Dans une salle de lycée en juin, une élève de terminale écrit sur une copie d'examen vierge à son pupitre tandis qu'un professeur, debout près du bureau, tient un carnet de notes ouvert ; la lumière chaude, l'horloge et le calendrier mural sans texte évoquent la période des épreuves de spécialité.
Éducation

Bac : deux ans après le report des spécialités en juin, le débat se déplace vers le contrôle continu

Depuis la session 2024, les épreuves de spécialité du bac se tiennent en juin, et celles de 2027 sont fixées du 16 au 18 juin. Deux ans après ce report, la difficulté s'est déplacée vers le contrôle continu : depuis l'annonce du 27 août 2025, chaque lycée doit préciser quelles notes de première et de terminale comptent pour le bac et pour Parcoursup, ce qui rend les dossiers plus difficiles à comparer.

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"Suppression des épreuves de spécialité en mars" : la formule décrit une décision déjà appliquée. C'est à la rentrée 2023 que Gabriel Attal, alors ministre de l'Éducation nationale, a annoncé le déplacement des deux épreuves de spécialité de mars à juin, après un entretien d'Emmanuel Macron au Point, où le président lâchait : "On ne peut pas avoir des épreuves si tôt dans l'année." Depuis la session 2024, les spécialités se passent en juin. Pour le bac 2027, elles sont fixées du 16 au 18 juin, après la philosophie le 14 juin et avant la publication des résultats, le 6 juillet.

Dans une salle de lycée en juin, une élève de terminale écrit sur une copie d'examen vierge à son pupitre tandis qu'un professeur, debout près du bureau, tient un carnet de notes ouvert ; la lumière chaude, l'horloge et le calendrier mural sans texte évoquent la période des épreuves de spécialité.
Dans une salle de lycée en juin, une élève de terminale écrit sur une copie d'examen vierge à son pupitre tandis qu'un professeur, debout près du bureau, tient un carnet de notes ouvert ; la lumière chaude, l'horloge et le calendrier mural sans texte évoquent la période des épreuves de spécialité.

La bonne question n'est donc pas "qu'est-ce que ça va changer", mais "qu'est-ce que ça a changé". Et surtout celle de ce qui reste bloqué. Deux ans après, le débat sur le bac ne porte plus sur le mois de mars. Il porte sur les notes, qui comptent toute l'année.

Un mois de mars vidé, un printemps récupéré

La chronologie des spécialités résume à elle seule l'instabilité du lycée réformé : annulées en 2021 et remplacées par du contrôle continu, programmées mi-mai en 2022, avancées en mars en 2023, reculées en juin en 2024. L'épisode de 2023 est celui qui a tout déclenché : une fois les épreuves passées début mars, une partie des terminales a décroché. Le Figaro rapportait alors "un relâchement et un absentéisme préoccupants", sur fond de programmes survolés et d'un printemps scolaire vidé de son enjeu.

Le report visait précisément cela : rendre avril et mai aux élèves. Les responsables de formation ont applaudi. "C'est un retour au bon sens après la démobilisation des lycéens", résumait Denis Choimet, président de l'Union des professeurs de classes préparatoires scientifiques, auprès de L'Étudiant. Pour Mick Dupont, responsable des admissions à l'EFREI, le passage vers le supérieur peut être un "choc violent" pour des élèves insuffisamment préparés : "après s'être tourné les pouces pendant plusieurs mois, ce n'est pas la meilleure stratégie".

Sur ce point, le diagnostic est difficile à contester. Déplacer des épreuves à fort coefficient de mars à juin, c'est rendre aux élèves le seul moment de l'année où ils ont encore quelque chose à réviser. La mesure a d'ailleurs été saluée au-delà du camp gouvernemental : Sophie Vénétitay, secrétaire générale du SNES-FSU, y voyait une annonce "qui va dans le bon sens", tout en prévenant que le sujet du contrôle continu restait intact.

Les notes de spécialité, une information qui n'informait pas

Il faut se souvenir de l'intention d'origine. Les épreuves de mars devaient fournir aux formations sélectives un signal national, comparable d'un dossier à l'autre, disponible avant les décisions d'admission. Dans les faits, ce signal a été brouillé par autre chose que le calendrier : la notation elle-même.

Alain Joyeux, président de l'Association des professeurs des classes préparatoires économiques et commerciales, le formulait ainsi : "Il n'y a pas eu d'harmonisation entre les spécialités. En mathématiques, les notes étaient très élevées alors qu'en HGGSP ou SES, par exemple, nous avons constaté des notes plus basses". Denis Choimet a vu la moitié des candidats de sa prépa obtenir 20/20 à l'épreuve. À l'EFREI, Mick Dupont relève : "90 % de nos étudiants ont eu plus de 15/20 en maths, mais lorsqu'on compare cette note à leur moyenne générale de l'année, on a un écart de trois points". Quand une épreuve nationale distribue des 20/20 en série, elle cesse de discriminer. Et quand la notation varie selon la spécialité choisie, elle introduit une inégalité entre candidats.

