Depuis le 1er octobre 2026, les protections hygiéniques réutilisables sont remboursées par l'Assurance maladie pour les moins de 26 ans et les bénéficiaires de la Complémentaire santé solidaire (C2S). Une mesure attendue depuis près de trois ans, mais loin d'une gratuité générale.

Une entrée en vigueur tardive
La promesse de remboursement des protections périodiques réutilisables a été votée en décembre 2023 dans le cadre de la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2024 (LFSS 2024, article 40). Mais le texte réglementaire d'application, le décret n° 2026-288, n'a été publié qu'en avril 2026. L'arrêté définitif, quant à lui, est intervenu en août 2026. Résultat : près de trois ans de retard entre le vote parlementaire et la mise en oeuvre concrète.
Ce décalage s'explique par la complexité de la chaîne réglementaire. La création de nouveaux codes de remboursement sur la liste des produits et prestations remboursables (LPPR) a nécessité plusieurs mois de consultation des fabricants et de validation technique. Le gouvernement a d'abord annoncé une entrée en vigueur "à la rentrée universitaire 2026", avant de fixer finalement au 1er octobre 2026 la date d'application.
Qui bénéficie vraiment de la mesure ?
La couverture s'étend à deux catégories de bénéficiaires :
- Toutes les personnes assurées de moins de 26 ans, sans condition de ressources.
- Les bénéficiaires de la Complémentaire santé solidaire (C2S), quel que soit leur âge.
Au total, ce sont environ 6,7 millions de personnes qui sont concernées par ce remboursement. Cependant, cette ouverture masque des limites importantes.
Des protections jetables exclues
La mesure ne concerne que les protections réutilisables : culottes menstruelles et coupes menstruelles. Les serviettes et tampons jetables, quant à eux, ne sont pas remboursés. Ce choix s'inscrit dans une logique environnementale, mais exclut une grande partie des protections couramment utilisées.

Un remboursement partiel, plafonné et limité
Pour les moins de 26 ans, l'Assurance maladie ne rembourse que 60 % du prix, avec un plafond fixé à 19 € pour les culottes et 15,80 € pour les coupes. Le reste à charge peut être couvert par la complémentaire santé, si elle le permet. Les bénéficiaires de la C2S, eux, bénéficient d'un remboursement à 100 %, sans aucun reste à charge.
Autre limite : seulement deux produits par an peuvent être remboursés. Soit deux culottes, soit deux coupes, soit une de chaque. Ce plafonnement rend le dispositif peu adapté aux personnes qui souhaitent tester plusieurs types de protections avant de s'engager dans un usage prolongé.
Une distribution réservée aux pharmacies
Les protections concernées ne sont remboursées que lorsqu'elles sont achetées en pharmacie. Elles doivent également figurer sur une liste établie par le ministère de la Santé. Pour être référencées, les marques doivent respecter un cahier des charges strict : certifications Oeko-Tex Standard 100 (pour les culottes), label écologique européen ou tests ISO 10993-1 (pour les coupes), ainsi que des exigences en matière de capacité d'absorption.
Parmi les marques concernées : Sisters Republic, Elia Innovation, Biocodex, Petites Choses, Claripharm... Mais la liste pourrait évoluer en fonction des observations des fabricants.

Un scepticisme légitime
Le débat autour de cette mesure rappelle un précédent. En 2016, la baisse de la TVA sur les protections hygiéniques (de 20 % à 5,5 %) avait été présentée comme une avancée pour les consommatrices. Or, selon plusieurs associations, aucune baisse visible n'avait été constatée sur les prix des produits. "La baisse de TVA est passée dans l'augmentation de la marge, des fabricants ou des distributeurs", expliquait alors l'auteure Elise Thiébaut.
Cette expérience alimente un scepticisme naturel quant à l'impact réel du nouveau dispositif. La gratuité étant partielle, le remboursement plafonné et les protections jetables exclus, la mesure risque de rester symbolique pour une partie des personnes concernées. Les bénéficiaires de la C2S, eux, ne supportent aucun reste à charge ; pour les moins de 26 ans, le coût résiduel dépend de ce que couvre la complémentaire santé.
Une avancée, mais pas une solution complète
Malgré ses limites, le remboursement des protections réutilisables représente une avancée concrète dans la lutte contre la précarité menstruelle. Il incarne une reconnaissance officielle que ces produits sont des biens de première nécessité, et non des luxes. Il encourage également l'usage de protections durables, en phase avec les enjeux environnementaux.
Mais il reste loin d'une gratuité universelle. Les protections jetables, plus accessibles à certains publics, ne sont pas couvertes. Et les plafonds de remboursement et de quantité limitent l'impact réel du dispositif.
Des initiatives locales tentent de combler le manque
Alors que la mesure nationale entre timidement en vigueur, des initiatives locales et associatives continuent de porter le fardeau de la lutte contre la précarité menstruelle. Dans les collèges, les universités, les CROUS, des distributeurs gratuits ont été installés depuis plusieurs années. Des associations comme Règles élémentaires organisent des collectes et des ateliers d'information.
Ces dispositifs, bien que précieux, restent locaux et inégaux. Ils soulignent à quel point l'absence d'une politique nationale globale - incluant les protections jetables - laisse une partie des femmes et des jeunes sans solution.
Une promesse tenue à moitié
La mise en oeuvre du remboursement des protections périodiques réutilisables marque une avancée symbolique et pratique. Mais en se limitant aux protections durables, en plafonnant le remboursement et en excluant les protections jetables, la mesure ne correspond pas pleinement à l'idée même de gratuité annoncée.
Pour les moins de 26 ans et les bénéficiaires de la C2S, c'est une aide précieuse. Pour les autres, rien ne change. Et pour celles et ceux qui utilisent principalement des tampons ou serviettes jetables, la promesse reste inaboutie.
La vraie question n'est donc pas tant de savoir si la promesse est tenue que dans quelle mesure elle répond aux besoins réels des personnes concernées.