Par Rayan, passionné de sport
Le 26 octobre prochain, Londres accueillera la cérémonie qui couronnera le meilleur joueur du monde pour la 70e édition du Ballon d'Or. Derrière cette soirée prestigieuse se cache un système de vote apparemment simple, mais complexe dans ses mécanismes et ses implications. Comprendre comment le classement est établi, c'est aussi mesurer pourquoi le choix des journalistes suscite autant de polémiques.

Un jury international, un représentant par pays
Contrairement à une idée reçue, le Ballon d'Or masculin 2026 ne sera pas décerné par un groupe restreint de membres du staff de France Football. Le jury international est composé de 100 journalistes spécialisés, chacun représentant un pays, sélectionné selon le classement FIFA au 8 septembre 2026. Pour le trophée féminin, ce sont 50 journalistes qui votent, représentant les 50 premières nations du classement.
Chaque juré doit établir un top 10 parmi une liste de 30 noms, elle-même définie par une commission composée de la rédaction de France Football, de membres du jury précédent et d'ambassadeurs de l'UEFA : Luis Figo et Fabio Capello pour le masculin, Nadine Kessler pour le féminin.
Le barème est clair :
- 1er : 15 points
- 2e : 12 points
- 3e : 10 points
- 4e : 8 points
- 5e : 7 points
- 6e : 5 points
- 7e : 4 points
- 8e : 3 points
- 9e : 2 points
- 10e : 1 point

Le gagnant est donc celui qui totalise le plus de points. En cas d'égalité, le départage se fait d'abord par le nombre de premières places, puis de deuxièmes, et ainsi de suite. Tout litige final est tranché par le rédacteur en chef de France Football.
Une course ouverte, des critères flous
Cette année, le suspense est particulièrement présent. Comme l'a confié un juré anonyme à RMC Sport : "C'est une année plus ouverte que les autres, et il est donc difficile de trouver un joueur qui fasse l'unanimité."
Parmi les prétendants, Kylian Mbappé, Lamine Yamal et Harry Kane sont régulièrement cités comme favoris. Mais d'autres noms comme Ousmane Dembélé, Jude Bellingham ou Rodri restent dans la bataille. Ce qui rend le choix si difficile ? L'absence de critères objectifs.
"La question que nous nous posons est : sur quoi nous prononçons-nous ?", a résumé un autre votant. Et si la réponse tient dans un "ressenti personnel", comme l'admettent certains, alors le vote devient une mélange d'analyse statistique et d'émotion.
Campagnes médiatiques, lobbying et pression
La course au Ballon d'Or ressemble de plus en plus à une campagne électorale. Certains joueurs, comme Mbappé, adoptent une stratégie d'affichage médiatique intense, tandis que d'autres, comme Kane, préfèrent une approche discrète. Les clubs ne sont pas en reste : ils ouvrent davantage leurs portes aux journalistes, mettent en avant les stats de leurs joueurs, et parfois tentent de contacter indirectement les votants.
"Oui, certains proches de certains joueurs ont tenté de me contacter. Je reçois aussi des courriels et certaines marques d'intérêt à des moments précis de la saison, mais je n'y prête pas attention.", a déclaré un juré à RMC Sport.
La pression est aussi grande quand les votes sont publiés. Comme l'a ironisé un autre votant : "La plus forte pression ? Quand nos votes sont publiés."
Des critiques qui persistent
Le système actuel, où un seul journaliste par pays vote, est régulièrement critiqué. Une page Facebook comme Unifoot TV réagit ainsi :
"100 journalistes qui votent. Trop subjectif. Trop influençable. Le Ballon d'Or c'était mieux quand les journalistes, les sélectionneurs et les capitaines votaient chacun pour un tiers."
Cette critique rappelle l'ancienne formule utilisée jusqu'en 2015, où un collège mixte (journalistes, sélectionneurs, capitaines) décernait le trophée. En 2010, par exemple, le vote officiel avait couronné Messi, mais le vote des seuls journalistes aurait mis Sneijder en tête - une différence significative.
L'écho du passé : le cas Rodri 2024
L'année dernière, le suspense a tenu toute la soirée. Rodri a remporté le Ballon d'Or 2024 avec 1 170 points, devant Vinicius Jr (1 129 points), soit seulement 41 points d'écart. Un écart si étroit que cela a alimenté des rumeurs et des accusations.
Selon Vincent Garcia, rédacteur en chef de France Football, le résultat s'est joué à "2 ou 3 votes d'écart". Le Real Madrid, mécontent de la victoire de Rodri, a même appelé le dimanche matin, affirmant savoir que Vinicius n'avait pas gagné. Une scène qui illustre à merveille les tensions et les fuites qui peuvent entourer le processus.
Et maintenant ?
Alors que le verdict tombe dans quelques jours, le débat continue. Le système du Ballon d'Or, bien que clair dans ses règles, reste traversé par la subjectivité, les campagnes médiatiques et les paris parfois divergents. Peut-être que le vrai défi n'est pas de savoir qui mérite le trophée, mais de savoir s'il est possible d'en désigner un de manière totalement neutre et universelle.
"Le Ballon d'Or a toujours récompensé la régularité, et c'est la chose la plus difficile à obtenir dans le football.", a d'ailleurs souligné Rodri lui-même après sa victoire en 2024.
Attendons donc le 26 octobre pour découvrir qui écrira la prochaine page de l'histoire du football. Mais quel que soit le nom annoncé, les débats autour du vote des journalistes ne feront pas l'actualité qu'un jour.
Et vous, qui devrait l'emporter cette année ?