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Santé

Norvège : guéri du cancer et du VIH par une greffe de moelle osseuse

Pour la 7e fois, un patient est guéri du VIH et d'un cancer grâce à une greffe osseuse. Une victoire scientifique qui ouvre la voie aux thérapies géniques.

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Imaginez un instant que votre vie tienne à un fil, non pas à cause d'une seule maladie, mais de deux qui s'entrechoquent pour détruire votre organisme. C'est le cauchemar qu'a vécu ce Norvégien, surnommé le « patient d'Oslo », pendant plus d'une décennie. Porteur du virus depuis 2006, il a vu son combat contre le VIH s'accentuer en 2018 avec l'annonce d'un syndrome myélodysplasique, un cancer du sang impitoyable. Aujourd'hui, grâce à une intervention médicale radicale et à une coïncidence génétique extraordinaire, il est la septième personne au monde à voir ces deux maux disparaître. Son histoire, publiée ce lundi dans la prestigieuse revue Nature Microbiology, marque un tournant décisif dans l'histoire de la médecine.

Le « patient d'Oslo » : 14 ans avec le VIH, puis un diagnostic de cancer du sang en 2018

L'histoire de cet homme, aujourd'hui âgé de 63 ans, débute en 2006. À cette époque, alors qu'il a 44 ans, les analyses médicales révèlent qu'il est séropositif. Le VIH s'installe alors dans son organisme, transformant sa vie en une gestion quotidienne de traitements antirétroviraux. Ces médicaments, bien qu'efficaces pour maintenir la charge virale indétectable, ne constituent pas une guérison : le virus dort en silence, tapi dans les cellules immunitaires, prêt à resurgir si le traitement est interrompu. Pendant plus de dix ans, le patient parvient à vivre avec cette épée de Damoclès suspendue au-dessus de sa tête, jusqu'à ce qu'une nouvelle menace vienne bouleverser cet équilibre précaire.

Séropositif à 44 ans, condamné par un cancer du sang à 56 ans

En 2018, le quotidien du patient bascule une seconde fois, plus brutalement encore. Les médecins diagnostiquent un syndrome myélodysplasique, une forme de cancer du sang affectant la moelle osseuse. Cette pathologie se caractérise par une production défectueuse des cellules sanguines et évolue souvent vers une leucémie aiguë myéloïde, un cancer extrêmement agressif. Face à ce diagnostic, le pronostic vital est sombre. Sans une intervention drastique, la survie à long terme est quasiment nulle. La chimiothérapie standard ne suffit plus ; seule une greffe de cellules souches hématopoïétiques, communément appelée greffe de moelle osseuse, peut offrir une lueur d'espoir. Le patient se retrouve donc confronté à une double sentence : le VIH qui mine son système immunitaire de l'intérieur, et un cancer qui ravage ses producteurs de cellules sanguines.

L'appel désespéré au frère aîné quand aucun donneur porteur de CCR5 n'est trouvé

Face à l'urgence vitale, l'équipe médicale d'Oslo lance les recherches pour trouver un donneur compatible. Mais pour ce patient, la contrainte est double. Non seulement le donneur doit être compatible au niveau des antigènes HLA (le système d'identification biologique) pour éviter le rejet de la greffe, mais il devait idéalement posséder une mutation génétique rare appelée CCR5-delta 32. Cette mutation confère une résistance naturelle au VIH, offrant la possibilité théorique de guérir le patient du virus en même temps que de son cancer. Les médecins passent au crible les registres internationaux, mais en vain. Aucun donneur porteur de cette mutation protectrice n'est trouvé. La course contre la montre se poursuit, et l'espoir commence à s'amenuiser. En dernier recours, l'équipe se tourne vers la famille, espérant trouver la compatibilité nécessaire dans la fratrie. C'est là qu'intervient le frère aîné du patient, âgé de 60 ans. Il ne possède pas a priori la fameuse mutation, mais sa compatibilité HLA est parfaite, ce qui en fait le seul recours possible pour sauver la vie du patient.

