Insertion d'une carte bancaire dans un distributeur automatique de billets.
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1 800 DAB en moins en 2025 : l’accès au cash devient-il un luxe pour les jeunes ?

La France a perdu 1 800 distributeurs en 2025, et 5,5 millions d’habitants n’ont aucun point de retrait dans leur commune.

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La France a perdu près de 1 800 distributeurs automatiques de billets en 2025, selon le rapport du Comité national des moyens de paiement publié le 23 juillet 2026. Derrière ce chiffre sec se cache une réalité bien plus complexe : tandis que la Banque de France assure que l’accessibilité reste « à un excellent niveau », 5,5 millions de Français n’ont aucun point de retrait dans leur commune. Entre les moyennes nationales flatteuses et la carte des déserts bancaires, le cash devient un bien dont l’accès se négocie au kilomètre et au porte-monnaie. Pour les 18-25 ans, souvent sans voiture et avec des budgets serrés, l’équation devient chaque jour plus difficile à résoudre.

Insertion d'une carte bancaire dans un distributeur automatique de billets.
Insertion d'une carte bancaire dans un distributeur automatique de billets. — (source)

1 800 DAB en moins, 5,5 millions d’oubliés : le grand écart des statistiques

Le rapport du CNMP tombe comme un couperet : 40 804 DAB fin 2025, contre 42 573 un an plus tôt. La baisse de 4,2 % s’inscrit dans une tendance longue — depuis 2018, la France a perdu 22,5 % de son parc de distributeurs, soit près de 12 000 automates. Cinq distributeurs disparaissent chaque jour en moyenne. Pourtant, le discours officiel reste serein. Alexandre Stervinou, directeur des études et de la surveillance des paiements à la Banque de France, répète que le niveau d’accessibilité est « excellent ». La Fédération bancaire française, par la voix de son président Daniel Baal, enfonce le clou : « Il n’y a aucun problème d’accès aux espèces en France. »

Distributeur automatique de billets de la Stadtsparkasse Wuppertal sur un parking à Wuppertal-Barmen, en avril 2025.
Distributeur automatique de billets de la Stadtsparkasse Wuppertal sur un parking à Wuppertal-Barmen, en avril 2025. — AlanyaSeeburg / CC0 / (source)

Mais ces affirmations entrent en collision frontale avec une autre série de chiffres, publiée par la Banque des Territoires. Selon ses données, 28 500 communes françaises n’ont aucun distributeur. Pire : 19 685 communes — soit 56 % des communes du pays — n’offrent aucun moyen de retrait, ni DAB ni point privatif chez un commerçant. Ces territoires abritent 5,5 millions d’habitants, plus de 10 % de la population. Le contraste est saisissant : d’un côté, une institution qui regarde la carte depuis Paris et voit 99 % de la population à moins de 15 minutes d’un DAB ; de l’autre, des maires de villages qui voient leurs administrés parcourir 20 ou 30 kilomètres pour trouver un automate.

99 % d’accès à 15 minutes : le confort des moyennes qui cachent la réalité

La Banque de France met en avant que 79 % de la population de plus de 15 ans se situe à moins de 5 minutes en voiture d’un DAB, et près de 99 % à moins de 15 minutes. Ces chiffres sont mathématiquement exacts. Mais ils sont pondérés par la population : une moyenne nationale qui écrase la diversité des situations locales. Une commune de 50 000 habitants avec cinq distributeurs fait remonter la moyenne, tandis que dix villages de 300 habitants sans aucun automate sont noyés dans la masse.

Femme utilisant un distributeur automatique de billets.
Femme utilisant un distributeur automatique de billets. — (source)

Pour un jeune de 22 ans vivant dans une petite ville de province, sans permis de conduire ou sans voiture, la notion de « 15 minutes en voiture » est une abstraction. Son quotidien, c’est un trajet en bus de 45 minutes pour rejoindre le DAB le plus proche, avec des horaires qui ne coïncident pas toujours avec ceux de l’automate. La mesure officielle ne dit rien non plus des zones périurbaines, ces « entre-deux » où les transports en commun sont rares et où la voiture est indispensable. Elle ne dit rien non plus des « zones blanches » numériques, où la 4G passe mal et où le paiement mobile n’est pas une option fiable.

