Marta Kostyuk ne fait pas que gagner des matchs sur la terre battue parisienne. L’Ukrainienne de 23 ans, qualifiée pour la première demi-finale de sa carrière en Grand Chelem, a profité de sa conférence de presse pour lancer un pavé dans la mare. « Je ne sais pas comment elles peuvent dormir tranquille quand on sait tout ce qui se passe », a-t-elle lâché à propos de ses collègues russes, relançant un débat qui ne cesse de diviser le monde du tennis depuis l’invasion de l’Ukraine. Alors que le tournoi bat son plein Porte d’Auteuil, ses propos résonnent d’autant plus fort que son prochain match l’opposera à la Russe Mirra Andreeva, jeune prodige de 19 ans.

Les déclarations de Marta Kostyuk sur les joueuses russes
La native de Kiev n’a pas mâché ses mots après sa victoire en trois sets contre sa compatriote Elina Svitolina (6-3, 2-6, 6-2). Dans une salle de presse bondée, elle a dressé un réquisitoire cinglant contre l’absence de prise de position des joueuses russes sur la guerre en Ukraine, rapporté par Tennis Actu et Tennis Majors.
Des adultes qui savent ce qu’elles font
Kostyuk a insisté sur le fait que l’ignorance ne peut plus servir d’excuse. « Elles ont des téléphones, elles ont Instagram, elles ont les actualités, elles sont parfaitement conscientes de ce qui se passe », a-t-elle martelé. Son ton, d’une virulence inédite, ne laissait aucun doute sur sa colère. Elle a cité l’exemple de Daria Kasatkina, joueuse russe ouvertement critique du Kremlin, pour prouver qu’une prise de position est possible. « Des gens sont allés jusqu’à l’appartement de ses parents pour les intimider, et pourtant elle parle », a souligné Kostyuk. Selon elle, la plupart des joueuses russes ne vivent plus en Russie, ce qui retire toute excuse liée à la peur de représailles. « J’aimerais qu’il y ait une prise de position plus claire », a-t-elle répété, avant de pointer du doigt l’hypocrisie de celles qui continuent de poster des photos de vacances sur Instagram sans un mot pour les victimes ukrainiennes.

Le contexte familial douloureux derrière la colère
Les déclarations de Kostyuk ne sortent pas de nulle part. Quelques jours plus tôt, au premier tour du tournoi, elle disputait son match quelques heures après qu’un missile russe a frappé à cent mètres de la maison de ses parents à Kiev. Quatre personnes avaient été tuées dans la capitale ukrainienne ce jour-là. Elle avait montré aux journalistes une photo des destructions près du domicile familial, où vivent sa mère, sa sœur et son arrière-grand-mère, comme l’a rapporté The Guardian.
« Je suis incroyablement fière de moi aujourd’hui. C’est l’un des matchs les plus difficiles de ma carrière », confiait-elle alors. Ce contexte explique en grande partie la colère qui affleure dans ses propos.
Règles de Roland-Garros 2026 pour les joueurs russes et biélorusses
Pour comprendre la situation, il faut rappeler le cadre précis dans lequel évoluent les joueurs russes et biélorusses depuis 2022. Roland-Garros 2026 applique les directives de la Fédération internationale de tennis (ITF), confirmées en mai dernier.

