À la rentrée 2025, les classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE) comptent 87 100 étudiants, un chiffre quasiment identique à celui de 2024. Derrière cette stabilité apparente se cache un récent traumatisme : cinq années consécutives de départs (2018-2022) qui ont érodé le modèle d'une voie d'excellence longtemps préservée. Le rebond brutal de 2024 a stoppé l'hémorragie, mais les fragilités structurelles, notamment au sein de la filière économique, restent entières.
Un recul prolongé suivi d'une reprise spectaculaire
L'histoire récente des effectifs prépa s'articule en trois temps. D'abord, une contraction lente mais persistante. De 2018 à 2022, les CPGE ont perdu chaque année des étudiants, accumulant un déficit significatif. Ce recul s'est interrompu en 2024 avec une hausse forte, liée à un démographique universitaire favorable et à un regain d'attractivité. À la rentrée 2025, cette dynamique se stabilise, mais avec une nuance importante.

Le premier chiffre à retenir est celui de la première année, qui recule de 2,8 % cette année. Cette baisse traduit un tassement après l'effet de rattrapage observé en 2024. À l'inverse, les deuxièmes années progressent de 3,2 %, portées par la cohorte nombreuse de l'année précédente qui poursuit son parcours. La machine prépa ne s'est donc pas enrayée, mais le flux de nouveaux entrants a décéléré.
Le cas ECG : une filière en crise ouverte
Si l'ensemble du système montre des signes de stabilisation, une filière illustre à elle seule la sévérité de la crise d'attractivité : les classes préparatoires économiques et commerciales (ECG).
Les chiffres sont sans appel. Entre 2018 et 2021, les effectifs ECG ont plongé de 11,7 %. Cette chute ne s'est pas résorbée en 2022, le taux de vacance des places ayant même augmenté pour atteindre 29,1 %. La situation est telle qu'en 2022, près d'un tiers des parcours ouverts ne remplissaient pas la moitié de leurs places.
L'analyse révèle deux phénomènes préoccupants. Premièrement, la baisse concerne de manière disproportionnée les femmes. Leur nombre a chuté de 8,1 % en 2021 puis de 5,5 % en 2022, tandis que celui des hommes n'a reculé que de 0,6 % puis de 0,2 % sur la même période. Cette tendance s'inscrit dans un recul plus large de la mixité en CPGE, les femmes ne représentant plus que 39,4 % des effectifs en 2025, en baisse de 0,8 point sur un an.

Deuxièmement, la crise affecte prioritairement les établissements de proximité, fragilisant l'offre de formation hors des grands pôles parisiens.
Face à cette urgence, un projet de réforme du parcours ECG a été élaboré. Il visait à moderniser les contenus et à redonner de l'attrait à la voie. Mais il a heurté une vive opposition de la part des enseignants et des syndicats. Finalement, les ministères de l'Enseignement supérieur et de l'Éducation nationale ont fini par suspendre les discussions en 2023 afin, selon les ministères, de "restaurer le cadre d'un dialogue serein et efficace". La question du contenu pédagogique et de l'orientation de la filière reste donc ouverte, les situations devant désormais être traitées "au cas par cas".
Une stabilité qui masque des déséquilibres durables
Le retour à 87 100 étudiants en 2025 est un signe de résilience. La prépa a su, en partie, reconstituer son vivier d'élèves après l'épreuve. Cependant, la stabilisation est fragile. La baisse des premières années en 2025 montre que le repositionnement n'est pas encore achevé. Surtout, les fractures internes persistent.
Le décrochage massif des jeunes femmes et les difficultés de la filière ECG ne sont pas de simples accidents conjoncturels. Ils révèlent des questions plus profondes sur l'adaptation de la prépa aux attentes d'une partie des bacheliers et sur son image perçue. Le modèle paraît moins séduisant pour ceux qui ne visent pas les écoles d'ingénieurs ou qui cherchent des parcours plus courts et plus tournés vers l'emploi direct.
Les réponses institutionnelles, à commencer par la réforme avortée des ECG, témoignent d'une prise de conscience, mais aussi de la difficulté à mener des changements audacieux face à la résistance des corps enseignants. L'adaptation est donc lente, et les équilibres entre les filières - scientifiques, littéraires, économiques - restent à redéfinir. L'enjeu n'est plus seulement quantitatif, mais bien qualitatif et social : comment la prépa peut-elle rester une voie d'excellence ouverte, sans devenir un club sélect et homogène ? La réponse n'est pas encore écrite.