Les douanes ont saisi 13 tonnes de cocaïne en dix jours en février 2026 dans le port de Dunkerque, pour une valeur estimée à 865 millions d'euros. Le troisième port de commerce français est devenu une entrée majeure de la drogue en Europe.

Pourquoi Dunkerque attire les réseaux
Dunkerque manutentionne environ 747 000 conteneurs par an. Le trafic conteneurisé a quasiment doublé depuis 2018, selon les données gouvernementales. Le port dispose de lignes transatlantiques directes depuis l'Amérique du Sud, la source de la cocaïne. Frédérique Durand, directrice régionale des douanes, indique que cette croissance du trafic fait du port un choix logique pour les organisations de fraude.

Les réseaux criminels ont changé de route. Anvers, Rotterdam et Le Havre ont sécurisé leurs accès maritimes. Les groupes cherchent de nouveaux points d'entrée en Europe. Le procureur de Lille, Samuel Finielz, parle d'une « inversion de tendance » entre Le Havre et Dunkerque. Le Havre a atteint en 2025 un chiffre historiquement bas en saisies de cocaïne.
La vulnérabilité des sites stratégiques français ne se limite pas au port. Il faut que la France « se remuscle » sur ce plan : plus de 500 usines françaises en « portes ouvertes » décrit 500 usines en « portes ouvertes », un signe que la protection des flux économiques légaux exige une présence publique renforcée sur les infrastructures critiques.
Les saisies record et leur sens
En février 2026, trois opérations ont permis la saisie de 1,9 tonne le 7 février, 8 tonnes le 12 février, puis 2,8 tonnes le 18 février. Total : 13 tonnes en dix jours. C'est un record pour le port.
En mars 2025, un seul conteneur avait déjà livré 10 tonnes. Cette prise représentait un tiers des saisies françaises de cocaïne de l'année (31 tonnes). Le port était déjà une plaque tournante avant 2026.
Ces chiffres sont ambigus. Ils peuvent signaler une hausse du trafic ou une meilleure efficacité des contrôles. Le procureur de Lille le dit : « on ne connaît pas le chiffre noir des entrées de cocaïne » non détectées. La cocaïne qui transite par Dunkerque approvisionne aussi les marchés belge et britannique, pas seulement la France.
La réponse de l'État et le coût de la sécurisation
Le gouvernement a annoncé une enveloppe de 419 millions d'euros. Le plan prévoit 545 nouveaux douaniers et 25 scanners de dernière génération, mobiles ou fixes, déployés en France. David Amiel, ministre de l'Action et des Comptes publics, a présenté ces mesures lors d'un déplacement le 22 mai 2026.
Une brigade de surveillance extérieure portuaire sera créée le 1er septembre 2026 à Dunkerque. Elle comptera 25 agents au départ, puis 37 à la mi-2027.
Sur le port, un scanner mobile de basse intensité est en place depuis fin 2024. Un scanner mobile de haute intensité sera permanent d'ici fin 2026. Un scanner fixe de nouvelle génération est prévu autour de 2030. La protection des infrastructures de contrôle rejoint la question plus large de la souveraineté des équipements stratégiques, comme le rappelle Uranium russe : la France continue d'en acheter, les raisons de cette dépendance sur la dépendance énergétique du pays.
La douane doit traquer la fraude sans gêner le commerce légitime. Pierre Laurent, chef divisionnaire des douanes à Dunkerque, résume l'enjeu : disposer d'outils pour contrôler plus vite, sans bloquer le flux commercial. Ralentir les contrôles coûterait cher au troisième port français.
Les limites humaines de la réponse policière
Les trafiquants recrutent les travailleurs du port. Frédéric Saliba, journaliste spécialiste du narcotrafic, explique que les réseaux ciblent les dockers, d'abord avec de l'argent, puis par la menace. Plus de 500 dockers ont été formés contre la corruption.
Frédéric Ploquin, journaliste d'investigation spécialiste du narcotrafic, estime qu'il n'existe pas de « ligne Maginot » face au « tsunami » de cocaïne. Si les ports français se ferment, les trafiquants passeront par les Balkans ou la Grèce. Ils réinventent sans cesse leurs routes. La sécurisation du port réduit les opportunités, mais ne supprime pas l'adaptation des réseaux.
Les saisies record mesurent aussi l'amélioration des contrôles. Le « chiffre noir » reste inconnu.