Les formations sélectives se sont donc réorganisées sans attendre : le réseau Sciences Po n'a retenu, en 2024, que ses épreuves écrites ; Sciences Po Paris a envisagé de rétablir une épreuve écrite ; l'EMLV a annoncé donner "plus de poids aux notes de 1re et au contrôle continu" ; les prépas scientifiques ont remis l'accent sur les appréciations et le projet de formation motivé.

La leçon est simple, et elle vaut pour toutes les réformes de ce type : retirer une épreuve ne supprime pas la sélection, cela déplace l'endroit où elle se joue. En l'occurrence, du mois de mars vers le dossier scolaire - c'est-à-dire vers des notes produites localement, dans des lycées qui ne notent pas tous de la même manière.

Le contrôle continu, vraie bombe à retardement

C'est là que le dossier a basculé. Le 27 août 2025, la ministre Élisabeth Borne a annoncé que les notes de première et de terminale n'auraient plus toutes vocation à compter dans le contrôle continu du bac et dans les dossiers Parcoursup, chaque lycée devant préciser dans son "plan local d'évaluation" quelles notes sont retenues et lesquelles restent purement évaluatives. Objectif affiché : faire redescendre la pression et redonner du poids à un examen devenu très peu discriminant - 96,4 % de réussite au bac général en 2025, contre 91,1 % en 2019.

Le problème n'est pas le diagnostic, c'est la méthode et l'effet de bord. La méthode : une annonce à trois jours de la rentrée, sans concertation. Sophie Vénétitay a réagi : "L'enjeu de l'évaluation au lycée mérite de vraies discussions et réflexion pédagogiques, pas une mesure qui relève d'une sorte de délire bureaucratique" ; Olivier Beaufrère, du SNPDEN-UNSA, majoritaire chez les chefs d'établissement, dénonçait une décision "annoncée brutalement", lors d'une rentrée "qui devait pourtant être celle de la stabilité".

L'effet de bord est plus sérieux : un diplôme national dont les règles de notation deviennent locales. Deux élèves tout aussi sérieux, dans deux lycées voisins, peuvent voir leurs notes compter différemment dans leur bac et dans leur dossier Parcoursup. Or Parcoursup compare précisément ces dossiers entre eux pour des formations sélectives. Le ministère veut un bac qui pèse davantage ; les formations veulent des notes qui informent ; et l'outil censé arbitrer tourne sur les notes dont on vient de réduire la portée. Tout le monde invoque l'équité, ce qui est généralement le signe que personne ne veut dire qui perdra.

Un indice de la difficulté : le ministre actuel, Édouard Geffray, a indiqué devoir trancher d'ici fin décembre 2026 sur le contrôle continu et l'organisation du temps scolaire, à six mois d'une présidentielle. Sept ministres se sont succédé rue de Grenelle en trois ans ; les réformes d'affichage, elles, continuent - cet automne, le ministère a annoncé retirer deux points sur les copies du bac et du brevet comportant trop de fautes d'orthographe et de syntaxe, manière de rappeler que la valeur du diplôme se joue aussi sur la forme.

Le paradoxe du calendrier 2027

Regardons les dates. La carte des formations 2027 est accessible dès le 17 décembre 2026 ; les voeux se formulent à partir du 18 janvier 2027, avec une limite à dix voeux le 11 mars et un dossier à confirmer impérativement le 1er avril. Les réponses des formations tombent à partir du 1er juin. Et les épreuves de spécialité, elles, se tiennent du 16 au 18 juin - après la clôture du dossier.

Autrement dit, les épreuves de spécialité, qui pèsent 32 % de la note finale, n'entrent pour rien dans l'admission. Le bac redevient ce qu'il était censé être au départ : une certification de fin d'études, pas un instrument de sélection. C'est cohérent, mais cela crée une tension que le report a rendue visible : Parcoursup recrute sur les notes du contrôle continu - notamment celles de première - c'est-à-dire exactement sur les notes que le ministère veut partiellement sortir du jeu. Une contradiction qui devra être tranchée avant la session 2028, puisque la plateforme doit être remplacée à cette échéance.

Bonne nouvelle pour les terminales 2027 : les délais de réponse aux propositions d'admission sont suspendus du 14 au 18 juin, pendant les écrits. La phase complémentaire court, elle, du 10 juin au 9 septembre. Le calendrier est lisible ; c'est la substance qui bouge.

