À gauche d’une composition en deux volets, un étudiant de prépa travaille devant une copie de concours dans une salle de classe, un porte-diplôme vide à côté de lui ; à droite, un diplômé de BUT en toge tient son diplôme devant une horloge et un petit schéma à trois jetons, dont deux mènent vers l’université et un vers le travail. Aucun texte n’est visible.
Éducation

Prépa ou BUT : pourquoi les chiffres d'insertion ne sont pas comparables

Le 76 % de la Conférence des grandes écoles et le 69,2 % du SIES (service statistique du ministère de l'Enseignement supérieur) ne mesurent ni la même population, ni le même indicateur, ni le même horizon : le premier porte sur des diplômés d'écoles membres à moins de six mois, le second sur l'emploi salarié en France des seuls sortants de BUT à douze mois, soit 37,6 % de la promotion 2024. La prépa ne délivre aucun diplôme, donc elle n'a pas de taux d'insertion propre.

As-tu aimé cet article ?

Chaque année, deux séries de chiffres atterrissent dans les mêmes conversations d'orientation. D'un côté, l'enquête de la Conférence des grandes écoles (CGE) : 76 % des jeunes diplômés sont en poste moins de six mois après leur sortie, selon sa 34e édition présentée le 11 juin 2026. De l'autre, la note du service statistique du ministère de l'Enseignement supérieur (SIES) : 69,2 % d'emploi salarié un an après l'obtention d'un BUT. La conclusion semble couler de source. Elle est pourtant fausse, pour une raison simple : ces deux nombres ne mesurent ni la même population, ni la même chose, ni au même moment.

À gauche d’une composition en deux volets, un étudiant de prépa travaille devant une copie de concours dans une salle de classe, un porte-diplôme vide à côté de lui ; à droite, un diplômé de BUT en toge tient son diplôme devant une horloge et un petit schéma à trois jetons, dont deux mènent vers l’université et un vers le travail. Aucun texte n’est visible.
À gauche d’une composition en deux volets, un étudiant de prépa travaille devant une copie de concours dans une salle de classe, un porte-diplôme vide à côté de lui ; à droite, un diplômé de BUT en toge tient son diplôme devant une horloge et un petit schéma à trois jetons, dont deux mènent vers l’université et un vers le travail. Aucun texte n’est visible.

La prépa ne délivre pas de diplôme, donc elle n'a pas de taux d'insertion

Une classe préparatoire dure deux ans, ne délivre aucun diplôme et sert de filtre vers des écoles via des concours. Il n'existe donc pas, et il ne peut pas exister, de "taux d'insertion de la prépa" : personne ne sort de prépa avec un titre à faire valoir sur le marché du travail. Les 87 100 étudiants recensés à la rentrée 2025 par le SIES sont, statistiquement, des candidats en cours de parcours, pas des sortants.

Le chiffre que l'on présente comme celui de "la prépa" est en réalité celui des diplômés des grandes écoles. Et il ne couvre même pas exactement ce public : l'enquête de la CGE porte sur les écoles membres de l'association et sur l'ensemble de leurs diplômés - y compris ceux entrés par admissions parallèles, par apprentissage ou après une licence, qui n'ont jamais mis les pieds en prépa. Elle inclut aussi les écoles d'art, d'architecture ou de journalisme, regroupées dans la catégorie "autres spécialités" (72,2 % d'insertion à six mois, contre 77,5 % pour les ingénieurs et 74,5 % pour les managers).

Le mode de collecte achève de brouiller la comparaison. La CGE produit une enquête déclarative, à six mois, qui compte les diplômés "en poste". Le SIES, lui, croise des fichiers administratifs et mesure l'emploi salarié en France à douze mois. Un indépendant, un expatrié ou un doctorant salarié ne relèvent pas nécessairement du même décompte de part et d'autre.

