Le vol technologique : des pays pauvres qui dépassent les États-Unis en solaire
Un tiers des 74 pays du Climate Vulnerable Forum (CVF) dépasse déjà les États-Unis en part du solaire dans leur production d'électricité. Un rapport du think tank Ember publié en avril 2026 qualifie cette progression de « fulgurante ».
Des chiffres qui donnent le tournis
La Namibie a fait passer le solaire de 6 % à 35 % de son électricité entre 2017 et 2024. Le Maroc a doublé la part de l'éolien depuis 2018. L'Éthiopie compte au moins 6 % de véhicules électriques dans son parc, contre moins de 1 % il y a deux ans. Le Vietnam a immatriculé 250 000 deux-roues électriques en 2024.

Ces États montrent que les renouvelables ne sont plus l'apanage des pays riches. Les États-Unis, avec environ 7 % de solaire, restent derrière nombre d'entre eux. Ce retard contraste avec le passif climatique américain : Les États-Unis ont causé 10 000 milliards de dollars de dommages climatiques depuis 1990, selon une étude.
Vu d'une étudiante en sciences sociales, la leçon est directe : ces pays ne choisissent pas le solaire par idéologie, ils suivent un calcul économique.
L'effondrement des coûts : la clé du succès
Le moteur est économique. Selon Ember, les coûts des technologies électriques (solaire, batteries, stockage) ont chuté de 30 à 95 % sur la dernière décennie. L'agence IRENA confirme cette tendance dans son rapport de juillet 2026 : le solaire photovoltaïque a perdu 87 % de son coût d'installation depuis 2010, et les batteries 93 %. En 2025, plus de 90 % des capacités renouvelables ajoutées étaient moins chères que le fossile. L'investissement initial dans le solaire est donc inférieur à celui du fossile.
Cette baisse permet aux pays à faible revenu de sauter l'étape des centrales thermiques coûteuses. Le choc pétrolier d'avril 2026, lié aux frappes sur l'Iran, a renchéri le baril et renforcé l'intérêt pour un bouclier électrique contre la volatilité des prix.

Au-delà de la technologie : les obstacles financiers et la justice climatique
Les panneaux sont abordables, mais le crédit ne l'est pas. La transition bute sur le financement.
La facture des importations fossiles : un fardeau évitable
Les importateurs du CVF ont dépensé environ 155 milliards de dollars en importations nettes de combustibles fossiles en 2024. Cette facture pèse sur les finances publiques et les réserves de change. Dans 19 de ces pays, ces importations représentent plus de 50 % du déficit commercial (79 % au Maroc, 67 % au Pakistan, 59 % au Bangladesh).
Des coûts de financement qui freinent le passage à l'échelle
Emprunter coûte cher pour ces économies. Les coûts de financement y sont environ le double de ceux de l'Inde ou du Royaume-Uni. La prime vient des risques pays : volatilité des changes, incertitude politique. La technologie n'est plus l'obstacle, le crédit l'est.
Alors que des investisseurs réduisent leur exposition aux renouvelables américaines, comme le montre TotalEnergies abandonne 4 GW d'éolien aux États-Unis pour un accord gazier d'un milliard, les pays vulnérables luttent pour obtenir des prêts au même taux.
Le compact V2V : une lueur d'espoir pour un financement abordable
Le compact Vulnerability to Viability (V2V) a été lancé le 23 juin 2026 à Vienne, lors du forum de l'OPEC Fund. Il réunit plus de 15 institutions financières de développement (Banque africaine de développement, Banque asiatique de développement, Banque mondiale, etc.). Il vise à fournir un capital plus abordable et des remboursements plus longs aux 74 économies vulnérables. Le communiqué PRNewswire du même jour corrobore cet engagement.
Ce compact ouvre une perspective de financement plus juste pour ces économies, freinées jusqu'ici par des coûts de dette doublés.
Pour la France, ces dynamiques questionnent notre propre politique énergétique : alors que des entreprises françaises comme TotalEnergies restent attirées par le gaz, le saut électrotech des pays vulnérables rappelle que la baisse des coûts et un financement solidaire sont les vrais leviers. Soutenir des mécanismes comme le V2V et accélérer notre transition renouvelable seraient des leçons de justice climatique pour nous aussi.