Ce que l'on ne mesure pas encore

Reste la partie immergée. Deux ans après le report, il n'existe pas de données publiques indépendantes permettant de dire si l'absentéisme du printemps a réellement reculé, si les notes de spécialité se sont rééquilibrées entre disciplines, ou si les bacheliers de 2024 et 2025 réussissent mieux en première année d'enseignement supérieur. Les responsables de formation cités parlent d'expérience, ce qui a de la valeur, mais ne remplace pas une mesure. De même, on ne sait pas grand-chose de la mise en oeuvre réelle des plans locaux d'évaluation : combien de lycées en ont établi un, comment, avec quels critères. Ce sont des angles morts, pas des preuves d'échec.

L'année 2026 ajoute son lot de bruit. Après six semaines de mobilisation lycéenne, le gouvernement a ouvert une plateforme de doléances - plus de 100 000 contributions, des remontées de 3 000 lycées sur 3 700 - puis annoncé le 26 octobre un premier train de mesures : 200 lycées prioritaires sur le bâti, 500 postes de personnels médico-sociaux, plafonnement à 28 élèves en seconde à la rentrée 2027, refonte de Parcoursup dès 2027. Les heures perdues pendant les blocages pèsent désormais sur les terminales, et l'Association des professeurs de sciences économiques et sociales demande un aménagement des épreuves. Un bac se prépare ; il ne se décrète pas en novembre.

Le report de mars à juin a réglé un problème de calendrier, pas celui de la confiance. D'ici à la fin décembre, il faudra arbitrer entre un diplôme national aux règles de notation locales, une plateforme qui doit départager des dossiers devenus difficiles à comparer et des enseignants priés de choisir ce qui compte dans leur propre évaluation. Sur ce dossier, la réforme la plus coûteuse est toujours celle qu'on repousse.

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Questions fréquentes

Quand se déroulent les épreuves de spécialité du bac 2027 ?

Elles sont fixées du 16 au 18 juin 2027, après l'épreuve de philosophie le 14 juin et avant la publication des résultats le 6 juillet.

Pourquoi les épreuves de spécialité ont-elles été déplacées de mars à juin ?

Le report, annoncé à la rentrée 2023, visait à rendre avril et mai aux élèves et à éviter la démobilisation et l'absentéisme rapportés après les épreuves de mars. Emmanuel Macron avait déclaré au Point : "On ne peut pas avoir des épreuves si tôt dans l'année".

Les notes de spécialité comptent-elles dans Parcoursup 2027 ?

Non. Les épreuves de spécialité se tiennent du 16 au 18 juin 2027, après la clôture du dossier Parcoursup le 1er avril et le début des réponses des formations le 1er juin. Elles pèsent 32 % de la note finale du bac, mais n'entrent pas dans l'admission.

Qu'a annoncé Élisabeth Borne sur le contrôle continu le 27 août 2025 ?

Elle a annoncé que les notes de première et de terminale n'auraient plus toutes vocation à compter dans le contrôle continu du bac et dans les dossiers Parcoursup. Chaque lycée doit préciser dans son "plan local d'évaluation" quelles notes sont retenues et lesquelles restent purement évaluatives. L'objectif affiché était de faire redescendre la pression et de redonner du poids à un examen très peu discriminant.

Pourquoi le contrôle continu est-il contesté ?

Parce que les règles de prise en compte des notes deviennent locales : deux élèves de lycées voisins peuvent voir leurs notes compter différemment dans leur bac et leur dossier Parcoursup, alors que Parcoursup compare ces dossiers. L'annonce a aussi été critiquée pour sa méthode, à trois jours de la rentrée et sans concertation, par Sophie Vénétitay (SNES-FSU) et Olivier Beaufrère (SNPDEN-UNSA).

Sources

  1. Changements à venir pour le bac et le brevet 2027... Voici les modifications annoncées par le ministre de l'Éducation · actu.fr
  2. Pour ou contre un système plus sélectif à l'entrée des universités ? : Actualités - Orange · actu.orange.fr
  3. L’ancienne ministre Élisabeth Borne propose une allocation temporaire de 500 euros destinée aux jeunes diplômés : Actualités - Orange · actu.orange.fr
  4. Rattrapage, notes prises en compte: Élisabeth Borne ouvre la voie à une réforme du contrôle continu du baccalauréat · bfmtv.com
  5. Les dates clefs de la session 2027 des bacs pro, généraux et technologiques | Cned · cned.fr
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Chloé Jabot @buzz-tracker

Je vis sur TikTok comme d'autres vivent sur Terre. À 22 ans, j'ai déjà prédit trois tendances virales avant qu'elles n'explosent – dont un challenge dance que j'ai vu naître dans un live à 3h du matin. Étudiante en communication digitale à Paris, je stage dans une agence qui surveille les réseaux sociaux pour des grandes marques. Mon feed For You est tellement bien calibré que mes amis m'envoient des screenshots pour savoir si c'est « encore tendance » ou « déjà cringe ».

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