En juin 2027, les candidats au bac général plancheront sur la philosophie, leurs deux spécialités et le grand oral. Mais une partie de leur moyenne sera déjà arrêtée, parfois depuis un an. Quarante des cent coefficients qui composent la note finale viennent des bulletins de première et de terminale, validés au dernier conseil de classe. Le partage 60/40 structure le baccalauréat depuis la réforme de 2021 ; la session 2027 redistribue à la marge deux points de coefficient, avec une épreuve anticipée de mathématiques (coefficient 2) et un grand oral ramené de 10 à 8.

Ce n'est pourtant pas là que se joue l'essentiel. Ce qui déplace vraiment l'enjeu vers la mention, c'est une mécanique plus discrète : des notes de contrôle continu moins dispersées que celles des épreuves terminales, un capital acquis sans possibilité de rattrapage, et des paliers - 12, 14, 16 - que les jurys peuvent aider à franchir.
Quarante coefficients que l'on ne peut plus rejouer
La grille de la session 2027 tient en une ligne. Côté épreuves terminales, 60 coefficients : douze pour les épreuves anticipées de première (français écrit, français oral et la nouvelle épreuve de mathématiques), huit pour la philosophie, trente-deux pour les deux spécialités conservées, huit pour le grand oral. Côté contrôle continu, 40 coefficients : les enseignements du tronc commun qui ne font l'objet d'aucune épreuve terminale, plus la spécialité abandonnée à la fin de la première.
La différence avec les écrits n'est pas seulement de poids, elle est de nature. Le contrôle continu est acquis progressivement et figé au dernier conseil de classe. Il n'existe aucune session de rattrapage pour une mauvaise année de première. Les notes de première pèsent autant que celles de terminale dans ces quarante coefficients, et l'élève connaît sa position avant d'entrer dans la salle.
Ce que les statistiques établissent, et ce qu'elles ne disent pas
Les données publiées par la Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP) dans son document de travail de décembre 2025 donnent trois repères solides pour la session 2025. La moyenne finale au bac général s'établit à 13,1/20. Les notes de contrôle continu de terminale sont en général plus élevées que celles de première. Et surtout : la distribution des notes aux épreuves terminales est plus dispersée que celle du contrôle continu.
Le bilan du ministère complète le tableau avec des fourchettes : de 12,3 à 15,6/20 selon les disciplines pour le contrôle continu, de 10,78/20 en philosophie à 14/20 au grand oral pour les épreuves terminales. La comparaison demande une précaution : ces moyennes portent sur des disciplines différentes, et l'écart entre les deux fourchettes ne prouve pas à lui seul que le contrôle continu serait plus généreux à copie égale. Ce qui est établi, en revanche, c'est la dispersion plus faible des notes de bulletin.
Cette caractéristique suffit à produire l'essentiel de l'effet. Un contrôle continu à la fois plus élevé et plus resserré ne fait pas seulement monter les notes : il empêche les effondrements. Il joue le rôle d'amortisseur, et c'est précisément ce qui rend la mention plus prévisible - donc plus dépendante du travail de l'année et moins d'un après-midi de juin.
Un point de contrôle continu vaut deux tiers de point aux épreuves terminales
La moyenne du bac est une moyenne pondérée sur 100 coefficients, dont 40 sont déjà fixés. Un point gagné sur la moyenne de contrôle continu ajoute 0,4 point à la note finale. Pour obtenir le même gain en juin, il faut 0,67 point de plus aux épreuves terminales. Dit autrement : un point perdu aux épreuves terminales se compense avec 1,5 point de contrôle continu.
La conversion en paliers donne ceci, pour la voie générale, hors options et hors points de jury :
| Moyenne de contrôle continu | Note moyenne nécessaire aux épreuves terminales pour le bac (10) | Mention assez bien (12) | Mention bien (14) | Mention très bien (16) |
|---|---|---|---|---|
| 12/20 | 8,67 | 12,00 | 15,33 | 18,67 |
| 13/20 | 8,00 | 11,33 | 14,67 | 18,00 |
| 14/20 | 7,33 | 10,67 | 14,00 | 17,33 |
| 15/20 | 6,67 | 10,00 | 13,33 | 16,67 |
| 16/20 | 6,00 | 9,33 | 12,67 | 16,00 |
Lecture : avec 13 de moyenne de contrôle continu, il suffit de 8/20 aux épreuves terminales pour atteindre la moyenne de 10 qui délivre le diplôme. Pour la mention bien, il faut 14,67 ; pour la très bien, 18. Les paliers élevés restent donc exigeants, mais ils se négocient désormais à partir d'un socle connu.
C'est exactement le raisonnement que résumait une terminale du lycée Bernard-Palissy, citée par La Dépêche du Midi en juin 2026 : "Avec le contrôle continu, on sait que tout le monde va avoir son bac puisque cela représente déjà 40 % de la note", et "ces épreuves finales, c'est une question de mention". Le journal la rencontrait sous l'ancienne grille, avec un grand oral encore à 10, mais l'arithmétique n'a pas bougé. Le témoignage illustre une logique, il ne la démontre pas.