Le 76 % de la CGE Le 69,2 % du SIES
Qui est compté Les diplômés des écoles membres, toutes voies d'accès confondues Les diplômés 2024 de BUT sortis de l'enseignement supérieur, soit 37,6 % de la promotion
Horizon Moins de 6 mois après le diplôme 12 mois après le diplôme
Indicateur Part des diplômés "en poste" Emploi salarié en France
Données Enquête déclarative Fichiers administratifs

Le 69,2 % du BUT ne concerne qu'un peu plus d'un sortant sur trois

La première promotion du Bachelor universitaire de technologie a été diplômée en 2024 : 34 500 étudiants français de moins de 30 ans. Or 62,4 % d'entre eux ont poursuivi leurs études en France l'année suivante. Le fameux 69,2 % ne décrit donc que les 37,6 % restants, ceux qui sont sortis de l'enseignement supérieur. C'est un indicateur de sortants, pas un indicateur de diplômés. Pour les deux tiers qui continuent leurs études, il ne dit rigoureusement rien.

Le ministère lui-même le rappelle : ce taux d'emploi "ne mesure pas la qualité de l'emploi". Nuance de taille quand on sait ce qu'il recouvre : 53,2 % de CDI, 30,5 % de CDD (dont 8,6 points de droit public), 11,0 % d'intérim et 2,0 % de service civique.

La comparaison avec l'ancien DUT, souvent brandie pour conclure à une dégradation, illustre le même piège. Le SIES rappelle que les 8 % de diplômés de DUT qui ne poursuivaient pas affichaient un taux d'emploi salarié en France d'environ 80 %... mais dix-huit mois après le diplôme, sur une cohorte différente et un vivier de sortants très minoritaire, donc très sélectionné. Trois paramètres changent en même temps : impossible d'en tirer un verdict.

Un taux moyen qui cache des écarts allant jusqu'à 38 points

C'est peut-être l'enseignement le plus utile de la note du SIES : la dispersion interne au BUT dépasse l'écart que l'on commente entre les deux voies. Les sortants de chimie sont à 84,7 % en emploi, ceux de génie industriel et maintenance à 83,2 %, ceux de génie civil à 80,4 %. À l'autre bout, les sortants des métiers du multimédia et de l'internet tombent à 47,9 %, ceux de la statistique et informatique décisionnelle à 46,6 % - une spécialité dont 81,8 % des diplômés poursuivent de toute façon leurs études, ce qui limite fortement la portée du taux.

Autrement dit, choisir "un BUT" ne veut pas dire grand-chose. Choisir une spécialité, si. Le secteur pèse aussi : 78,7 % d'emploi dans les spécialités de production contre 62,6 % dans les services.

Le genre brouille encore la lecture. Les femmes affichent un taux d'emploi légèrement supérieur (69,6 % contre 68,9 %), mais, parmi les diplômés en emploi, elles sont bien moins souvent en CDI : 45,7 % contre 58,4 % pour les hommes, et 37,3 % en CDD contre 25,7 %. Un taux global proche peut recouvrir deux marchés du travail distincts.

Un dernier facteur tire le taux vers le haut : 62,7 % des effectifs de BUT passent par l'apprentissage, et les sortants apprentis s'insèrent mieux (71,9 %) que ceux de la voie classique (65,1 %). Le contrat d'apprentissage est souvent une pré-embauche : le jeune ne rencontre pas le marché du travail au moment du diplôme, il est déjà dans l'entreprise.

Les deux publics ne se ressemblent pas

La moitié des étudiants de CPGE sont enfants de cadres ou de professions intellectuelles supérieures, contre 17 % dans la population des 25-54 ans. Les enfants d'employés représentent 10 % des effectifs, ceux d'ouvriers 6 %. En filière scientifique, 91 % des entrants sont bacheliers généraux ; les bacheliers professionnels sont sous la barre des 1 %. La prépa est presque gratuite dans le public (droits d'inscription d'environ 170 € par an, 84,7 % des effectifs dans le public), ce qui ne l'empêche pas d'être socialement très sélective : la sélection se joue en amont, sur dossier, dans un système où le capital scolaire et les codes familiaux pèsent.

