​一輛來自東莞(粤S牌)的比亞迪海豹,拍攝於中國廣東省深圳市羅湖區
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La domination chinoise sur le marché de l'électrique

En 2025, BYD a détrôné Tesla et la Chine règne sur l'industrie de l'électrique. Décryptage d'une domination reposant sur 20 ans de planification stratégique, une maîtrise totale de la production et une offensive commerciale mondiale qui redéfinit...

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L'industrie automobile mondiale traverse une mutation silencieuse mais irréversible. En 2025, l'histoire s'est écrite sous nos yeux : pour la première fois, le constructeur chinois BYD a détrôné Tesla au rang de premier vendeur mondial de véhicules électriques. Cette passation de pouvoir ne constitue pas un simple changement de leader temporaire, mais marque l'avènement d'une domination chinoise sur le transport du futur. De Shanghai à Paris, en passant par Nairobi et Mexico, les marques asiatiques redéfinissent les règles du jeu, combinant des prix défiant toute concurrence et une technologie de pointe. Alors que l'Occident tente de réagir, la Chine a déjà pris une longueur d'avance décisive dans la course à l'électrique. 

​一輛來自東莞(粤S牌)的比亞迪海豹,拍攝於中國廣東省深圳市羅湖區
​一輛來自東莞(粤S牌)的比亞迪海豹,拍攝於中國廣東省深圳市羅湖區 — User3204 / CC BY-SA 4.0 / (source)

Le basculement des forces mondiales

Le paysage automobile mondial a basculé en 2025 avec une violence inattendue. Tesla, longtemps considérée comme l'intouchable pionnière de la mobilité électrique, a enregistré une chute de ses ventes de près de 9 % sur l'année, ne parvenant à écouler que 1,64 million de véhicules. Il s'agit d'une seconde année consécutive de baisse pour le géant américain, un signal d'alarme fort pour les investisseurs. En face, BYD a affiché une progression spectaculaire de 28 %, vendant plus de 2,25 millions de voitures 100 % électriques, confirmant son statut de nouvelle superpuissance industrielle.

Cette inversion de tendance spectaculaire s'explique par une convergence de facteurs défavorables pour Tesla. Aux États-Unis, le retrait soudain d'une subvention gouvernementale fédérale, qui permettait jusqu'alors de réduire le prix d'achat de 7 500 dollars, a fragilisé la demande au dernier trimestre 2025. Durant cette période critique, les ventes de la marque ont chuté de 16 %. Parallèlement, l'implication croissante d'Elon Musk dans la sphère politique a suscité des inquiétudes sur sa capacité à se consacrer pleinement à l'entreprise, poussant certains analystes à revoir leurs prévisions à la baisse pour 2026.

Une concurrence féroce sur le prix

Au-delà des vicissitudes politico-économiques, c'est la guerre des prix qui a sonné le glas de l'hégémonie de Tesla. Les constructeurs chinois, tels que Geely, MG ou SAIC, ont inondé le marché avec des véhicules proposés bien en dessous des tarifs pratiqués par les marques occidentales. Cette stratégie de prix agressifs a contraint Tesla à réagir en lançant des versions moins coûteuses de ses modèles phares sur le marché américain, une manœuvre destinée à préserver ses parts de marché mais qui pèse sur les marges.

L'écart de coût entre les productions américaine et chinoise est devenu abyssal. Là où Tesla lutte pour maintenir sa rentabilité tout en baissant ses prix, BYD et ses compatriotes s'appuient sur une structure de coûts optimisée qui leur permet de dégager des bénéfices même sur des véhicules bon marché. Cette réalité économique a transformé la dynamique mondiale : l'électricité n'est plus l'apanage des marques premium américaines ou européennes, mais devient un produit de masse dominé par l'industrie chinoise.

Les défis stratégiques de Tesla

Tesla fait aujourd'hui face à une « tempête parfaite ». La concurrence s'intensifie de tous côtés, le catalogue de produits vieillit et les attentes des actionnaires demeurent astronomiques. Elon Musk, dont le patrimoine est déjà colossal, doit désormais justifier un package de rémunération potentiellement évalué à 1 000 milliards de dollars, approuvé par les actionnaires en novembre 2025. Ce contrat vertigineux inclut des objectifs de croissance extrêmement ambitieux, mais aussi la vente d'un million de robots humanoïdes Optimus au cours de la prochaine décennie.

