Depuis la réforme engagée en 2019, ouvrir un droit au chômage exige davantage de travail sur une période de référence plus courte, et recharger un droit épuisé est nettement plus difficile. Pour les jeunes, souvent embauchés en CDD très courts ou en intérim, ce resserrement change concrètement la possibilité d'être indemnisé.

La règle qui a fermé l'accès : six mois travaillés en deux ans
Avant la réforme, il fallait avoir travaillé quatre mois au cours des vingt-huit derniers mois pour ouvrir un droit. Depuis la réforme, il faut avoir travaillé six mois au cours des vingt-quatre derniers mois, selon l'Unédic. Pour les personnes de 53 ans ou plus, la période de référence reste fixée à trente-six mois.
Le rechargement suit la même logique : quand les droits sont épuisés, il fallait auparavant un mois de travail pour recharger, contre six mois désormais, toujours selon l'Unédic.
Ce durcissement n'est pas entré en vigueur d'un bloc. Le juge des référés du Conseil d'État a suspendu le 22 juin 2021 les nouvelles règles de calcul de l'allocation qui devaient s'appliquer au 1er juillet, en estimant que la situation du marché de l'emploi était trop incertaine, sans remettre en cause le principe de la réforme. Le 30 novembre 2021, la Première ministre Élisabeth Borne a ensuite annoncé que la réforme entrerait intégralement en vigueur le lendemain, le 1er décembre 2021, avec deux objectifs affichés : encourager le travail et inciter les entreprises à proposer des contrats de meilleure qualité.
Pourquoi les jeunes en contrats courts sont les plus exposés
Les jeunes sont particulièrement concernés, car ils occupent plus souvent ces contrats courts. Au premier trimestre 2025, 81 % des embauches sont des contrats courts, CDD de moins d'un mois ou intérim, contre 76 % au début des années 2000, selon l'Unédic. L'organisme précise que les jeunes sont surreprésentés parmi les salariés en contrats courts.
L'Unédic indique elle-même que les personnes touchées par les nouvelles conditions d'ouverture des droits et par le nouveau mode de calcul de l'allocation se ressemblent : intérimaires, salariés en contrats de courte durée, avec une surreprésentation des jeunes et des personnes peu diplômées. Pour une partie d'entre eux, écrit l'Unédic, le durcissement limite l'accès à l'assurance chômage.

Dans une estimation préalable à la réforme, l'Unédic chiffrait l'effet ainsi : chaque année, 190 000 personnes n'atteignent plus les conditions d'ouverture et 285 000 les atteignent mais plus tard dans l'année. Il s'agit d'estimations ex ante, pas d'un bilan observé année par année, et elles ne donnent pas un nombre de jeunes non indemnisés. Aucune donnée spécifique aux moins de 25 ans n'est disponible dans les éléments vérifiés pour cet article : on sait que les jeunes sont surreprésentés parmi les personnes concernées, sans pouvoir isoler leur taux de couverture.
Les ajustements de 2025 pour les parcours hachés et les saisonniers
Deux règles applicables à compter du 1er avril 2025 concernent directement les parcours discontinus.
Pour les travailleurs saisonniers, une condition d'affiliation spécifique est introduite : ils doivent justifier de cinq mois de travail, soit 108 jours travaillés ou 758 heures travaillées, dans les vingt-quatre ou trente-six derniers mois, en ne comptant que les contrats saisonniers, selon l'Unédic.

Pour les autres parcours alternant emploi et inactivité, les jours non travaillés pris en compte pour la durée d'indemnisation sont plafonnés à 70 % des jours travaillés, contre 75 % auparavant, toujours selon l'Unédic. Concrètement, les périodes d'inter-contrats pèsent moins dans le calcul de la durée indemnisée.
Un arbitrage entre économies, couverture et retour à l'emploi
Cinq ans après le lancement de la réforme de 2019, l'Unédic parle elle-même d'un bilan contrasté. Les objectifs initiaux rappelés par l'organisme étaient de limiter le recours aux contrats courts, d'accélérer le retour à l'emploi et de renforcer la soutenabilité financière du régime.
La Cour des comptes relève de son côté que les demandeurs d'emploi seniors et ceux avec peu de qualifications sont particulièrement affectés, avec des taux de retour à l'emploi plus faibles. C'est le point d'équilibre souvent débattu : d'un côté, des règles qui visent à rendre le régime plus soutenable et à décourager l'enchaînement de contrats très courts ; de l'autre, une couverture plus tardive ou impossible pour des salariés aux parcours fragmentés, dont des jeunes entrants et des salariés peu diplômés.
Ce débat sur la soutenabilité dépasse la seule question des droits : il porte aussi sur l'usage des ressources du régime, comme l'illustre la demande de l'Unédic à l'État de renoncer aux ponctions sur l'assurance-chômage.
Le 2 juin 2026, l'Assemblée nationale a définitivement adopté le projet de loi transposant l'accord des partenaires sociaux sur l'assurance chômage, selon le Premier ministre Sébastien Lecornu, qui y voit un compromis sur un sujet bloqué depuis des années. Le détail des mesures contenues dans cet accord n'est pas documenté dans les éléments vérifiés ici. Pour les jeunes demandeurs d'emploi, ce vote stabilise le cadre issu des négociations, sans effacer le resserrement intervenu depuis 2019 : six mois de travail pour entrer dans le régime, six mois pour recharger, et des parcours courts toujours plus exposés aux seuils.