Le 26 novembre 2020 : le jour où les médecins découvrent le « ticket gagnant » dans le sang du frère

Le jour fatidique de l'intervention arrive : le 26 novembre 2020. À l'hôpital universitaire d'Oslo, l'équipe médicale se prépare pour une allogreffe complexe. Le frère aîné a été choisi comme donneur, non pas pour ses propriétés anti-VIH supposées — puisque les tests préliminaires n'avaient pas détecté la mutation — mais parce qu'il était le seul espoir viable pour traiter la leucémie. Personne ne s'attendait à ce qui allait suivre. Alors que les analyses finales étaient effectuées sur le sang du donneur, les résultats ont laissé l'équipe médicale en stupeur. Sous les microscopes, une signature génétique inattendue est apparue, transformant cette greffe de sauvetage en une expérience scientifique majeure.

Un donneur compatible sur 25-30 % dans la fratrie, mais seulement 1 % porteur de CCR5

D'un point de vue statistique, ce qui s'est passé ce jour-là défie les probabilités. Généralement, la chance de trouver un donneur HLA-compatible au sein d'une fratrie oscille entre 25 et 30 %. C'est déjà une loterie en soi. Mais à ce premier tirage au sort s'est ajouté un deuxième critère encore plus rare : la présence de la mutation CCR5-delta 32 à l'état homozygote (sur les deux chromosomes). Cette mutation, qui confère une immunité au VIH-1, n'est présente que chez environ 1 % de la population caucasienne. Croiser ces deux probabilités — compatibilité parfaite et présence de la mutation — revenait à trouver une aiguille dans une botte de foin. Pour le patient, cette découverte fortuite s'est apparentée à un miracle. Le médecin Anders Eivind Myhre, principal auteur de l'étude publiée dans Nature Microbiology, a rapporté la stupeur de l'équipe : ils avaient sous la main le « ticket gagnant », le combo parfait qui permettrait d'attaquer le cancer et, potentiellement, d'éradiquer le VIH.

La citation du médecin Anders Eivind Myhre et la réaction du patient

L'émotion était palpable au sein de l'équipe médicale norvégienne. Racontant cet instant incroyable à l'Agence France-Presse, le docteur Myhre a évoqué la réaction du patient lui-même. Ce dernier a utilisé une image frappante pour décrire sa chance inouïe : « C'était comme gagner deux fois à la loterie ». Cette métaphore résume parfaitement l'aspect mathématique de sa survie. Non seulement il avait trouvé un frère compatible pour soigner son cancer du sang, maladie qui l'emportait à coup sûr, mais en plus, ce frère portait sans le savoir la clé génétique pour verrouiller la porte au VIH. Cette coïncidence a transformé une greffe de sauvetage standard en une victoire potentielle sur deux fronts, offrant au patient une seconde vie inespérée, libérée à la fois de la tumeur et des trithérapies.

Deux hommes, l'un âgé et l'autre d'âge moyen, se prennent par les épaules dans un hôpital lumineux, visages soulagés et heureux, fenêtre avec vue floue sur la ville en arrière-plan
Deux hommes, l'un âgé et l'autre d'âge moyen, se prennent par les épaules dans un hôpital lumineux, visages soulagés et heureux, fenêtre avec vue floue sur la ville en arrière-plan

CCR5-delta 32 : la mutation qui détruit la « serrure » par laquelle le VIH entre dans les cellules

Pour comprendre pourquoi cette mutation est si précieuse, il faut plonger au cœur même de la mécanique cellulaire. L'infection par le VIH n'est pas un hasard ; c'est une attaque ciblée qui repose sur une interaction précise entre le virus et nos cellules immunitaires. Le virus, pour pénétrer et infecter une cellule saine, a besoin d'une clé et d'une serrure. C'est là qu'intervient le récepteur CCR5. Cette protéine, située à la surface des lymphocytes T CD4 (les soldats de notre système immunitaire), sert normalement de point d'ancrage pour des molécules de signalisation chimique. Malheureusement, le VIH a « appris » à se servir de ce récepteur comme d'une porte d'entrée principale. Il s'y accroche, se fusionne à la membrane cellulaire et injecte son matériel génétique, transformant la cellule en usine à virus.