5 500 000 personnes sans point de retrait : l’autre carte de France

Les données de la Banque des Territoires dessinent une tout autre géographie. 28 500 communes sans DAB, c’est l’équivalent de la quasi-totalité des communes rurales françaises. 19 685 communes sans aucun moyen de retrait, cela signifie que dans plus d’une commune sur deux, il est impossible d’obtenir du liquide sans prendre sa voiture. Ces 5,5 millions d’habitants ne sont pas répartis au hasard : ils vivent dans les zones les plus fragiles économiquement, là où les revenus sont les plus bas et où la dépendance au cash est la plus forte.

Le paradoxe est cruel. Les communes qui perdent leurs DAB sont souvent celles où les habitants ont le moins accès aux alternatives numériques. Les personnes âgées, les précaires, les jeunes sans compte bancaire solide — ce sont eux qui trinquent. La carte de France des déserts DAB recoupe largement celle de la pauvreté et de l’exclusion bancaire. Comme le montre notre article sur la pauvreté record qui frappe les 18-25 ans, les jeunes sont en première ligne de cette double peine : précarité économique et éloignement des services bancaires.

Pourquoi votre banque supprime le DAB du coin : l’équation économique

La disparition des DAB n’est pas un accident. C’est une décision stratégique, fondée sur une logique économique implacable. Les banques l’assument sans détour. Le rapport du CNMP cite explicitement la volonté des établissements de « maîtriser le coût de gestion des espèces ». Derrière cette formule prudente se cache une réalité chiffrée : un DAB coûte entre 15 000 et 25 000 euros par an à son exploitant, en incluant la maintenance, le réapprovisionnement, la sécurité et les frais de télécommunication. Quand le volume de retraits diminue, chaque opération devient plus coûteuse.

L’usage du cash s’effondre. Selon la Banque de France et la BCE, la part des espèces dans les paiements aux points de vente est passée de 68 % en 2016 à 43 % en 2024. Pour la première fois, la carte bancaire (48 %) a dépassé le liquide. Dans la zone euro, les espèces restent majoritaires (52 %), mais la tendance est la même partout. Les Français retirent moins : 49 % d’entre eux effectuent moins d’un retrait par mois, et 7 % n’en font jamais, selon l’enquête BFMTV/Panorabanques 2025. Seulement 4 % retirent plus de cinq fois par mois.

Utilisation du clavier d'un distributeur automatique de billets en extérieur.
Utilisation du clavier d'un distributeur automatique de billets en extérieur. — (source)

« Maîtriser le coût des espèces » : la course à la rentabilité qui accélère la casse

La citation du CNMP est sans équivoque : « Les banques poursuivent l’ajustement de leurs parcs de DAB afin de maîtriser le coût de gestion des espèces et, ce faisant, contribuent à leur pérennité. » La formulation est habile : en supprimant des distributeurs, les banques prétendent sauver le cash. Mais la réalité est plus prosaïque. Avec 1 600 milliards d’euros en circulation dans le monde — quatre fois plus qu’au lancement de l’euro en 2002 —, la masse monétaire n’a jamais été aussi importante. Mais sa gestion logistique pèse lourd : transport de fonds, maintenance des automates, sécurité des sites, assurance.

Chaque automate voit son nombre d’opérations diminuer. En 2025, le montant total retiré aux DAB en France avoisine 100 milliards d’euros, un chiffre stable en valeur mais en baisse en volume compte tenu de l’inflation. Les banques ajustent donc leur parc à la baisse, en commençant par les zones où la fréquentation est la plus faible. Le problème, c’est que ces zones sont aussi celles où l’alternative numérique est la moins développée. La rentabilité bancaire et l’accessibilité des espèces sont entrées en conflit direct.

Retrait de billets en euros à un distributeur automatique.
Retrait de billets en euros à un distributeur automatique. — (source)

Cash Services : la mutualisation qui cache une amputation de 30 %

Le programme Cash Services illustre parfaitement ce phénomène. Lancé en 2024 par quatre grands réseaux — BNP Paribas, Société Générale, Crédit Mutuel Alliance Fédérale et CIC —, il vise à mutualiser leurs 15 000 DAB. Concrètement, les clients de ces banques peuvent utiliser indifféremment les automates des autres établissements participants. Sur le papier, l’offre de service reste identique. Dans les faits, le nombre de sites va passer de 10 000 à 7 000 d’ici 2026. Une amputation de 30 % du réseau, présentée comme une simplification.

