Rayons de produits d'hygiène et d'entretien dans un magasin Action, avec des bouteilles de liquide vaisselle, des éponges et des sprays nettoyants aux couleurs vives.
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Hygiène des jeunes précaires : le coût des consommables, mal mesuré et peu financé

Les blocus lycéens ont mis en lumière l'état des sanitaires, mais le coût récurrent du savon, du papier et des protections reste peu traité par les plans publics, centrés sur l'investissement. Le chiffre de près de 4 millions de personnes renonçant à des produits d'hygiène vient d'un baromètre associatif et vaut comme ordre de grandeur.

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Depuis la mi-septembre, les blocus de lycées ont imposé dans le débat public un sujet que les rapports officiels décrivent depuis des années sans qu'il en sorte grand-chose : l'état des sanitaires scolaires. Derrière les pancartes, il y a une question de budget. Pas celui des grands plans d'investissement, plutôt celui du savon, du papier, des protections périodiques et du temps d'entretien. Des dépenses modestes prises une à une, mais récurrentes, et qu'aucune enquête publique n'isole pour les jeunes.

Rayons de produits d'hygiène et d'entretien dans un magasin Action, avec des bouteilles de liquide vaisselle, des éponges et des sprays nettoyants aux couleurs vives.
Rayons de produits d'hygiène et d'entretien dans un magasin Action, avec des bouteilles de liquide vaisselle, des éponges et des sprays nettoyants aux couleurs vives. - (source)

"Pas de portes, pas de papier, pas de savon"

Le constat n'est pas nouveau, mais il a changé de statut. Au lycée Raymond-Naves de Toulouse, Marc-Antoine, en première STMG, décrit des toilettes "sales" où "il n'y a jamais de PQ" ; ni lui ni ses amis n'y vont. Au lycée Paul-Eluard de Saint-Denis, des vidéos tournées par une enseignante montrent des moisissures, de la peinture décollée, des tuyaux rouillés. "C'est quand même notre confort intime", relève Kamelia, en terminale. Devant le même établissement, une mère d'élève raconte que sa fille rentre déjeuner chez elle pour aller aux toilettes. À Bondy, Nayla, 16 ans, en lycée professionnel, résume : "Il n'y a que deux toilettes pour plein plein d'élèves !"

La région Île-de-France, propriétaire des bâtiments, indique avoir lancé un "grand plan toilettes" en 2019, doté de 85 millions d'euros pour rénover les sanitaires "les plus vétustes" de 125 lycées publics sur 468, et estime l'objectif atteint à 80 %. Elle ajoute une nuance qui compte : les dégradations volontaires existent, et des proviseurs décident parfois, dans ce cas, "de ne pas faire les petites réparations". La région cite ses propres remontées de chefs d'établissement ; c'est une explication d'acteur, pas un audit.

Le 2 novembre, à l'issue d'une concertation lycéenne, le ministère a listé 200 lycées prioritaires pour l'amélioration du bâti, avec un axe Île-de-France, Hauts-de-France et Provence-Alpes-Côte d'Azur, ces trois régions concentrant, selon lui, 46 % des problèmes sanitaires signalés par les élèves. La FCPE réclame un "vrai plan national" pour les toilettes.

Le sujet est plus large que la vétusté. L'infirmière scolaire Gwenaelle Thenoz, du syndicat SNIES-Unsa Éducation, parle d'un "problème ancestral" qui commence "dès la maternelle" et d'un enjeu de santé publique : maux de tête, douleurs abdominales, infections urinaires, constipation, parce que des élèves "se retiennent de boire". Faute de poubelles et de protections, dit-elle, des jeunes filles gardent la même serviette hygiénique toute la journée. Un témoignage syndical, pas une mesure. Mais il recoupe un rapport de référence du Conseil national d'évaluation du système scolaire, publié en 2017, qui documentait déjà les stratégies d'évitement des élèves et le fait de se retenir d'uriner toute la journée. Neuf ans plus tard, les mêmes descriptions reviennent.

Le neuf s'annonce, l'entretien se voit moins

Ce que décrivent les élèves relève très majoritairement de dépenses de fonctionnement : du papier, du savon, du nettoyage, des réparations de petite plomberie. Or la réponse publique annoncée cet automne est d'abord une réponse d'investissement. Le 26 octobre, le Premier ministre Sébastien Lecornu a présenté une série d'engagements : 4 milliards d'euros de prêts à taux réduit d'ici 2030 pour aider les collectivités à rénover écoles, collèges et lycées, un milliard pour les universités, 500 postes au lycée, 500 postes pour l'accompagnement en santé mentale, un plafonnement à 28 élèves par classe de seconde, une indexation des bourses étudiantes sur l'inflation dès 2027, et le remplacement de Parcoursup en 2028.