Malgré un climat morose sur les ventes de voitures particulières, certains analystes misent tout de même sur l'avenir technologique de Tesla. Dan Ives, de Wedbush Securities, prédit par exemple que l'entreprise contrôlera environ 70 % du marché de la conduite autonome au cours des dix prochaines années. Cette projection repose sur la capacité unique de Tesla à accumuler des données réelles via sa flotte existante de véhicules connectés, un atout que même les géants chinois peinent à égaler pour l'instant. La question qui se pose désormais est de savoir si cette avance technologique suffira à compenser le retard industriel et tarifaire.

L'intégration verticale : le secret de BYD

L'histoire de BYD diffère radicalement de celle de ses concurrents occidentaux. Fondée en 1995, l'entreprise ne voyait pas le jour comme un constructeur automobile, mais comme un fabricant de batteries nickel-cadmium rechargeables. C'est cette ADN « batteries » qui a permis à BYD de construire, brique après brique, une domination reposant sur une intégration verticale sans précédent. Aujourd'hui, le groupe ne se contente pas d'assembler des pièces ; il fabrique en interne la quasi-totalité des composants critiques de ses véhicules, des cellules de batterie aux moteurs électriques, en passant par les systèmes de contrôle électronique.

Cette stratégie confère à BYD un avantage compétitif majeur en termes de maîtrise des coûts. Contrairement à la plupart des constructeurs automobiles traditionnels qui dépendent de fournisseurs tiers pour les éléments les plus onéreux, BYD contrôle l'ensemble de sa chaîne d'approvisionnement. Sa filiale, FinDreams Battery, s'est ainsi hissée au rang de deuxième plus grand producteur mondial de batteries pour véhicules électriques, talonnant seulement le leader CATL. En 2024, BYD a livré 4,27 millions de véhicules dans le monde, dont une proportion croissante de modèles 100 % électriques, confirmant la validité de son modèle industriel.

Une maîtrise totale de la production

La verticalisation de BYD ne se limite pas à la simple fabrication de composants. Elle permet à l'entreprise de contrôler son destin industriel de A à Z, des matières premières jusqu'au véhicule fini. Cette approche intégrée se traduit par des économies d'échelle considérables et une réactivité face aux fluctuations du marché que les constructeurs fragmentés peuvent difficilement égaler. Lorsqu'une pénurie de semi-conducteurs menace la production mondiale, BYD est souvent en mesure de pivoter plus rapidement ou d'absorber le choc grâce à sa flexibilité interne.

Les chiffres parlent d'eux-mêmes : au premier trimestre 2025, BYD a déjà devancé Tesla avec 416 388 véhicules électriques vendus contre 336 681 pour son rival américain. Cette performance n'est pas un accident, mais le résultat direct d'une stratégie d'investissement de longue haleine. En 2022, BYD a même pris la décision radicale de mettre fin à la production de véhicules à combustion pure pour se concentrer exclusivement sur les nouvelles énergies, un pari audacieux qui a payé.

L'innovation au cœur du système

Cette intégration verticale favorise également l'innovation rapide. En concevant ses propres batteries, comme la célèbre « Blade Battery » utilisant la technologie lithium fer phosphate (LFP), BYD a pu optimiser la sécurité et la densité énergétique de ses véhicules sans dépendre des roadmaps technologiques de fournisseurs externes. L'entreprise maîtrise ainsi la partie la plus coûteuse de la voiture électrique, qui représente environ un tiers du prix total du véhicule.

Cette capacité à innover en interne permet à BYD de lancer des produits adaptés spécifiquement aux besoins de différents marchés. Que ce soit pour la ville dense avec des modèles compacts, ou pour les longs trajets avec des véhicules à grande autonomie, l'ingénierie interne permet une adaptation rapide. C'est cette agilité technique couplée à une rigueur financière qui permet au constructeur chinois de proposer des véhicules performants à des prix que Tesla ne peut s'aligner sans sacrifier ses marges. 

