Larmes et résilience : Marta Kostyuk gagne à Roland-Garros alors qu'un missile frappe près de chez ses parents
Ce dimanche 24 mai 2026, le court Simonne-Mathieu de Roland-Garros a été le théâtre d'un moment d'une intensité rare. Marta Kostyuk, 15e joueuse mondiale, venait de battre la Russe Oksana Selekhmeteva (6-2, 6-3) sans trembler. Mais dès la fin du match, l'Ukrainienne a fondu en larmes. Elle venait d'apprendre qu'un missile avait frappé à 100 mètres de la maison de ses parents à Kiev. Cette victoire de Roland-Garros restera dans les mémoires comme l'un des instants les plus poignants de l'histoire récente du tournoi, où le sport et la guerre se sont heurtés de plein fouet sous les yeux du public parisien.

Pourquoi Marta Kostyuk a-t-elle fondu en larmes après sa victoire à Roland-Garros ?
L'ambiance sur le court Simonne-Mathieu était électrique. Le public parisien, venu nombreux pour ce premier tour, avait déjà remarqué l'absence de poignée de main entre Kostyuk et son adversaire russe à la fin du match. Mais personne ne s'attendait à ce qui allait suivre. La joueuse ukrainienne, micro en main, a d'abord remercié le public d'une voix tremblante avant de révéler ce qui la rongeait depuis l'aube.

Les spectateurs, d'abord surpris par ces larmes inattendues, ont rapidement compris que quelque chose de grave s'était produit. Kostyuk, qui avait pourtant livré une performance quasi parfaite sur le court, semblait brisée. Elle peinait à terminer ses phrases, le souffle coupé par l'émotion. Le silence s'est installé sur le court, seulement troublé par quelques sanglots venus des tribunes où des drapeaux ukrainiens flottaient.
« Un missile est tombé à 100 mètres de la maison de mes parents »
Les mots de Kostyuk, rapportés par Le Figaro, ont glacé l'assemblée. « Je suis très fière de moi aujourd'hui. Je crois que ça a été l'un des matchs les plus difficiles de ma carrière. Ce matin, un missile est tombé et a détruit un bâtiment à 100 mètres de la maison de mes parents. » La joueuse a marqué une pause, luttant visiblement pour retenir ses larmes. « Je ne savais pas comment ce match allait se dérouler pour moi, je ne savais pas comment j'allais le gérer. J'ai pleuré une partie de la matinée. »

Ce contraste entre la perfection technique de son jeu et le chaos qui régnait dans son esprit a sidéré les observateurs. Comment une athlète peut-elle aligner des passing shots gagnants et des services puissants alors que sa famille se trouve sous les bombes ? Kostyuk a livré une partition tennistique irréprochable, mais son visage et ses gestes trahissaient une tension intérieure insoutenable. « Je ne veux pas parler de moi aujourd'hui. Toutes mes pensées et mon cœur étaient tournés vers le peuple ukrainien », a-t-elle ajouté, avant de conclure par un « Gloire à l'Ukraine » qui a soulevé le public.
« J'ai cette photo » : la preuve de la frappe reçue à 8h du matin
En conférence de presse, quelques minutes plus tard, Kostyuk est revenue sur les détails de cette matinée cauchemardesque. Comme le rapportent La Dépêche et latele.ch, elle a sorti son téléphone et montré une photo aux journalistes. L'image, reçue à 8h du matin, montrait un panache de fumée noire s'élevant dans un ciel bleu de Kiev. « J'ai cette photo de la maison de mes parents. Je n'ai pas de vidéo, mais c'est ce que j'ai reçu ce matin à 8 heures. Il a fallu que j'encaisse, et que j'aille jouer quand même. »

La joueuse a révélé un détail qui serre le cœur : 17 membres de sa famille se trouvaient dans la zone visée. Selon LBC, le missile est passé à 100 mètres de la maison où se trouvaient sa mère, sa sœur et sa grand-tante. « Ce matin, je me sentais malade, parce que je me suis dit qu'à peu de chose près, je n'aurais plus eu ni de mère, ni de sœur aujourd'hui », a-t-elle confié, la voix brisée. Elle n'avait pas encore pu parler à ses proches au téléphone, seulement échanger des textos. « Beaucoup de mes amis essaient juste d'arriver à dormir », a-t-elle ajouté, comme pour souligner l'absurdité de sa situation : elle dormait dans un hôtel parisien, tandis que les siens comptaient les morts à quelques centaines de mètres de leur maison.