Quand 32 paires de bases disparaissent, le récepteur CCR5 ne se forme plus

La mutation CCR5-delta 32 est une anomalie génétique fascinante par sa simplicité et son efficacité. Elle résulte de la disparition de 32 paires de bases sur le gène qui code pour le récepteur CCR5. Cette petite délétion provoque un « décalage du cadre de lecture », une erreur dans la lecture des instructions génétiques. Imaginez une machine à tricoter qui saute une maille : tout le motif qui suit est déformé. Pour la cellule, cela signifie que la production de la protéine CCR5 est interrompue prématurément. La protéine produite est mal repliée et non fonctionnelle. Elle est dégradée par la cellule avant même d'avoir pu atteindre la surface de la membrane. Résultat : la porte d'entrée est absente. Le VIH arrive devant la cellule, cherche la serrure CCR5 pour y insérer sa clé, mais ne la trouve pas. Sans point d'ancrage, le virus ne peut pas entrer et reste impuissant dans le milieu extracellulaire, finissant par être éliminé par l'organisme.

Pourquoi cette « super-immunité » n'existe que chez 1 % de la population mondiale

La répartition de cette mutation génétique à la surface du globe est très inégale et raconte sans doute une histoire évolutive ancienne. Elle est quasi exclusivement présente dans les populations d'Europe du Nord et d'Europe centrale. En moyenne, environ 10 % des Caucasiens sont porteurs d'une seule copie de la mutation (hétérozygotes), ce qui peut conférer une certaine résistance partielle à l'infection ou ralentir sa progression. Cependant, seuls les individus possédant la mutation sur leurs deux chromosomes (homozygotes), soit environ 1 % de cette population, bénéficient de cette résistance quasi totale aux souches de VIH-1 les plus courantes. La fréquence atteint des sommets en Scandinavie et en Russie, pouvant aller jusqu'à 16 % de porteurs dans certains groupes, ce qui augmente d'autant les chances de trouver des donneurs homozygotes dans ces régions. Le cas du frère norvégien, porteur de cette mutation, illustre parfaitement cette particularité génétique nordique. Ce genre de mécanisme naturel ouvre la voie à des approches médicales inspirées de la biologie, comme l'expliquent certains travaux sur la thérapie génique, qui tentent de reproduire artificiellement ce genre de protection.

36 mois sans aucun rebond viral : les résultats publiés dans Nature Microbiology

La publication de l'étude ce lundi 13 avril 2026 dans Nature Microbiology ne se contente pas de raconter une anecdote médicale ; elle fournit des preuves cliniques irréfutables de la guérison. Le suivi du patient a été rigoureux, méthodique, et les chiffres parlent d'eux-mêmes. Vingt-quatre mois après la greffe, les médecins ont pris la décision risquée d'arrêter totalement le traitement antirétroviral. Dans les cas classiques de VIH, l'arrêt des médicaments entraîne un rebond viral fulgurant en quelques semaines. Ici, il ne s'est rien passé. Mieux encore, après 36 mois de suivi sans aucun traitement, la charge virale reste indétectable. Les analyses ultra-sensibles menées sur plus de 3 millions de cellules CD4+ n'ont retrouvé aucune trace d'ADN proviral intact, la forme sous laquelle le virus se cache habituellement pour se réactiver plus tard.