SJR1145S (fictionalized license plate), a privately operated BYD Atto 3. Photo taken on 2024/9/3.
SJR1145S (fictionalized license plate), a privately operated BYD Atto 3. Photo taken on 2024/9/3. — S5A-0043 / CC BY 4.0 / (source)

Un État stratège : vingt ans de planification

La domination chinoise sur le marché des véhicules électriques ne résulte absolument pas du hasard ni des seules forces du marché. Elle est le fruit d'une planification stratégique de longue haleine, orchestrée par l'État chinois avec une détermination et une constance rares. Dès 2001, bien avant que l'électrique ne devienne une tendance mondiale, les véhicules à nouvelles énergies figuraient déjà en bonne place dans les plans économiques quinquennaux de Pékin.

Le véritable architecte de cette révolution est souvent cité comme étant Wan Gang. Ingénieur formé en Allemagne, il est devenu ministre de la Science et de la Technologie en 2007. À cette époque, il a constaté avec lucidité que le marché automobile chinois était saturé par les marques étrangères sur le segment des moteurs à combustion. Il a alors théorisé un changement de paradigme simple mais brillant : puisque l'Occident possédait une avance insurmontable sur les moteurs thermiques, la Chine devait changer les règles du jeu en misant tout sur l'électrique, un terrain de jeu vierge où tous repartaient de zéro.

Un investissement financier massif

La réussite de cette stratégie a requis un engagement financier sans précédent. Selon les estimations du Center for Strategic and International Studies, un think tank américain respecté, la Chine a dépensé environ 231 milliards de dollars entre 2009 et 2023 pour développer son industrie du véhicule électrique. Cet argent n'a pas été dépensé en vaine, mais a irrigué l'ensemble de l'écosystème : consommateurs, constructeurs, fournisseurs d'électricité et fabricants de batteries ont tous bénéficié de ce soutien étatique.

Les subventions ont pris des formes multiples et sophistiquées. Les consommateurs chinois ont bénéficié d'aides directes à l'achat pour inciter au passage à l'électrique, tandis que les constructeurs recevaient des financements massifs pour la recherche et le développement. Parallèlement, l'État a déployé un réseau de bornes de recharge d'une ampleur inédite, éliminant ainsi l'un des principaux freins psychologiques et pratiques à l'adoption des véhicules électriques. Cette politique coordonnée illustre la capacité de la Chine à mobiliser son économie sur des décennies, contrairement aux démocraties occidentales soumises aux cycles électoraux courts.

Une sélection naturelle impitoyable

Cette politique industrielle a également favorisé l'émergence d'un écosystème dynamique de start-up automobiles. En 2019, on comptait environ 500 fabricants chinois de voitures électriques, un foisonnement d'innovations mais aussi d'inefficacités. Cependant, la logique du marché a rapidement opéré une sélection impitoyable. Après une compétition féroce, seuls une centaine de ces fabricants subsistaient déjà en 2023.

Ce processus de « darwinisme industriel » a produit des entreprises résilientes, hyper-compétitives et innovantes. Les survivants, comme BYD, Geely ou XPeng, ont développé une expertise remarquable dans la production à grande échelle et la maîtrise des coûts. Comme le soulignent les observateurs du secteur, ces entreprises ont un instinct de survie aiguisé et explorent proactivement de nouvelles idées pour rester dans la course. Cette mentalité de prédateur se reflète aujourd'hui dans leurs stratégies commerciales agressives à l'international.

La bataille technologique des batteries

Si la voiture électrique est le produit visible, la batterie en est le cœur technologique et économique. Elle représente environ le tiers du coût total d'un véhicule, constituant ainsi le facteur clé de compétitivité. Sur ce terrain critique, la domination chinoise est tout simplement écrasante. En 2024, la Chine produisait plus des trois quarts des batteries lithium-ion mondiales et abritait six des dix plus grands fabricants de la planète.

L'origine de cette hégémonie remonte à un événement d'envergure mondiale : les Jeux Olympiques de Pékin de 2008. Désireuse de présenter des jeux verts et high-tech, la Chine avait déployé une flotte d'une cinquantaine de bus électriques silencieux pour transporter athlètes, journalistes et officiels entre les différents sites. Bien que modeste en nombre, cette expérience a posé les bases techniques et industrielles de ce qui allait devenir une conquête mondiale. À l'époque, en 2005, la Chine ne comptait que deux fabricants de batteries pour véhicules électriques et la première conférence de l'industrie n'avait réuni que 200 personnes. Vingt ans plus tard, le pays règne sans partage sur ce secteur stratégique.

