La question est fréquente en consultation : je n'ai pas ou peu d'envie de sexe, est-ce que je suis asexuel(le) ou est-ce que quelque chose ne va pas ? La réponse ne se trouve pas dans un test rapide, mais dans quelques critères précis que les sexologues utilisent pour évaluer la situation. La distinction fondamentale repose sur la présence ou l'absence de souffrance, et sur la stabilité de cette absence de désir dans le temps.

Asexualité ou baisse de libido : ce que les sexologues regardent en premier
L'asexualité est une orientation sexuelle, au même titre que l'hétérosexualité, l'homosexualité ou la bisexualité. Elle n'est ni un choix ni un trouble. Le critère principal utilisé en consultation est la souffrance. Selon le Dr Gilbert Bou Jaoudé, médecin sexologue, les personnes qui ont un blocage sexuel souffrent de l'absence de libido, alors que les personnes asexuelles ne souffrent pas de cette absence. Cette distinction est essentielle. Le trouble du désir sexuel hypoactif, une pathologie reconnue, provoque une détresse et une souffrance. La personne a déjà ressenti du désir auparavant, mais celui-ci a diminué ou disparu. Dans le cas de l'asexualité, la personne ne ressent pas le besoin d'avoir des relations sexuelles et ne souffre pas de ne pas le ressentir. Beaucoup de personnes asexuelles se posent la question "suis-je asexuel(le) ?" et peuvent être inquiètes de ne pas éprouver d'attirance sexuelle, avant de découvrir que c'est une orientation valide.
Baisse de libido : un symptôme, pas une identité
Une baisse de libido est généralement un symptôme transitoire. Elle réagit à des événements extérieurs ou à des états de santé spécifiques. L'asexualité, elle, s'inscrit dans la durée comme une identité stable. Les causes médicales de la baisse de libido sont identifiables. Elles peuvent être hormonales (testostérone basse, troubles thyroïdiens), psychologiques (stress chronique, anxiété, dépression) ou médicamenteuses. Certains antidépresseurs, notamment les ISRS, sont souvent responsables. Les bêtabloquants et le spironolactone peuvent aussi altérer le désir. La dépression et l'anxiété accompagnent souvent des dysfonctions sexuelles. Si la baisse de libido apparaît soudainement, fluctue ou s'accompagne de mal-être, une consultation médicale peut en identifier la cause et proposer des solutions. En savoir plus sur les Antidépresseurs et baisse de libido : statistiques et solutions.
Le spectre asexuel : désir, attirance et amour ne se résument pas au sexe
L'asexualité n'est pas une absence totale de libido ou d'attirance. On peut être asexuel et avoir une libido physique. Le corps peut exprimer un besoin de décharge, sans que ce besoin soit dirigé vers quelqu'un. Le marqueur principal de l'asexualité est l'absence d'objet de désir, pas l'absence de sensations. L'asexualité se situe sur un spectre qui inclut la grissexualité, où l'attirance sexuelle est ressentie rarement ou sous des circonstances spécifiques, et la demisexualité, où elle n'apparaît qu'après avoir développé un lien émotionnel profond. Une personne asexuelle peut ressentir d'autres formes d'attirance - esthétique, émotionnelle, intellectuelle, platonique ou romantique. Le Modèle d'Attirances Séparées explique cette distinction : on peut aimer quelqu'un profondément sans le désirer sexuellement. L'attirance romantique et l'attirance sexuelle sont deux choses distinctes. Pour approfondir cette distinction, lire Asexualité ou baisse de libido : identifier la source de ton manque d'envie.

L'asexualité, une orientation longtemps confondue avec un trouble
L'asexualité n'est pas une pathologie. En 2013, le DSM-5 a retiré l'absence de désir sexuel du registre des troubles lorsqu'elle correspond à une identité asexuelle, après un travail de plaidoyer mené par des membres de l'Asexuality Visibility Education Network (AVEN). Cette décision a marqué une reconnaissance officielle. L'asexualité concerne environ 1 % de la population, selon une étude citée par l'analyse de Couples et Familles. Comprendre que d'autres vivent la même chose peut réduire l'inquiétude et l'isolement. La question n'est pas toujours de savoir ce qu'on est, mais de comprendre que différentes expériences du désir sont normales et valides.