La promesse de campagne d'Éric Ciotti devient réalité : dès la rentrée 2026, les plus de 65 ans résidant dans la métropole niçoise pourront voyager gratuitement sur tout le réseau Lignes d'Azur. L'annonce, officialisée par Bertrand Gasiglia en mai dernier, concerne potentiellement 150 000 personnes et soulève une question centrale : qui va payer l'addition ? Entre un coût estimé entre 4 et 8 millions d'euros par an et des investissements colossaux sur les lignes de tramway, l'équation budgétaire s'annonce serrée. Décryptage d'une mesure populaire dont les conséquences financières pourraient bien retomber sur les jeunes usagers.

La promesse Ciotti-Estrosi devient réalité : jusqu'à 150 000 Niçois vont voyager gratis
C'est une petite révolution dans le paysage des transports niçois. Le 20 mai 2026, Bertrand Gasiglia, nouveau président de Lignes d'Azur et bras droit d'Éric Ciotti pour les mobilités, annonce que la gratuité des transports pour les plus de 65 ans sera mise en œuvre dès la rentrée. Une décision qui concrétise une promesse formulée en décembre 2025 par Christian Estrosi sur le plateau de TF1, puis reprise par Éric Ciotti lors de sa campagne municipale victorieuse du 12 mars 2026.
Le chiffre donne le vertige : entre 148 000 et 150 000 personnes pourraient bénéficier de cette mesure, selon les estimations de France 3 et de BFMTV. C'est l'équivalent de la population de plusieurs arrondissements parisiens qui se verrait offrir l'accès à un réseau qui transporte 109 millions de voyageurs par an et dessert 51 communes, de Nice à Saint-Laurent-du-Var en passant par Cagnes-sur-Mer.

Pour comprendre l'ampleur du changement, il faut rappeler qu'avant cette annonce, seuls les seniors non imposables bénéficiaient déjà de la gratuité. Les autres devaient payer leur abonnement plein tarif, à l'instar des actifs. La nouvelle mesure supprime donc toute condition de ressources : tous les résidents de la métropole âgés de 65 ans et plus pourront circuler sans bourse délier sur les trois lignes de tramway et la centaine de lignes de bus du réseau.
De la campagne des municipales au vote au conseil métropolitain
La chronologie de cette mesure raconte une histoire politique passionnante. Tout commence en décembre 2025, quand Christian Estrosi, alors encore maire, annonce sur TF1 vouloir étendre la gratuité à tous les retraités, sans condition de ressources. À l'époque, le coût est estimé à près de 5 millions d'euros par an. Le maire sortant justifie sa décision par un constat simple : « l'usager paie 25 % du coût de son ticket et la collectivité en paie elle les trois quarts ». Selon lui, l'investissement serait « totalement absorbé par la montée en puissance de la fréquentation ».
Mais la campagne municipale rebat les cartes. Éric Ciotti, candidat de la droite dure, reprend la promesse à son compte et l'enrichit. Le 12 mars 2026, il remporte l'élection face à une gauche divisée. Dès sa prise de fonction, il confie à Bertrand Gasiglia la présidence de Lignes d'Azur avec une mission claire : accélérer la mise en œuvre de la gratuité pour les seniors.
Le 20 mai, Gasiglia officialise la mesure lors d'une conférence de presse. Le vote au conseil métropolitain, prévu pour juin, ne devrait être qu'une formalité. Entre-temps, la gauche locale monte au créneau. Juliette Chesnel-Le Roux, candidate du Front populaire aux municipales, dénonce une « mesure électoraliste » et réclame une gratuité totale pour tous, sur le modèle de Montpellier. La compétition politique sur le thème de la gratuité des transports est désormais lancée.
148 000 à 150 000 potentiels bénéficiaires : quel mode d'emploi ?
Concrètement, comment ça marche ? Les modalités précises restent à définir, mais Bertrand Gasiglia a donné quelques indications. Les seniors devront créer une carte de validation spécifique, sur le modèle de ce qui existe déjà pour les moins de 11 ans. Depuis juillet 2025, ces derniers bénéficient en effet de la gratuité, moyennant une carte de circulation facturée 15 euros. Une somme qui avait fait débat à l'époque.