Plus de 99 % des cellules du patient sont devenues celles de son frère

Ce succès repose sur un phénomène biologique appelé le chimérisme complet. Suite à la greffe, le système immunitaire du receveur a été totalement remplacé par celui du donneur. Ce ne sont plus seulement les cellules sanguines qui ont changé, mais les cellules souches elles-mêmes. Les données montrent qu'à 90 jours après l'intervention, plus de 99 % des cellules sanguines en circulation provenaient du frère. À 48 mois, ce chiffre s'est maintenu à 99 % au niveau de la moelle osseuse. Le plus impressionnant concerne les tissus lymphoïdes associés au tube digestif (GALT), qui constituent le principal réservoir du VIH dans l'organisme. Dans l'iléon terminal, 98 % des cellules sont celles du donneur, et 97 % dans le côlon sigmoïde. En remplaçant intégralement le réservoir par des cellules génétiquement résistantes (grâce à la mutation CCR5), l'organisme a nettoyé ses propres rangs. Le virus, privé de ses hôtes habituels et incapable d'infecter les nouvelles cellules, s'est éteint.

Les complications sévères qui rappellent que ce n'est pas un traitement simple

Il serait toutefois dangereux de présenter ce parcours comme une simple promenade de santé. La greffe de moelle osseuse reste une procédure extrêmement violente pour l'organisme. Le « patient d'Oslo » a souffert de complications majeures qui ont failli lui coûter la vie. Il a développé une maladie du greffon contre l'hôte (GvHD) de grade III, une réaction où les nouvelles cellules immunitaires du frère attaquent le corps du receveur, percevant ce dernier comme étranger. Cette réaction a touché gravement sa peau et son tube digestif. À cela s'est ajoutée une réactivation du cytomégalovirus (CMV) provoquant une colite, ainsi qu'une lymphocytose CD8+ (une prolifération anormale de globules blancs). Son système immunitaire a été si affaibli qu'il a nécessité des injections d'immunoglobulines intraveineuses pendant 34 semaines pour maintenir une défense minimale contre les infections bactériennes. Ces souffrances rappellent que si le résultat est miraculeux, le chemin pour y parvenir est semé d'embûches terrifiantes. À cet égard, la situation contraste avec d'autres domaines de la recherche médicale où l'on tente de minimiser les effets secondaires, comme dans les essais récents sur le diabète où Stanford guérit des souris sans immunosuppresseurs.

Berlin 2009, Londres 2019, Düsseldorf 2023, Oslo 2026 : la carte des sept guérisons documentées du VIH

Ce cas norvégien n'est pas un événement isolé, mais la pierre angulaire la plus récente d'un édifice scientifique construit depuis près de vingt ans. Le patient d'Oslo devient officiellement le septième cas documenté de guérison ou de rémission prolongée du VIH dans le monde. Chaque cas, bien que similaire dans son principe (une greffe pour traiter un cancer), apporte sa nuance et permet aux chercheurs d'affiner leur compréhension du virus et du système immunitaire. C'est une course de fond internationale, coordonnée par des consortiums comme IciStem, qui regroupe des experts du monde entier.

De Timothy Ray Brown au patient d'Oslo : une lignée d'espoir scientifique

Le premier de ces cas reste emblématique : Timothy Ray Brown, surnommé le « patient de Berlin ». En 2009, il devient le premier être humain à être guéri du VIH après une greffe de moelle osseuse traitant sa leucémie. Son donneur possédait lui aussi la mutation CCR5-delta 32. Bien qu'il soit malheureusement décédé en 2020 d'une récidive de son cancer, son cas a prouvé que l'éradication du VIH était biologiquement possible. Ensuite est venu le « patient de Londres » en 2019, puis le « patient de Düsseldorf » en 2023, dont le suivi a été publié dans Nature Medicine. Chaque confirmation renforce l'idée que le blocage du récepteur CCR5 est la clé de l'éradication virale. Ces guérisons successives, bien que rares, servent de balises. Elles démontrent que le VIH n'est pas une condamnation éternelle, mais une maladie contre laquelle on peut, sous certaines conditions précises, remporter une victoire totale.