Le reportage de TF1 à Coutances, dans la Manche, montre les conséquences concrètes. Là où il y avait trois distributeurs de trois banques différentes, il n’en reste plus qu’un seul, parfois situé à l’autre bout de la ville. Les habitants doivent marcher plus loin, attendre leur tour, ou se rendre dans la commune voisine. Le maire de Carpiquet, dans le Calvados, a dû installer un DAB communal à ses frais : 10 000 euros par an de location et de maintenance. « C’est un coût pour la commune, mais c’était pour nous la bonne solution pour garder un tissu commercial important », explique Pascal Sérard. Toutes les communes n’ont pas cette capacité financière.

Le cash, une « vieillerie » pour les 18-25 ans ? L’hybride numérique

L’image du « digital native » qui ne touche jamais un billet est un mythe. L’enquête CSA/Paylib auprès des 18-25 ans dresse un portrait bien plus nuancé. 34 % des jeunes retirent de l’argent à un DAB au moins une fois par semaine. 9 % y vont tous les jours ou presque. Ces chiffres contredisent l’idée que la génération Z serait celle du tout-numérique. En réalité, les jeunes ont un usage hybride : ils utilisent le paiement mobile (85 % l’ont déjà fait) mais continuent à avoir besoin de cash pour des usages spécifiques.

Le paradoxe n’est qu’apparent. Le cash n’est pas un substitut au numérique, c’est un complément. Il permet de maîtriser un budget serré — quand on retire 20 euros, on sait exactement ce qu’il reste. Il permet de payer dans les petits commerces, les marchés, les food-trucks, là où le terminal de paiement n’est pas toujours disponible. Il permet aussi de participer à l’économie informelle : achats entre particuliers, vide-greniers, pourboires. Pour un jeune qui galère à finir le mois, le cash reste un outil de survie.

Insertion d'une carte bancaire verte dans un distributeur de billets.
Insertion d'une carte bancaire verte dans un distributeur de billets. — (source)

34 % des jeunes au DAB chaque semaine : le mythe de la génération sans cash

L’enquête CSA est claire : 34 % des 18-25 ans retirent au moins une fois par semaine, et 9 % tous les jours ou presque. Ces chiffres sont supérieurs à la moyenne nationale, où 49 % des Français retirent moins d’une fois par mois. Les jeunes ne sont donc pas les premiers à abandonner le cash. Ils en sont même, proportionnellement, des utilisateurs plus réguliers que leurs aînés.

Pourquoi ? D’abord parce que leur budget est souvent plus contraint. Le cash permet de fixer une limite physique à ses dépenses : quand le porte-monnaie est vide, on s’arrête. Ensuite parce que les jeunes sont surreprésentés dans les emplois précaires, les petits boulots, les jobs d’été payés en espèces. Enfin parce que le paiement mobile, malgré sa progression, n’est pas universel. Tous les commerçants ne l’acceptent pas, et tous les jeunes n’ont pas un smartphone capable de le faire fonctionner. L’usage est hybride, pas substituable.

Jobs d’été, baby-sitting, marchés : quand le cash devient vital pour survivre

Pour des millions de jeunes, le cash n’est pas un choix, c’est une nécessité. Les jobs d’été dans la restauration, l’agriculture ou l’animation sont souvent payés en espèces ou en chèques. Les baby-sitters et les livreurs reçoivent des pourboires en liquide. Les achats sur les vide-greniers, les petites annonces entre particuliers, les marchés de producteurs — tout cela fonctionne au cash. Sans liquide, pas de participation à cette économie parallèle qui permet d’arrondir les fins de mois.

Retrait d'une liasse de billets à un distributeur automatique.
Retrait d'une liasse de billets à un distributeur automatique. — (source)

Le lien avec la précarité est direct. 4,3 millions de personnes sont en situation de fragilité financière en France, selon l’Observatoire de l’inclusion bancaire. Pour elles, la carte bleue n’est pas une option : les découverts, les frais bancaires, les plafonds de retrait bas en font un outil peu fiable. Le cash reste le moyen de paiement le plus simple, le plus immédiat, le plus universel. Le supprimer ou en rendre l’accès difficile, c’est fragiliser encore un peu plus ceux qui le sont déjà. Comme le montre notre analyse de la pauvreté record chez les 18-25 ans, les jeunes sont particulièrement exposés à cette fragilité.