Trois remarques. D'abord, il s'agit de prêts, non de subventions : les collectivités empruntent, puis remboursent, ce qui suppose une capacité d'investissement et une fiscalité locale suffisantes. Ensuite, aucune de ces lignes ne crée de budget récurrent pour les consommables, qui relèvent déjà des dotations de fonctionnement des établissements et des régions. Enfin, les régions, responsables des lycées, ont jugé la liste des 200 établissements établie sans les concerter - friction classique entre l'État qui affiche et les collectivités qui paient et entretiennent.

Il y a là une économie politique simple, sans qu'il soit besoin de prêter de mauvaises intentions à personne. Un bloc sanitaire rénové se visite, se photographie et s'inaugure. Un approvisionnement en savon et en papier, renouvelé chaque semaine dans 2 500 lycées, ne se voit pas et ne se raconte pas. La dégradation suit souvent le même cercle vicieux : une réparation mineure repoussée accélère l'usure, qui justifie de repousser d'autres réparations. Sur un bien dont l'usager n'est pas le propriétaire et dont le propriétaire n'est pas l'usager, personne ne porte le coût d'entretien.

Quatre millions de personnes, selon un baromètre associatif

Hors de l'école, la mesure du phénomène repose sur une source principale : le baromètre "Hygiène et précarité" de l'Ifop pour l'association Dons Solidaires. Son édition 2026 conclut que près de 4 millions de personnes renoncent à des produits d'hygiène essentiels faute de moyens, soit environ un million de plus que l'édition précédente. Les travailleurs pauvres, les jeunes, les familles monoparentales et les femmes confrontées à la précarité menstruelle sont les plus touchés.

La méthodologie est celle d'une enquête déclarative en ligne : 4 002 répondants représentatifs de la population française de 18 ans et plus, interrogés par questionnaire auto-administré du 3 au 12 novembre 2025, avec la méthode des quotas. Les éditions antérieures donnaient des ordres de grandeur cohérents : autour d'un Français sur deux déclarant restreindre ses achats d'hygiène en 2024, et 62 % chez les moins de 35 ans. Cette même année, 41 % des 18-24 ans disaient avoir déjà eu à choisir entre acheter de la nourriture et acheter des produits d'hygiène, contre 22 % de l'ensemble des répondants. En mars 2021, 59 % des 18-24 ans déclaraient s'être lavé les cheveux sans shampoing, contre 7 % de la population générale, et 37 % avoir renoncé à sortir à cause de leur hygiène.

Ces chiffres doivent être lus avec précaution. L'association qui commande l'enquête collecte et redistribue précisément ces produits : elle a un intérêt légitime à ce que le problème soit visible, ce qui n'invalide pas ses données mais invite à ne pas les traiter comme un décompte officiel. La série n'est pas homogène : la taille de l'échantillon est passée de 2 000 à 4 002 répondants en 2025, les formulations évoluent, et le terrain de 2021 s'est déroulé en contexte de pandémie, quand l'accès aux douches était restreint. Surtout, le mot "renoncement" recouvre des réalités très inégales : se priver de maquillage et se priver de dentifrice ne relèvent pas du même arbitrage. Le chiffre de 4 millions vaut comme ordre de grandeur, pas comme comptage.

La précarité menstruelle, seule à avoir conquis un statut politique

Un volet de ce budget a néanmoins conquis une existence publique : les protections périodiques. Elles disposent de dispositifs de distribution gratuite dans une partie des établissements et, désormais, d'une offre politique. En mai 2026, la députée européenne Manon Aubry promettait la gratuité pour toutes en 2027.

Manon Aubry@ManonAubryFr·Follow1/3 des étudiantes renoncent à acheter des protections par manque de moyens.

La précarité menstruelle est un scandale dont personne ne parle.

En 2027, avec la France insoumise nous pourrons rendre l'accès aux protections périodiques gratuit pour toutes !
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Le chiffre avancé - "1/3 des étudiantes" - circule sans source identifiable et ne correspond pas aux ordres de grandeur publiés par les baromètres associatifs, qui évoquaient plutôt 15 % de jeunes filles renonçant à changer de protection aussi souvent que nécessaire, et 1,7 million de femmes en manque de protections. C'est une affirmation militante, pas une mesure. Le coût d'une gratuité générale, lui, n'est guère discuté publiquement, alors qu'il s'agirait d'une dépense courante et non d'un investissement.

L'asymétrie reste instructive. La précarité menstruelle a un objet, un vocabulaire et une clientèle électorale ; le savon, la lessive, le dentifrice et le papier toilette n'en ont aucun. Personne ne manifeste pour la lessive.