Le consortium IciStem et l'ANRS RHIVIERA : comment la recherche s'organise

Pour capitaliser sur ces cas rares, la recherche s'est structurée à une échelle mondiale. Le consortium IciStem, par exemple, suit un groupe de personnes vivant avec le VIH qui ont subi une greffe de moelle osseuse pour traiter un cancer. L'objectif est de comprendre pourquoi certains d'entre eux guérissent du VIH et d'autres non. En parallèle, d'autres initiatives comme l'ANRS RHIVIERA cherchent à identifier des biomarqueurs chez les « contrôleurs naturels », ces rares individus dont le système immunitaire parvient à contrôler le virus sans aucun médicament. Cette approche multidisciplinaire est essentielle. Elle permet de ne pas se contenter d'observer la chance, mais de la disséquer pour en extraire des mécanismes applicables à une plus large échelle.

Pourquoi la greffe de moelle ne sera jamais un traitement de masse contre le sida

Malgré l'enthousiasme suscité par le cas norvégien, la prudence reste de mise. Il est crucial de démystifier cette procédure pour ne pas donner de faux espoirs aux millions de personnes vivant avec le VIH dans le monde. La greffe de moelle osseuse allogénique, qui consiste à prendre les cellules souches d'une personne et à les injecter à une autre, n'est pas un simple médicament. C'est une intervention lourde, longue, coûteuse et potentiellement mortelle. Les experts de l'ANRS sont unanimes : cette stratégie thérapeutique est très agressive et n'est pas adaptable au reste de la population vivant avec le VIH.

50 % de survie à 2 ans et demi, 400 000 euros par opération : le prix du « miracle »

Les chiffres sont brutaux. Le taux de survie moyen après une allogreffe de moelle osseuse est d'environ 70 % à un an chez l'adulte, mais chute à 50 % à long terme (environ deux ans et demi). Cela signifie qu'une personne sur deux meurt des complications de la greffe elle-même, non pas de sa maladie initiale. Le coût financier est tout aussi prohibitif, avoisinant les 400 000 euros par opération en milieu hospitalier, sans compter les soins de suivi intensifs sur plusieurs années. De plus, trouver un donneur compatible est un véritable parcours du combattant. Dans la fratrie, on a 25 à 30 % de chance de compatibilité, mais hors de la famille, on passe à une chance sur un million. Une incompatibilité HLA, même partielle, fait perdre environ 10 % de chances de survie. C'est pourquoi cette procédure reste réservée aux personnes pour qui c'est la dernière option, celles qui souffrent d'un cancer du sang agressif et pour qui le risque de mourir de la greffe est inférieur au risque certain de mourir du cancer sans elle.

La fenêtre de vulnérabilité où le VIH pourrait revenir plus fort

Après une greffe, le patient est laissé dans un état d'immunodéficience profonde pendant des mois, voire des années. Le système immunitaire doit se reconstruire à partir de la cellule souche greffée, un processus lent qui peut prendre plusieurs années. Pendant cette période, les lymphocytes T sont en nombre insuffisant pour défendre l'organisme contre les infections courantes. C'est une fenêtre de vulnérabilité critique. Si le greffon n'avait pas été protégé par la mutation CCR5, le VIH aurait pu profiter de cet affaiblissement général pour rebondir et infecter les nouvelles cellules souches. Dans certains cas suivis par IciStem, des réservoirs viraux ont persisté et ont causé un rebond après l'arrêt des traitements. C'est ce qui rend la combinaison « compatibilité HLA + mutation CCR5 » si indispensable et si rare.