La chaleur parisienne comme circonstance aggravante
Le match s'est déroulé sous une forte chaleur, avec des températures dépassant les 30 degrés sur le court Simonne-Mathieu. Kostyuk a dû gérer non seulement l'émotion et la fatigue mentale, mais aussi des conditions physiques éprouvantes. « C'était dur physiquement, mais mentalement c'était autre chose », a-t-elle confié après le match. Les pauses entre les jeux lui permettaient à peine de reprendre son souffle, tandis que les images du missile tournaient en boucle dans sa tête.

600 drones et 90 missiles : l'attaque du 24 mai 2026 sur Kiev
Pour comprendre l'émotion de Marta Kostyuk, il faut mesurer l'ampleur de l'attaque qui a frappé Kiev dans la nuit du 23 au 24 mai. L'armée de l'air ukrainienne a détecté pas moins de 600 drones et 90 missiles lancés contre le territoire ukrainien. Une vague d'une violence rare, même pour un conflit qui dure depuis plus de quatre ans. Les systèmes de défense antiaérienne ont abattu une partie des projectiles, mais plusieurs ont atteint leurs cibles dans la capitale et ses environs.
Kostyuk a qualifié cette journée comme « l'un des trois pires moments » depuis le début de l'invasion russe en février 2022. Une déclaration qui en dit long sur l'intensité des frappes, venant d'une femme qui vit sous la menace des bombes depuis plus de quatre ans. La région de Kiev, où se trouve la maison de ses parents, a été particulièrement touchée. Les quartiers résidentiels de la périphérie ouest de la capitale ont subi des dégâts importants, avec plusieurs immeubles détruits ou endommagés.
L'une des nuits les plus violentes depuis le début de l'invasion
Les chiffres donnés par latele.ch et confirmés par l'armée de l'air ukrainienne sont vertigineux : 600 drones de combat et 90 missiles de différents types ont été détectés dans la nuit. C'est l'une des attaques les plus massives jamais lancées contre l'Ukraine. Les drones Shahed, de fabrication iranienne, ont été utilisés en nombre pour saturer les défenses antiaériennes, tandis que les missiles de croisière visaient des infrastructures critiques.

Pour les habitants de Kiev, cette nuit a été un cauchemar éveillé. Les explosions ont retenti pendant des heures, les systèmes de défense ont craché leurs projectiles dans le ciel nocturne, transformant la ville en un champ de bataille. Les familles se sont réfugiées dans les caves et les stations de métro, comme au pire moment de l'invasion en 2022. C'est dans ce contexte que Marta Kostyuk, à des milliers de kilomètres de là, à Paris, a reçu la photo du missile tombé près de chez ses parents.
Bilan humain et matériel de l'attaque
Selon les informations de La Libre Belgique et de la BBC, au moins 4 personnes ont été tuées et environ 100 blessées dans cette attaque. La Russie a utilisé le missile hypersonique Orechnik, capable de porter une charge nucléaire. Sur les 90 missiles lancés, 55 ont été interceptés par les forces ukrainiennes, ainsi que 549 drones. Mais les projectiles qui ont percé les défenses ont causé des dégâts considérables.
Des bâtiments culturels emblématiques ont subi des dommages : le musée de Tchernobyl, le musée d'art national et l'Opéra de Kiev ont été touchés. « C'était le chaos total. Les enfants se sont mis à hurler, les gens paniquaient », a raconté Sofia Melnychenko, une habitante de Kiev, aux médias locaux. Le maire Vitali Klitschko a fait état de 2 morts dans la capitale, tandis que le chef de l'administration militaire de la ville, Tymour Tkatchenko, a donné un bilan plus large incluant les banlieues.
Comment la capitale ukrainienne tient sous les frappes
Malgré la violence des attaques, Kiev continue de fonctionner. Les infrastructures essentielles — hôpitaux, transports, communications — tiennent bon, grâce à un réseau électrique renforcé et à des équipes de réparation qui interviennent souvent sous les bombardements. La population a développé une résilience stupéfiante : les cafés rouvrent dès que l'alerte est levée, les enfants retournent à l'école, les marchés s'animent.

