Le rappeur Jul, figure majeure du rap marseillais, aurait été contraint de quitter Marseille après une tentative de racket de la DZ Mafia. Une décision qui transforme un fait divers en avertissement pour tous les artistes sous pression.

Racket de Jul par la DZ Mafia : ce que l'on sait
Selon les révélations du Parisien datées du 29 juillet 2026, la DZ Mafia « a entrepris de racketter Jul comme d'autres rappeurs ». Le journaliste Damien Delseny, rédacteur en chef adjoint du service police-justice, précise que l'artiste « a dû déménager et quitter Marseille » et qu'il a pris « un certain nombre de précautions pour assurer sa sécurité ».
Le magazine Voici confirme l'information en apportant un éclairage sur la logique du groupe criminel : la DZ Mafia « a estimé que l'artiste lui était redevable et qu'elle était en droit de percevoir une part sur ses revenus ». Une justification qui en dit long sur le fonctionnement de l'organisation, qui considère les artistes marseillais comme des sources de revenus légitimes.
Aucune confirmation officielle n'a été apportée par Jul ou son équipe au 1er août 2026. Les faits reposent donc sur les informations des deux médias, concordantes sur l'essentiel : la tentative de racket, le départ contraint et les mesures de sécurité prises par l'artiste.
Pourquoi Jul, symbole du rap marseillais, est une cible si forte
Julien Mari, 36 ans, n'est pas un rappeur comme les autres. Numéro 1 des artistes les plus écoutés en France en 2025, il est le plus gros vendeur de disques de l'histoire du rap français avec environ 10 millions d'albums écoulés. Trente-quatre albums, près de 1 000 titres, plus de 200 certifications : son catalogue est une machine économique qui tourne en indépendance, sans label majeur.

Surtout, Jul incarne Marseille. Il chante sa ville, y a grandi, y a construit son empire. Le voir quitter la cité phocéenne sous la pression d'un gang criminel envoie un signal puissant : si le rappeur le plus populaire et le plus puissant de la scène marseillaise doit fuir, personne n'est à l'abri.
Ce n'est pas le premier épisode de ce type pour l'artiste. Après la mort de son manager Karim, abattu, Jul « a dû se cacher dans la cabane d'une maison, où il a enregistré My World, son plus gros succès en termes de ventes », racontait Paul Deutschmann, co-auteur du livre-enquête L'Empire, sur RTL en octobre 2025. Il avait également « dû céder les droits de ses cinq premiers albums ». Le succès, pour un rappeur issu des quartiers, « prend souvent des allures de malédiction », résumait France 3 Régions.
Menaces de la DZ Mafia : Carla Moreau et le maire d'Alès dans le viseur
Jul n'est pas un cas isolé. L'été 2026 a été marqué par une escalade de la pression exercée par la DZ Mafia sur des personnalités bien au-delà du rap.
Carla Moreau, l'influenceuse à la voiture incendiée
Dans la nuit du 22 au 23 juillet 2026, la voiture de l'influenceuse Carla Moreau, ex-star de télé-réalité des Marseillais, a été incendiée devant son domicile à Marseille. Sur place, une lettre réclamant 60 000 euros. Le parquet de Marseille a ouvert une enquête. L'affaire, largement relayée, a mis sous les projecteurs la méthode du gang : une démonstration de force suivie d'une demande de rançon glaçante. Notre article sur l'affaire Carla Moreau revient en détail sur cette affaire.
Le maire d'Alès exfiltré par le RAID
Quelques jours plus tôt, dans la nuit du 20 au 21 juillet, Christophe Rivenq, maire LR d'Alès, était exfiltré de son domicile par le RAID après des menaces de mort signées DZ Mafia. Le 16 juillet, deux balles de 9 mm et des tags « DZ Mafia Nouvelle Génération » avaient été découverts à son domicile. Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez évoquait alors un « projet d'action violente imminent ».
La cible n'est plus seulement le milieu du divertissement : un élu de la République est désormais dans le viseur. La DZ Mafia élargit son champ d'extorsion à toute une économie locale et à ses représentants.