15 minutes en voiture… si on a une voiture : la géographie des déserts DAB

Où sont passés les 1 800 DAB supprimés en 2025 ? La réponse de Boursorama est sans appel : 98 % des automates retirés se trouvaient dans des communes de plus de 2 000 habitants. Le paradoxe est frappant : ce ne sont pas les hameaux isolés qui perdent leurs distributeurs — ils n’en avaient déjà plus — mais les petites villes et les zones périurbaines, celles où il y avait encore un minimum de trafic. Les banques retirent les DAB là où ils étaient encore utilisés, mais pas assez pour être rentables.

Le résultat, c’est une géographie en creux. Les communes de 2 000 à 10 000 habitants, qui constituaient le dernier rempart de l’accès au cash dans les territoires, se retrouvent progressivement démunies. Les habitants doivent se reporter sur la ville-centre, parfois à 15 ou 20 kilomètres. Pour ceux qui ont une voiture, c’est une contrainte. Pour ceux qui n’en ont pas, c’est une impossibilité.

Carte Visa Premier et billets en euros à la sortie d'un distributeur.
Carte Visa Premier et billets en euros à la sortie d'un distributeur. — (source)

28 500 communes sans distributeur : le grand retour du trottoir bancaire

Les chiffres de la Banque des Territoires donnent le vertige. 28 500 communes sans DAB, c’est l’immense majorité du territoire français. 19 685 communes sans aucun moyen de retrait, c’est plus de la moitié des communes du pays. Ces territoires ne sont pas des déserts inhabités : ils abritent 5,5 millions de personnes, soit plus de 10 % de la population. Pour elles, le « trottoir bancaire » — cette distance qu’on parcourt à pied pour trouver un distributeur — est devenu un trajet en voiture.

La question parlementaire posée par la députée Anaïs Sabatini (Pyrénées-Orientales) met en lumière le coût de cette situation pour les collectivités. Installer un DAB indépendant coûte environ 61 000 euros à une commune, sans compter les frais de fonctionnement annuels. En 2022, 108 DAB indépendants avaient été installés par des communes, portant le total à 679. Mais ce mouvement reste marginal : toutes les communes n’ont pas les moyens d’investir 60 000 euros dans un automate, surtout quand les budgets sont déjà serrés.

La double peine des étudiants en zone rurale et péri-urbaine

Pour un étudiant vivant dans une petite ville ou une zone périurbaine, la disparition du DAB local est une double peine. Sans voiture, il dépend des transports en commun — quand ils existent. Le trajet pour rejoindre le distributeur le plus proche peut prendre 45 minutes en bus, avec des horaires qui ne coïncident pas toujours avec les heures d’ouverture des commerces partenaires. L’alternative numérique — paiement mobile, virement instantané — suppose un compte bancaire actif, une connexion internet, et un smartphone en état de marche. Autant de prérequis qui ne sont pas acquis pour tous.

Les jeunes en zone rurale subissent une forme d’exclusion silencieuse. Ils ne peuvent pas retirer d’argent après 18 heures, ni le week-end, ni pendant les vacances scolaires quand les bus ne passent pas. Ils dépendent de leurs parents pour les trajets, ou doivent anticiper leurs besoins en cash plusieurs jours à l’avance. Pour une génération qui vit à crédit et en flux tendu, cette contrainte pèse lourd.

Cash-in-shop et Cash Services : les alternatives à la loupe

Face à la disparition des DAB, les banques et les pouvoirs publics misent sur des solutions alternatives. Le cash-in-shop — retrait d’espèces chez un commerçant — est présenté comme l’avenir du cash. Fin 2025, 30 057 commerces proposaient ce service, soit une hausse de 5,5 % sur un an. La Banque Postale et le Crédit Agricole sont les principaux moteurs de ce réseau, qui permet à leurs clients de retirer du liquide chez un buraliste, une supérette ou un boulanger partenaire.

Mais cette solution a ses limites. D’abord, elle est réservée aux clients d’une banque spécifique : un jeune client de BNP Paribas ne peut pas retirer chez un buraliste partenaire du Crédit Agricole. Ensuite, elle est soumise aux horaires d’ouverture du commerce : pas de retrait le dimanche, ni après 20 heures, ni les jours fériés. Enfin, les plafonds sont souvent bas — 50 ou 100 euros par opération — ce qui limite son utilité pour les gros besoins.