Ce paradoxe, Kostyuk le vit dans sa chair. D'un côté, le confort d'un tournoi du Grand Chelem, avec ses hôtels climatisés, ses courts impeccables et son public élégant. De l'autre, sa ville natale qui subit l'une des pires attaques aériennes depuis le début de la guerre. « Je me suis réveillée ce matin et j'ai regardé toutes ces personnes qui se sont réveillées et ont continué à vivre leur vie, à aider les gens dans le besoin », a-t-elle expliqué, trouvant dans cette résistance quotidienne de ses compatriotes une source d'inspiration pour affronter son propre combat sur le court.
Poignée de main refusée : la position constante des Ukrainiens contre la Russie
Le geste n'est pas passé inaperçu. À la fin du match, Marta Kostyuk a rejoint le filet, mais n'a pas serré la main de son adversaire russe, Oksana Selekhmeteva. Un simple signe de tête, et elle s'est dirigée vers le banc pour ranger ses affaires. Ce refus s'inscrit dans une ligne politique claire, adoptée par l'ensemble des joueurs ukrainiens depuis le début de l'invasion.
Dans le contexte de ce match, ce geste prend une dimension particulière. Kostyuk venait d'apprendre que sa famille avait frôlé la mort à cause d'une frappe russe. Tendre la main à une joueuse qui représente, même involontairement, le pays agresseur, aurait été pour elle une trahison insupportable. Le public parisien, qui avait suivi son discours bouleversant, a compris ce silence et l'a respecté.

Oksana Selekhmeteva, une adversaire sous drapeau neutre
Oksana Selekhmeteva, 88e joueuse mondiale, est née en Russie mais joue sous bannière neutre depuis le début du conflit. Comme tous les sportifs russes et biélorusses, elle a été contrainte par les instances internationales de renoncer à représenter son pays pour pouvoir participer aux compétitions. Une situation qui crée des tensions permanentes sur le circuit, chaque match entre une Ukrainienne et une Russe devenant un événement politique.
Selon L'Équipe, Selekhmeteva avait été naturalisée espagnole « il y a quelques jours » seulement avant le tournoi. Un changement de nationalité de dernière minute qui n'a pas échappé à Kostyuk, mais qui n'a rien changé à sa position. Pour l'Ukrainienne, le drapeau sous lequel joue son adversaire importe peu : tant que la Russie bombarde son pays, elle refuse tout geste de normalisation.

Selekhmeteva, pour sa part, n'a fait aucun commentaire après le match. Elle a quitté le court rapidement, sans insister pour une poignée de main qui, de toute évidence, n'aurait pas été échangée. La Russe savait à quoi s'attendre : depuis 2022, les joueuses ukrainiennes refusent systématiquement ce geste de courtoisie, et personne ne s'en étonne plus sur le circuit. Le match s'est donc déroulé dans une tension palpable, mais sans incident.
Depuis 2022, un boycott politique systématique des joueurs ukrainiens
Cette absence de poignée de main n'est pas un incident isolé. Elina Svitolina, autre grande figure du tennis ukrainien, refuse systématiquement ce geste depuis le début de l'invasion. Elle a même demandé aux organisateurs de ne pas diffuser de message de « paix » ou de « sport sans politique » lors de ses matchs, estimant que cela reviendrait à nier la réalité de la guerre.
Marta Kostyuk s'inscrit dans cette même ligne politique constante et assumée. Pour elle, serrer la main d'une joueuse russe, même sous bannière neutre, serait un geste de normalisation inacceptable tant que les bombes continuent de tomber sur l'Ukraine. « Ce n'est pas personnel contre les joueurs, c'est politique », a-t-elle expliqué dans une interview précédente. « Tant que mon pays est attaqué, je ne peux pas faire comme si de rien n'était. » Une position que partage l'ensemble de la délégation ukrainienne présente à Paris, comme le rappelle notre article sur les chances françaises à Roland-Garros, qui évoque aussi le contexte particulier de cette édition 2026.
Le symbole du refus dans le sport moderne
Ce geste de refus de poignée de main est devenu un marqueur politique puissant dans le sport mondial. Il ne s'agit pas d'un simple manque de fair-play, mais d'une déclaration politique assumée. Les joueurs ukrainiens ont transformé ce geste en outil de communication, rappelant au monde que le sport ne peut pas être neutre quand un pays est en guerre.
