Le Tesla Semi arrive en Europe, et avec lui une question concrète pour les transporteurs français : où recharger ces camions, et à quel prix ? Le "vrai coût" d'une borne de recharge ne se lit pas sur une seule étiquette. Il dépend du modèle choisi - borne privée ou réseau public - et d'infrastructures encore largement à construire.

Un camion attendu en France en 2027
Le Tesla Semi a été présenté pour la première fois en Europe au salon IAA Transportation de Hanovre, en septembre 2026. Tesla prévoit de le commercialiser en France à partir de 2027. Le constructeur annonce une autonomie de 550 km à 40 tonnes et une recharge reposant sur la norme MCS (Megawatt Charging System).
L'arrivée se fera sous pression concurrentielle : BYD, Mercedes, MAN et Volvo lancent au même moment leurs propres camions électriques longue autonomie. Le choix du véhicule ne suffira donc pas : il faudra aussi choisir son système de recharge.
Un réseau public encore très restreint
Le premier obstacle est là. L'Union européenne ne compte qu'environ 730 bornes pour poids lourds d'une puissance supérieure à 350 kW. C'est très peu pour des camions qui parcourent des milliers de kilomètres.

Des opérateurs commencent à investir. Voltix, filiale de Vinci, mobilise 90 millions d'euros pour déployer ses stations de recharge poids lourds électriques, dont une vingtaine de sites dans une première phase. Cela représente un ordre de grandeur de 4,5 millions d'euros par station - une indication de l'échelle des infrastructures à construire.
Recharger sur le réseau public : 0,339 €/kWh chez Milence
Côté prix, une référence commence à émerger. Milence, coentreprise formée par Daimler Truck, Traton et Volvo, affiche un tarif direct de 0,339 €/kWh hors TVA pour la recharge des camions électriques, sans frais de session.
Appliqué à une batterie de 550 kWh - celle du Tesla Semi -, ce tarif représente environ 186 € hors taxes pour un "plein". C'est un coût simple à budgéter, qui ne nécessite aucun investissement dans un équipement. Encore faut-il que la borne soit disponible au bon endroit et au bon moment, ce qui est loin d'être garanti avec un réseau public aussi restreint.
La borne privée : une addition qui dépasse le boîtier
Installer sa propre borne Tesla Megacharger paraît séduisant pour un transporteur qui ramène ses camions au dépôt chaque soir. Mais le prix du boîtier n'est qu'une partie de l'addition.
Il faut compter, au minimum :
- la borne elle-même, dont le coût varie selon le site et la puissance ;
- le génie civil : dalle, abri, sécurisation du site ;
- le raccordement au réseau électrique, souvent le poste le plus lourd ;
- la puissance souscrite, qui conditionne la vitesse de recharge et la facture d'électricité.
Ce dernier point est stratégique. Un chargeur mégawatt consomme énormément de puissance : encore faut-il que le site en dispose. Or les infrastructures électriques françaises connaissent déjà des zones saturées. Le raccordement peut donc prendre des mois et peser lourdement sur le budget initial.
Borne privée ou réseau public : un arbitrage par usage
Le calcul dépend de l'usage. Un transporteur qui fait des allers-retours réguliers entre son dépôt et des sites proches a intérêt à investir dans une borne privée : le coût de la recharge devient prévisible, et chaque camion repart avec une batterie pleine.
À l'inverse, un transporteur qui fait de longues distances à travers l'Europe ne peut pas se reposer uniquement sur sa borne. Il lui faut des bornes mégawatt sur le trajet. Or le réseau public européen en compte encore très peu. Même à un tarif compétitif comme celui de Milence, le réseau public reste aujourd'hui une solution de complément plutôt qu'une alternative complète.
Le vrai coût se jouera sur l'infrastructure
Aucun prix unique ne peut résumer le coût d'une borne de recharge pour camion électrique en France. Chaque installation dépend du site, du raccordement et de la puissance disponible. Les premières références publiques, elles, sont déjà là : environ 186 € hors taxes pour un plein de 550 kWh sur le réseau Milence, et des investissements de l'ordre de 4,5 millions d'euros par station pour bâtir le réseau de demain. C'est sur ces bases que les transporteurs français devront arbitrer.