30 057 commerces partenaires : une solution qui n’en est pas une pour tous

Le réseau cash-in-shop progresse, mais il reste fragmenté. Pour un jeune client d’une banque qui ne participe pas au système, le buraliste du coin n’est pas une solution. Il doit trouver un DAB de sa banque, ou accepter de payer des frais pour retirer à un automate concurrent. Le problème de l’exclusivité bancaire est central : tant que le cash-in-shop ne sera pas ouvert à tous les porteurs de carte, il restera un service de niche.

Les horaires sont un autre obstacle. Un commerçant ouvre généralement de 8 heures à 19 heures, parfois le samedi matin. Pas de retrait possible le dimanche, ni en soirée. Pour un étudiant qui travaille en journée et qui a besoin de cash pour sortir le soir, l’alternative est inopérante. Le DAB, lui, fonctionne 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. C’est cette disponibilité permanente qui fait sa valeur.

2026, le grand basculement interbancaire ? Ce qui change vraiment

Une évolution majeure se profile pour 2026. Crédit Agricole et La Banque Postale ont annoncé la généralisation du retrait d’espèces chez les commerçants pour tous les porteurs de carte CB, sans obligation d’être client de la même banque. Le déploiement doit intervenir au premier semestre 2026. Concrètement, n’importe quel porteur de carte pourra retirer du liquide chez un commerçant partenaire, quel que soit son établissement bancaire.

Cette révolution annoncée par Loÿs Moulin, du GIE Cartes bancaires, est présentée comme « un service de dépannage qui n’a pas vocation à remplacer les DAB ». Les plafonds resteront fixés par chaque commerçant, et des frais pourront s’appliquer. La question du fond de caisse est cruciale : un petit commerce ne peut pas distribuer des milliers d’euros sans risquer de manquer de monnaie pour ses propres transactions. Le système fonctionnera donc pour des retraits modestes, pas pour des besoins importants.

Le vrai coût du cash « facile » : 15,40 € pour 4 retraits

Quand le DAB de son quartier disparaît, il faut bien se tourner vers une autre solution. Pour beaucoup, cela signifie retirer à un distributeur d’une autre banque, avec des frais. Selon Boursorama, le coût annuel moyen de quatre retraits déplacés s’élève à 15,40 euros en 2025, en hausse de 7,8 % par rapport à l’année précédente. Pour un jeune au budget serré, c’est une ponction non négligeable.

Ces frais s’ajoutent aux autres coûts bancaires : tenue de compte, frais de découvert, commissions d’intervention. L’accès au cash devient un service payant pour ceux qui n’ont pas la chance d’habiter à côté d’un DAB de leur banque. Le paradoxe est total : alors que le cash est gratuit en soi — la Banque centrale ne facture pas les billets —, son accessibilité devient un luxe. Plus on est pauvre, plus on paie cher pour obtenir du liquide.

Conclusion : DAB, un service public qui n’ose pas dire son nom

Le débat sur la disparition des DAB dépasse largement la question technique de l’accès aux espèces. Il touche au modèle de société que nous voulons. 60 % des Français considèrent qu’il est important de pouvoir régler en espèces, selon une enquête de la Banque de France. 51 % jugent l’accès au cash « très facile », mais ce chiffre cache de profondes disparités territoriales. Le cash est perçu comme un filet de sécurité, un moyen de paiement sans contrôle ni frais, un marqueur de liberté.

La question centrale est politique : qui doit payer pour que le liquide reste accessible ? Les banques, qui mutualisent leurs réseaux et réduisent leurs coûts ? Les communes, qui investissent dans des DAB indépendants avec l’argent des contribuables ? L’État, qui pourrait imposer un service universel du cash, comme il l’a fait pour la fibre optique ou le service postal ? Aujourd’hui, aucune réponse claire n’émerge.

« Le cash, c’est la liberté » : le dilemme des 60 % de Français

60 % des Français jugent important de pouvoir régler en espèces, mais seulement 51 % trouvent l’accès « très facile ». Ce paradoxe révèle un attachement profond au cash, même chez ceux qui l’utilisent peu. Le liquide est perçu comme un moyen de paiement sans intermédiaire, sans frais, sans traçabilité. Il permet d’acheter sans laisser de trace numérique, de donner un pourboire sans passer par un terminal, de faire un cadeau sans justificatif. C’est une forme de liberté que le tout-numérique ne peut pas remplacer.

