Le surtourisme se définit comme une mobilité accrue où l'afflux de visiteurs dépasse la capacité d'accueil d'une destination. Cette définition, proposée par le CNRS, éclaire ce qui se joue dans certaines villes françaises : à force d'attirer toujours plus de visiteurs, elles se retrouvent refaçonnées, parfois malgré elles, pour les accueillir.

La question n'est donc pas seulement le nombre de touristes. C'est l'arbitrage entre l'attractivité d'une ville et la possibilité d'y vivre à l'année, de s'y loger et d'y garder des commerces du quotidien.
Des centres qui se vident de leurs habitants
À Saint-Malo, l'offre de location de courte durée a été multipliée par dix en dix ans, passant de 300 à 3 000, selon un chiffre rapporté par franceinfo. Dans le centre-ville, les familles avec enfants ont plus de difficultés à se loger, tandis que les commerces de proximité laissent place à des magasins de souvenirs ou à des biscuiteries, déplore Franck Rolland, cité par franceinfo.
À Annecy, plus de 60 % des meublés de tourisme se concentrent dans la vieille ville. Les habitants y font face à une pénurie de logements et à des loyers qui explosent, alerte Sophie Garcia, conseillère municipale déléguée au logement abordable. Au Pays basque, où le nombre de meublés touristiques a bondi ces dernières années, les prix de l'immobilier ont augmenté d'environ 30 % entre fin 2018 et fin 2022, rapporte France 3 Nouvelle-Aquitaine.
Le mécanisme est le même : en raréfiant l'offre locative, les locations de courte durée poussent les habitants à se loger toujours plus loin des centres-villes. L'offre commerciale évolue dans le même sens, au profit des commerces à vocation touristique.
Une pression forte, mais concentrée
Ces situations locales ne résument pas à elles seules la réalité du pays. Le Touriscore, qui mesure la pression touristique par commune, montre que sur 331 communes analysées, 42 % obtiennent une note A ou B, comme Aubagne, Saint-Nazaire, Valence ou La Seyne-sur-Mer. À l'inverse, 91 communes, soit 28 % des communes étudiées, connaissent une pression préoccupante à critique, notée D ou E.
Autrement dit, le coût pour les résidents est réel, mais il se concentre dans des territoires précis, souvent des centres historiques, des villes littorales ou des zones déjà tendues sur le plan immobilier.
Ce que la régulation locale peut changer
Dans un rapport publié en avril, des parlementaires estiment que la forte croissance des meublés touristiques a, par endroits, réduit l'offre de logements loués à l'année et contribué à tirer les prix immobiliers vers le haut. Ils soulignent toutefois que ce phénomène n'est qu'un facteur parmi d'autres d'une crise du logement aux causes multiples.
C'est dans ce cadre qu'a été adoptée la loi du 19 novembre 2024 visant à renforcer les outils de régulation des meublés de tourisme à l'échelle locale, publiée au Journal officiel du 20 novembre 2024, selon service-public.gouv.fr. Elle donne davantage de leviers aux communes, sans prétendre régler à elle seule l'accès au logement.