Vous avez peut-être déjà ressenti cette petite boule au ventre en entendant parler de certaines pratiques sexuelles. Fellation, anulingus, sodomie… Ces mots peuvent faire flipper, surtout quand on n'a jamais essayé ou qu'on a entendu des trucs bizarres dans les cours de récré. Pourtant, ces pratiques font partie de la vie sexuelle de nombreux couples et peuvent être sources de beaucoup de plaisir. Alors respirons un bon coup, et démystifions tout ça ensemble, sans tabou ni jugement.

Pourquoi ces pratiques nous font peur
Les appréhensions face à ces pratiques sont tout à fait normales. On grandit avec des idées reçues, des tabous religieux ou culturels, et parfois des expériences malheureuses qui nous marquent. Comprendre d'où vient cette peur, c'est déjà faire un premier pas pour la dépasser.
L'héritage culturel et religieux
Pendant des siècles, l'Église a condamné toute activité sexuelle qui n'avait pas pour objectif la procréation. La fellation comme la sodomie étaient considérées comme des péchés, des déviations de la "bonne" sexualité. Ce poids historique influence encore inconsciemment notre rapport à ces pratiques, même quand on se considère comme libéré de toute contrainte religieuse.
Au Moyen-Âge, les textes religieux étaient clairs : tout ce qui était "amusant" en matière de sexualité était banni. Le plaisir pour le plaisir, c'était mal. Cette vision a imprégné toute notre culture occidentale, et il faut du temps pour s'en débarrasser complètement. Ce n'est qu'au XVIIIe siècle, chez les libertins, que la fellation a commencé à être érigée en art de vivre, mais toujours en dehors du cadre conjugal traditionnel.
Les peurs hygiéniques et corporelles
Au-delà de la morale, il y a des peurs plus concrètes. La zone anale, par exemple, est associée aux excréments, donc à quelque chose de "sale". C'est biologiquement compréhensible, mais ça peut devenir un blocage psychologique important. Pour l'anulingus, cette appréhension est particulièrement présente.
Pour la fellation, certaines personnes ont peur du goût, de l'odeur, ou de l'éjaculation dans la bouche. Ces inquiétudes sont légitimes et méritent d'être entendues. Le corps produit des fluides, et tout le monde n'est pas à l'aise avec ça. Il existe pourtant des solutions simples : une douche rapide avant l'acte, l'utilisation de préservatifs saveur pour la fellation, ou simplement la communication avec son partenaire sur ce qui nous met mal à l'aise.
La peur de la douleur
Pour la sodomie particulièrement, la peur d'avoir mal est réelle. Et pour cause : l'anus n'est pas naturellement conçu pour la pénétration. Il n'y a pas de lubrification naturelle comme pour le vagin, et les muscles du sphincter sont faits pour rester fermés. Mais ça ne veut pas dire que la sodomie est forcément douloureuse. Avec de la préparation, du lubrifiant, et beaucoup de patience, elle peut être tout à fait confortable et même très plaisante.
La fellation : une pratique aux millénaires d'histoire
La fellation n'est pas une invention moderne du porno. Elle existe depuis la nuit des temps et traverse les cultures et les époques. Comprendre son histoire, c'est réaliser qu'elle a toujours fait partie de l'imaginaire érotique humain.
Des origines antiques
Les premières traces de fellation remontent à l'Antiquité gréco-romaine. Des dessins explicites sur des temples, des poteries aux formes phalliques, ne laissent guère de doute sur la pratique de cette caresse. La mythologie elle-même en parle : Isis aurait pratiqué une fellation sur son frère et époux Osiris pour le ressusciter. Une belle image de pouvoir vital associé à cet acte.
Cléopâtre elle-même était surnommée "la fellatrice" par ses détracteurs romains. Cette réputation faisait partie d'une propagande politique pour la dénigrer, mais elle montre à quel point cette pratique était connue et utilisée comme argument dans les querelles de pouvoir. À l'époque, la fellation était plutôt associée aux prostituées et restait exclue des pratiques amoureuses du couple légitime.
Évolution dans le temps
Le Kamasutra, ce texte indien du Ve siècle, consacre d'ailleurs un chapitre entier au "congrès buccal" avec un raffinement étonnant. L'auparishtaka était cependant réservée aux eunuques et aux courtisanes, interdite aux femmes mariées de bonne famille. Encore une fois, cette distinction entre sexualité reproductive et sexualité de plaisir structurait les pratiques.
