Si tu te demandes ce qui a vraiment changé à l'école cette année autour de l'éducation à la sexualité, c'est normal d'être un peu perdu. On entend beaucoup de choses, parfois contradictoires. Parlons-en simplement, avec ce qui est prévu par la loi et ce que disent les données récentes sur la santé des jeunes.

Un cadre qui devient clair et obligatoire
Depuis la rentrée 2025-2026, l'éducation à la vie affective et relationnelle et à la sexualité a un statut beaucoup plus clair. Comme l'indique education.gouv.fr le 6 février 2025, "L'éducation à la vie affective et relationnelle (EVAR) à l'école maternelle et à l'école élémentaire, et à l'éducation à la vie affective et relationnelle, et à la sexualité (EVARS) au collège et au lycée devient une discipline à part entière."
Concrètement, ce n'est pas une option ou une initiative locale. C'est un apprentissage obligatoire, inscrit à l'article L. 312-16 du Code de l'éducation. Toujours selon education.gouv.fr, "L'éducation à la sexualité est un apprentissage obligatoire, inscrit à l'article L. 312-16 du Code de l'éducation qui prévoit au moins trois séances annuelles dans les écoles, les collèges et les lycées." Trois séances par an, de la maternelle au lycée, avec un contenu adapté à l'âge.
Ce cadre a été clarifié cette année par la justice. Saisi par des associations et des particuliers qui demandaient son annulation, le Conseil d'État a jugé en 2025 que le programme EVARS, fixé par l'arrêté du 3 février 2025 et applicable dès 2025-2026, est conforme à la volonté du Parlement. Dans sa décision, le Conseil d'État souligne que le programme repose sur l'état de la science et du droit et qu'il doit être enseigné de manière neutre, sans inciter à un comportement donné. Les recours ont été rejetés.
En clair : le programme est validé, il s'appuie sur des connaissances scientifiques et sur le droit français, et son objectif n'est pas de pousser à faire ou à ne pas faire quelque chose, mais de transmettre des informations fiables pour comprendre son corps, ses relations et ses droits, et pour pouvoir faire des choix éclairés et respectueux.
Pourquoi ce programme maintenant : ce que montrent les chiffres chez les jeunes
Ce nouveau cadre n'arrive pas par hasard. Il répond à des évolutions bien documentées chez les adolescents et les jeunes adultes.
L'enquête Contexte des sexualités en France 2023 (CSF-2023), menée par l'Inserm auprès de plus de 20 000 adultes, et les enquêtes en milieu scolaire comme EnCLASS notent plusieurs tendances. L'analyse de la CSF-2023 relève ainsi chez les adolescents une entrée plus tardive dans la sexualité, une parole plus libre, des rapports moins bien protégés et l'émergence de violences numériques.
Parmi les points qui inquiètent les professionnels de santé, il y a le recul de la protection. En 2023, seul environ 75 % des femmes et 84 % des hommes ont utilisé un préservatif lors du premier rapport. Et lors d'un premier rapport avec un nouveau partenaire, seule la moitié des jeunes femmes se protègent.
Des infections qui continuent d'augmenter
Cette baisse de l'usage du préservatif a des conséquences visibles. Selon santepubliquefrance.fr au 23 octobre 2025, "Environ 5 100 personnes ont découvert leur séropositivité VIH en 2024. Ce nombre semble se stabiliser après l'augmentation observée entre 2020 et 2023." Ce chiffre reste élevé, avec 43 % de découvertes à un stade tardif et une incidence estimée stable autour de 3 400 contaminations depuis 2023.

Pour les autres infections sexuellement transmissibles, la hausse se poursuit. Toujours selon santepubliquefrance.fr, "En 2024, environ 61 100 personnes ont eu un diagnostic d'infection à Chlamydia trachomatis, 25 800 de gonococcie, et 6 500 de syphilis, selon l'assurance maladie." Chez les 15-25 ans, entre 2023 et 2024, les diagnostics de Chlamydia ont augmenté de 13 % chez les femmes et de 21 % chez les hommes, et ceux de gonococcie de 35 %. Ce sont des infections qui peuvent passer inaperçues mais avoir des conséquences sur la fertilité si elles ne sont pas dépistées et traitées.
Consentement, pression et cyberviolences
L'autre enjeu majeur, c'est le respect du consentement et la prévention des violences. Les données vont dans le même sens. La CSF-2023 et EnCLASS observent une hausse des déclarations de violences sexuelles chez les adolescents, signe à la fois d'une libération de la parole et d'une réalité qui reste préoccupante.
L'enquête Vavisa, menée auprès de jeunes vulnérables de 15 à 21 ans, apporte un éclairage parlant : un tiers des participants déclarent avoir déjà eu une expérience sexuelle sans en avoir envie, et près de 70 % disent avoir déjà regardé de la pornographie. Un quart ont été victimes de cyberviolences, comme des insultes ou des images à caractère sexuel non souhaitées. Ces chiffres rappellent pourquoi parler à l'école de relation, de pression du groupe, de pornographie et de ce qui se passe en ligne est devenu essentiel.
Une information neutre pour mieux se protéger et se respecter
L'idée de l'EVARS, ce n'est pas de donner un modèle unique de relation ou de sexualité. C'est de donner à chacun les mêmes repères fiables, adaptés à son âge : comprendre les émotions et les relations amicales ou amoureuses à l'école primaire, puis aborder progressivement le corps, la puberté, la contraception, la prévention des IST, le consentement, l'égalité entre les filles et les garçons et le respect de l'intimité au collège et au lycée.
Cette approche neutre, fondée sur la science et le droit, est justement ce que le Conseil d'État a validé. Elle permet de répondre aux questions sans jugement, de déconstruire les idées reçues et de savoir où trouver de l'aide.
Si tu te poses des questions, que ce soit sur la contraception, une infection, une relation qui te met mal à l'aise ou une image reçue en ligne, tu as le droit à une information claire et à être écouté. À l'école, tu peux te tourner vers l'infirmière ou l'infirmier scolaire, un professeur que tu sens à l'écoute, le conseiller d'orientation-psychologue ou l'assistante sociale. En dehors de l'école, les centres de santé sexuelle (anciennement centres de planification), les maisons des adolescents, ou encore les professionnels de santé comme le médecin traitant ou le pharmacien peuvent répondre de façon confidentielle et gratuite pour les mineurs. Des ressources fiables comme celles de Santé publique France ou du ministère de l'Éducation permettent aussi de vérifier une information.
Parler de vie affective et de sexualité, ce n'est pas toujours facile, mais avoir les bons mots et les bonnes informations aide à se protéger, à respecter l'autre et à se respecter soi-même. Et ça, c'est un droit pour tous les élèves.