Des géants industriels incontournables

Deux entreprises incarnent cette domination : CATL et BYD. CATL, le plus grand producteur mondial de batteries, est issu d'un département d'ATL, une entreprise japonaise qui fabriquait initialement des batteries pour appareils électroniques grand public. BYD, de son côté, a utilisé son expertise initiale dans les batteries de téléphones mobiles pour construire un empire automobile intégré. Ces deux géants bénéficient d'un marché domestique colossal, soigneusement préservé par les politiques gouvernementales, ce qui leur a permis de parfaire leur technologie avant de s'attaquer aux marchés extérieurs.

L'industrie chinoise ne se contente pas de produire en masse ; elle innove en permanence. Outre la « Blade Battery » de BYD, les entreprises chinoises investissent massivement dans les technologies de nouvelle génération : électrolytes solides, batteries sodium-ion moins chères, ou encore technologies de recharge ultra-rapide. Cette course à l'innovation constante renforce leur avance sur les concurrents occidentaux et asiatiques, qui peinent à suivre le rythme des investissements en recherche et développement. 

Taken at an open day held inside Catford bus garage, this photo shows the back of Stagecoach bus 84160 (LG71 DPU) BYD electric vehicle with the battery compartment open. It has ADL Enviro 40o City EV bodywork seating 64 people and is one of sixteen such vehicles allocated to this garage.
Taken at an open day held inside Catford bus garage, this photo shows the back of Stagecoach bus 84160 (LG71 DPU) BYD electric vehicle with the battery compartment open. It has ADL Enviro 40o City EV bodywork seating 64 people and is one of sixteen such vehicles allocated to this garage. — David Hillas / CC BY-SA 2.0 / (source)

Un avantage comparatif durable

Les politiques gouvernementales ont créé un environnement protégé où les fabricants chinois ont pu développer leurs technologies sans subir la pression immédiate de la concurrence internationale. Cette stratégie de développement en deux temps, d'abord protégé, ensuite expansionniste, s'est révélée redoutablement efficace. Aujourd'hui, l'écart est tel qu'il semble difficile, voire impossible, pour les États-Unis ou l'Europe de rattraper la Chine dans ce domaine clé à moyen terme.

Les conséquences de cette domination sont directes pour les consommateurs : le coût des batteries chute plus vite que prévu, rendant les véhicules électriques plus abordables. Cependant, cela crée aussi une dépendance stratégique inquiétante pour l'Occident. Qui contrôle la batterie contrôle l'essentiel de la chaîne de valeur de la mobilité électrique, et aujourd'hui, cette chaîne de valeur passe majoritairement par la Chine.

Une transition réussie sur le marché intérieur

Le marché automobile chinois a atteint un point de bascule historique en 2025. Pour la première fois, plus de la moitié des véhicules vendus dans le pays étaient électriques (hybrides rechargeables inclus). Cette transformation spectaculaire s'est produite à une vitesse vertigineuse : rappelons qu'en 2020, les véhicules électrifiés ne représentaient que 6,3 % des ventes totales en Chine. En l'espace de cinq ans, le pays a donc accompli ce que l'Europe ou les États-Unis espèrent réaliser en quinze ou vingt ans.

Les chiffres bruts donnent le vertige. En 2024, la Chine a vendu 12,87 millions de véhicules électrifiés, dont 60 % de modèles purement électriques. Le pays comptait 23 millions de voitures entièrement électriques en circulation à la fin de l'année 2024, avec 6,4 millions d'unités vendues sur le marché domestique cette année-là, représentant à lui seul 58 % du marché mondial. Cette adoption massive n'est pas le fruit du hasard, mais la conséquence d'une électrification qui touche désormais toutes les couches de la société.

L'électrique, choix des travailleurs

Contrairement à l'Occident où le véhicule électrique reste souvent perçu comme un produit de luxe ou écoresponsable réservé aux classes aisées, la Chine a réussi à démocratiser cette technologie. À Guangzhou, mégalopole de 18 millions d'habitants, le bourdonnement silencieux des moteurs électriques a remplacé le rugissement des moteurs thermiques. Les témoignages sur le terrain sont éloquents et racontent une réalité pragmatique.