Qui paie, et à quel prix

Le prix de ces produits n'est pas neutre non plus. La loi du 30 mars 2023, dite Descrozaille, a encadré les promotions sur les produits de grande consommation non alimentaires - hygiène, droguerie - en plafonnant les remises à 34 %. L'objectif affiché était de protéger les marges des industriels face aux guerres promotionnelles des distributeurs. L'effet secondaire est mécanique : les acheteurs les plus sensibles au prix, qui ne peuvent acheter qu'en promotion, perdent l'accès aux remises les plus fortes. En août 2023, le président de la Fédération du commerce et de la distribution, Alexandre Bompard, réclamait un moratoire d'un an sur cette disposition, en soutenant qu'"un Français sur cinq renonce aujourd'hui à l'achat de ces produits d'hygiène de première nécessité du fait de la hausse des prix". C'est une position d'acteur, défendue par une enseigne qui a intérêt aux prix bas ; elle n'en désigne pas moins un arbitrage réel entre protection des fournisseurs et pouvoir d'achat des plus contraints.

Reste la voie la plus directe : distribuer gratuitement à l'école. Le coût est alors porté par le budget public, ce qui a un avantage - la dépense atteint un public captif, sans condition de ressources à démontrer - et une limite : elle ne couvre que le temps scolaire. Une ligne de consommables sanitaires dans les dotations des lycées serait probablement la dépense la moins chère et la plus efficace de tout le plan lycéen. Elle n'est pas annoncée. Le plan, lui, a des milliards, des listes de 200 établissements et des inaugurations.

Ce que le mouvement de cet automne a rendu visible n'est donc pas seulement la vétusté de locaux : c'est une hiérarchie entre ce qui se voit et ce qui compte. Le bâti a des plans ; le savon, rien. Il faudra pourtant bien que quelqu'un remplisse les distributeurs, un lundi matin de novembre.

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Questions fréquentes

Pourquoi l'hygiène des jeunes précaires est-elle difficile à mesurer ?

Aucune enquête publique n'isole ces dépenses courantes pour les jeunes. Les données disponibles viennent surtout d'un baromètre déclaratif de l'Ifop pour Dons Solidaires, qui estime à près de 4 millions le nombre de personnes renonçant à des produits d'hygiène essentiels ; ce chiffre vaut comme ordre de grandeur, pas comme comptage officiel.

Que dénoncent les lycéens sur les sanitaires scolaires ?

Des lycéens décrivent des toilettes sales, sans papier toilette, parfois sans portes ni savon, avec des moisissures ou des tuyaux rouillés. Une infirmière scolaire du SNIES-Unsa Éducation y voit un problème de santé publique, mais son témoignage n'est pas une mesure.

Le plan annoncé le 26 octobre prévoit-il un budget pour les consommables d'hygiène ?

Non. Les engagements annoncés par Sébastien Lecornu portent sur des prêts à taux réduit pour rénover les bâtiments, des postes, le plafonnement des classes, les bourses et Parcoursup. Aucune ligne ne crée de budget récurrent pour le savon, le papier ou les protections, qui relèvent des dotations de fonctionnement.

Le chiffre de 4 millions de personnes est-il une mesure officielle ?

Non. Il vient du baromètre "Hygiène et précarité" de l'Ifop pour l'association Dons Solidaires, réalisé en ligne auprès de 4 002 répondants. La série n'est pas homogène et le mot "renoncement" recouvre des réalités inégales ; le chiffre vaut comme ordre de grandeur.

La précarité menstruelle est-elle mieux prise en compte que les autres produits d'hygiène ?

Elle a conquis une existence publique : des dispositifs de distribution gratuite existent dans une partie des établissements et une offre politique promet la gratuité pour toutes en 2027. En mai 2026, Manon Aubry a avancé le chiffre "1/3 des étudiantes", qui n'a pas de source identifiable et ne correspond pas aux ordres de grandeur des baromètres associatifs.

Sources

  1. Un Français sur trois renonce à acheter des produits d'hygiène, faute de moyens - Allo Docteurs · allodocteurs.fr
  2. 4 millions de personnes renoncent à des produits d’hygiène en France | Carenews INFO · carenews.com
  3. Mouvement lycéen en Ile-de-France : la propreté des toilettes n'est pas un sujet anecdotique | Citoyens.com · citoyens.com
  4. Produits d'hygiène : un Français sur deux s'en prive pour des questions d'argent · cnews.fr
  5. [PDF] 28% 7% - Dons solidaires · donsolidaires.fr
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Manon Gerbot @debat-live

Étudiante en droit à Nantes, j'adore suivre les grands débats de société et la vie politique française. Je participe au club d'éloquence de ma fac et je peux défendre une idée comme son contraire pour mieux la comprendre.

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