Un statut de neutre maintenu malgré l’assouplissement du CIO
Depuis l’invasion de l’Ukraine, les joueurs et joueuses de Russie et de Biélorussie concourent sous bannière neutre. Cela signifie : pas de drapeau national, pas d’hymne, aucun insigne officiel de leur pays. Les deux nations restent exclues de la Coupe Davis, de la Billie Jean King Cup et de toutes les compétitions par équipes de l’ITF. Les tournois organisés en Russie et en Biélorussie demeurent annulés. Malgré un récent assouplissement de la part du Comité international olympique concernant les athlètes biélorusses, l’ITF a choisi de maintenir sa position inchangée, comme l’indique Sportsnet. Roland-Garros 2026 applique donc ces règles à la lettre, ce qui n’empêche pas les tensions de s’exprimer dans les vestiaires et en conférence de presse.
Des sanctions jugées trop timides par les Ukrainiens
Pour les joueurs ukrainiens, ces mesures restent insuffisantes. Kostyuk, comme d’autres avant elle, estime que le simple fait d’autoriser la participation des Russes légitime leur présence dans le circuit international. Elle refuse depuis 2022 de serrer la main de ses adversaires russes ou biélorusses, un geste symbolique fort qui lui vaut aussi des critiques.
Le débat est d’autant plus vif que certains joueurs russes ont exprimé des positions ambiguës. Andrey Rublev a écrit « non à la guerre » sur une caméra en 2022, mais sans condamner nommément l’invasion. D’autres préfèrent un silence total, ce que Kostyuk ne leur pardonne pas.
Dilemme des joueuses russes face à la guerre en Ukraine
La position des joueuses russes est loin d’être simple. Entre pressions politiques, risques personnels et carrière à préserver, le chemin est étroit.
La peur des représailles comme frein à la parole
Prendre position contre le Kremlin expose à des conséquences réelles. L’exemple de Kasatkina est éclairant : après avoir critiqué le régime, ses parents ont reçu des intimidations à leur domicile. La joueuse, qui vit désormais en Espagne, paie le prix de son courage.
D’autres, comme Mirra Andreeva, 19 ans, n’ont tout simplement jamais pris la parole sur le sujet. La jeune Russe, qui affrontera Kostyuk en demi-finale, incarne cette génération qui grandit sous la pression du silence. Ses réponses évasives en conférence de presse, quand elle est interrogée sur le conflit, montrent l’embarras de ces sportives prises entre deux feux.

Un silence aux conséquences multiples
Reste que pour Kostyuk, ce silence est inacceptable. Le contraste est saisissant avec les joueurs ukrainiens, qui jouent parfois sous les bombes. Roland-Garros : la victoire d'une femme sous les bombes, Marta Kostyuk en larmes raconte cette réalité que les spectateurs français découvrent avec émotion.
Les joueuses russes expatriées doivent composer avec une opinion publique russe souvent favorable à la guerre, sans parler des pressions des sponsors ou des fédérations. Le cas Kasatkina montre que prendre la parole est possible, mais à quel prix ? Ses résultats sportifs ont pâti de la pression médiatique et des menaces.
Série de victoires de Marta Kostyuk sur terre battue en 2026
Au-delà de la polémique, Kostyuk réalise une saison sur terre battue exceptionnelle. France Info rapporte qu’elle reste sur seize victoires consécutives sur ocre en 2026, une performance qui la place dans un club très fermé.
Un palmarès 2026 qui parle pour elle
La native de Kiev, tête de série numéro 15, a remporté cette année le WTA 1000 de Madrid, son premier titre de cette catégorie, ainsi que le tournoi de Rouen en avril. Seules Venus Williams (2004), Justine Henin (2005), Serena Williams (2012, 2013) et Iga Swiatek (2022) avaient réalisé pareille série au XXIe siècle. Toutes étaient numéro un mondiales. Kostyuk travaille avec le psychologue Riccardo Ceccarelli, qui suit également d’autres sportifs de haut niveau. Ancienne gagnante du tournoi Les Petits As en 2016 et de l’Open d’Australie juniors à 14 ans et 7 mois en 2017, elle confirme aujourd’hui tout le potentiel entrevu précocement.
Une progression constante vers les sommets