Comparer le salaire d'un ancien de prépa-grande école à celui d'un sortant de BUT, c'est donc comparer deux sélections, pas deux pédagogies.

La réciproque manque, en revanche : la note du SIES sur le BUT ne permet pas de rapporter les taux d'emploi à l'origine sociale des diplômés. On ne peut donc pas dire "à profil égal, voici l'écart". C'est un angle mort réel, et il devrait interdire les conclusions tranchantes dans les deux sens.

Le coût d'opportunité, absent de tous les tableaux

Les enquêtes d'insertion ne comptent pas le coût des années passées à étudier. Or ce coût n'est pas le même dans les deux parcours.

Un BUT, c'est trois ans, et 62,7 % des effectifs passent par l'apprentissage, donc par une voie rémunérée. Une prépa, c'est deux ans sans diplôme et sans revenu d'activité, souvent suivis de trois années d'école dont le coût varie énormément selon le statut - gratuites ou presque pour les écoles publiques d'ingénieurs, très coûteuses pour les business schools privées. Le site Cours Masson, qui accompagne des familles dans ces choix, estime un bachelor privé à 10 000 à 15 000 € par an contre un parcours prépa publique + programme grande école entre 30 000 et 40 000 € au total. Des ordres de grandeur avancés par un acteur commercial, à prendre avec prudence ; la structure du risque, elle, est réelle.

Et le risque principal reste mal documenté : on connaît mal ce que deviennent les étudiants de prépa qui n'intègrent pas l'école visée. Ils redoublent, bifurquent vers une autre école, rejoignent la fac en troisième année - mais les enquêtes d'insertion ne les isolent pas comme catégorie. Le taux de réussite aux concours les plus sélectifs en donne la mesure : environ 7 % d'admission à HEC par la voie prépa, selon les chiffres avancés par Cours Masson. Le diplôme d'école reste, en France, un pari dont on publie les gagnants et rarement les perdants.

Ce qu'on peut vraiment comparer

À défaut de comparer les deux parcours, on peut situer leurs débouchés par rapport à la moyenne nationale. L'Insee donne un repère : parmi les jeunes salariés sortis depuis un à quatre ans de formation initiale, le salaire net médian mensuel s'établit à 1 600 € tous temps de travail confondus ; 2 000 € pour les diplômés du supérieur long (bac+3 et plus), 1 500 € pour le supérieur court (bac+2). Moyennes 2021-2023, antérieures à l'arrivée des premiers diplômés de BUT sur le marché du travail ; la nomenclature de l'Insee range en outre les bac+3 dans "supérieur long", sans distinguer le bachelor universitaire.

Autre comparaison, hors des deux voies : les diplômés 2024 des masters du réseau IAE France affichent 84,1 % d'insertion à six mois et un salaire moyen à l'embauche de 39 400 €. Les grandes écoles de la CGE : 76 % à six mois et 39 679 € bruts annuels moyens. Les salaires sont quasi identiques, et, en s'en tenant aux taux bruts, l'insertion des IAE est même supérieure. On ne conclut pourtant pas que les IAE valent les grandes écoles. Ces indicateurs servent souvent à confirmer une hiérarchie déjà admise.

Le contexte, lui, se tend pour tout le monde. L'enquête de la CGE montre un taux d'emploi à six mois passé de 91 % en 2023 à 76 % en 2026, le plus bas depuis la crise sanitaire. La CGE explique cette baisse notamment par la conjoncture - France Travail prévoit 2,3 millions d'embauches en 2026, 6,5 % de moins qu'en 2025, le plus bas niveau depuis 2018 - et par la concentration des jeunes ingénieurs dans les sociétés de conseil (24,3 %) et les services informatiques (17,4 %), deux secteurs très cycliques. L'hypothèse d'un effet de l'intelligence artificielle sur ces métiers est avancée par les responsables de la CGE, qui reconnaissent que leur enquête ne la mesure pas.