Ce que le cas norvégien change vraiment : cibler CCR5 par thérapie génique, pas par greffe

Si la greffe n'est pas la solution pour les millions de malades, elle sert néanmoins de « preuve de concept » grandeur nature. Elle valide la cible : le récepteur CCR5. Puisque bloquer cette serrure naturellement guérit le patient, l'avenir réside dans notre capacité à reproduire ce blocage artificiellement sans avoir besoin d'une greffe dangereuse. C'est là que la thérapie génique, et notamment l'édition génétique avec des outils comme CRISPR, entre en scène. L'idée est de prélever les cellules du patient, de modifier leur ADN in vitro pour y introduire la mutation CCR5-delta 32, puis de les réinjecter. Cette approche éliminerait les risques de rejet et de maladie du greffon contre l'hôte. Des essais cliniques prometteurs sont déjà en cours, notamment pour traiter la drépanocytose ou la bêta-thalassémie, où l'édition génétique permet d'arrêter les transfusions sanguines, comme le montre l'essai CS-101 sur la bêta-thalassémie. Le cas d'Oslo est donc une étape charnière : il ne guérit pas le monde par la greffe, mais il illumine la voie vers des thérapies géniques ciblées qui pourraient, un jour, le faire.

Conclusion : d'Oslo aux futurs essais, le sida recule mais n'a pas encore rendu les armes

Le cas du patient d'Oslo, septième guérison documentée du VIH, est une victoire scientifique et humaine d'importance. Il confirme avec une force renouvelée que l'éradication du virus est biologiquement possible. L'association entre le traitement d'un cancer du sang par greffe et la mutation génétique protectrice CCR5-delta 32 a une nouvelle fois fait ses preuves, offrant à cet homme une vie libérée des contraintes du sida. Cependant, au-delà de l'émotion et de la métaphore de la loterie, ce succès nous ramène à la réalité des chiffres : la greffe de moelle reste une stratégie trop risquée et trop coûteuse pour être généralisée.

Le véritable héritage de ce patient réside dans la confirmation qu'il faut poursuivre les recherches sur le blocage du récepteur CCR5. La prochaine révolution ne viendra pas des greffes, mais des avancées en thérapie génique et en édition du génome, qui tenteront de reproduire cette « super-immunité » sans les lourdes complications chirurgicales. Entre-temps, les traitements antirétroviraux restent la planche de salut pour des millions de personnes. Le chemin vers un monde sans sida est encore long, mais chaque cas de guérison, comme celui d'Oslo, nous rapproche un peu plus de la compréhension nécessaire pour le finaliser.

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Questions fréquentes

Comment guérir du VIH par une greffe ?

La guérison nécessite une greffe de moelle osseuse avec un donneur possédant une mutation génétique rare, CCR5-delta 32, qui rend les cellules immunitaires résistantes au virus.

Qu'est-ce que la mutation CCR5-delta 32 ?

C'est une anomalie génétique qui empêche le récepteur CCR5 de se former à la surface des cellules, bloquant ainsi la porte d'entrée principale du VIH dans l'organisme.

Pourquoi ne pas greffer tous les séropositifs ?

La greffe de moelle est une procédure très risquée, coûteuse et mortelle dans 50 % des cas, réservée aux patients souffrant simultanément d'un cancer du sanguin grave.

Combien de personnes guéries du VIH ?

Le patient norvégien est le septième cas documenté au monde d'une guérison ou rémission prolongée du VIH suite à une greffe de cellules souches.

Sources

  1. Une greffe de moelle osseuse le guérit du cancer et du sida · 20minutes.fr
  2. Greffe de moelle en Norvège : un patient guérit du cancer et élimine le VIH · 20min.ch
  3. anrs.fr · anrs.fr
  4. arcagy.org · arcagy.org
  5. VIH: un patient en rémission grâce à un coup de chance exceptionnel · france24.com
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Paul Ribot @labo-geek

Doctorant en physique des particules à Saclay, je passe mes journées à chercher des trucs qu'on ne peut même pas voir. Mais ma vraie passion, c'est d'expliquer la science à ceux qui pensent ne pas pouvoir la comprendre. L'univers est dingue, et je trouve ça injuste que seuls les chercheurs en profitent. Alors je vulgarise, avec des analogies du quotidien et zéro jargon. La science, c'est pour tout le monde.

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