Lu Yunfeng, conducteur privé de VTC dans la banlieue de Guangzhou, résume la situation avec une franchise désarmante : « Je conduis un véhicule électrique parce que je suis pauvre. » Son collègue Sun Jingguo abonde dans ce sens : « Le coût de conduire une voiture à essence est trop élevé, je fais des économies avec un véhicule électrique. » Pour ces professionnels de la route, l'électrique n'est pas un choix écologique, mais une nécessité économique vitale. Le coût par kilomètre étant nettement inférieur, l'achat initial, même s'il reste conséquent, est amorti par les économies de carburant et d'entretien.

Des prix inférieurs aux thermiques

Cette accessibilité économique constitue un changement de paradigme majeur qui bouleverse l'économie automobile mondiale. En Chine, le point de croisement a été franchi : les véhicules électriques sont devenus moins chers à l'achat que leurs équivalents thermiques. La BYD Seagull, par exemple, l'un des modèles les plus populaires du marché, coûte moins de 9 000 euros sur le marché chinois. C'est un prix inférieur à celui de nombreuses voitures à essence d'entrée de gamme, une inversion de la structure des prix que l'Europe peine encore à atteindre.

Cette situation crée un cercle vertueux. Plus les volumes augmentent, plus les coûts de production baissent, ce qui permet d'aligner les prix à la baisse. En 2022, l'écart de prix moyen était déjà flagrant : un véhicule électrique chinois coûtait en moyenne 31 829 euros contre 55 821 euros pour son équivalent européen, soit une différence de 75 %. Aujourd'hui, cet écart persiste structurellement et permet aux marques chinoises de dominer leur marché intérieur tout en préparant l'exportation.

L'offensive sur le vieux continent

L'Europe est devenue le terrain de conquête prioritaire pour les constructeurs chinois. Après avoir saturé et conquis leur marché domestique, ils se tournent naturellement vers les marchés riches où les marges sont plus importantes. Au premier semestre 2025, les marques chinoises ont doublé leur part de marché sur le continent européen, passant de 2,7 % à 5,1 %. Les ventes ont grimpé de 91 % d'une année sur l'autre, atteignant 347 135 unités en seulement six mois.

BYD mène cette offensive avec une croissance spectaculaire de 311 % sur la période, soit 70 500 véhicules vendus. La marque a même réalisé un coup d'éclat en dépassant Mercedes-Benz en termes de ventes mensuelles en juin 2025. D'autres constructeurs chinois progressent rapidement à ses côtés, tels que Jaecoo, Omoda, Leapmotor et XPeng, qui s'imposent progressivement sur le paysage automobile européen, bousculant les acteurs historiques. 

La vidéo ci-dessus illustre parfaitement cette offensive chinoise sur le marché européen, montrant des véhicules au rapport qualité-prix qui défie toute concurrence traditionnelle. Les modèles présentés ne sont plus des copies bon marché, mais des produits finis, design et technologiquement aboutis qui séduisent une clientèle de plus en plus large.

Des droits de douane pour ralentir l'invasion

Face à cette invasion commerciale perçue comme une menace existentielle, l'Union européenne a réagi par une mesure de protectionnisme classique mais controversée. Depuis le 30 octobre 2024, Bruxelles impose des droits de douane anti-subventions sur les véhicules électriques d'origine chinoise. Ces tarifs, applicables pour une durée de cinq ans, varient selon les constructeurs pour tenir compte de leur niveau supposé de subventionnement : 17 % pour BYD, 18,8 % pour Geely, 35,3 % pour SAIC, et 20,7 % pour les autres fabricants coopératifs.

Ces mesures s'ajoutent aux 10 % de droits de douane déjà existants, alourdissant significativement la facture à l'importation. L'objectif déclaré est de compenser les subventions étatiques chinoises estimées en moyenne à 21 % du chiffre d'affaires des entreprises. Cependant, de nombreux observateurs s'interrogent sur l'efficacité de ces barrières tarifaires face à l'avantage structurel de coûts dont bénéficient les fabricants chinois. L'écart de prix est tel qu'une taxe de 20 % ne suffit pas toujours à rétablir l'équilibre concurrentiel.