Racket des commerçants, restaurateurs, footballeurs : un système organisé
La DZ Mafia ne se limite pas aux rappeurs. Selon le Parisien, l'organisation rackette « les rappeurs comme d'autres » : commerçants, restaurateurs, joueurs de football professionnels. Et la formule est sans ambiguïté : « Certains semblent l'accepter, conscients sans doute que c'est le prix à payer pour rester en vie ».
Le livre-enquête L'Empire, paru en octobre 2025, a documenté ces pratiques. Des membres de la DZ Mafia évoquent l'existence d'un département « protection sécurité » au sein de l'organisation. Un producteur témoigne : « Ces gens-là sont multimillionnaires et tuent ou font tuer pour 20 000 balles ». Le risque de racketter un rappeur est jugé moins important que le narcotrafic, et les avances négociées frôlent le million d'euros.
Le cas de SCH, autre rappeur marseillais, reste l'exemple le plus tragique. En août 2024, à la sortie d'un showcase à La Grande-Motte, le véhicule de son équipe est criblé de balles : 29 tirs de fusil d'assaut, un assistant tué. SCH avait refusé de payer. Il a échappé à la mort « pour une raison fortuite », selon le procureur. Le racket de la DZ Mafia s'étend aussi aux commerces, comme à Vitrolles, où la terreur est devenue monnaie courante.
Réponse pénale : condamnations lourdes et opération Octopus
La réponse pénale existe. En avril 2026, quatre cadres de la DZ Mafia ont été condamnés à 25 ans de réclusion dans le procès du double assassinat de Farid Tir et Mohamed Benjaghlouli, perpétré en 2019 à Marseille. Un cinquième a écopé de 15 ans, un dernier a été acquitté.
En mars 2026, l'opération Octopus a mobilisé 900 gendarmes et abouti à 42 interpellations, illustrant la capacité des forces de l'ordre à frapper le narcotrafic marseillais. Une enquête tentaculaire a par ailleurs révélé l'intérêt de la DZ Mafia pour la musique : le rappeur Dika, mis en examen au printemps 2026, est soupçonné d'être « l'une des lessiveuses d'argent sale du cartel marseillais » à travers son label Youleuh Records.
Mais les faits de l'été 2026 montrent les limites de cette réponse. Les condamnations n'empêchent pas le gang de continuer à racketter, à menacer un maire, à incendier la voiture d'une influenceuse, à pousser le plus grand rappeur français à quitter sa ville. La justice frappe, mais la pression sur les individus demeure.
Payer, résister ou partir : les choix des artistes face au racket
Le départ de Jul ouvre une nouvelle donne. Trois options s'offrent aux artistes sous pression, et la décision du rappeur marseillais en illustre une.
Payer. C'est le choix implicite de « certains », selon le Parisien : accepter de verser une part de ses revenus, « le prix à payer pour rester en vie ». Une ponction directe sur l'économie des artistes, qui s'ajoute aux coûts de production, de tournée et de sécurité.
Résister. L'exemple de SCH montre le prix de la résistance : menaces de mort pendant quatre mois, puis une fusillade qui tue un proche collaborateur. La DZ Mafia a prouvé qu'elle passe à l'acte.
Partir. C'est le choix de Jul. Quitter Marseille, déménager, renforcer sa sécurité : des charges concrètes que la menace fait peser sur les artistes. Le coût est réel, mais il préserve l'essentiel — la vie.
Le départ de Jul a un écho considérable : la publication du compte @AlertesInfos annonçant la nouvelle a dépassé 3,4 millions de vues et environ 20 000 likes sur X en quelques heures. Signe que l'information dépasse largement le cercle des fans de rap.
Ce qui change avec Jul, c'est la visibilité. Quand le rappeur le plus écouté de France, le symbole même de Marseille, doit fuir sa ville, le phénomène cesse d'être un secret de polichinelle pour devenir un sujet de société. Les artistes qui hésitaient entre payer, résister ou partir savent désormais que même le plus puissant d'entre eux n'est pas protégé. Et que le choix, pour beaucoup, se résume à une question de survie.
Le départ de Jul n'est pas qu'un fait divers. C'est un précédent qui montre le coût réel de la pression exercée par la DZ Mafia — et la difficulté, pour les artistes, d'y échapper autrement qu'en abandonnant leur ville.