Pour les seniors, la question du coût de cette carte n'est pas encore tranchée. Sur France 3, Gasiglia évoque « une simple formalité administrative ». Mais le précédent des enfants, qui ont dû payer 15 euros pour leur carte gratuite, laisse planer un doute. Si la même logique s'applique, la métropole pourrait encaisser jusqu'à 2,25 millions d'euros de frais de dossier, de quoi amortir une partie du manque à gagner.
Un point important : contrairement à l'ancienne mesure qui ne concernait que les seniors non imposables, celle-ci est universelle. Plus besoin de déclarer ses revenus, de fournir un avis d'imposition. Il suffira de prouver son âge et sa résidence dans la métropole. Une simplification administrative bienvenue, mais qui élargit considérablement le nombre de bénéficiaires potentiels.
De 5 à 8 millions d'euros par an : le trou béant dans le budget de Lignes d'Azur
C'est le cœur du problème, et personne ne le cache vraiment. Bertrand Gasiglia lui-même l'admet sur ICI Azur : « La gratuité pour tous n'existe pas. Il y a toujours quelqu'un qui paie, notamment le contribuable. » La question n'est donc pas de savoir si la gratuité a un coût, mais qui va le supporter.
Les estimations varient du simple au double. L'Institut Montaigne, dans une note citée par Le Figaro, évalue le manque à gagner à 4,6 millions d'euros par an. France 3 avance une fourchette de 5 à 7 millions. Bertrand Gasiglia, lui, parle de 7 à 8 millions sur ICI Azur. Pourquoi un tel écart ? Parce que personne ne sait exactement combien de seniors prennent actuellement les transports en commun, ni comment leur comportement va évoluer une fois la gratuité instaurée.

Décryptage des chiffres : pourquoi l'estimation varie-t-elle autant ?
L'écart entre les différentes estimations s'explique par plusieurs facteurs. D'abord, le nombre exact de seniors résidant dans la métropole est difficile à déterminer. Les 148 000 personnes évoquées par France 3 ne sont pas toutes des usagers réguliers des transports en commun. Certains ont une voiture, d'autres ne se déplacent quasiment plus.
Ensuite, le « manque à gagner » ne tient pas compte des coûts indirects. La distribution des nouvelles cartes de validation, par exemple, représente un investissement non négligeable. Sans parler de l'affluence supplémentaire : si la gratuité incite des seniors qui ne prenaient jamais le bus à le faire, cela nécessitera peut-être d'augmenter la fréquence des rames, donc d'embaucher des conducteurs et d'acheter du matériel roulant.
Enfin, le chiffrage est un enjeu politique. En annonçant un coût de 7 à 8 millions, Gasiglia prépare le terrain à d'éventuelles hausses d'impôts ou de taxes. À l'inverse, l'Institut Montaigne, think tank libéral, a intérêt à minimiser le coût pour ne pas effrayer les contribuables. La fourchette large laisse une marge de manœuvre considérable à la métropole.
Le contribuable mis à contribution : versement mobilité ou impôts locaux ?
Concrètement, d'où viendra l'argent ? Plusieurs pistes sont sur la table, mais aucune n'a été officiellement confirmée. La première option est la hausse du versement mobilité, une taxe payée par les entreprises de plus de 11 salariés, assise sur leur masse salariale. C'est le modèle choisi par Dunkerque et Aubagne, où cette taxe a été augmentée de manière significative pour financer la gratuité.
La deuxième option consiste à puiser dans le budget général de la Métropole, c'est-à-dire dans les impôts locaux payés par les habitants. Une solution politiquement risquée pour une équipe municipale fraîchement élue. La troisième option, plus hypothétique, serait d'obtenir des subventions de l'État ou de la Région Sud. Mais dans un contexte de restrictions budgétaires nationales, cette piste semble peu réaliste.
Bertrand Gasiglia reste évasif sur le sujet. Interrogé sur ICI Azur, il se contente de dire que « le contribuable » paiera, sans préciser lequel. Les entreprises ? Les ménages ? Les touristes via la taxe de séjour ? Le silence est assourdissant, et il inquiète les associations d'usagers, qui redoutent un transfert de charges vers les abonnés jeunes et actifs.