Kostyuk elle-même a été critiquée par certains puristes du tennis qui estiment que le sport devrait rester apolitique. Mais elle assume pleinement sa position. « Je ne peux pas faire comme si la guerre n'existait pas. Ce serait un manque de respect envers mon peuple », a-t-elle répondu à ses détracteurs. Un argument difficile à contester quand on vient de recevoir la photo d'un missile tombé à 100 mètres de chez ses parents.
Une série de 12 victoires sur ocre : l'invincible Kostyuk avant Roland-Garros
Au milieu de ce drame personnel, il ne faut pas oublier que Marta Kostyuk est une athlète d'exception. Sa victoire contre Selekhmeteva n'est pas un exploit isolé : c'est sa douzième victoire consécutive sur terre battue en 2026. Elle reste invaincue sur ocre depuis le début de la saison, une performance rare qui la place parmi les favorites du tournoi.
Cette série, entamée à Rouen puis confirmée à Madrid, fait d'elle l'une des joueuses les plus en forme du circuit. Mais son statut de favorite prend une dimension tragique quand on sait ce qu'elle traverse. Comment une femme qui pleure sa famille le matin peut-elle enchaîner les victoires l'après-midi ? C'est tout le paradoxe de cette championne, qui transforme sa détresse en énergie sur le court.
De Rouen à Madrid : l'ascension d'une favorite du tournoi
La saison 2026 de Marta Kostyuk sur terre battue est tout simplement exceptionnelle. Elle a d'abord remporté le tournoi de Rouen, un WTA 250 où elle a dominé ses adversaires sans perdre un set. Puis, cerise sur le gâteau, elle a décroché le titre à Madrid, son premier WTA 1000, en battant en finale la Russe Mirra Andreeva. Deux titres majeurs qui l'ont propulsée au 15e rang mondial, son meilleur classement en carrière.
À Roland-Garros, elle aborde le tournoi avec la confiance d'une joueuse qui sait qu'elle peut battre n'importe qui sur ocre. Sa prochaine adversaire sera l'Américaine Katie Volynets (108e) ou la Française Clara Burel (1486e), qui jouaient juste après elle sur le court Simonne-Mathieu. Un tableau qui s'ouvre favorablement pour elle, même si, comme elle l'a montré, rien n'est acquis quand la guerre frappe à votre porte.
« Le match le plus difficile de ma carrière » : la performance mentale
Le paradoxe de cette performance est saisissant. Kostyuk a qualifié ce match contre Selekhmeteva comme « l'un des plus difficiles » de sa carrière, non pas à cause du niveau de son adversaire, mais à cause du contexte. « Je ne savais pas comment ce match allait se dérouler pour moi, je ne savais pas comment j'allais le gérer. J'ai pleuré une partie de la matinée », a-t-elle avoué.
Pourtant, sur le court, elle a livré une prestation quasi parfaite. Des coups droits puissants, un revers long de ligne chirurgical, un service efficace. Rien ne laissait deviner le tumulte intérieur qui la traversait. C'est là que réside l'exploit : dissocier le mental de l'émotion, trouver dans son jeu une échappatoire à la réalité. « Mon exemple est le peuple ukrainien », a-t-elle expliqué. « Je me suis réveillée ce matin et j'ai regardé toutes ces personnes qui se sont réveillées et ont continué à vivre leur vie. » Une leçon de résilience qui dépasse largement le cadre du sport.
Les chiffres d'une saison historique sur ocre
Pour mesurer l'ampleur de cette série, il faut regarder les statistiques. 12 victoires consécutives sur terre battue, dont 6 contre des joueuses du top 30 mondial. Kostyuk n'a perdu que deux sets sur l'ensemble de ces matchs, démontrant une maîtrise technique et tactique impressionnante. Son pourcentage de premières balles dépasse les 65 %, et elle convertit plus de 48 % de ses balles de break.
Ces chiffres, Kostyuk les a obtenus dans des conditions parfois difficiles. À Madrid, elle a joué sous une chaleur accablante. À Rouen, elle a enchaîné trois matchs en deux jours à cause de la pluie. Mais à chaque fois, elle a trouvé les ressources pour s'imposer. « Je suis plus forte mentalement que je ne l'ai jamais été », confiait-elle avant Roland-Garros. Personne ne pouvait alors imaginer à quel point cette force mentale allait être mise à l'épreuve.