Pour les populations les plus fragiles — personnes âgées, précaires, jeunes sans compte bancaire solide —, le cash est aussi un outil d’inclusion. Sans lui, pas d’achat au marché, pas de participation à l’économie informelle, pas de gestion budgétaire simple. Le supprimer, c’est exclure un peu plus ceux qui le sont déjà. La question n’est pas de savoir si le cash va disparaître — il ne disparaîtra pas de sitôt — mais de savoir qui aura le droit d’y accéder facilement.

Mutualisation ou privatisation : l’État doit-il fixer des règles du jeu ?

La position de la Fédération bancaire française est claire : « Il n’y a aucun problème d’accès aux espèces en France. » Daniel Baal s’appuie sur les chiffres de la Banque de France pour justifier le statu quo. Mais face à lui, les 5,5 millions de personnes sans point de retrait dans leur commune constituent une réalité têtue. Le CNMP et la Banque de France se montrent confiants, mais la logique de marché pousse inexorablement à la concentration.

Faut-il imposer un cahier des charges aux banques, comme pour les bureaux de poste ? Fixer un nombre minimum de DAB par habitant dans chaque département ? Créer un fonds de péréquation pour financer l’installation d’automates dans les zones déficitaires ? Autant de pistes qui supposent une intervention publique forte. Mais dans un contexte de restrictions budgétaires, qui paiera ? Les banques, qui se retirent du cash pour des raisons de rentabilité ? Les communes, déjà asphyxiées par la baisse des dotations ? L’État, qui devra trouver des ressources nouvelles ?

La disparition des DAB n’est pas une fatalité. C’est un choix économique, assumé par les banques, qui pèse sur les plus fragiles. Le cash n’a pas dit son dernier mot, mais son accès devient un service à plusieurs vitesses, entre mutualisation bancaire et solutions privées. La question centrale reste : jusqu’où laisserons-nous la logique de marché décider de l’accès à un bien aussi fondamental que la monnaie ?

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Questions fréquentes

Combien de DAB supprimés en France en 2025 ?

La France a perdu près de 1 800 distributeurs automatiques de billets en 2025, selon le rapport du Comité national des moyens de paiement. Le parc total est passé de 42 573 à 40 804 automates fin 2025.

Pourquoi les banques suppriment-elles les DAB ?

Les banques suppriment les DAB pour maîtriser le coût de gestion des espèces, qui atteint entre 15 000 et 25 000 euros par automate et par an. Avec la baisse de l'usage du cash, chaque opération devient plus coûteuse, poussant les établissements à ajuster leur parc.

Quel pourcentage de jeunes retirent du cash chaque semaine ?

Selon une enquête CSA/Paylib, 34 % des 18-25 ans retirent de l'argent à un DAB au moins une fois par semaine, et 9 % y vont tous les jours ou presque. Les jeunes utilisent le cash de manière hybride, en complément du paiement mobile.

Combien de communes françaises sans distributeur en 2025 ?

28 500 communes françaises n'ont aucun distributeur automatique de billets en 2025, selon la Banque des Territoires. Parmi elles, 19 685 communes n'offrent aucun moyen de retrait, ni DAB ni point privatif chez un commerçant.

Le cash-in-shop remplace-t-il les distributeurs ?

Le cash-in-shop propose des retraits chez 30 057 commerces partenaires fin 2025, mais reste limité : il est réservé aux clients de certaines banques, soumis aux horaires d'ouverture des commerces, et les plafonds sont bas. Une généralisation interbancaire est prévue pour 2026.

Sources

  1. 1800 de moins en 2025 : le nombre de distributeurs de billets continue de baisser en France · lefigaro.fr
  2. banquedesterritoires.fr · banquedesterritoires.fr
  3. bfmtv.com · bfmtv.com
  4. boursorama.com · boursorama.com
  5. csa.eu · csa.eu
geo-decoder
Théo Aubot @geo-decoder

Passionné de géopolitique depuis le lycée, je dévore les cartes, les atlas et les analyses internationales. Étudiant en relations internationales à Lyon, je rêve de comprendre pourquoi le monde tourne comme il tourne. Je collectionne les vieux numéros de revues géopolitiques.

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