Les jurys aussi se sont déplacés vers les paliers
Un chiffre du bilan ministériel 2025 éclaire le mouvement. Dans la voie générale, 1,7 % des admis ont obtenu leur diplôme grâce aux points de jury. Ils sont 6,7 % à en avoir bénéficié pour décrocher une mention ou une mention plus élevée. Le rapport est de un à quatre : la marge discrétionnaire des jurys s'exerce désormais principalement là où les seuils se franchissent, pas là où le diplôme se délivre. En voie technologique, l'écart existe aussi, mais il est plus resserré (3,4 % contre 5,7 %).
Depuis 2026, ces points sont encadrés par décret : aucun candidat ne peut en recevoir s'il n'atteint pas 8/20 de moyenne après les écrits, et le total est plafonné à 50 points, soit 0,5 point de moyenne générale. De quoi franchir un seuil de justesse, pas de rattraper un trimestre raté par la délibération.
2027 : deux points de coefficient déplacés, un effet difficile à mesurer
La session 2027 ne change pas l'équilibre 60/40. Elle transfère deux points du grand oral vers une épreuve anticipée de mathématiques, créée par le décret du 10 juin 2025 et passée pour la première fois en juin 2026. Le grand oral passe de 10 à 8 en voie générale, de 14 à 12 en voie technologique.
L'effet sur les moyennes dépend de l'écart entre les deux notes. Le grand oral est l'épreuve terminale la mieux notée : 14/20 de moyenne nationale en 2025. Pour un candidat qui y obtient 14 et 10 à l'écrit de mathématiques, le transfert coûte 0,08 point de moyenne finale. S'il obtient 14 aux deux, l'opération est neutre. Comme les écrits de mathématiques sont en général plus discriminants que l'oral, l'effet moyen est probablement très légèrement négatif - mais le ministère ne publie pas encore de résultats pour la nouvelle épreuve, et cette hypothèse reste invérifiée.
Un point pratique mérite d'être signalé : les notes des épreuves anticipées restent provisoires jusqu'à la délibération du jury, mais elles figurent dès la première dans le dossier Parcoursup. Elles comptent donc deux fois : pour l'admission dans le supérieur et pour la moyenne finale.
Une hausse des mentions plus ancienne que le contrôle continu
La part de mentions "très bien" est passée de 0,7 % en 1997 à 8,8 % en 2024, selon les données du ministère citées par les Vérificateurs de TF1 Info. Pour la session 2025, dans la seule voie générale, 13,4 % des candidats ont décroché cette distinction, et 68 % une mention quelle qu'elle soit. Dans le même temps, 96,4 % des candidats de la voie générale ont été admis.
Attribuer cette progression au seul contrôle continu est une inférence, pas un résultat. La hausse court sur près de trente ans, bien au-delà de la réforme de 2021, et les données publiées ne permettent pas d'isoler la part du 40 %. D'autres facteurs sont documentés, à commencer par les options facultatives : leurs coefficients s'ajoutent au total, qui monte à 102 ou 104, et elles ne relèvent la moyenne que si la note dépasse celle des autres enseignements. Le ministère attribue aussi la surreprésentation des mentions très bien dans certaines combinaisons de spécialités - 21,4 % en mathématiques-physique-chimie, contre 13,4 % en moyenne - à la spécialisation des parcours, c'est-à-dire au choix de matières où les élèves excellent.
L'angle mort : une mention qui dépend aussi du lycée
Le contrôle continu est évalué localement, par des professeurs, dans un établissement. Depuis la suppression des épreuves communes en 2021, aucune épreuve nationale ne vient harmoniser ces notes avant la délibération. Le Figaro posait dès juillet 2021 la question de cette harmonisation, rapportant des élèves parisiens ayant "essuyé les plâtres de jurys qui ont eu la main lourde, ratant ainsi une mention". Le ministère a depuis annoncé vouloir encadrer la pratique par un projet d'évaluation propre à chaque lycée, et le sujet reste sur la table : en novembre 2026, le ministre Édouard Geffray indiquait que les groupes de travail issus de la consultation nationale se réunissaient notamment sur le contrôle continu.
Il en résulte un double mouvement. Le contrôle continu a sécurisé le diplôme et déplacé l'enjeu vers la mention. Il a aussi rendu cette mention plus dépendante du contexte local, donc moins comparable d'un lycée à l'autre. Pour les formations du supérieur, l'information arrive de toute façon en amont : Parcoursup transmet les bulletins bien avant les résultats de juin, et la mention, attribuée plus tard, ne pèse pas sur l'admission.
Reste une question que les chiffres posent sans y répondre. Une mention obtenue par 68 % des bacheliers généraux, dont quarante points de coefficient viennent de notes de classe, continue de distinguer les élèves - mais elle distingue autant les lycées que les niveaux. Ce n'est pas un argument pour supprimer le contrôle continu, qui protège contre l'accident d'un examen unique. C'en est un pour se demander ce qu'une mention mesure.