Le Royaume-Uni, pour sa part, a indiqué qu'il ne prévoyait pas de suivre l'exemple européen, ce qui en fait un marché attractif et une porte d'entrée stratégique pour les constructeurs chinois. Cette divergence d'approches au sein même de l'Europe occidentale crée des opportunités complexes pour les marques asiatiques, qui peuvent utiliser le territoire britannique comme base arrière logistique et commerciale.

La stratégie globale : vers les marchés émergents

Si l'Europe attire l'attention médiatique, les marchés émergents représentent un terrain de conquête tout aussi stratégique, voire plus prometteur à long terme pour les constructeurs chinois. L'Afrique, en particulier, a connu la croissance la plus rapide des importations de véhicules électriques chinois en 2025, avec une augmentation spectaculaire de 184 % par rapport à 2024, dépassant le milliard de dollars de ventes.

Cette expansion s'appuie sur des modèles commerciaux innovants adaptés aux réalités locales. Au Nigeria et au Kenya, par exemple, des entreprises locales ont commencé à assembler des véhicules électriques à partir de kits importés de Chine. Cette approche permet de réduire les coûts de transport et d'importation tout en créant des emplois locaux, rendant les véhicules électriques accessibles à une population plus large et répondant aux exigences de contenu local des gouvernements.

L'Amérique latine en plein essor

L'Amérique latine connaît également une adoption croissante des véhicules électriques chinois. Selon l'Agence internationale de l'énergie, les marchés d'Asie émergente et d'Amérique latine ont enregistré une croissance de 60 % des ventes de véhicules électriques en 2024, atteignant près de 600 000 unités. Ces régions offrent plusieurs avantages structurels pour les constructeurs chinois.

Premièrement, l'absence d'une industrie automobile locale forte et puissante signifie qu'il y a moins de résistance politique et de lobbying corporatif contre l'arrivée des marques étrangères. Deuxièmement, les consommateurs sont souvent plus sensibles au prix et à la robustesse qu'à l'origine de la marque ou au prestige historique. Enfin, les gouvernements locaux voient souvent d'un bon œil l'arrivée de technologies propres abordables qui peuvent leur permettre d'accélérer leur transition énergétique sans alourdir leurs déficits publics.

Une puissance exportatrice sans précédent

Cette conquête des marchés lointains s'inscrit dans une mutation plus large de l'industrie chinoise. La Chine est devenue le premier exportateur automobile mondial, détrônant le Japon et l'Allemagne. En 2024, elle a expédié environ 5,5 millions de véhicules à travers le monde. Les véhicules électriques représentaient près de 40 % de ce volume, soit environ 1,25 million d'unités exportées la même année.

Le commerce mondial des véhicules électriques a augmenté de 20 % en 2024, et la Chine représentait à elle seule 40 % de ces flux d'exportation. Les principaux acteurs de cette dynamique sont BYD, SAIC, Geely et Chery. Cette stratégie d'exportation s'accompagne d'investissements dans les infrastructures locales : les constructeurs chinois établissent des réseaux de distribution, des centres de service et parfois des usines d'assemblage dans leurs marchés cibles, comme cela a été le cas au Brésil ou en Thaïlande. Cette approche renforce leur présence à long terme et permet de contourner certaines barrières commerciales en produisant localement.

Ombres au tableau : défis et controverses

Malgré leur succès fulgurant et leur domination apparente, les constructeurs chinois font face à plusieurs défis majeurs qui pourraient freiner leur expansion. La croissance des ventes de BYD, par exemple, a montré des signes d'essoufflement en 2025, enregistrant son taux le plus faible depuis cinq ans. Cette décélération s'explique principalement par une compétition féroce sur le marché chinois lui-même, où la guerre des prix érode les marges de tous les acteurs.

Par ailleurs, des questions de transparence et de gouvernance d'entreprise ont commencé à émerger. Selon un rapport d'investigation conjoint de Reuters et du China Securities Journal publié en juillet 2025, certaines marques auraient artificiellement gonflé leurs chiffres de ventes. Les marques Zeekr (propriété de Geely) et Neta auraient exploité le système d'immatriculation d'assurance chinois pour faire immatriculer des véhicules avant leur livraison effective aux acheteurs, permettant ainsi de déclarer ces unités comme vendues selon les normes de l'industrie.

