Depuis le 11 août 2026, le paysage des appels indésirables a radicalement changé. Bloctel, ce bouclier historique contre les démarchages téléphoniques, a disparu pour laisser place à un régime plus strict : l'interdiction du démarchage non sollicité dans tous les secteurs, sauf consentement préalable clair. Mais derrière cette évolution législative se cache une réalité plus inquiétante - les arnaques par manipulation, elles, continuent leur progression fulgurante.

Les nouvelles règles du démarchage téléphonique
La loi du 30 juin 2025 contre toutes fraudes aux aides publiques a transformé le fonctionnement du démarchage. Désormais, tout appel commercial non sollicité est interdit, quel que soit le secteur d'activité. Le professionnel doit pouvoir justifier d'un consentement explicite, libre, spécifique, éclairé, univoque et révocable du consommateur, dont la validité ne peut excéder un an. Ce consentement doit être conservé sous forme documentée pendant trois ans.
Le démarchage n'est autorisé que du lundi au vendredi, entre 10 heures et 13 heures, puis de 14 heures à 20 heures. Il est strictement interdit le samedi, le dimanche et les jours fériés. En outre, un même professionnel ne peut démarcher plus de quatre fois un consommateur sur une période de trente jours.
Certains secteurs restent cependant totalement interdits, même avec consentement : économies d'énergie, rénovation énergétique, adaptation du logement au vieillissement ou au handicap, et tout démarchage lié au CPF.
Reconnaître un appel frauduleux ou illégal
Un vrai conseiller bancaire ne vous demandera jamais de valider une opération pour "sécuriser" votre argent. En cas de doute, raccrochez et rappelez votre banque vous-même via ses canaux habituels. Méfiez-vous également des appels qui raccrochent immédiatement après votre réponse - ce "ping call" vise à vous faire rappeler un numéro surtaxé. Jamais un organisme légitime ne vous demandera de rappeler un numéro inconnu, surtout s'il est surtaxé ou étranger.
Signaler et bloquer les numéros indésirables
Pour signaler un appel abusif, plusieurs outils officiels existent :

- SignalConso : plateforme dédiée pour déposer une réclamation.
- 33 700 : numéro officiel pour signaler les spams vocaux et SMS. Les signalements sont transmis quotidiennement aux opérateurs télécoms.
- CNIL : pour les violations du RGPD liées à l'usage des données personnelles.
- signal-spam.fr : pour les courriels frauduleux.
Pour identifier un numéro inconnu, des annuaires inversés comme infosva.org (pour les numéros spéciaux en 08 ou courts) ou 118712.fr (pour les autres) peuvent aider à vérifier l'identité de l'appelant.
Les sanctions contre les arnaqueurs
Les professionnels délinquants s'exposent à des amendes allant jusqu'à 75 000 € pour une personne physique et 375 000 € pour une personne morale, par appel. En cas d'abus de faiblesse, les peines peuvent atteindre 5 ans d'emprisonnement et 500 000 € d'amende. Les contrats conclus en violation des règles sont automatiquement nuls.
Les chiffres de la fraude par manipulation
Selon l'Observatoire de la sécurité des moyens de paiement (OSMP) de la Banque de France, les escroqueries par manipulation - incluant les faux conseillers bancaires et SMS frauduleux - ont atteint 516 millions d'euros en 2025, en hausse de 34 % en un an. Elles représentent désormais plus de 40 % de l'ensemble de la fraude aux moyens de paiement.

La fraude globale aux moyens de paiement a atteint 1,24 milliard d'euros en 2025, avec une progression de 3,8 %. Pourtant, le nombre de transactions frauduleuses a baissé de 8 % : les fraudeurs misent sur des montants plus élevés et moins d'opérations.
Vers un numéro court anti-fraude national ?
La Banque de France travaille à la création d'un numéro court unique, inspiré du 159 britannique, permettant de contacter directement sa banque après une tentative de fraude. Ce projet, encore en phase d'étude de faisabilité, pourrait simplifier la réponse rapide des victimes.
Conclusion : agissez vite, restez vigilant
La fin de Bloctel marque une avancée réglementaire, mais pas une fin à la fraude. Les outils de signalement, les règles de consentement et les sanctions existantes offrent une meilleure protection, mais la vigilance reste la meilleure défense. Raccrochez, vérifiez, signalez.