En France, il faut attendre le XVIIIe siècle libertin pour voir la fellation célébrée dans la littérature érotique. Les textes de l'époque regorgent d'éloges à cette pratique, mais toujours dans un cadre adultère ou libertin, jamais dans le mariage. C'est au XXe siècle, avec la révolution sexuelle et l'apparition de films comme Deep Throat en 1972, que la fellation entre progressivement dans les mœurs du couple moderne.
Pour celles et ceux qui souhaitent se lancer sereinement dans cette pratique, notre guide complet sur la première fellation propose des conseils pratiques et bienveillants pour appréhender cette découverte sans stress.
Déconstruire les mythes autour de la fellation
Il y a beaucoup d'idées reçues sur la fellation. Non, ce n'est pas une pratique dégradante pour celle ou celui qui la pratique. Non, il n'y a pas une seule "bonne" façon de faire. Chaque personne a ses préférences, et le plus important est de communiquer avec son partenaire pour découvrir ce qui lui fait plaisir.
Si vous voulez en savoir plus sur les techniques et astuces, notre article sur tout savoir de la fellation approfondit le sujet avec des conseils concrets pour rendre cette pratique agréable pour les deux partenaires.

L'anulingus : le grand méconnu
C'est probablement la pratique qui fait le plus flipper au premier abord. Stimuler l'anus avec la bouche et la langue ? L'idée peut sembler étrange, voire répugnante. Pourtant, l'anulingus (aussi appelé rimming ou anilingus) est de plus en plus pratiqué et peut procurer un intense plaisir.
Une zone riche en nerfs
L'anus est une zone extrêmement innervée. La peau y est sensible, et la stimulation peut être très agréable. Pour les personnes qui ont un pénis, la prostate se situe juste derrière la paroi rectale, et sa stimulation par l'anus peut mener à des orgasmes particulièrement intenses. Pour les personnes qui ont un vagin, l'anulingus peut être une forme de jeu érotique différente, qui explore une zone souvent délaissée.
Le tabou qui entoure cette pratique vient essentiellement de l'association mentale entre l'anus et les fonctions d'élimination. C'est une réaction compréhensible, mais qui peut être déconstruite progressivement. Comme pour toute pratique sexuelle, l'hygiène est importante, et une douche préalable suffit généralement à éliminer les craintes.
Hygiène et préparation
Avant de pratiquer l'anulingus, quelques précautions s'imposent. Une douche rapide avec un nettoyage doux de la zone anale est recommandée. Évitez les parfums ou produits agressifs qui peuvent irriter les muqueuses. Certaines personnes utilisent une lingette intime sans parfum pour un rafraîchissement rapide.
On peut aussi utiliser une barrière de protection, comme un carré de latex ou de polyuréthane, particulièrement si on a plusieurs partenaires ou si on veut une tranquillité d'esprit totale. Cela permet de profiter de la stimulation sans se poser de questions sur l'hygiène.
La sodomie : appréhensions et réalité
La sodomie est probablement la pratique qui génère le plus d'interrogations. Entre la peur de la douleur, les tabous culturels et les idées reçues, il y a de quoi être perdu. Pourtant, de plus en plus de couples hétérosexuels l'expérimentent, et elle peut être une source de plaisir pour les deux partenaires.
Une pratique de plus en plus courante
Les études montrent que la sodomie gagne du terrain en France et en Europe depuis plusieurs années. Elle n'est plus réservée aux couples gays, et de nombreuses femmes hétérosexuelles la pratiquent occasionnellement ou régulièrement. C'est une pratique qui sort progressivement de l'ombre et du tabou.
Cela dit, il faut distinguer l'essai ponctuel de la pratique régulière. Beaucoup de gens essaient une fois par curiosité, mais ne renouvellent pas l'expérience. Pour que la sodomie devienne une pratique plaisante et récurrente, il faut généralement un peu de préparation et d'apprentissage.
Pour un guide complet sur le sujet, notre article sur la sodomie aborde en détail les aspects pratiques et émotionnels de cette pratique.
Préparation et technique
La clé d'une sodomie réussie, c'est la préparation. On ne s'improvise pas expert en la matière du jour au lendemain. L'anus a besoin de temps pour se détendre, et le corps a besoin d'être prêt. Voici quelques conseils essentiels :
Le lubrifiant est indispensable. Contrairement au vagin, l'anus ne produit pas de lubrification naturelle. Utilisez un lubrifiant à base d'eau ou de silicone, en grande quantité. N'hésitez pas à en remettre régulièrement.

La détente est tout aussi importante. Les muscles du sphincter doivent être relâchés pour permettre la pénétration. Des massages, des caresses, ou l'utilisation de doigts ou de petits plugs peuvent aider à préparer la zone progressivement.