Trois questions plutôt qu'un classement

Pour un lycéen de terminale, la vraie question n'est pas "quelle voie affiche le meilleur taux". Il y en a trois autres.

Quel métier, d'abord : la dispersion par spécialité, déjà visible dans le BUT, pèse bien plus lourd que la moyenne de la filière. Ensuite, quelle tolérance au risque : la prépa est un pari sur concours, avec deux ans sans diplôme - le BUT, lui, délivre un diplôme à bac+3 et laisse la porte ouverte à une poursuite d'études. Enfin, quel coût : un BUT suivi en apprentissage est rémunéré, tandis que les deux années de prépa ne le sont pas ; l'arbitrage dépend des ressources familiales.

Le 76 % et le 69,2 % ne répondent à aucune de ces trois questions. Ils décrivent deux populations différentes à deux moments différents, avec deux instruments différents. Un chiffre honnête, ici, décrit un parcours précis : une spécialité, une voie d'accès, un contrat, un horizon.

As-tu aimé cet article ?

Questions fréquentes

Pourquoi n'existe-t-il pas de taux d'insertion de la prépa ?

Parce qu'une classe préparatoire dure deux ans, ne délivre aucun diplôme et sert de filtre vers des écoles via des concours. Personne ne sort de prépa avec un titre à faire valoir sur le marché du travail.

Que mesure le 76 % de la Conférence des grandes écoles ?

Il mesure la part des diplômés des écoles membres de la CGE en poste moins de six mois après leur diplôme, selon la 34e édition de son enquête présentée le 11 juin 2026. L'enquête couvre l'ensemble de leurs diplômés, y compris ceux entrés par admissions parallèles, par apprentissage ou après une licence, et inclut les écoles d'art, d'architecture ou de journalisme.

Que mesure le 69,2 % du SIES sur le BUT ?

Il mesure le taux d'emploi salarié en France, un an après le diplôme, des diplômés 2024 de BUT qui sont sortis de l'enseignement supérieur. Ces sortants représentent 37,6 % de la promotion ; 62,4 % des diplômés ont poursuivi leurs études en France l'année suivante. Le ministère rappelle que ce taux ne mesure pas la qualité de l'emploi.

Le taux moyen du BUT reflète-t-il les débouchés de chaque spécialité ?

Non : la dispersion interne au BUT est forte. Les sortants de chimie sont à 84,7 % en emploi salarié en France et ceux de génie industriel et maintenance à 83,2 %, tandis que les métiers du multimédia et de l'internet tombent à 47,9 % et la statistique et informatique décisionnelle à 46,6 % - une spécialité dont 81,8 % des diplômés poursuivent de toute façon leurs études.

Le taux d'emploi du BUT mesure-t-il la qualité des emplois ?

Non, le ministère rappelle que ce taux d'emploi ne mesure pas la qualité de l'emploi. Parmi les diplômés de BUT en emploi, 53,2 % sont en CDI, 30,5 % en CDD (dont 8,6 points de droit public), 11,0 % en intérim et 2,0 % en service civique.

Sources

  1. L'activité professionnelle des jeunes diplômés des grandes écoles descend à son plus bas niveau depuis 2010 (CGE) · aefinfo.fr
  2. Le devenir des diplômés - API - Université Paris Nanterre · api.parisnanterre.fr
  3. Classes préparatoires (CPGE) : filières, admission - Aurlom · aurlom.com
  4. Jeunes diplômés des grandes écoles : l'insertion professionnelle ... · blog.headway-advisory.com
  5. Des effectifs en forte hausse : les classes préparatoires poursuivent ... · blog.headway-advisory.com
campus-echo
Inès Colbot @campus-echo

Étudiante en sociologie à Toulouse, je m'intéresse à tout ce qui agite ma génération : précarité étudiante, santé mentale, engagement, façons de vivre. J'anime un petit podcast sur la vie de campus le week-end.

141 articles 0 abonnés

Commentaires (2)

Connexion pour laisser un commentaire.

Chargement des commentaires...

Articles similaires