Le pass à 10 € les 10 tickets : une aubaine ou le cache-misère d'une hausse des abonnements jeunes ?
C'est la deuxième grande annonce de Bertrand Gasiglia, et elle passe presque inaperçue au milieu du battage médiatique sur la gratuité des seniors. Pourtant, elle concerne directement les jeunes et les actifs : un pass à 10 euros pour 10 tickets de transport, soit un prix unitaire de 1 euro au lieu de 1,70 euro actuellement.
Sur le papier, la mesure est alléchante. Le ticket à l'unité coûte aujourd'hui 1,70 euro et il n'existe pas de carnet. Passer à 1 euro le trajet, c'est une baisse de plus de 40 %. De quoi soulager le porte-monnaie des étudiants et des actifs qui utilisent le tram de façon occasionnelle, sans prendre d'abonnement mensuel.
1,70 € le ticket ou 10 € le carnet : l'équation gagnante pour l'usager occasionnel
Le calcul est simple. Pour un étudiant qui prend le tram deux fois par semaine pour aller en cours, le budget mensuel passe de 13,60 euros (8 tickets à 1,70 euro) à 8 euros (8 tickets à 1 euro). Une économie de 5,60 euros par mois, soit 67 euros par an. Pour un jeune actif qui utilise le tram pour ses déplacements professionnels occasionnels, l'économie est équivalente.

Mais pourquoi cette baisse alors que les seniors deviennent gratuits ? Plusieurs hypothèses circulent. La première est que la métropole cherche à faire passer la pilule d'une future hausse des abonnements. En offrant une baisse sur le ticket à l'unité, elle espère désamorcer les critiques. La seconde est que cette mesure vise les touristes, très nombreux à Nice, qui représentent une manne financière importante pour Lignes d'Azur.
Reste que le pass à 10 euros est une bonne nouvelle pour les usagers occasionnels. Encore faut-il que le dispositif soit simple à utiliser : recharge sur une carte, achat en ligne, validité prolongée. Les modalités exactes n'ont pas encore été communiquées.
Les abonnés mensuels et étudiants dans le flou : une revalorisation à venir ?
C'est l'angle mort de l'annonce, et c'est ce qui inquiète le plus les associations d'usagers. La métropole n'a rien dit sur le sort des abonnements mensuels, qu'ils soient plein tarif, étudiants ou jeunes actifs. Or, ces abonnements représentent une part significative des recettes de Lignes d'Azur.
Le risque est réel. Pour compenser la perte de 5 à 8 millions d'euros liée à la gratuité des seniors ET la baisse du ticket à 1 euro, il faudra bien trouver l'argent quelque part. L'abonnement étudiant ou jeune actif est la variable d'ajustement la plus facile à actionner sans faire de vagues politiques. Les étudiants votent peu, les jeunes actifs non plus. Augmenter leur abonnement de 10 ou 20 euros par mois passerait probablement inaperçu dans le débat public.
Bertrand Gasiglia reste muet sur ce point. Interrogé par ICI Azur, il élude la question et renvoie à « des annonces ultérieures ». Un silence qui en dit long sur les intentions de la métropole. Les jeunes Niçois ont tout intérêt à suivre de près les prochains conseils métropolitains, où ces décisions seront prises.
Montpellier plutôt que Dunkerque ? Le contre-projet de la gauche niçoise pour une gratuité totale
La mesure de Ciotti et Estrosi ne fait pas l'unanimité. À gauche, on dénonce une « gratuité à deux vitesses » qui favorise les seniors au détriment des jeunes et des actifs. Juliette Chesnel-Le Roux, candidate du Front populaire aux municipales, a été la première à monter au créneau, dénonçant sur France 3 une mesure « électoraliste » destinée à s'attirer les faveurs d'un électorat âgé et conservateur.
Son alternative ? La gratuité totale pour tous, sur le modèle de Montpellier, seule grande ville française à avoir franchi le pas. Un projet ambitieux, certes, mais dont le financement reste à démontrer. La gauche niçoise propose de le financer par une augmentation de la taxe de séjour et une hausse du prix du ticket unitaire, une manière de faire payer les touristes plutôt que les locaux.