Gérer la douleur potentielle
Si ça fait mal, il faut s'arrêter. La douleur n'est pas normale et n'est pas un passage obligé. Elle signale généralement que le corps n'est pas prêt, que le lubrifiant est insuffisant, ou que la pénétration est trop rapide ou trop profonde. Écouter son corps, c'est essentiel.
Communiquez avec votre partenaire. Dites-lui si ça va ou pas. Il n'y a aucune honte à demander d'arrêter ou de ralentir. La sodomie n'est pas une performance, c'est une pratique sexuelle qui doit être plaisante pour tout le monde.
Communication et consentement : les fondations
Avant de se lancer dans ces pratiques, il y a un prérequis indispensable : la communication. Parler de ses envies, de ses peurs, de ses limites, c'est la base d'une sexualité épanouie et respectueuse.
Oser en parler
C'est pas toujours facile de dire à son partenaire : "J'aimerais essayer la sodomie" ou "J'ai peur de pratiquer une fellation". Pourtant, ces conversations sont essentielles. Elles permettent de désamorcer les appréhensions et de construire une confiance mutuelle.
Choisissez un moment calme, en dehors du contexte sexuel, pour aborder ces sujets. Parlez de vos curiosités, mais aussi de vos réticences. Écoutez votre partenaire sans juger. Ses peurs sont aussi légitimes que les vôtres.
Le consentement, toujours
Le consentement doit être explicite, libre et éclairé. Ça veut dire que chaque partenaire doit dire oui en pleine connaissance de cause, sans pression ni manipulation. Le consentement peut être retiré à tout moment. Si vous commencez une pratique et que vous n'êtes plus à l'aise, vous avez le droit de dire stop.
Le consentement, c'est aussi respecter les limites de chacun. Si votre partenaire ne veut pas essayer la sodomie, c'est son droit. La pression ou la culpabilisation n'ont pas leur place dans une relation saine.
Prévention et santé sexuelle
Ces pratiques sexuelles impliquent des risques spécifiques qu'il faut connaître pour se protéger efficacement. L'éducation sexuelle passe aussi par la connaissance des risques et des moyens de prévention.
Risques d'infections
La fellation non protégée peut transmettre des IST (infections sexuellement transmissibles), y compris le VIH, bien que le risque soit plus faible que pour la pénétration vaginale ou anale. L'herpès, la syphilis, la gonorrhée et la chlamydia peuvent aussi se transmettre par sexe oral.
Pour l'anulingus, les risques incluent les IST mais aussi les infections digestives comme l'hépatite A ou les parasites intestinaux. L'utilisation de barrières de protection (préservatifs pour la fellation, carrés de latex pour l'anulingus) réduit considérablement ces risques.
La sodomie est la pratique la plus risquée pour la transmission du VIH et d'autres IST, en raison de la fragilité des muqueuses anales. Le préservatil est fortement recommandé, surtout avec un nouveau partenaire ou en l'absence de dépistage récent.
Pour en savoir plus sur les pratiques à risque et la prévention du VIH, consultez notre article sur le sida et les pratiques à risque.
Dépistage régulier
Quel que soit votre mode de vie sexuel, le dépistage régulier est important. Les IST peuvent être asymptomatiques, et seul un test permet de savoir si on est infecté. En France, le dépistage est gratuit dans les CeGIDD (Centres gratuits d'information, de dépistage et de diagnostic) et dans les planning familial.
N'ayez pas peur d'aller vous faire dépister. C'est un acte responsable, qui protège votre santé et celle de vos partenaires. Et si jamais vous avez une IST, sachez que la plupart se soignent facilement quand elles sont détectées à temps.
Conclusion
Fellation, anulingus, sodomie… Ces pratiques peuvent faire peur au premier abord, mais elles n'ont rien de monstrueux ni de honteux. Comme toute exploration sexuelle, elles demandent de la communication, du consentement, de la patience, et parfois un peu de préparation.
Vos appréhensions sont légitimes. Ne vous forcez jamais à faire quelque chose qui ne vous tente pas. Mais si la curiosité vous démange, n'hésitez pas à en parler avec votre partenaire, à vous informer, et à y aller doucement. La sexualité, c'est un voyage de découverte, pas une course à la performance.
Rappelez-vous qu'il n'y a pas de pratique "normale" ou "anormale". Il y a ce qui vous fait plaisir, ce qui vous met à l'aise, et ce qui respecte votre corps et celui de votre partenaire. C'est tout ce qui compte vraiment.