Laurent Nuñez a fait de la lutte contre la criminalité organisée une « priorité interministérielle absolue » le 9 avril 2026 à Marseille. Le ministre de l'Intérieur a confié le pilotage à la Direction nationale de la police judiciaire (DNPJ).

Le dispositif présenté à Marseille
Nuñez a détaillé une circulaire envoyée le 25 mars et une doctrine de dix pages. Ces textes attribuent le « chef de filature » à la DNPJ. La DNPJ coordonne l'action des policiers et des gendarmes sur tout le territoire.
Le patron de la police judiciaire nationale, Christian Sainte, pilote cette coordination. Selon Nuñez, le but est d'avoir une direction nationale qui impulse et échange les informations sur les réseaux.
La doctrine qualifie le narcotrafic de « menace stratégique pour la sécurité nationale ». Elle cite sa puissance financière, son internationalisation et sa capacité de déstabilisation des fonctions régaliennes.
Cette annonce prolonge un engagement local. Après l'assassinat de Medhi Kessaci le 13 novembre 2025 à Marseille, Nuñez avait promis de revenir régulièrement. Il a choisi Marseille, où la DZ Mafia domine le marché de la drogue dans le Sud. Mi-mars, 900 gendarmes ont mené un coup de filet qui a abouti à 26 mises en examen.
Marseille reste sous tension sécuritaire sur plusieurs fronts. Un commando y a blessé quatre personnes en pleine rue pendant un match France-Maroc (Marseille : un commando blesse quatre personnes en pleine rue pendant France-Maroc). Une enquête a été ouverte après des menaces de mort contre l'élu Sébastien Delogu (Menaces de mort contre Sébastien Delogu : enquête ouverte à Marseille).
Coordination interministérielle et cadre législatif
La « priorité interministérielle » dépasse la police. Le narcotrafic touche la sécurité publique, la santé, l'économie et la cohésion sociale. Il s'étend des métropoles aux zones rurales et ultramarines.
Le 17 décembre 2025, le Premier ministre s'est exprimé devant l'Assemblée nationale lors d'un débat sur le narcotrafic et la criminalité organisée. Les chiffres rappelés ce jour-là donnent un marché des stupéfiants de 6,8 milliards d'euros en 2025, trois fois plus qu'en 2010. 3,7 millions de Français ont déjà consommé de la cocaïne.

La loi n° 2025-532 du 13 juin 2025, « visant à sortir la France du piège du narcotrafic », fixe le cadre législatif. Elle est issue des travaux de la commission d'enquête sénatoriale menée par Jérôme Durain et Étienne Blanc. Elle élargit les pouvoirs des préfets et permet la résiliation de bail en cas de deal.
Répression renforcée et prévention
Le volet répressif se renforce. Le 27 février 2026, Nuñez a présenté un plan de 125 mesures pour « remuscler » la filière investigation de la Police nationale. Ce plan vise à moderniser les outils et faire face à l'explosion des procédures.
Une analyse du site actu-juridique souligne que ce plan apporte une rallonge de 43 millions d'euros, mais ne traite pas les causes structurelles de la crise, jugées sociales, législatives et institutionnelles. Les syndicats policiers ont réagi avec réserve : Unité-Police estime qu'il manque 2 000 enquêteurs.
La réponse dépasse pourtant la seule répression. Le gouvernement identifie la prévention autour des établissements scolaires, la mobilisation de l'Éducation nationale, des collectivités et des polices municipales comme axes prioritaires. Le renforcement des dispositifs de santé mentale fait partie du dispositif.
Le Sénat tempère cette ambition. La sénatrice Marion Canalès a rappelé en janvier 2026 que le volet préventif de la loi de juin 2025 reste « un point encore trop silencieux ». Les travaux de la commission d'enquête insistaient pourtant sur la nécessité de mener prévention et dissuasion en parallèle.
Incertitude sur le terrain
Pour un jeune habitant d'un quartier sensible, l'effet concret dépend de la mise en œuvre. La priorité absolue centralise la coordination à la DNPJ et inscrit l'action dans un cadre multi-domaines.
Les sources ne détaillent pas le financement local ni le rôle précis des collectivités territoriales. L'efficacité contre le narcotrafic se jouera sur l'équilibre répression et prévention, et sur la capacité des services à agir dans les quartiers.