L'opposition municipale monte au créneau : « et les jeunes, les actifs ? »
L'argument de la gauche est simple et percutant : pourquoi offrir la gratuité aux seniors et pas aux jeunes ou aux actifs ? « C'est une mesure discriminatoire qui exclut les plus précaires », martèle Juliette Chesnel-Le Roux sur BFMTV. Elle rappelle que les jeunes actifs et les étudiants sont souvent ceux qui ont le plus besoin des transports en commun, faute de pouvoir s'offrir une voiture ou un scooter.
Le Front populaire et Unis pour Nice, l'autre liste de gauche, réclament donc une gratuité progressive pour tous, en commençant par les plus vulnérables : chômeurs, étudiants, bénéficiaires du RSA. Un modèle plus proche de celui de Montpellier, où la gratuité a été instaurée pour tous les habitants en 2023, que de celui de Dunkerque, où elle est limitée aux résidents de la communauté urbaine.
Taxe de séjour, ticket unitaire : les pistes de financement alternatives
Pour financer cette gratuité totale, la gauche niçoise propose deux pistes principales. La première est l'augmentation de la taxe de séjour, payée par les touristes qui séjournent dans les hôtels et locations de courte durée de la métropole. Nice accueille chaque année des millions de visiteurs, et une hausse de quelques centimes par nuitée rapporterait plusieurs millions d'euros.
La seconde piste est l'augmentation du prix du ticket unitaire, payé principalement par les touristes et les non-abonnés. L'idée est simple : faire payer les visiteurs plutôt que les locaux. Un ticket à 2 euros, par exemple, serait indolore pour un touriste mais rapporterait des recettes supplémentaires conséquentes à Lignes d'Azur.
Ces propositions ont le mérite d'exister, mais elles soulèvent des questions. Une hausse de la taxe de séjour pourrait freiner le tourisme, secteur économique majeur de la Côte d'Azur. Quant à l'augmentation du ticket unitaire, elle pénaliserait les usagers occasionnels, notamment les jeunes qui ne prennent pas l'abonnement.
« Électoraliste » ou « ambitieux » ? Le débat politique
Au-delà des chiffres, c'est un débat politique qui se joue. Pour la majorité municipale, la gratuité totale est un « puits sans fond », selon les mots de Bertrand Gasiglia sur ICI Azur. « La gratuité pour tous n'existe pas, il y a toujours quelqu'un qui paie », répète-t-il. Une position qui reflète la prudence budgétaire de la droite niçoise, soucieuse de ne pas augmenter les impôts locaux.
Pour la gauche, la gratuité ciblée est un « cadeau électoral » aux seniors, un vote très courtisé. « Ciotti et Estrosi cherchent à s'attirer les faveurs des retraités, qui votent massivement, au détriment des jeunes qui ne votent pas », accuse Juliette Chesnel-Le Roux. Un argument qui trouve un écho certain auprès des étudiants et des jeunes actifs, qui se sentent oubliés par la mesure.
Le débat sur la gratuité des transports est devenu un marqueur politique majeur à Nice. La droite mise sur une mesure populaire et socialement compréhensible, tandis que la gauche défend un projet plus ambitieux mais plus coûteux. Entre les deux, les jeunes Niçois attendent de savoir ce qu'ils vont devoir payer.
Dunkerque, Aubagne, Calais : ce que les pionniers de la gratuité nous apprennent sur le financement
Pour comprendre ce qui attend Nice, il faut regarder ce qui s'est passé ailleurs. Les expériences de gratuité des transports en commun se multiplient en France depuis une dizaine d'années, et leurs résultats sont désormais bien documentés. Dunkerque, Aubagne, Calais, Niort : chaque ville a sa propre recette, mais toutes partagent un même défi : le financement.
