du JPO qui a eu le courage de dire qu'attraper un monstre avec son doigt, ce n'est pas une invention. Parfois, la justice a du bon.