« Je ne veux pas parler de moi aujourd'hui » : le cri du cœur qui a ému Paris
La phrase a fait le tour des réseaux sociaux et des médias. « Je ne veux pas parler de moi aujourd'hui. Toutes mes pensées et mon cœur étaient tournés vers le peuple ukrainien. » En quelques mots, Marta Kostyuk a résumé l'absurdité de sa situation : être au sommet de son art, dans l'un des tournois les plus prestigieux du monde, et ne penser qu'aux bombes qui tombent sur son pays.
Ce cri du cœur a résonné bien au-delà du court Simonne-Mathieu. Dans les allées de Roland-Garros, les spectateurs commentaient la scène, émus par tant de dignité et de douleur mêlées. Les journalistes, habitués pourtant à couvrir les drames, avaient du mal à cacher leur émotion. Ce n'était pas une simple conférence de presse d'après-match, c'était le témoignage d'une femme qui refuse de laisser la guerre voler son humanité.
Le glamour du Grand Chelem face à la réalité des bombes
Roland-Garros, c'est le luxe, les tenues élégantes, les loges VIP, le champagne et les fraises. C'est un monde feutré où l'on vient oublier le quotidien. Mais ce dimanche 24 mai, la guerre a fait irruption dans ce cocon. La photo que Kostyuk gardait dans son téléphone — un panache de fumée noire au-dessus d'un immeuble détruit — contrastait violemment avec l'élégance des courts parisiens.
La joueuse elle-même semblait prise dans ce contraste. Vêtue de sa tenue de tennis blanche, elle aurait pu être n'importe quelle athlète célébrant une victoire. Mais ses larmes, ses mains tremblantes, sa voix brisée racontaient une tout autre histoire. « Je suis très heureuse d'être au deuxième tour, mais toutes mes pensées et tout mon cœur vont au peuple ukrainien », a-t-elle répété, comme pour s'excuser presque de célébrer sa victoire alors que les siens souffrent.
Les autres athlètes ukrainiens en résistance dans le tableau
Marta Kostyuk n'est pas seule à porter ce poids. Plusieurs joueurs et joueuses ukrainiens sont présents à Paris pour cette édition 2026. Elina Svitolina, ancienne numéro 3 mondiale, est également dans le tableau. Lesia Tsurenko, Anhelina Kalinina, Dayana Yastremska, Yuliia Starodubtseva et Oleksandra Oliynykova : toutes partagent la même angoisse quotidienne pour leurs proches restés au pays.
Ensemble, ils forment une communauté soudée, qui se soutient dans les moments difficiles. Avant le match, Kostyuk a reçu des messages de ses compatriotes, qui connaissaient la situation à Kiev. « Beaucoup de mes amis essaient juste d'arriver à dormir », a-t-elle confié, évoquant ceux qui, comme elle, vivent entre deux mondes. Sur le court, ils se battent pour leur pays, portant les couleurs de l'Ukraine comme un étendard. En coulisses, ils partagent les mêmes craintes, les mêmes nuits blanches, les mêmes photos de destruction.
Le « Merci beaucoup » qui a conquis le public parisien
À la fin de son discours, Kostyuk a prononcé un « Merci beaucoup » en français, une attention qui a touché le public parisien. Ce petit geste linguistique, rapporté par RMC Sport, montre que malgré la douleur, la joueuse ukrainienne a gardé une présence d'esprit et une gratitude envers ceux qui la soutiennent. Le public, déjà conquis par son courage, lui a réservé une ovation debout qui a duré plusieurs minutes.
Ce « Merci beaucoup » résonne comme un symbole de la double vie de Kostyuk. D'un côté, l'Ukrainienne qui pleure son pays en guerre. De l'autre, l'athlète internationale qui sait s'adapter à son public et aux codes du tournoi. Une dualité qui fait d'elle une figure complexe et attachante, bien loin des stéréotypes du sportif robotique.
Jouer sous les bombes : comment le circuit soutient ses champions en guerre
Face à une situation aussi exceptionnelle, on peut s'interroger sur le rôle des instances sportives. Que fait Roland-Garros ? Que fait la WTA ? Comment accompagne-t-on des athlètes qui vivent sous la menace permanente des bombes ? Les réponses sont complexes, car le sport essaie tant bien que mal de rester neutre, mais la réalité le rattrape.