À 23 ans, Kostyuk n’avait jamais dépassé les quarts de finale en Grand Chelem. Sa victoire contre Svitolina en quart de finale, le premier quart de finale 100 % ukrainien de l’histoire en Grand Chelem, marque un tournant. Le match, décousu et irrégulier, a vu Kostyuk démarrer pied au plancher (6-3), perdre le fil au deuxième set (2-6) avant de dominer le troisième (6-2). Comme le note Le Figaro, les deux joueuses peinaient à bien jouer en même temps, mais Kostyuk a su hausser son niveau dans l’ultime manche.
Réactions des fans français sur les réseaux sociaux
Sur Twitter, TikTok et Instagram, les déclarations de Kostyuk ont provoqué une vague de réactions contrastées chez les 16-24 ans, public massivement présent sur le Chatrier et les courts annexes.
Un soutien majoritaire à la joueuse ukrainienne
La majorité des posts consultés expriment un soutien clair à la joueuse ukrainienne. « Marta a raison, on ne peut pas faire comme si de rien n’était », écrit un utilisateur sur X. Un autre partage un extrait de sa conférence de presse avec le commentaire : « Enfin quelqu’un qui dit les choses franchement ».
Sur TikTok, des montages vidéo comparent les sourires des joueuses russes lors de leurs victoires avec les images des frappes à Kiev. Le format court et percutant séduit particulièrement les jeunes, qui redécouvrent le tennis sous un angle politique qu’ils n’avaient pas anticipé.
Des voix plus nuancées dans le public
Certains fans expriment leur malaise. « Je comprends sa colère, mais est-ce que ça aide vraiment le tennis de mettre la pression sur des filles de 19 ans qui n’ont rien demandé ? », interroge un internaute. Le débat divise jusque dans les tribunes, où des spectateurs confient leur gêne d’applaudir une joueuse russe tout en soutenant l’Ukraine.
D’autres s’interrogent sur l’efficacité de ces déclarations. « Les joueuses russes ne vont pas changer la politique de Poutine, alors à quoi ça sert de les attaquer ? », peut-on lire sur un forum de fans. La question est légitime et montre la complexité du sujet pour une génération qui grandit avec les réseaux sociaux comme fenêtre sur le monde.
Le match Kostyuk contre Andreeva en demi-finale
Au-delà des déclarations, un match attend Kostyuk jeudi. Et pas n’importe lequel : une demi-finale de Grand Chelem contre Mirra Andreeva, la révélation russe de 19 ans.
Un choc sportif de haut niveau sur le Chatrier
Sur le plan purement tennistique, l’affiche est alléchante. Kostyuk reste sur seize victoires consécutives sur terre battue en 2026. De l’autre côté du filet, Andreeva, tête de série numéro 6, impressionne par sa maturité précoce et son tennis offensif. Le choc promet d’être intense.
Les deux joueuses se sont qualifiées mardi, comme le rapporte Le Monde. Le match se déroulera sur le court Philippe-Chatrier, retransmis sur France 2, France 3 et France.tv.
Une tension politique inévitable sur le court
Mais comment jouer normalement quand le contexte politique pèse si lourd ? Kostyuk a déjà annoncé qu’elle ne serrerait pas la main de son adversaire, quoi qu’il arrive. Andreeva, elle, devra répondre aux questions des journalistes sur ses positions, ou les esquiver comme elle l’a fait jusqu’ici.
Les organisateurs de Roland-Garros redoutent un incident diplomatique, mais le tournoi a déjà prouvé par le passé qu’il savait gérer ces situations. Roland Garros direct : la chute d'Arthur Gea, le buzz et la leçon Khachanov montrait déjà comment les tensions géopolitiques peuvent s’inviter sur le court.
Conclusion
Les déclarations de Marta Kostyuk à Roland-Garros 2026 dépassent le cadre du simple clash médiatique. Elles posent une question douloureuse : comment coexister sur un même circuit quand l’un des pays en guerre détruit l’autre ? La joueuse ukrainienne, portée par une série de victoires exceptionnelle et un chagrin personnel immense, incarne cette génération de sportifs qui refusent de séparer leur carrière de leur conscience politique.
Le silence des joueuses russes, qu’il soit imposé ou choisi, reste un problème que le tennis ne parvient pas à résoudre. Entre peur des représailles, pression familiale et simple indifférence, les explications varient. Mais pour une jeune femme dont la famille vit sous les bombes, aucune excuse ne semble suffisante.
Le match de jeudi entre Kostyuk et Andreeva sera bien plus qu’une demi-finale de Grand Chelem. Ce sera le théâtre d’une tension qui dépasse les lignes du court, un moment où le sport se heurte à la réalité du monde. Et quoi qu’il arrive sur la terre battue parisienne, les questions soulevées par Marta Kostyuk continueront de hanter le tennis bien après la fin du tournoi.