Un bloatware, c'est l'invité qui s'installe chez vous avant même que vous n'ayez signé le bail. Applications d'actualité, jeux, boutiques maison, recommandations : tout cela occupe déjà l'écran d'accueil d'un téléphone neuf. Contrairement à ce que beaucoup d'utilisateurs imaginent, il n'est pas forcément nécessaire de rooter l'appareil pour s'en débarrasser.

Ce qu'est vraiment un bloatware
Ces applications ne sont pas là par hasard. Elles sont préinstallées à l'origine par les fabricants, les éditeurs d'applications, les fournisseurs de services ou les opérateurs mobiles, dans un but commercial. Chacun y trouve son compte : visibilité, services ou revenus publicitaires.
L'ampleur du phénomène est facile à mesurer. Dans un guide publié en 2020 sur le forum communautaire de Samsung, son auteur indiquait que son Galaxy Note 10 Plus embarquait 127 applications préinstallées et son Galaxy S20, 132 applications préinstallées. Ces chiffres expliquent pourquoi la première manipulation utile est souvent une simple séance de nettoyage manuel.
Désactiver plutôt que désinstaller
Premier réflexe : Paramètres > Applications, puis l'application visée. Si elle a été installée par le constructeur, il est probable qu'elle soit non désinstallable et qu'aucun bouton "Désinstaller" n'apparaisse sur l'écran d'information. Seule la désactivation est proposée par défaut.
Ce n'est pas un pis-aller. La désactivation est immédiate, ne nécessite aucun outil et se défait d'un geste si une fonction vous manque. Pour qui veut aller plus loin sans trop se compliquer la tâche, Android autorise aussi une désactivation par ligne de commande, sans root :
bash
adb shell pm disable-user --user 0 com.samsung.android.bixby.wakeup
L'exemple ci-dessus vise Bixby sur un appareil Samsung, mais la mécanique vaut pour n'importe quel paquet. C'est la méthode la plus prudente : elle neutralise l'application sans toucher à son installation.
ADB : ce que la commande change vraiment
Beaucoup de tutos conseillent la suppression pure et simple via pm uninstall -k --user 0. Le résultat mérite d'être compris avant d'être applaudi. Cette commande ne retire l'application que pour l'utilisateur courant, appelé "user 0". Si quelqu'un d'autre utilise le téléphone avec un compte invité, toutes les applications "supprimées" restent visibles et accessibles pour lui. Autrement dit, on fait de la place dans son propre profil, pas sur l'appareil.
Pour éviter de saisir les commandes à la main, l'outil gratuit Universal Android Debloater automatise les commandes ADB et propose des listes de paquets préparées en fonction du constructeur et du modèle. C'est pratique, mais il s'agit d'un projet open source écrit par des enthousiastes, dont les auteurs eux-mêmes ne garantissent pas l'efficacité. À utiliser en connaissance de cause.
Reste un point de sécurité trop souvent passé sous silence. Le mode développeur, nécessaire pour geler ou désinstaller via ADB des applications autrement non désinstallables, crée des risques : il autorise les connexions au téléphone par USB ou par réseau local dans des modes techniques spéciaux, ainsi que la consultation et la modification de son contenu. On n'ouvre pas cette porte à la légère et on pense à la refermer une fois le ménage terminé.
Xiaomi : pourquoi les publicités ne disparaissent pas d'un seul coup
Chez Xiaomi, les publicités intégrées à HyperOS et MIUI ne sont pas un accident de parcours : elles font partie de la stratégie du constructeur. Les téléphones Xiaomi, Redmi et Poco sont vendus à des tarifs agressifs, avec des marges matérielles réduites, et la marque se rattrape ailleurs, sur les revenus que lui rapportent les services publicitaires et les recommandations diffusées au coeur du système.
Conséquence directe : ces publicités et services de diagnostic ne peuvent pas être neutralisés en une seule action. Dans HyperOS comme dans MIUI, les options sont dispersées et doivent être traitées méthodiquement pour assainir l'interface. Le service MSA (MIUI System Ads) constitue le principal moteur de diffusion publicitaire. Comprendre qu'il s'agit d'un pilier économique, et non d'un bug, évite de chercher une solution unique : il n'existe pas de bouton magique, mais une série de réglages à passer en revue un par un.
Les mises à jour qui remettent les compteurs à zéro
Le nettoyage n'est pas toujours définitif. Un guide consacré au débloatage signale que les mises à jour logicielles Samsung peuvent réactiver ou réinstaller des applications retirées via ADB. Dans ce cas, il faut repasser les mêmes commandes après chaque mise à jour majeure de One UI. Ce point repose sur une source unique et doit être pris comme un avertissement plutôt qu'une règle gravée dans le marbre, mais il invite à conserver quelque part la liste de ce qui a été retiré.
Ce que le droit européen dit de la garantie
Dans l'Union européenne, la garantie légale de conformité dure deux ans pour un consommateur. La modification ou le changement du logiciel de l'appareil n'est pas, en soi, un motif valable d'annulation de cette garantie.
Attention toutefois à ne pas confondre les deux niveaux. Beaucoup de fabricants inscrivent dans leur garantie commerciale "volontaire" une clause qui annule la garantie en cas de modification du logiciel ou de flashage. Cette garantie volontaire est un service supplémentaire que le vendeur ou le fabricant peut offrir, mais qu'il n'est pas tenu d'offrir ; elle est distincte de la garantie légale. Une clause de ce type ne réduit donc pas les droits que le droit européen garantit au consommateur. Aucune déclaration officielle de Samsung ou de Xiaomi n'a été trouvée sur le lien précis entre débloatage ADB et garantie commerciale volontaire : sur ce terrain, le raisonnement s'appuie sur le cadre juridique européen, pas sur des engagements publics des constructeurs.
Mises à jour et écoconception
La question des mises à jour prolonge ce cadre. Le vendeur doit fournir les mises à jour, y compris de sécurité, nécessaires au maintien de la conformité de l'appareil pendant la période de garantie, et cela même si un autre système d'exploitation est installé. Retirer des applications publicitaires n'a donc pas pour effet de priver l'appareil des correctifs.
À cela s'ajoute l'écoconception. Depuis le 20 juin 2025, le règlement européen applicable aux smartphones et tablettes impose que les mises à jour du système d'exploitation soient disponibles au moins cinq ans après la dernière mise sur le marché du produit. Un horizon qui donne tout son sens à la prudence : mieux vaut désactiver proprement que casser un système qu'on devra de toute façon suivre pendant plusieurs années.
Une intention européenne de rendre les applications préinstallées plus facilement supprimables a été annoncée, mais elle ne se substitue pas, à ce jour, aux mécanismes décrits ici. À ne pas confondre avec une obligation déjà en vigueur.
Ce que les opérateurs ajoutent
Les applications ajoutées par les "opérateurs" entrent pleinement dans la catégorie des bloatwares, au même titre que celles des fabricants et des éditeurs de services. Il n'existe pas de liste universelle : le contenu dépend de l'opérateur et du modèle, ce qui interdit de promettre un nettoyage identique d'un appareil à l'autre.