Le Figaro, dans un article de septembre 2020, dresse un panorama de ces expériences. À Dunkerque, la gratuité instaurée en 2018 a entraîné une hausse de fréquentation de 85 % la première année, et de 125 % le week-end. 10 % des habitants ont vendu leur voiture ou renoncé à en acheter une. À Calais, la gratuité du week-end a fait bondir la fréquentation de 70 %. À Aubagne, pionnière en 2009, la hausse atteint 230 % sur les lignes régulières.
+85 % de fréquentation à Dunkerque : le pari de l'« effet rebond » est-il tenable ?
C'est sur cet « effet rebond » que Christian Estrosi tablait en décembre 2025. Selon lui, l'investissement dans la gratuité serait « totalement absorbé par la montée en puissance de la fréquentation ». Autrement dit, plus de voyageurs = plus de recettes indirectes (économies de carburant, réduction de la pollution, attractivité du territoire) qui compenseraient la perte des recettes directes.
Mais est-ce réaliste pour une mesure qui ne concerne QUE les seniors ? À Dunkerque, la gratuité est totale pour tous les habitants, ce qui explique en partie l'explosion de la fréquentation. À Nice, seuls les plus de 65 ans voyageront gratis. Les jeunes et les actifs continueront à payer. L'effet rebond risque donc d'être beaucoup plus limité.
D'autant que les seniors ne sont pas les plus gros utilisateurs des transports en commun. Beaucoup ont une voiture et préfèrent l'utiliser pour leurs déplacements quotidiens. La gratuité pourrait certes inciter certains à laisser leur véhicule au garage, mais il est peu probable que cela compense intégralement le manque à gagner.
Le vrai financement : la hausse du versement transport
Le modèle économique de la gratuité, dans les villes pionnières, repose en réalité sur une augmentation du versement transport. Cette taxe, payée par les entreprises de plus de 11 salariés, est assise sur leur masse salariale. À Aubagne, elle est passée de 0,6 % à 1,8 %. À Dunkerque, de 1,05 % à 1,55 %. Ce sont les entreprises locales qui paient la note, pas l'usager.
Ce modèle a l'avantage de la simplicité : les entreprises contribuent au financement des transports, ce qui encourage leurs employés à les utiliser. Mais il a aussi des inconvénients : il pénalise les entreprises locales par rapport à celles situées hors de la métropole, et il peut freiner la création d'emplois.
Est-ce que Nice va augmenter cette taxe ? Le silence de Bertrand Gasiglia sur ce point est assourdissant. Pourtant, sans augmentation du versement transport, il est difficile de voir comment la métropole pourrait financer la gratuité des seniors sans augmenter les impôts locaux ou réduire les investissements.
Quel impact sur les jeunes usagers dans ces villes ?
Les critiques de la FNAUT (Fédération nationale des associations d'usagers des transports) et de l'UTP (Union des transports publics) sont instructives. Dans les colonnes du Figaro, ces organisations qualifient la gratuité de « fausse bonne idée ». Leurs arguments : la gratuité dégrade le service (moins de recettes = moins d'investissement) et profite surtout aux actifs aisés qui se déplacent en ville.
Dans les villes à gratuité totale, les jeunes n'ont pas vu leurs impôts baisser. Au contraire, dans certains cas, ils ont augmenté pour compenser le manque à gagner. Dans les villes à gratuité partielle, comme Nice, le report de charge sur les autres catégories d'usagers est un risque réel.
Les jeunes Niçois ont donc tout intérêt à suivre de près l'évolution des tarifs des abonnements. Si la métropole ne trouve pas d'autres sources de financement, ce sont eux qui risquent de payer la note.
L'autre épine dans le budget : les 1 milliard d'euros des lignes de tramway 4 et 5
La gratuité des seniors n'est pas la seule dépense qui pèse sur le budget de la métropole. En parallèle, Nice poursuit un chantier colossal : la construction des lignes 4 et 5 du tramway, dont le coût total atteint 1 milliard d'euros, selon ICI Azur. Un investissement qui interroge sur la capacité de la collectivité à concilier ambitions d'infrastructure et baisse des recettes de fonctionnement.
Le réseau actuel compte trois lignes de tramway et une centaine de lignes de bus. Les lignes 4 et 5 doivent permettre de desservir de nouveaux quartiers, de relier Nice à Cagnes-sur-Mer et d'améliorer la desserte de l'aéroport. Mais le projet est menacé par l'opposition du nouveau maire RN de Cagnes-sur-Mer, Bryan Masson, qui refuse le passage du tramway dans sa commune.

