Après plusieurs années de dégradation entre 2018 et 2022, la santé mentale des collégiens et lycéens présente en 2024 des signaux contradictoires. C'est ce que montrent les données recueillies en 2024 auprès de 11 400 élèves du secondaire, qui révèlent, selon Santé publique France, "une situation contrastée du bien-être et de la santé mentale des collégiens et lycéens".

Le contraste est au coeur du constat : plusieurs indicateurs de bien-être remontent nettement, tandis que des formes plus graves de souffrance psychique persistent, voire s'aggravent. Comprendre cette dissociation est essentiel pour ne pas confondre un répit statistique avec un rétablissement.
Un mieux réel : bien-être en hausse, solitude en recul
Après des années de baisse, l'indicateur de bien-être mental est en hausse de 11 points chez les collégiens et de 12 points chez les lycéens par rapport à 2022.
Le sentiment de solitude, qui avait fortement pesé après la pandémie, recule lui aussi nettement. En 2024, 15 % des collégiens et 20 % des lycéens déclarent éprouver un sentiment de solitude, contre 21 % et 27 % en 2022.
Les données mesurent cette remontée sans en établir les causes.
Mais ce rebond reflète avant tout un ressenti général. Il ne dit pas tout de l'état psychique profond des élèves, qui obéit à des dynamiques plus lentes et plus inégalement réparties.
Des souffrances graves qui ne reculent pas
Santé publique France prévient que "ce rebond ne doit cependant pas masquer le fait que des signaux persistants de souffrance psychique existent chez les jeunes, avec notamment des symptômes dépressifs et des pensées suicidaires".
Chez les lycéens, le risque dépressif continue de progresser malgré l'amélioration du bien-être observée : 19 % présentent un risque important de dépression, contre 15 % en 2022.
Le versant suicidaire reste à un niveau élevé. Parmi les lycéens, 20 % déclarent avoir eu des pensées suicidaires au cours des 12 derniers mois. À côté de ces déclarations, les passages à l'acte pris en charge à l'hôpital dessinent une trajectoire alarmante : chez les adolescentes et les jeunes femmes, la hausse des hospitalisations pour tentative de suicide atteint 118 % chez les 10-14 ans et 76 % chez les 20-24 ans.

Autrement dit, davantage d'adolescents disent aller un peu mieux au quotidien, mais une minorité importante reste enfermée dans une détresse intense, qui conduit plus souvent à l'hôpital.
Des filles et jeunes femmes en première ligne
Cette dégradation touche particulièrement les filles et les jeunes femmes. Elles sont surreprésentées dans les symptômes dépressifs, les pensées suicidaires et les hospitalisations pour tentative de suicide.
Ce déséquilibre n'est pas nouveau. Les données de l'enquête de 2024 ne permettent pas à elles seules d'affirmer que cet écart s'est creusé depuis 2022, ni d'en attribuer les causes à des facteurs précis.
Ce qu'il faut surveiller en famille et à l'école
L'amélioration du bien-être est réelle et doit être consolidée. Elle ne doit pas faire baisser la vigilance.
En famille comme en milieu scolaire, plusieurs signaux doivent continuer à alerter : tristesse durable et repli sur soi, chute des résultats et désinvestissement, troubles du sommeil et de l'appétit, propos dévalorisants, évocation directe ou indirecte d'idées suicidaires, scarifications ou comportements à risque. La question des signaux qui montrent qu'un enfant souffre d'un trouble mental se pose avec la même acuité à l'adolescence.
Face à ces signes, l'attitude la plus protectrice reste l'écoute sans minimiser, le maintien du lien, le dialogue avec l'équipe éducative et, si la souffrance s'installe, le recours à un professionnel de santé.
Questions fréquentes
Que dit Santé publique France de la santé mentale des collégiens et lycéens en 2024 ?
Selon Santé publique France, la situation est contrastée : le bien-être remonte, mais les symptômes dépressifs et les pensées suicidaires persistent.
Le bien-être des élèves s'améliore-t-il vraiment ?
Oui, pour le ressenti général. L'indicateur de bien-être mental gagne 11 points chez les collégiens et 12 points chez les lycéens par rapport à 2022. Pour la solitude, le niveau mesuré en 2024 est inférieur à celui de 2022, avec 15 % des collégiens et 20 % des lycéens concernés, contre 21 % et 27 % en 2022.
Combien de lycéens ont des pensées suicidaires ?
20 % des lycéens déclarent avoir eu des pensées suicidaires au cours des 12 derniers mois, et 19 % présentent un risque important de dépression, contre 15 % en 2022.
Que faire face à des signaux de souffrance chez un adolescent ?
Maintenir l'écoute sans minimiser, garder le lien, en parler avec l'équipe éducative et, si la tristesse, le repli ou les idées suicidaires s'installent, consulter un professionnel de santé.