Enjeux sociaux et environnementaux

L'industrie chinoise du véhicule électrique n'est pas exempte de critiques sur le plan social et environnemental. Des préoccupations ont été soulevées concernant les conditions de travail dans certaines installations de production, où les cadences sont souvent extrêmes pour répondre à la demande mondiale. BYD, en particulier, a fait l'objet de critiques liées à ses pratiques commerciales agressives, incluant des réductions de prix drastiques qui désavantagent les concurrents et exercent une pression insoutenable sur l'ensemble de la chaîne d'approvisionnement, y compris sur les sous-traitants.

Les questions environnementales persistent également. Si les véhicules électriques réduisent considérablement les émissions de gaz à effet de serre lors de leur utilisation, leur production implique une consommation significative de ressources minières, comme le lithium et le cobalt, dont l'extraction peut être très polluante. L'industrie chinoise doit continuer à améliorer l'efficacité énergétique de ses chaînes de production et à mettre en place des systèmes robustes de gestion des batteries en fin de vie. Le recyclage des batteries représente un défi environnemental et technique majeur que l'industrie mondiale, et la Chine en première ligne, doit encore pleinement résoudre. 

Cette vidéo offre un éclairage sur la perception de cette avancée chinoise aux États-Unis, soulignant la stupeur de certains observateurs face à la rapidité et à l'ampleur du progrès technologique chinois dans le secteur de l'automobile.

La riposte des Occidentaux

Face à l'offensive chinoise, les constructeurs occidentaux tentent de réagir, mais avec des moyens inégaux. Tesla a lancé des versions moins chères de ses modèles, mais reste handicapée par ses coûts de production. Les constructeurs européens, comme Volkswagen ou Stellantis, accélèrent leur transition électrique tout en demandant des protections commerciales accrues auprès de leurs gouvernements respectifs. La tâche s'annonce ardue.

Comme le souligne l'analyste Michael Dunne : « En matière de véhicules électriques, la Chine a 10 ans d'avance et est 10 fois meilleure que n'importe quel autre pays. » Cet écart se manifeste dans les prix, la technologie et la diversité de l'offre. Pour combler ce fossé, les constructeurs occidentaux devront reconsidérer fondamentalement leurs stratégies industrielles, peut-être en s'associant avec des partenaires chinois ou en relocalisant massivement la production de batteries, des décisions qui prendront des années à porter leurs fruits.

Conclusion

La domination chinoise sur le marché mondial des véhicules électriques n'est plus une perspective lointaine ni une simple spéculation, mais une réalité tangible et incontournable. BYD a démontré de manière convaincante qu'il pouvait non seulement rivaliser avec Tesla mais la dépasser sur son propre terrain, celui de l'innovation et des volumes. Les autres constructeurs chinois suivent le même chemin, conquérant méthodiquement les marchés européens et s'implantant solidement dans les pays émergents.

Cette révolution automobile repose sur une combinaison puissante de facteurs : une planification étatique visionnaire et de longue haleine, des investissements massifs dans la recherche et la production, une intégration verticale permettant une maîtrise absolue des coûts, et une culture de l'innovation nourrie par une compétition impitoyable. L'avance chinoise dans les technologies de batteries, le composant le plus critique et le plus coûteux de la voiture électrique, renforce encore cette domination et constitue un avantage comparatif structurel qui sera difficile à rattraper.

Pour les consommateurs du monde entier, cette transformation présente des opportunités majeures. Les véhicules électriques deviennent enfin abordables et accessibles, ce qui est essentiel pour accélérer la transition écologique. Cependant, pour les constructeurs historiques et les économies occidentales, le défi est immense. Les gouvernements européens et américains devront naviguer avec prudence entre la protection nécessaire de leurs industries nationales et l'impératif climatique de généraliser la mobilité propre. Une chose est certaine : le centre de gravité de l'industrie automobile mondiale s'est déplacé vers l'Est, et il y restera pour les décennies à venir.

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Sarah Lebot @world-watcher

Journaliste en herbe, je synthétise l'actu mondiale pour ceux qui n'ont pas le temps de tout suivre. Étudiante en journalisme à Sciences Po Lille, je contextualise les événements sans prendre parti. Mon objectif : rendre l'info accessible et compréhensible, surtout pour ma génération. Pas de jargon, pas de sensationnalisme – juste les faits et leur contexte. Parce que comprendre le monde, c'est le premier pas pour le changer.

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