Le coût faramineux du chantier
Un milliard d'euros, c'est le chiffre donné par ICI Azur pour l'ensemble du projet. C'est 125 fois le coût annuel de la gratuité des seniors selon l'estimation la plus basse, 200 fois selon la plus haute. Comment concilier l'endettement colossal pour les infrastructures avec une baisse volontaire des recettes de fonctionnement ? C'est le grand écart budgétaire de la Métropole.
Les lignes 4 et 5 sont pourtant indispensables pour répondre à la croissance démographique de la métropole niçoise. La population augmente, les déplacements aussi. Sans ces nouvelles lignes, le réseau existant risque la saturation, surtout si la gratuité des seniors attire de nouveaux usagers.
Mais le financement de ces lignes est incertain. La métropole compte sur des subventions de l'État, de la Région Sud et de l'Europe. Mais dans un contexte de restrictions budgétaires, ces subventions pourraient être réduites ou retardées. Le risque d'un arrêt du chantier est réel, comme le montre l'opposition du maire de Cagnes-sur-Mer.
Entretenir le réseau vs subventionner les usagers : le difficile arbitrage
Quand on a un réseau de 3 lignes de tramway et 100 lignes de bus, l'entretien coûte cher. Chaque euro non perçu via les tickets doit être compensé par une économie ailleurs ou une hausse de la fiscalité. Si la gratuité des seniors n'est pas compensée, ce sont les investissements (et donc la qualité du service pour les jeunes usagers) qui trinqueront.
Concrètement, cela pourrait se traduire par des rames moins fréquentes, des bus plus vieux, des arrêts moins bien entretenus. Ou, plus probablement, par une hausse des abonnements pour les jeunes et les actifs. La métropole est face à un dilemme : investir dans l'infrastructure pour améliorer le service, ou subventionner les usagers pour les inciter à utiliser les transports.
Ce dilemme n'est pas propre à Nice. Toutes les villes qui ont instauré la gratuité y ont été confrontées. À Dunkerque, la hausse du versement transport a permis de financer à la fois la gratuité et l'entretien du réseau. À Aubagne, la gratuité a été accompagnée d'une augmentation de l'offre de transport. Mais dans les deux cas, le choix a été fait d'augmenter les taxes plutôt que de réduire les investissements.
Seniors en gratis, jeunes en sursis : le vrai prix de la générosité municipale
La mesure est politiquement populaire et socialement compréhensible. Offrir la gratuité des transports aux seniors, c'est reconnaître leur contribution à la société, leur offrir une mobilité préservée à un âge où les déplacements deviennent plus difficiles. Mais son économie est fragile, et les zones d'ombre sont nombreuses.
Le silence sur le sort des abonnements jeunes est le plus préoccupant. La métropole n'a rien annoncé sur le coût des abonnements étudiants ou jeunes actifs, et Bertrand Gasiglia élude systématiquement la question. Or, ces abonnements représentent une part significative des recettes de Lignes d'Azur. Si la gratuité des seniors et la baisse du ticket à 1 euro ne sont pas compensées par ailleurs, ce sont ces abonnements qui risquent d'augmenter.
Le contribuable niçois, notamment les jeunes actifs qui paient des impôts locaux ou des loyers chargés, est la variable d'ajustement potentielle. À travers la hausse des impôts locaux ou l'augmentation des abonnements, ce sont eux qui financeront in fine la générosité municipale envers les seniors.
Conclusion : l'équation niçoise en attente de solutions
L'équation niçoise est simple : une mesure populaire et généreuse, mais dont le financement repose encore sur des hypothèses optimistes et des silences gênants. Le risque d'un transfert de charges vers les jeunes usagers, via la hausse des abonnements ou des impôts locaux, est bien réel. Les prochains conseils métropolitains seront décisifs : c'est là que se jouera le vrai prix de la gratuité des transports pour les seniors. Aux jeunes Niçois de rester vigilants et de faire entendre leur voix.