Kostyuk elle-même n'a pas demandé de traitement de faveur. Elle a joué son match, comme prévu, sans chercher à reporter la rencontre. Mais son témoignage pose une question plus large : jusqu'où peut-on exiger d'un athlète qu'il performe quand sa vie personnelle est en jeu ? Le circuit a mis en place certains dispositifs, mais force est de constater que les joueurs ukrainiens restent largement livrés à eux-mêmes.
Le rôle de la WTA et de Roland-Garros face au conflit
La WTA a officiellement condamné l'invasion russe dès 2022 et autorisé les joueurs ukrainiens à refuser la poignée de main sans sanction. Des dispositifs d'accompagnement psychologique ont été mis en place, avec des psychologues disponibles sur les tournois. Mais dans les faits, chaque joueur gère la situation comme il le peut, avec ses propres ressources.
Roland-Garros, de son côté, a renforcé la sécurité autour des joueurs ukrainiens et offert des espaces privés où ils peuvent se réfugier en cas de besoin. La fédération ukrainienne de tennis, contactée par plusieurs médias, a confirmé qu'elle assurait une veille permanente et tenait informés les joueurs de la situation dans leurs villes d'origine. Mais ces mesures, bien que nécessaires, ne suffisent pas à combler le vide laissé par la guerre.
« Le circuit a oublié la guerre » : le cri d'alarme de Kostyuk
Dans une déclaration rapportée par The Athletic, Kostyuk a tenu des propos plus durs en conférence de presse. « Le circuit a oublié la guerre », a-t-elle lancé, avant d'ajouter : « J'essaie encore de faire ce que je peux pour influencer, et j'utilise ma plateforme. Les gens s'adaptent, les gens oublient. » Une accusation qui vise directement les instances du tennis mondial, accusées de ne pas faire assez pour maintenir la guerre dans l'actualité.
Ce sentiment d'abandon, Kostyuk ne l'exprime pas par amertume, mais par devoir. Elle estime que les joueurs ukrainiens sont les seuls à porter la mémoire du conflit sur le circuit. « Quand je gagne un match, les gens voient une victoire sportive. Moi, je vois une victoire pour mon pays. Mais combien de temps vais-je pouvoir continuer comme ça ? » Une question qui reste sans réponse.
Le court comme scène politique : la victoire comme message au monde
Pour Marta Kostyuk, chaque victoire est un acte politique. Gagner un match, ce n'est pas seulement avancer dans le tournoi, c'est aussi montrer que l'Ukraine résiste. Battre une Russe, c'est une revanche symbolique sur l'agresseur. Refuser la poignée de main, c'est rappeler au monde que la guerre continue.
« Gloire à l'Ukraine », a-t-elle lancé sur le court, comme elle l'avait fait après sa victoire à Madrid le 2 mai. Ces mots, répétés inlassablement, sont plus qu'un slogan : ils sont un message d'espoir pour ceux qui, chez elle, se battent chaque jour pour survivre. Le sport devient alors une tribune, et la raquette une arme de résistance. Dans ce contexte, la performance de Kostyuk dépasse largement le cadre tennistique. Elle incarne la lutte d'un peuple tout entier, qui refuse de plier face à l'adversité.
Le tennis comme acte de résistance ultime
Marta Kostyuk est repartie du court Simonne-Mathieu le visage encore marqué par les larmes, mais la tête haute. Elle reviendra le lendemain pour s'entraîner, pour préparer son deuxième tour, pour continuer à gagner. Le tournoi, lui, suit son cours, indifférent aux drames personnels. Les matchs s'enchaînent, le public applaudit, les projecteurs s'allument.
Mais ce dimanche 24 mai 2026 restera comme l'une des images fortes de cette édition de Roland-Garros. L'image d'une femme qui, malgré la guerre, malgré la peur, malgré les larmes, a trouvé la force de gagner. L'image d'une championne qui refuse de laisser les bombes dicter sa vie. L'image, surtout, d'une Ukrainienne qui porte sur ses épaules le poids d'un pays tout entier.
Le tennis, dans ces moments-là, n'est plus un simple sport. Il devient un acte de résistance, une preuve que la vie continue, que la beauté et la grâce peuvent encore exister au milieu du chaos. Marta Kostyuk, en pleurant sur le court parisien, a rappelé au monde que derrière chaque performance sportive, il y a une histoire humaine. Et que parfois, la plus grande des victoires n'est pas celle qu'on remporte sur le score, mais celle qu'on remporte sur soi-même.